‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 9 sur 180 · DE LÉPOPÉE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LÉPOPÉE EN GÉNÉRAL

I PAKT. LIVR.l.

CHAP. I

La poésie épique

est postérieure

à la lyrique,

antérieure

à kl dramatique.

dra se montrer véritablement le représentant, le prêtre et le chantre intelligent de toute la création matérielle. Et tel est le premier de tous les genres de poésie, le plus antique, le plus noble. Les anciens l'ont rabaissé dans le nom qu'ils lui ont fait subir. Ils n'ont conçu les chants de louange et d'amour qu'accompagnés de la lyre, et c'est pourquoi cette poésie s'appelle lyrique.

Cependant les familles des hommes se sont multipliées sur la surface de la terre ; les premiers peuples se sont formés. Ils n'ont pu longtemps vivre ensemble; et, certain jour, on les a vus se séparer pour aller planter leurs tentes sous tous les cieux. La poésie des hymnes ne suffira bientôt plus aux besoins de ces nations primitives. Ces hymnes, à l'origine des choses, n'étaient dus et adressés qu'à Dieu : on ne tarda point à en faire honneur aux chefs des nations, aux grands guerriers, aux héros. Mais c'est ici qu'il fallut élargir le cadre trop restreint de rhymre ou de l'ode : car, malgré tout, on n'y put faire entrer, comme on le désirait, toute l'histoire ou, plutôt, toute la légende des héros. Alors un nouveau genre de poésie naquit de la nécessité : dans une série de chants moins enthousiastes et plus narratifs, on raconta tout à son aise les grandes guerres, les grandes adversités, les grands triomphes des peuples. Le premier caractère de ces rédts fut souvent le mythe : car le sens historique ne devait naître que plus tard. Déplus, ces récits légendaires furent essentiellement nationaux. La poésie lyrique est humaine : la poésie épique (car il est temps de la nommer) est nationale, "ettw est un mot grec qui signifie « dire, raconter )) : il convient bien à cette poésie qui, avant tout, est un récit '.

' « L'Épopée n'est autre chose, en effet, que la iioésie nationale développée, agrandie, centralisée. Elle prend à celle-ci son inspiration, ses héros, ses récits même; mais elle les groupe et les coordonne dans un vaste ensemble où tuus se rangent autour d'un point principal. Elle travaille sur des chants isolés

CHAP. I

DE LÉPOPÉE EX GÉNfilîAL. 5

L'humanité ne devait pas s'en tenir là. Elle se ■••art. livr. i passioima pour l'épopée, mais ne s'en contenta pas. Elle ouvrait volontiers les oreilles pour é(;outer les grandes actions de ses grands hommes; mais, l'aut-il tout dire? elle s'ennuyait quelque peu des longueurs de ces récits. Elle réclamait enfin quelque chose de plus court, de plus saisissant, de plus vivant. C'est alors que certains poètes eurent une idée qui était d'une simplicité et, en même temps, d'une fécondité merveilleuse. Au lieu de chanter un hymne aux héros, au lieu de raconter en longs chants les péripéties de leur histoire fabuleuse, ils réunirent quehpies-uns de leurs amis, de leurs voisins ou de leurs proches, et leur dirent : a. Vous allez prendre le nom, la physionomie et Thabit de tel ou tel héros; vous allez pai'ler et agir comme eux; vous serez Oreste, Agamemnon, Ulysse, Achille, Hector. )> C'est ce qu'ils firent, et l'humanité qui avait besoin qu'on lui sinqilifiàt ses plaisirs, l'humanité ravie, au lieu d'avoir à entendre une histoire, n'eut guère qu'à ouvrir les yeux et à contempler une actiun. On reproduisit ainsi tous les grands et terribles événements (Je l'histoire d'un peuple. Il y a un verbe grec, ôodoi, qui signifie « agir » : on en a tiié les mots drame et poésie i/ranKf/irjne qui expriment admirablement la nature essentiellement actlre de ce troisième et dernier genre de poésie ' .

et en fait une œuvre u)ie et liannonieusc. Elle efface les disparates, fond les répélilions du même motif dans un thème unique, rattache entre eux les épisodes, relie les événements dans un plan commun, et construit enfin, avec les matériaux de l'âge précédent, un vérilahle éilifice. » (G. Paris, Histoire poétique (le Chaiietnagne, 3, 4-.)

1 Cet ordre, dans lequel ont dû se suivre les trois grands genres de poésie, a été admis par le plus grand nombre des critiques. M. Bartsch l'a contesté et a dit : « L'ordre véritable est Épopée, Poésie lyrique. Drame, n {Revue critique, 1800, n° 5"2.) = Nous ne prétendons pas, d'ailleurs, que le Drame soit toujours sorti de l'Épopée (ce qui ne serait pas vrai pour la France) ; mais nous nous bornons à aflirmer que le Drame est généralement postérieur à rÉ|)opée. = Le Drame enfin est s nivent sorti de la liturgiiMl'un peuple; il est né souvent dans les temples.

CHAP. II

L'Épopée

est la nari'atioM

poétique

qui précède

les temps

•où l'on écrit

l'histoire.

6 ÉPOPÉES N.\TURELLES

On peut voir, d'après ce qui précède, quelle place occupe l'Épopée dans l'histoire poétique de l'humanité. Il est maintenant facile d'en saisir la nature et d'en formuler la définition : i C'est la narration poétique qui précède les temps où l'on écrit F histoire \ »

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