Sire, dist Guenes, dunez mei le cungiod
' C'est particiihèreiuent dans la geste de Guillaume d'Orange (laquelle forme, pour ainsi dire, un seul et même poëme) que l'on peut signaler l'application de ces différents procédés : 1° kécnir plusieurs chansons en une seule. Le Couronnement Looijs n'est que le produit de plusieurs chansons soudées l'une avec l'autre ; mais la soudure, qui est fort ancienne, est si habilement faite, qu'on a été longtemps avant de l'apercevoir. = 2° sép.\rer plusieurs chansons, ou les RÉUNIR A VOLONTÉ. Dans les manuscrits de la Bibl. nat. fr 1449, 774, 368 et 24369, la Prise d'Orange n'est pas matériellement séparée du Charroi de Nîmes, et cette séparation, tout au contraire, a lieu très-nettement dans le ms. 1448. — Dans ce dernier manuscrit, le Département des enfans Aimeri fait corps avec les Enfances Guillaume, tandis qu'il forme une branche à part, un poëme indépendant dans les mss. de Londres et de la Bibl. nat. fr. 24369. Mais il convient d'ajouter que ces derniers textes nous offrent une rédaction absolument différente. = 3° i.mportance numérique donnée a une rranche. Nous emprunterons ici notre type à une autre geste, à celle des Lorrains : « Le caractère distinctif du manuscrit de l'Arsenal 181 et qui lui assigne une place distincte même entre les manuscrits de sa famille, c'est l'importance numérique qu'il donne à la branche de Girbert, laquelle est considérablement accrue au détriment des branches de Garin le Lolierain et d'Anseis (Bonnardot, Romania, III, 246). = 4° soudures entre divers poèmes plus ou moins légitimement JUXTAPOSÉS. La plus curieuse de toutes ces soudures est peut-être
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l'ART, I.IVU II CilAP. IV.
Il ne nous reslc plus qu'à parler de Charles. Celui-ci se sert de la copie de Philippe, mais il introduit dansl'antiaue chanson un esprit nouveau '. Charles est Lorrani et i.ardesremamoms
1 '■ qui veillent
voit tout en Lorrain. Il donne aux Lorrains la première ^"''■''J,"go'i„''""^ place dans le poëme, dont il respecte, d'ailleurs, l'affa- plfr^cuS*. bulation primitive. On voit qu'il possède merveilleusement la topographie de la Lorraine; mais il est aisé de remarquer qu'il ignore complètement la topographie de toutes les autres provinces, et il écorche déplorablement la plupart de ses noms de villes ou de pays. Il se soucie
celle qu'a imaginée le compilateur du manuscrit violemment abrégé du Chevalier au Cijrjne (Mus. Brit., Bibl. du Roi, 15 E VI). Voulant résumer trèsrapidement ye;'»s«/em après //e/ias et après une esquisse des Enfances Godefroi, il imagine ce couplet naïf : « Seigneurs, soyés en pais, france gent iionorée. — Orez chançon qui moult doit estre aimée; — Pour ceste avanture que vous ay comptée, — Furent prises les croix et la grant ost jostée. — |D]amp Pierre l'ermite à la barbe meslée — X premièrement sa grant ost assemblée. » Etc., c;c. (F" 289.) Le lecteur a sans doute remarqué que la plupart de ces vers sont détestables et faux : c'est sans doute l'œuvre du copiste lui-même. = 5° branches corpÉES DIFFÉREMMENT D.\NS TEL OU TEL M.\NrscKiT CYCLiûLE. Dans certains manuscrits des Lorrains, les deux épisodes de la mort de Begon et de son père terminent la branche de Garin au lieu de commencer celle de Girbert. Ces deux catégories de manuscrits sont clairement indiquées par M. Bonnardot [Rornania, 111, 227) : il en résulte que Tune de ces deux brandies est numériquement avantagée au déti'iment de l'autre (voy. plus haut le g 2).
' Voyez ce que M. Bonnardot û'\i{Roinania, II, 234) du groupe « lorrain » qu'il est forcé d'établir parmi les manuscrits des Lorrains. = Nous avons dit plus haut que le poëme d'Hervis n'est que le développement des 1200 premiers vers de Garin : oui, mais c'est un développement absolument messin et dû à l'esprit patriotique de la république messine à la fin du xii'= siècle. « M. Auguste Prost, qui a étudié la question de très-près, n'hésite pas à y reconnaître le tableau fidèle des mœurs et des institutions de la république messine à Pépoque qui vient d'être indiquée. » = Entre ces deux chansons d'IIeri'is et de Garin, il y a d'autres divergences encore, si l'on étudie surtout l'esprit qui les anime. C'est ainsi que, dans Hervis, le héros du poëme nous est présenté comme un bourgeois, et même comme un vilain, tandis que dans Garin (sauf eu trois manuscrits exécutés à Metz), il est toujours considéré comme duc et de race très-noble. = Parmi les exemples les plus intéressants de changements apportés par les copistes ou les renouveleurs à l'esprit d'un poëme {jriiiiitif, il faut signaler les vers 3011) et ss. de la Chanson de Roland. Le vieux poète normand avait composé de « Français» la première colonne de l'armée de Charleniagne, au moment où le grand P^mpereur va livrer aux Sarrasins une bataille décisive : « Si chevalciez el premier chicf devant, — Enseinblod vus -XV- miliers de )) Francs, — De baclielers, de nos meillurs vaillaiiz. » Ces vers ne firent pas Paffaire du rcmanieur auquel nous devons le manuscrit de Chàteauroux. Et, comme sans doute il était de Paris, il n'hésita pas à modifier ainsi qu'il suit les vers que nous venons de citer : « Ensanble o vos XX. M. Parisant, — Tuit baceler et noble conquérant. » (Edit. Th. Millier, p. 2ll.)>i(uis en rcparh'rons.
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fort peu de ces détails. Ce qu'il veut, c'est mettre en lumière la belle, la bonne, l'admirable Lorraine, et il termine son poëmeen montrant que, si la victoire demeure à Charles, c'est grâce à un corps de Lorrains dont l'Empereur s'était prudemment entouré. La rédaction de Martin est copiée par Gaucher et par Denis. Elle réussit... en Lorraine.
Cependant le manuscrit original, celui de Jean, avait été brûlé, dans l'incendie d'un château, en 1254. Celui de Simon avait également disparu; mais non pas celui de Philippe, qui avait été transcrit avec tant de scrupule sur le texte primitif. Au commencement du xy*' siècle, un copiste sans talent, du nom de Barthélémy, trouve ce précieux manuscrit dans la bibliothèque d'un chanoine de Langres : il le transcrit sans intelligence et comme un enfant transcrirait de l'arabe. Mais, quelques années plus tard, le manuscrit de Philippe était jeté à l'eau par des Anglais ou des routiers, et force nous est de recourir à celui de Barthélémy.
Ktal)lissciiient
licliiiilif (les funiillos
ot (les sous-familles
de mnnuscrits.
Si notre lecteur n'a pas été découragé par la sécheresse des pages précédentes, il comprend maintenant comment ont pu se former les diverses familles de nos manuscrits épiques.
Nous venons de ramener la question à ses plus simples éléments, en établissant tout à l'heure quatre ou cinq familles de textes.
En dehors et au-dessus de toute contestation, nous avons tout d'abord placé la version originale, dont les différents manuscrits formeraient (si nous les avions) la première et la plus auguste de toutes nos familles de textes. Or, cette version originale est, un jour, amplifiée
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par certain renouvolt'ur; elle est, un autrejour, abrégée par certain copiste; un troisième, enfin, ne craint pas de lui donner une disposition différente et change l'ordre de ses couplets ou de ses branches. Eh bien! voilà trois autres familles très-nettement distinctes. Il en faut conclure que les amplifications d'une certaine étendue, les abréviations violentes et les déplacements considérables sont autant de signes d'après lesquels on peut déterminer sûrement l' existence de familles ou de rédactions spéciales .
Et il y en a plusieurs autres.
Mais, tout au contraire, les bourdes et sottises de détail, qui fourmilleront dans telle ou telle copie, ne sont pas, à nos yeux, des caractères assez accentués pour nous décider à créer de nouvelles familles. Nous nous contenterons de donner à ces versions le nom de (( sous-familles )) ou de «groupes », et de les classer dans la famille avec laquelle elles ont les affinités les plus étroites'.
C'est ainsi que nous aurons, dans le cas précédemment exposé, quatre grandes familles de manuscrits : .1. Rédaction primitive; B. Rédaction amplifiée; C. Rédaction abrégée; D. Rédaction avec déplacement de branches.
Et telle est l'histoire de cette chanson, qui fut composée en il'20 et dont Jean avait été le premier copiste.
On remarquera, d'ailleurs, que nous n'avons pas dit un seul mot de la langue des manuscrits, ni de ces remaniements ou renouvellements spéciaux qui ont pour cause les changements survenus dans la versification. C'est à dessein que nous les avons passés sous silence,
1 PART. Livn. U.
CHAI». IV
' En achevant sou luiiy travail sur la classification des iiiaïuiscrits des /.o/vai/is, M. Bonnardot arrive à des conclusions analogues : « En un mut, dit-il, le tableau de ces manuscrits est dressé, quant aux familles, suivant les dilTérences spécifiques dans l'esprit et dans le texte <le la chanson primitive; quant aux groupes, suivant les variantes intérieures d'une même leçon identique ou sensiblement commune. « {Roinama, lU, 26:2.)
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pour ne parler ici que des copies plus ou moins altérées du texte original .
La langue et la versification ne sont, dans l'établissement de nos familles de textes, ni un élément nécessaire, ni un élément décisif.
Nous traiterons plus tard ces questions avec tous les développements qu'elles méritent. Il importe ici de ne rien confondre.