‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 65 sur 180 · IL N'Y A POINT D'ÉPOPÉE PROVENÇALE. U · texte numérisé non relu

IL N'Y A POINT D'ÉPOPÉE PROVENÇALE. U

sont consacrées h des héros et à des exploits dont le midi est le théâtre. Vous ne pouvez, d'un coup de plume, effacer les chansons de tout un cycle où le Midi tient autant de place. Ces poëmes sort un argument qui crie contre vous. »

Nous la connaissons, cette geste de Guillaume d'Orange; nous la connaissons, et nous en raconterons bientôt toutes les chansons à nos lecteurs. Nous les ferons rire avec Rainoart et pleurer avec AUscans. Mais, en vérité, le Midi n'a rien à réclamer dans la gloire de ces admirables épopées.

Le Midi a connu Guillaume; il a fidèlement conservé ce souvenir dans ses traditions orales ; il l'a chanté dans ses chants populaires. Mais c'est tout : le Midi ne lui a pas consacré une seule chanson de geste.

Guillaume, d'ailleurs, n'était pas un homme du Midi, et l'histoire nous permet de le considérer comme un parent éloigne de ce Gharlemagne, qui était, par tant de côtés, un homme du Nord. Un jour, voulant se faire représenter sur les bords de la Garonne par un autre lui-même, par une âme énergique, par une volonté de fer, Gharlemagne envoya là-bas, à Toulouse, ce grand comte Guillaume dont l'histoire ne parle pas assez. Cet autre Gharlemagne était chargé de veiller tout à la fois sur les Sarrasins, qui ne cessaient d'envahir, et sur les Gascons, qui ne cessaient de se révolter. Il remplit noblement ce double devoir. Mais les Français surtout ne sauraient oublier qu'un jour, en 702, cent mille Sarrasins se jetèrent brutalement sur la France, pour en faire la conquête définitive. Le comte Guillaume se précipita au devant d'eux, et il y eut entre les deux armées ou, pour mieux parler, entre les deux races, un choc épouvantable à Villedaigne-sur-l'Orbieu. Jamais on ne vit pareille bataille. Les chrétiens furent vaincus, sans

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doute, mais de telle sorte que les Sarrasins vainqueurs n'osèrent pas faire un pas de plus en avant et repassèrent les Pyrénées pour ne plus les franchir. Guillaume, donc, a fait plus pour la chrétienté et'pour la France que Charles -Martel lui-même n'avait fait à Poitiers. Villedaigne est un de ces faits que l'ingrate histoire ne recommande point assez à notre reconnaissance : Villedaigne est la date de notre délivrance, et nous ne saurions assez témoigner de gratitude au comte Guillaume, à ce véritable grand homme qui, quelque temps après, dégoûté de la gloire terrestre, se fit moine au couvent de Gellinc, et que l'on vit, durant plusieurs années, conduire au moulin le petit âne du monastère...

Eh bien ! je me demande ce que le Midi peut revendiquer dans cette admirable histoire qui a donné lieu à une épopée magnifique. Que de tels faits se soient passés au midi, je le veux bien ; mais l'origine d'une épopée ne dépend pas du lieu où se passe son action, et personne n'a jamais songé à dire que VIliade est l'œuvre d'un Troyen, parce que les événements s'y passent sous les murs de Troie. Quant à Guillaume lui-même, c'est presque un Tudesque. Le Midi a été successivement délivré par deux héros de cette race, par le vainqueur de Poitiers en 732, et en 792 par le vaincu de Villedaigne.

Mais que signifient ces petites revendications du Midi contre le Nord ou du Nord contre le Midi. La question est bien plus vaste ; elle est bien plus haute. A Villedaigne comme à Poitiers, c'est le sort de la chrétienté, c'est le sort du monde qui était enjeu. Ces épouvantables tueries, ces torrents de sang, ces milliers de morts, ont eu sur l'histoire une influence décisive. Le monde a été chrétien, au lieu d'être arabe; il appartient à Jésus-Christ, et non pas à Mahomet. Cette civilisation dont nous

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suimnes si iiers, cette beauté de notre loyer (loiiiesli(jiie, cette indépendance de nos âmes, ce caractère libre et ~ pur de nos femmes et de nos filles, c'est à Charles Martel et surtout à Guillaume que nous les devons, après Dieu.

Je ne dis rien de la France ; mais qui ne voit qu'elle aurait peut-être succombé, si Guillaume eût été vaincu moins héroïquement? Il en faut conclure que cette bataille de Villedaigne a du être aussi populaire au nord qu'au midi de la France. Il s'agissait en réalité du salut de tout le pays ; il s'agissait pour nous, comme je l'ai dit, de vivre ou de ne pas vivre. La France tout entière était haletante et dans l'effroi. Aussi la figure de Guillaume est-elle restée dans l'imagination et, pour ainsi parler, dans les yeux de vingt générations. On s'est représenté, pendant plusieurs siècles, ce rude batailleur, tel que nous le voyons dans Aliscans, fièrement juché sur un gros cheval, couvert de sang et s'enfuyant victorieusement devant les Sarrasins. Bref, il été partout honoré, partout célébré, partout chanté. Mais le Midi ne l'a célébré que dans ses traditions orales et ne l'a chanté que dans ses cantilènes, tandis que le Nord est un jour arrivé à lui consacrer toute une série d'épopées, toute une geste, tout un cycle. Ici, comme partout, le Nord est parvenu jusqu'à l'Epopée, et le Midi est resté en chemin.

Il faut que les Méridionaux en prennent leur parti. Le co premier théâtre de notre «rand mouvement épicrue a été « 'c nord scui

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la France du nord, la France où l'on disait oui, et non F'"^"'"''

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celle où l'on disait oc. Après avoir éclaté dans nos pro- ^''^'llpi',,,'"/"/""' vinces du nord de la Loire, ce mouvement s'est déplacé, et, depuis la fin du xi" siècle jusque dans la seconde moitié du xir, s'est surtout manifesté dans la région anglo-normande. Puis, de nouveau, aux xii"' et xiii'' siè-

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