DANS TOUT CE DEUXIÈME LIVRE
Ce que nous appelons « période de splendeur», dans l'histoire des P^popées françaises, s'étend depuis l'entier achèvement de leur formation jusqu'à l'avènement des Valois en i^'^S. Cette période embrasse plus de trois siècles.
Les dates extrêmes que nous venons d'indiquer nous paraissent facilement justifiables. Aux yeux de quiconque a étudié l'histoire de la poésie française, l'avénement des Valois est une date capitale. Alors tout change, alors tout se déforme*. Les traditions littéraires de la France sont brisées; la vieille poésie expire, et plusieurs
I p.\nT. i.ivK. II.
CHAP. I
La seconde
période do l'histoire de l'Epopée
française
s'étend depnis
le X'' on le xi'" siècle
jusqn'cn 13:28.
' Cette date de ravénemcnt des Valois est considérable à tons les points de \iH'. Avant la giiern; de Cent ans, la France était, à tout le moins, aussi peuplée que de nos jours; elle était i,^énéialcment riciie et jirospèro, et le sort des classes inférieures y était peut-être aussi fortuné qu'aux meilleurs jours des temps modernes. La guerre de Cent ans a tout cliangé; elle a fait de ce beau pays une terre dépeupb'c et misérable. C'est avec raison ([ue M. Siniéon Luce, dans sou excellent livre : La jeunesse de. Derlrund du Guesclin, fait remnntor la responsabilité de ce funeste changement à ravénemcnt des Valois et à rinfluence de cette « chevalerie de théâtre » dont Philippe Vf et Jean le Bon sont les plus illustres représentants. La poésie a subi le sort de la nation : elle est alors entrée dans la période de sa décadence, et cette décadence n'a pas duré moins de deux à trois cents ans. — Cf. Siméon Luce, 1. 1., p. 55 et .suiv. ; p. 150, etc.
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I PART. LIVn. II.
ClIAP. I.
Rlle pnit
so siilxiivisrr
en trois époques :
héroïque
(jiisipron H 37),
semi-hi'rnïqxte
lettrée (1226-1328)-
siècles s'écouleront avant ({u'on ose en créer une nouvelle. Plus d'épopée véritable; quelques cris sincèrement lyriques, et c'est tout. Pendant longtemps, on vivra sur la poésie du passé que l'on défigurera de plus en plus, et rien ne sera plus défiguré que nos vieilles chansons nationales.
D'un autre côté, nous faisons commencer notre (c période de splendeur » à l'entier achèvement de la formation de notre Epopée. VA, par là, nous faisons aisément rentrer dans le sujet de ce second livre ces poëmes primitifs, tels f{ue la Chanscm de Roland, dont nous avons dû déterminer plus haut les caractères et reproduire la physionomie. Ils sont le plus incontestable honneur de cette péiiode de splendeur qui, sans eux, ne serait plus digne de son nom.
Ces trois siècles, d'ailleurs, ne sont pas seulement remarquables au point de vue de la beauté de nos poëmes, mais encore et surtout au point de vue de leur diffusion, de leur popularité, de leur gloire.
Cependant, encore une fois, cette période est longue et, durant plus de trois siècles, notre poésie épique a du changer d'aspect. C'est ce qui est arrivé. (Juelle différence, quel abîme entre un poëme de 4328 et un poème des premières années du xii' siècle! Quelle différence même entre une chanson du temps de Philippe-Auguste et un roman du temps de saint Louis! Ce serait une tâche pénible et délicate que d'écrire ïllistoire des variations de VÉpopée française.
A cause de ces perpétuelles variations, nous aurionspu diviser cette seconde période de notre histoire eu trois époques dont chacune aurait son caractère dislinctif :
La première s'étendrait depuis les x*" et xi' siècles jusqu'en 1137 : nous l'appellerions époque héroïque.
La seconde durerait depuis l'avènement de Louis VII
pAUT. Livrt. Il
CHAI'. I
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l'i.w i»r sr.r.oNi) i.ivr.K. 197
jusqu'il celui de saiuL l.uuis, du 1187 ù {"l^lij : nous rappellciioiis éporjuc semi-héroïque.
La Iroisiùnie enfin se prolongerait depuis saint Louis jusqu'à Philippe de Valois, depuis ["lilii jusqu'à 18''2(S : nous l'appellerions c'porjue lettrée.
D'après les noms que nous donnerions à ces trois caracurcs
, 1 , , , , P • , • T 1 auxquels on pcul
époques, on peut des a présent se lan^e quelque idée du recoanaiuc
^ '■ , qu'un poème
caractère spécial fine chacune d'elles a revêtu. Avant de appartiem
11 al une
descendre dans le détail, nous pouvons établir ici que d" L's'îroTs les proportions plus ou moins considérables de l'élément héroïque sont, à nos yeux, ce qui dislingue le plus sûrement les poèmes des trois époques. Et par ces mots, (( élément héroïque » , il faut entendre un mélange de vertus et de vices spontanés, de pensées naïves et d'actions viriles, d'idées jeunes et presque enfantines, de conceptions sauvages et de mœurs presque barbares. Mélange singulier, et qui est particulier aux époques primitives.
J'ouvre une de nos Épopées françaises. Je l'estimerai d'autant plus antique que son signalement se rapprochera davantage du signalement suivant :
«Le sentiment militaire v domine, et non la ^alante rie ;
La guerre, et non la femme;
Le surnaturel, et non le merveilleux;
La légende, et non la fable: car, si la légende est à vingt lieues de Thistoire, la fable en est à mille lieues;
La simplicité et l'ignorance, et non pas l'étalage ridicule de la science de l'antiquité, ou de toute autre science ;
La vie enfin, et non pas la convuiitiun et la fornude. »
Mais qu'est-il besoin de tant de paroles? Vous avez lu Roland et Aliscans, ces deux chants les plus héroïques de toute notre poésie. Plus un poème semblera se rap-