POPULAIRE AVAIT ATTRIBUÉ LA MÊME VALEUR A TOUTES
LES SYLLABES ; OU imposa à chaque vers les mêmes proportions syllabiques; on indiqua à l'assonance telle ou telle place exacte après la tonique ; on donna aux syllabes accentuées la valeur des longues ; on assimila à une accentuée une syllabe qui était séparée de la tonique principale par une autre syllabe (soit qu'elle la suivit, soit qu'elle la pi'écédùt), et, grâce à cet artifice, grâce à cent autres facilités qu'on se donna, on arriva à bâtir
' Voyez les gg 18, i'J de liiNolc.
I PAItT. I.IVn. II.
CIIAP. VII.
LA VEliSIFICATION DES CHANSONS DE GESTE.
I PAIiT. LIVR.
CHAP. VII
des vers rhythmiques qui ne furent pas sans analogie avec les vieux vers des premiers temps de Rome.
Le mètre cependant avait passé par là, et il avait servi de transition entre les deux versifications rhythmiques, ranciemie et la nouvelle.
Dans la création de cette versification nouvelle, le rhythme avait eu le principal rôle, et la versification métrique n'avait guère fait que nous offrir certains types, certains cadres, certaines dimensions de vers. C'est ce que nous voudrions avoir suffisamment mis en lumière.
On partit de ces vers d'Horace ;
Vidiiiius flavum Tiherim. retortis Litlore Etrusco violenter undis, Ire dejectum monuinenta régis Teniplaquo Vesln^
et l'on en vint à ceux-ci ;
Pastores curruiit, canins audienles, Natum videre pannis involuluni :
Mariœ natum vident in prœsepe ; Redcunt lœti •...
La versificilion
française
ne dérive pas
directnmcnt
de
la versilicalioii
rliyllimiqne
ou populaire
des Romains ;
mais de
certains mèlros
liturgiques
qui s'étaient
peu à peu
modities
et transformés
sous l'influenco
de la poésie
populaire.
Or, c'est ce système, c'est ce même système que nous prétendons appliquer aux origines de la versification française '^.
Nos pères, durant toute la période mérovingienne et jusqu'à la fin du x' siècle, avaient chanté des chants populaires rhythmiques, c'est-à-dire fondés sur le syllabisme, sur l'accent et peut-être sur l'assonance. D'autre part, ils entendaient chanter à l'église, et chantaient eux-mêmes ces vers latins, d'origine métrique, mais de
' Voyez les gg 19,20 de la Note. — ' IbUI., gjî -21, '22.
LA VKIISIFICATION KKS CHANSONS l)K (iLSTK. 299
fabrication rhylhmique, dont nous venons d'esquisse)l'histoire à grands traits.
Eh bien ! nous pensons qu'ils ont appliqué à leur versification les procédés, tous les procédés de la versification rhythmique : le syllabisme, l'assonance et surtout l'accent.
Mais on voudra peut-être nous accorder qu'ils ont pu prendre pour types de leurs nouveaux vers — de la proportion et de l'étendue de ces vers — un certain nombre de vers latins qui avaient, depuis longtemps, conquis parmi eux une véritable popularité.
Ces vers, notez-le bien, ils ne les connaissaient que pour les entendre chanter. Ils ne les lisaient point : ils les chantaient. Mais, chose capitale et qu'il ne faut point oublier, ils les chantaient sur certains airs qui donnaient à toutes les syllabes une valeur égale ou à peu près égale. De là à les imiter presque involontairement, il n'y avait pas loin.
C'est ainsi, c'est par le fait de cette imitation inconsciente que l'asclépiade a pu donner l'idée de construire l'alexandrin; c'est ainsi que le dactyliquc trimètre a pu donner naissance au décasyllabe de nos Epopées.
Peu importe que l'accent se trouve, dans le vers latin, à telle place, et à telle autre place dans le vers français. Peu importe : car le vers français a été fait, par analogie, sur un vers latin chanté, liturgiquement chanté.
Voilà pourqnoi l'asclépiade, l'iambique dimètre et le dactyliquc trimètre nous ont fourni certains types de vers français, tandis que l'hexamètre et le pentamètre ne nous en ont fourni aucun.
C'est que les uns ont été chantés (et chantés dans les églises), et que les autres n'ont pas été admis à cet honneur.
En résumé, l'alexandrin a été Hut sur le modèle, sur
I l'AlîT. I.IVU. 11.