‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 52 sur 180 · IVII:iMMl lin · texte numérisé non relu

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3> Roland nue par les cantilènes des jongleurs : nisi num <-^<^'-»^-^-f D jocidatores in suis prœfcrehant cantilcnis. y> Des deux textes qui précèdent et dont le premier est de beaucoup le plus important, il résulte qu'avant la rédaction de la Chronique de Turpin, il y avait des jongleurs, et des poëmes chantés par les jongleurs. C'est tout ce que nous désirions savoir.

' Texte de M. de ReilTemborg. — Dans le texte du ms. 13:5 do l'aneien fonds N. D. à la Bibl. nat. (!'" 33 v", col. 2), il y a seulement les mots suivants ; « De quo, usque in hodiernum diem, canitur quod innumera lecerit mirabilia.»

I PART. Ltvn I.

CHAI'. XVI

Autre question : « Les Chansons de geste existaient avant l'œuvre du fauxTurpin: c'est bien. Mais ont-elles été connues de ce chroniqueur, et lui ont-elles servi de modèle? » Il faut ici remarquer que, malgré son titre pompeux : De vita et fjestis Caroli Marpii, la légende latine renferme presque uniquement le récit de l'expédition d'Espagne, suivi brusquement et sans transition du récit de la mort de Charles. Or, c'est là aussi la matière de plusieurs de. nos anciennes chansons de geste. Cette identité entre le sujet très-restreint de la Chronique et le sujet de nos épopées nationales serait-elle purement fortuite? Non, non; si le chroniqueur s'est borné à ce récit, c'est qu'il s'est borné à imiter les poëmes contemporains qui avaient le plus de succès.

Néanmoins nous n'affirmerons pas, d'une manière générale, que l'auteur de la Chroniijue de Turpin ait eu sous les yeux les poëmes que nous possédons aujourd'hui. Nous y consentons pour la Chanson de Roland, après avoir comparé le texte d'Oxford avec la légende de Turpin. Oui, les deux documents nous offrent le même récit, qui a été en vain défiguré par le pieux auteur de la légende; oui, nous trouvons, dans l'un comme dans l'autre, les péripéties de ce Waterloo du viii' siècle, de ce Roncevaux où pâlit la gloire de la France. Il est vrai que Turpin, d'après la légende latine, ne meurt pas dans le combat; mais à celui qui veut se faire passer pour Turpin nous ne pouvons demander, en bonne justice, de raconter sa propre mort. Et c'est là un de ces traits auxquels on reconnaît sa fraude.

Mais nous ne pouvons admettre que le faux Turpin ait eu sous les yeux une version de VAgolanf, analogue à notre Chanson dWspremont. Il a visiblement imité des chansons antérieures que nous avons perdues et où cet Agolant était représenté sous des traits tout différents.

LA cnuONiQl'l': DE ITRIMN. 109

A vrai dire, ce liéros du faux Turpin est un tout autre ' nup'xn'' personnage que celui de la Chanson d'Aspremont. Et il nous semble nécessaire de bien établir cette distinction '. Pour en revenir à l'antériorité de nos épopées nationales, il est un autre mode de démonstration et qui nous

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paraît iilus concluant peut-être que l'appareil de toutes ri."'"*'i'ii"i"c

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nos autres preuves. Veut-on décider entre la Chronique de Turpin et les premières chansons de geste, veut-on '\lcmanT'' savoir de quel côté fut l'imitation et la copie, de quel côté l'invention et le modèle, il suffit de lire un chapitre de la Ghronifpie, un couplet du poëme. Grâce à Dieu, il est des caractères qui révèlent toujours le plagiat. Môme dans les œuvres littéraires. Dieu ne permet pas que le mensonge triomphe toujours.

En général le modèle est simple ; la copie ne l'est jias. Le modèle est court, serré, vigoureux ; la copie est longue, lâchée, sans nerf. La Chronique de Turpin est, à première vue, plus verbeuse, plus développée, plus compliquée que nos premières épopées : donc, elle leur est postérieure.

Nous savons que nos premières épopées sont guerrières, et que toutes le sont. Durant la première moitié du xii' siècle tout au moins, pas une ne fait exception. Eh bien! la Chronique ne présente nullement ce caractère: elle est plus que chrétienne; elle est pieuse, elle est mystique. Les citations de la sainte Écriture et de la liturgie y abondent : il y a de longues dissertations théologiques, lesquelles sont savantes, graves et traînantes ; l'auteur va jusqu'à y exposer le symbolisme le plus élevé et le plus difficile. Mais surtout il recommande

' Voy. le troisième livre do Charlemagne de Girart d"Amicns, et aussi la Karla~ tnafjnùs-Safja, dont M. Gaston Paris a donné un résumé si exact dans la Dibliotliéque de l'Ecole des Chartes sous ce litre : Histoire islandaise de Charlenuirjne (t. XXIV, nov.-dcc. 18G3, et sept. oct. ISC-iJ.

I P.\nT. MVR.I.

f.HM'. XVI.

la construction de nouvelles églises. Le style, d'ailleurs, est de la plus déplorable redondance. Ce n'est pas là cette saine et belle latinité des bonnes Vies des saints : c'est cette emphase, c'est ce mauvais goût qui ont caractérisé le xf siècle entre tous les siècles.

Or, je comprends bien rpi'un homme lettré, un clerc prenne entre ses mains un poème populaire, le travaille et le retravaille, le polisse et le repolisse, le rende élégant, le fasse joli. De tels faits peuvent être fiéquemment signalés dans l'histoire 'de la littérature. Mais qu'un poète populaire prenne entre ses mains l'œuvre d'un clerc, la dépolisse, la déjolive, si je puis parler ainsi, la rende à dessein rugueuse, grossière et brutale, lui enlève toutes ses élégances et les change en rudesses militaires, c'est ce que nous croyons véritablement impossible, et c'est ce qui n'a pu se passer à l'égard de nos Chansons de geste. L'auteur de notre Roland n'est pas l'abréviateur de la Chronique de Turpin : c'est le faux Turpin, tout au contraire, qui a été V arrangeur de notre Roland.

Prenons un exemple pour mieux faire saisir notre pensée. Nous choisirons l'oraison funèbre que Charlemagne, dans la Chanson de Roland et dans la Chronique du faux Turpin, prononce sur le corps inanimé de son neveu Roland. Dans ce seul passage nous surprendrons le faux Turpin en flagrant délit de plagiat, mais principalement en flagrant délit de mauvais goût.

Écoutez les paroles de la Chronique latine.

.... Invenit prias Garolus Rolanduni exanimalum jaceiilein, conversis brachiis supra pectus in effigie crucis positum, et circiiiens super eum, cœpit lacrymosis gemitibus et singultibus iucomparabilibus, suspiriisque innumerabilibus lugere, manus complodere, faciem suam ungulis laniare, barbam et capillos vellere, et dixit altis sonis mœrens : € 0 brachium dexteruin corporis mei, barba oplima, decus Gallorum, spatha justitiœ, hasta inflexi-

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