HAÏ'. XV
■m ANALYSE DU CHARROI DE NIMF.S.
" ''cHvi'xv' "■ Quant à Guillaume, il ne s'émeut guère. 11 va gravement payer les droits de guloiiage et réclamer la protection due aux marchands : « D'où êtes-vous » ? lui demandent les deux rois Otrant et Herpin. — « D'An- « gleterre », répond Guillaume qui sait mentir avec une merveilleuse assurance. « Nous sommes de Cantorbéry ». — « Etes-vous marié »? — u Je le crois bien : « j'ai dix-huit enfants », — « Et vous vous appelez »?., — « Tiacre ' ». Puis, tranquillement, il fait l'éloge de sa marchandise. « J'ai de l'encens, du vif-argent, de (( l'alun, du poivre, du safran, de la pelleterie, du ^ a cuir " ». Avec le même sang-froid imperturbable, il raconte ses voyages en Angleterre, en Espagne, en Italie, en France. \ Cependant le roi Otrant considère avec curiosité la figure du prétendu marchand. « D'où (( vous vient cette grande bosse sur le nez? Elle me « rappelle Guillaume au Court Nez, le fds d'Aimeri de u Narbonne. Si je le tenais ' » ! Pendant que Guillaume explique tant bien que mal cette conformation de son nez, une dispute s'élève entre ses gens et les païens. Le roi Herpin prend parti pour les siens ; il va jusqu'à tirer la barbe de Guillaume, et lui en arracher une poignée ^ Le comte français ne saurait supporter en paix une telle injure : peu s'en faut que, terrible, il ne relève la tête, et ne s'écrie à haute voix : « Je suis Guillaume (( Fièrebrace, fils d'Aimeri de Narbonne ». Mais il sait encore se taire, et, sans dévoiler son nom, renverse à terre et tue d'un coup de poing le malheureux Herpin ". Puis, sans retard, il embouche son cor et en sonne trois fois. C'était le signal convenu '. Les barons fran-
1. Le Charroi de Nîmes, édit. Jonckbloet. vers 10S6-1121. — 2. Ibid., vers 1122-1136. — 3. Ibid., vers 1137-1189. — 4. Ibid., vers 1190-1214. — 5. Ibid., vers 1215-1318. — 6. Ibid.. vers 1319-1363. — 7. Ibid.. vers 1364-
çais sortent soudain de lenrs tonneaux, l'épée au poing, criant : « Moutjoie! Montjoie ^ »! Les païens sont surpris, sont atteints, sont massacrés; toute la terre est couverte de leur sang. Le roi Otrant, qui ne se veut point convertir au vrai Dieu, est jeté du haut d'une maison avec cent de ses païens. Les Français vainqueurs
envoient à l'Empereur la nouvelle de leur triomphe
Nos lecteurs savent maintenant comment Nîmes tomba au pouvoir du comte Guillaume '.
1. Le Charroi de Kimes, édit. Joackbloet. vers 1360-1387, — 2. Ibid. vers 1388-1471.
Il PART. LIVK. II.