DOIT LUI RESTER
(Prise d'Orange '.)
Analyse Giiillciume cst ù Nîmos et jouit de sa coïKiiiète. 11
(le la J 1
Prise d-oraage. g^ Riet iiiix ienètivs (lii pultiis d'Otraiit, voit la rose en fleiiis et entend le ebant de l'alouette.
\ NOTICE BIBLIOGKAPHIQUE ET HISTOKIQIE SLR LA CHANSON DE
LA PRISE D'ORANGE. I. BIBLIOGRAPHIE, l-^ Date et lieu d'origine DE LA COMPOSITION. Cl. La Pvise d'Orctuge, clans sa rédaction actuelle, ne parait pas antérieure au treizième siècle. — b. Comme nous l'avons prouvé dans notre Notice des Enfances Guillaitme, il a certainement existé une rédaction plus ancienne de la Prise d'Orange. — c. Cette ancienne rédaction de la Prise d'Orange était intimement liée avec une ancienne rédaction des Enfances; les deux poèmes n'en faisaient qu'un. — d. C'est sans aucun fondement que M. Dozy fait honneur à la Picardie de cette seconde rédaction de la Prise d'Orange qui est parvenue jusqu'à nous. On y invoque, il est vrai, « saint Riquier » et « saint Morise qu'on quiert en Amienois » ; mais ces expressions se retrouvent aussi dans Aimeri de Narbonne et dans vingt autres poëmes qui n'ont rien. Ai picard. Ces formules (car ce ne sont que des formules) sont presque toujours nécessitées par la rime, et on aurait tort d'y attacher trop d'importance. — e. On a dit, avec beaucoup plus de justesse, que le Charroi est une tradition du nord et la Prise d'Orange une tradition du midi : les troubadours, en effet, font plus d'une fois allusion au dernier de ces poëmes, et pai-aissent ignorer tout à fait le premier. Toutefois il conviendrait de ne rien exagérer. Raconté par l'auteur de la Vita sancti Willelmi d'après des légendes populaires, répété par Orderic Vital, le récit de la Prise d'Orange dut conquérir partout une popularité facile. Mais il n'est nullement prouvé que la première partie du Charroi notamment, n'ait [)as été, au midi comme au nord, l'objet de chants lyriques et de traditions orales. — 2» Auteur. La Prise d'Orange est anonyme. — 3» Nombre de vers et nature de la versification. Dans le manuscrit français 1448 de la Bibl. Nat., la Prise d'Orange renferme 1548 vers; dans les trois
ANALYSE DE LA /'/{/.S7: DOIUi^GE. 393
Cepeiklaiit (uiillaume s'ennuie.
Que manque-t-il ii ce vainqueur? Il a de Ijeaux desmanuscrits français 774. 1449 et 368, 1880 vers; dans le manuscrit 24369 (anc. 23 La Vallière), 1696 vers. La version du manuscrit de Boulogne est plus développée que celle de tous les manuscrits de Paris. = Dans tous les manuscrits (sauf celui de Boulogne où il y a quelques laisses rimées), cette Chanson est en décasyllabes assonances ; aucun texte ne présente le petit vers à la fin des tirades. — 4° Manuscrits connus. Il nous est i-esté neuf manuscrits de la Prise d'Orange : a. Bibl. Nat. fr. 1448 (du f" 100 r" au f" 109 r»), treizième siècle. — b. British Muséum, Bibliothèque du Roi, 20 D, XI (du fo 118 ro au f" 124 yo), quatorzième siècle. — c. Bibl. Nat. fr. 1449 (du f" 48 r" au f« 60 r°), treizième siècle. — cl. Bibl. Nat. fr. 774 (du f" 41 v" au f" 52 v»), treizième siècle. — e. ^lanusorit de Boulogne (du f<* 47 v° au i° 62 r°), treizième siècle. — /". Manuscrit de Berne, n" 296. treizième siècle. — ff. Bibl. Nat. fr. 24369, anc. La Vallière 23, (du l^ 100 r» au f» 110 \°), quatorzième siècle. — h. Bibl. Nat. fr. 368 (du f'^ 167 r» au f" 173 r»), quatorzième siècle.
— i. Milan, Bibl. Trivulziana (treizième siècle). =^ Dans les manuscrits 1449, 368 et 24369, la Prise d'Orange n'est pas matériellement séparée du Charroi. =: Dans le manuscrit 1448, au contraire, cette séparation e.'ciste, et cependant le copiste de ce manuscrit a jugé bon de supprimer les deux annonces du trouvère : « C)yez, seignor, que Dex vos beneie » et : « Oyez, seignor, franc chevalier honeste ». = Dans le manuscrit de Boulogne (qui contient d'ailleurs la version la plus longue), le jongleur a imaginé, pour relier la Prise d'Orange aux poèmes qui vont suivre, une transition qui ne se trouve point dans les autres textes : « Pris a Orenge dant Guillame li ber — Et dame Orable a fait crestiener. — Teus'LX- ans l'ont aidié à garder — C'ainc sans calenge ne menga •!• disner. — Or li covient grans peines endurer :
— Que rois Tibaus repaire d'outremer. — Forment menache Guillame à desmenbrer, — Mais ne porra vers Guillame durer — Por la bataille en Alessans sur mer ». — Ce manuscrit de Boulogne, que nous avons étudié avec soin, présente une ver.sion qui, en certaines parties du poëme, ditfère des autres pour la forme, tout en étant la même ])Our le fond. Toute la tin, notamment, ofïre une rédaction spéciale depuis ce couplet : Li cn.ens Bertrans fu dolanz et pleins d'ire. Nous avons dit déjà qu'au milieu des couplets assonances, on a intercalé quelques tirades rimées. Ce texte est véritablement inférieur à celui du ms. 774 que nous préférons, d'ailleurs, à tous les autres. = Le manuscrit 24369 (anc. 23 La Vallière) se contente d'ajouter quelques vers à la dernière tirade des manusci'its 771 et 368. Ceux-ci disaient en terminant : « Li quens Guillaumes ot espousé la dame. — Puis estut il tiex "XXX- anz en Orenge — Mes aine un jor n'i estut sans chalenge », et on lit dans le manuscrit La Vallière : « Souvent estoit en mellée et en tence
— Et combatoit vers la gent mescreande. — Des ores mes ses granz paines commencent. — Vers moi se traie qui les voudra entendre — Q'en chanterai qui reson en sai rendre » (1'*^ 110 v"). — 5" A'ersion ex prose. Il n'e.xiste, à notre connaissance, qu'une version en prose de la Prise d'Orange : c'est celle dont nous puijlierons \^\\^s, loin un extrait d'après le manuscrit français 1497 de la Bibl. Nat. 'f"^ 169 i-"-189 r»). En voici les Rubriques : « Comment Guillav.rne et ses comjiciignons conquirent le palaix d'Orange que on nommoit Gloriete juir l'enditetnent, consseil et aide du chamhelluin Aatis et de Orable, la fille Desramé (f» CLXxin r°). — Comment Guielin, le nepvexi Guillaume le marchis, amena de Nismes le secours jjur lequel Orange fut conquestee(i° ci.y.yixiu\"). — Comment Taillemont le Sarrasin passa mer pour aller devers le roi Desramé fere la perdit'ion de Nistnes, d'Orange et
II l'Aar. i.ivu. II.
CHAP. XVI
11 PART. LlVli. II.
nlAI . NVl
triers, des hauberts, des heaumes, des épées à la garde dorée, du froment et de bous vins. Mais il est loiu de
de sa fille Oruhle (f" clxxxvii i-oj. —6° Diffusion a l'étranger, a. M. Siichier ( C"(?èe>' die Quelle Ulrich voa dein l'uvlia iind die œlteste Gestalt der Prise d'Orange. Paderbora, 1873, in-S») a nié que Wolfram d'ICscheubach ait connu d'autres poëmes français que YAliscans. A coup sûr, il avait ouï parler de la Prise d'Orange puisqu'il dit quelque part : « "\'ous avez entendu et on n'a pas besoin de vous raconter une seconde fois comment Guillaume consentit ;i servir; comment il conquit Arabelle (Ûrable) et comment beaucoup d'hommes y périrent » (éd. Lachmann, p. 426). Dans son Arabellens Entfûhrxing, Ulrich von deni Turlin, qui écrivait vers le milieu du xui' siècle, s'est borné à développer avec son imagination les données de Wolfram : c'est la doctrine de Suchier (1. 1.) et nous ne faisons pas difficulté de l'adopteifc — b. Le compilateur des Nerbonesi a délaj'é notre Prise d'Orange avec sa loquacité ordinaire (lib. IV, cap. v). — 7° Édition imprimée. M. Jonckbloet a publié en 1854 le texte de la Prise d'Orange {Guillaume d'Orange, I, pp. 113-1G2). La base de cette édition est le manuscrit 774 de la Bibl. Nat. ; les variantes sont tirées du manuscrit 308. En décembre 1867, le même savant a traduit la Prise d'Orange {Guillaume d'Orange, le Marquis au Court Xea, pp. 165-203). — 8" Travaux DONT CE POEME A ÉTÉ l'objet. rt. Daus uii livre des plus médiocres, l'Histoire nouvelle de la ville et principauté d'Orange, le P. Bonaventure de Sisteron, crédule historien, ne manque pas d'admettre le récit fabuleux de la T'i7« sancti Willclmi touchant la prise d'Orange i)ar Guillaume au Court Nez. Il cite et traduit toute cette vie de notre héros et n'hésite pas à voir en lui « le fondateur de la principauté d'Orange » (p. 18 et suiv.). — b. En 1852 parut dans la Revue archéologique une Notice historique et archéologique sur Orange, par ]M. J. Courtet (p. 336j. La pensée dominante, dans tout ce travail, c'est que la légende a fondu en un seul et même personnage Guillaume I, comte de Provence, et saint Guillaume de Gellone. — c. Dans le tome XXII ds l'Histoire littéraire (pp. 495-498;, M. Paulin Paris a donné, en 1852, une brève analyse de la Prise d'Orange. — d. Deux ans plus tard, M. Jonckbloet publiait le texte de la Chanson, en étudiait avec soin les éléments historiques {Guillaume d'Orange, II, 67-79), et s'attachait à démontrer l'existence d'une ancienne rédaction du vieux poëme. — e. Enfin L. Clarus, dans son Herzog Wilhelm von Aquitanien (1865, pp. 220--228), a résumé la Prise d'Orange d'après l'Histoire littéraire et JoncJ>.bloet. Partisan exagéré de l'authenticité complète de la Vita sancti Willelmi, L. Clarus serait assez tenté d'en croire le pieux biographe sur sa parole, lorsqu'il raconte la conquête d'Orange par Guillaume. — f. Jonckbloet, enfin, par sa traduction de notre Chanson, a essayé de lui donner une popularité qui lui manquait depuis longtemps. — 9° Valeur littéraire. C'est avec raison que L. Clarus et Dozy considèrent la Prise d'Orange comme une des parties les plus faibles de tout le cycle de Guillaume. Il est véritablement regrettable que l'ancienne rédaction ait disparu : l'idée que nous en donne VArabelens Entfiihrung est de nature à augmenter ces regrets. Quant au texte actuel, placé entre deux Chansons aussi remarquables que le Charroi et le Coienant Vivien, il perd étrangement à une comparaison qui est inévitable : c'est un plat recueil de lieux commuas épiques qui relie deux chefsd'œuvre et leur sert de repoussoir.
II. ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA CHANSON. On ne peut établir que les propositions suivantes : 1' Le seul texte quasi historique sur lequel
ANALYSF. DE LA PJlISi: lYORASGE. 395
la France, et il a oublié crameiier avec lui des ionerleurs " r'^«T. l^b m.
«' O CilAP, XVI.
et des ilionoiselles. Puis les Sarrasins le laissent trop
puisse s'cqjpityer notre Chanson est le fameux passage de la Vita sancti Willelnii : « Ad u)-bem Arausicam ar/niina disjwnit [Willelniu.s] et castra, • quam illi Hispani cum siio Tlieobaklo jampridem occupaverant : ipsam facile ac brevi cœsis atque fugatis enpit invasoribiis. Erepta autem urbe, plaçât omnibus ut sibi eam detiueat i'aciatque primani suce iiroprietatis sedem : unde et civitas illa ad tanti ducis gluriant famosissima multuinque celebris 'inagnique nomiais per totuin hodieque mundurn conimemoratur ». (Acta Sanctorum Maii, VI, p. SI?.) — 2° Orderic Vital a répété à peu près la Vita dans les mêmes termes : « A Carolo [W'illelmus] dûx Aquitanite constituitur eique legatio contra Theobaldum regem et Hispanos atque Agarenos injungitur. Alacriter Se])timaniam ingressus, Rhodanum transivit, Arausicam urbem obsedit et fugatis invasoribus eripiiit ■» {Historia ecclesiastica, éd. de la Société de l'histoire de France, III, 6, 7). — 2>'^ Le témoignage de la \i\.a. et celui d' Orderic ne sont confirmés par aucun fait historique, et le fait de la prise d'Orange jjar Guillaume est absolittnent fabuleux. « Jamais, dit M. Aug. Leprévost, résumant ici les données de la science, jamais, sous le gouvernement de Guillaume, les invasions musulmanes n'at- ■ teignii'ent les bords du Rhùne et encore moins le territoire d'Orange. Il faut remonter jusqu'à l'époque d'Ambissa et d'Eudes pour trouver quelque événement dont la tradition ait pu servir de base aux fictions du biographe » (EJ. d'Orderic Vital, 1. I, p. 7). — A.^ Le personna.ge de Thibaut est aussi fabuleux que la conquête d'Orange : « Parmi les rois et les généraux musulmans contre lesquels Guillaume eut à lutter pendant une carrière militaire assez longue (789-806), nous n'en voyons aucun dont le nom puisse se rapprocher de celui-ci. Ce furent Abd-el-Vahid-Ben-Mougeith, et Abdallah- Ben-Abd-el-Mélik jusqu'en 796; puis le roi El Hakem; puis les chefs Bahloul, Aboutahir, Foteis-Ben-Soliman et Zaïdoun » (Aug. Leprévost, 1. I, p. G). — 5" C'est sans aucune j))-eui-e sérieuse que L. Clarus a ^^r étendu que le plus ancien biographe de Guillaume {l'auteur de la Vita sancti Willelmi) i^ou- V AIT bien avoir raison; que les Maures ont souvent débarqué sur les côtes de Provence et deSejHimanie, et qu'ils ont pu pénétrer Jusqu'à Orange, etc. — 6" Onj)eut, de tout ce qui précède, conclure que l'auteur de la Vita a réellement piuisé dans certains Chants popiulaires de son temps, et non dans l'histoire, le récit de la pirise d'Orange et le nom de Thibaut, etc. En d'autres termes, c'est la poésie qui, ici, a servi de base à l'histoire, et non l'histoire à la poésie. Du reste, un tel fait n'inculpe en rien la sincérité de Fauteur de la Vita; il a prêté l'oreille aux Chants populaires qui célébraient son héros et leur a trouvé un accent profondément historique, confirmé par des traditions orales qu'il ne pouvait récuser. Nous avons déjà fait observer que la première partie de son œuvre, consacrée à la gloire militaire de son héros, est pleine d'inexactitudes involontaires, et qu'on doit surtout ajouter foi à la dernière partie ou il raconte les vertus monastiques de Guillaume. — 7" Guibourc est un personnage historiqxie ; on en trou.ve le nom dans la charte de fondation de Gellone, où Guillaume j)arle de ses deux femmes Cunégonde et Guidburge (Acia Sanctorum Maii, M, 810). — 8" Mais la légende épique d'Orable n'a, d'ailleurs, aucun fondetnent historique. Trop préoccupé de retrouver des héros réels dans tous les héros de la geste de Guillaume, M. Jonckbloet a rapproché de notre poème le récit d'un miracle opéré par les reliques de Guillaume : ce récit, tiré des Miracula sancti Willelmi, pourrait bien être du même temps et de la même main que la Vita elle-même, c'est-à-dire du onzième siècle. Le légendaire raconte qu'une
396 ANALYSE DE LA PRISE /> Ofi.lAG/:.
'' 'c.m^.Tvr; ''■ l<^»g^<?mps dans le repos : « Je m'ennuie », dit-il sans cesse, « et me figure être ici en prison ». Il a vraiment
éuergumène du nom de « Gitburgis », d'uu pays voisin de Gellone, fut ame- • née i)ar ses amis au tombeau de notre saint. Elle poussait des cris horribles, aboyant comme un chien, rugissant comme un lion, etc. « Quid plura? Beatus Willelmus pro illa intercedit, et illa statim beati Willelmi precibus et meritis plene ac perfecte sanata fuit ». En reconnaissance de ce bienfait, « elle quitta son mari et prit l'habit religieux » (Acta Sanctovum Maii, VI, p. 82i b). Après avoir cité ce miracle, M. Jonckbloet ajoute : « Qui ne voit « là un remaniement monacal de la conversion et du mariage de Guibourc » {Gvillai'me d'Orange, II, 69)? Nous avouons volontiers être de ces aveugles qui ne voient absolument rien de commun entre les deux légendes. Dans nos poëmes, Guibourc est une jeune femme qui se prend pour Guillaume d'un amour adultère et ne se fait chrétienne que pour ré[)Ouser; dans le miracle latin, Gitl)urge est une possédée qui, guérie par la prière de saint Guillaume, a désormais horreur dii lien conjugal et se fait nonne. La comparaison n'est pas soutenable. — 9" Le seul clément véritablement historique de la Prise d'Orange; c'est la conquête de la Septimanie et despai/s roisi>is au commencement du huitième siècle, par Alsamah d'abord, jmr Ambissa ensuite', ce sont, pour mieux dire, les invasions successives des Musulmans dans cette partie de la France, invasions dont le souvenir est demeuré si vivant jwrmi ces populations).
III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. 1« Nous avons signalé plus haut les dift'éi-ences considérables entre la Prise d'Orange telle que nous la possédons aujourd'hui, et l'ancienne rédaction de cette Chanson qui comprenait les Enfances (Voy. notre Notice des Enfances Guillaume.
2" L'auteur des Nerbonesi place avec raison le récit de la Prise d'Orange immédiatement après celui du Charroi de Nimes. Guillaume coupe les vivres à la cité païenne, et l'on y meurt de faim. Or, dans les prisons de la ville qu'assiègent les chrétiens, se trouve Guyon, lils d'Anseïs de Carthage. Il parvient à s'échapper, gagne le camp français et raconte à Guillaume toute l'histoire de sa captivité. Il ne tarit pas sur la merveilleuse beauté de dame Orable et enflamme ainsi le cœur du fils d'Aimeri [Nerbonesi, lib. IV, cap. v). Guillaume pénètre dans Orange avec Guyon qui lui sert de guide: «Nous sommes», disent-ils, « des voyageui-s, et nous avons vu le roi « Thibaut à Raguria. Même il nous a remis une lettre pour Orable sa femme». Entrevue secrète de Guillaume avec Oi-able; coquetteries, baisers. Il est entendu que si Guillaume est vainqueur du païen Dragonetto (qui est le chef des païens d'Orange), il sera le mari de la belle Orable (cap. vi et vu). Guillaume retourne à Nîmes et organise à la hâte une expédition contre Orange. Par malheur, le commencement des hostilités est fatal aux chrétiens : ils sont vaincus et perdent tour à tour Guyon, fils d'Anseïs, et Piobert d'Avignon, qui succombe sous les coups du terrible Dragonetto. Guillaume demeure seul au milieu de la mêlée et se Voit lui-même obligé de fuir. C'est une déroute complète, c'est presque un anéantissement du nom chrétien (cap. vni-x). Joie des païens. Orable semble partager leur enthousiasme, mais elle est fort triste au fond : car elle aime Guillaume. Celui-ci rentre à Nîmes, demi-mort, honteux, lugubre. Bertrand relève son courage et l'engage à aller demander du secours au roi Louis. Il y va sans plus attendre ; mais le roi le reçoit fort mal, et Guillaume entre en rage. Là-dessus la Reine intervient, la Reine qui est la sœur de Guillaume, et elle obtient de son mari tout ce que demande son frère. Louis
ANALYSE UE LA PRISH DOIilSGR. 367
bien tort de se plaindre : le jour ne s'écoulera ponit '"■,'";, '^\."avant ({n'il n'ait reçu de terribles nouvelles.
donne quatre mille chevaliers au fils d'Aimeri, et l'on prépai-e une nouvelle exj)édition contre Oranye ("cap. xi-xii). Cette fois' les Français sont vainqueurs : Drag'onetto meurt dans la bataille; Orablc est baptisée et s'apjiellera désormais Tiborga; elle épouse Guillaume qui ne s'endort pas dans les délices de cet amour, et se met à fortifier Orange (cap. xni). Il a raison de s'inquiéter aussi de l'avenir : car une nouvelle guerre avec les Sarrasins ne peut tanler à éclater et il faut s'attendre aux fiu-eurs du premier mari d'Orable. Siège de Narbonne par Thibaut; duel de Bertrand avec le roi Arpin; sortie de Guillaume à la tète de cinq cents chevaliers; attaque nocturne du camp païen; victoire des chrétiens (cap. xiv-xvin). Nouveaux exploits de Guillaume; son combat singulier avec Thibaut; défaite des Français; famine dans Orange qui est assiégée depuis sept ans. Guillaume se décide à réclamer une seconde fois l'aide de ses frèi'cs et celle du roi de P>ance ; mais cette fois il n'y va pas lui-même et se contente d'y envoyer Bertrand (cap', xis- XXII). Celui-ci éprouve les plus grandes difficultés à traverser les lignes païennes ; mais y parvient enfin, grâce au merveilleux cheval Serpenton (cap. xxiii). Le messager réussit auprès de ses oncles, auprès des frères de Guillaume, mais non auprès du roi Louis. L'auteur italien reproduit ici presque littéralement la scène qu'il a racontée plus haut, et qui est empruntée à notre Aliscans. Le fils de Charlemagne fait à l'envoyé de Guillaume un fort mauvais accueil : colère de Bertrand, intervention de la Reine. Malgré la résistance des Mayençais, le roi se décide enfin à secourir Guillaume. Il fait un appel suprême à tousses barons et leur donne rendezvous à Pietrafitta (cap. xxiv-xxvi). U ne reste i)lus qu'à obtenir le concours d'Aïmer le Chétif et Bertrand va le lui demander en Espagne. Il trouve Aimer fort occupé par une guerre dont le Portugal est le théâtre, et dont le récit est absolument étranger à notre sujet; mais il finit par l'entraîner à la délivrance de GuUlaume (cap. xxvii-xxxviii). Donc, voici deux armées chrétiennes qui se portent au secours des chrétiens d'Orange : l'une est celle du Pvoi, l'autre celle d'Aimer. Toutes deux forment un effectif de cent quatre vingt mille honmies. Commencements de la grande bataille sous les murs d'Orange. La ville est ravitaillée par Bertrand et ^'ivien ; Guibert d'Aadrenas et Guérin d'Anséune sont mortellement frappés par Thibaut, qui ne farde pas A recevoir, de la main de Vivien, une terrii)le blessure au bras (cap. xxxix). Trêve de dix jours : Thibaut lève le camp et Louis retourne à Paris. Mort d'Aïmer dont les jjlaies sont empoisonnées. Funérailles solennelles de Guibert et de Guérin. CHiillaume, vainqueur, reste dans Orange avec cette Oz'able qui est prochainement destinée à tant d'autres épreuves (cap. xli-xliii). = Si nos lecteurs ont bien suivi l'analyse que nous venons d'écrire à leur usage, ils se seront aisément convaincus que ce résumé se divise en deux parties, dont la première s'achève à la fin du chapitre xiii. C'est cette première partie qui, seule, cori'espond à notre Prise d'Orange.
3" L'auteur de la version en prose du manuscrit 1497 a fait subir à la Prise d'Oraag:; les plus singulières modifications, qui en ont d'ailleurs altéré la forme pluti'it que le fond. Le fragment suivant en donnera quelque idée : « Coranienl Guillaume et ses com2'>aignons conquirent le i.alaij; d'Orange que on nommoit Gloricte par Voiditanent, consseil et aide du chambellain Aatis et de Orable, la fille Desramc. La damoyselle... s'esbabatoit privéement, sans mal pencer, avecques Guillaume qin, par grant amitié, lui prestoit moult souvent sa bouche. El elle, d'aulfre part, ne lui relfusoit mye la sienne. Ainçois l'anprunttoient l'un de l'autre et rendoieut sur
II r.VKT. I.IVR. Il CIIAP. XVI.
3ri8 ANALYSE DK LA PRISE DORA^GH.
Noir, maigre, velu, décharné, quel est ce misérable — là-bas, qui passe le Rhône, gravit la montagne, tra-
la place les baisiers amoureux, en devisant emssarable, cuidaus esfa-e seurement et à leur privé, et attendaiis Teure que ils s"en dévoient le lendemain allei* par une porte saillant aux champs du costé de Xismes. sans entrer dedans la ville, et sans eulx mettre en dangier des Sarrasins. Mais ainssy ne le voulut Fortune consentir ne acorder que Guillaume eust si paisible joyansce de ses amours; car, tout en ung virement, leur cliey le liet et cheirent comme de joye en grant tristesse quant ils ouyrent Aatis qui leur escria non mye à voix haultaine, et si effroïement qu'ils en pardissent leurs sentemens, mais à voix modérée et acertes : « Trop mal nous est advenu, madame », fet il, « et de maie heure raandastes les pellerins en vostre chambre pour « parler à eux : car ils sont en dangier de mort, se Dieux, par son doulx plai- « sir. n'y remédie de sa grâce ». — La damoyselle Orable, esbahye de prime face et non sans cause, respondi lors : « Hellas! Aatis, doulx amis », fet elle, « et qu'i a il, que or le me dittes, pourquoy et comment les Crestiens « sont en mortel dangier de mort, se Dieux, par son doulx plaisir, n'y re- « raedie de sa grâce? Car je ne vouldroie pour tout l'avoir d'un royaulme, .< l'annuy ne le destourbier du myen amy Guillaume, par especial, ne de « sa compaignie, qui à nul mal n'y pense, ainssy corne je le sçay et croy cer- « tainnement ». — « Bien vous en croy, damoyselle », fet il : « mais il est ainssy <^ que par une faulce espiée ont esté cogneus, et Guillaume ravisé : je le « vous certiflie pour tout vrai, car ainssy l'ay entendu en ce palaix ou quel « j'estoie allé guettier et savoir se nul se aparcevoit de ceste besongne. Mais « je voy bien que nul remède n'y a, et que A Coriel a esté ceste chose no- « titiie ». Lors leur raconi])ta comment il avoit Coreaulx, le gouverneur d'Orange, trouvé ou palaix, armé et acorapaignié de gens d'armes à grant nombre ; comment il avoit veu le pont fermer : et tout ce qu'il savoit et avoit veu et ouy leur racompta. Et puis, il leur dist comment il estoit par gracieuses parolles par devers eulx leans venu pour savoir en quel habillement ils estoient; et que ils n'atendoient sinon sa venue pour la chambre venir efforcer et rompre, aflin d'avoir les pellerins à leur commandement. Si se prisl Orable à couroucier moult asprement, à froter ses mains les unes aux aultres, et soy vouloir encrier, n'eust esté Guillaume qui parla comme homme asseuré. vaillant et hardi. = Guillaume de Nerbonne oyant le noble chambollain ainssy parler respondi lors, comme pour essoier le bon vouloir de lui : « A nous prendre auront peu à foire, sire vassal », fet il, « se vouloir avés de nous livrer: car nous sommes j;l enclos et enserrés, si « que à grant peine se pourroit nul de nous saulver. Mais ce seroit à vous « trop grant desloyaulté de nous avoir ainssy trahis soubz umbre de bonne « fiance et de seureté en quoy nous cuidions estre cy en droit ». Sy fut tant dollant Aatis que plus ne peust, quant il ouy que Guillaume de trahison se doubla, et lui respondi : « Se de moy vous doubtés, c'est à grant tort, sire », fet il; « car saichiés que en inoy n'eust oncques trahison ne mauvaistié; ne « vouldroie pencier envers vous ainssy ne aultrement. Et ainssy me soit « Dieux aidant. Mais à ce que plus soiés de moy contempt et asseuré, vous dis « je tant que je veil estre le premier qui avecques vous son corps exposera, « quant vous aurés armeures endossées et espées saintes, dont céans a si « grant largesse, comme pour soixante chevaliers adouber. Et lors pourrés « vous veoir se j'ay vouleuté de vous trahir, ou de soustenir et garder loyaul- « ment l'onneur de ma dame ». Sy fut Guillaume plus joieux que par avant, et demenda combien Coriel avoit leans de gens d'armes amener (/<ic) pour le palaix gnvder et saisir. Et Aatis lui respondi que bien estoïpnt ung cent à ce
CHM". XVI.
ANALYSI' de la prise D orange. 309
verse la plaine et entre clans Nîmes? C'est un Sarrasin n part, livr u sans doute. Non, c'est un Français, un chrétien. C'est
qu'il avoit peu veoir. ^= Le noble chevallier Guillaume, oyant Aatis en qui il se fioit assés, quelque cliosse qu'il deist, respondi lors assés haultement : « Ce n'est mye grantment que de cent hommes que de nous sept, sire cham- « bellain », fet il; « mais que nous aions armeures pour nos corps, ainssy « que Oraljle nous a asseurés. Car se en ma part en ai jusques à cinquante. « mauldit soie quant je m'enfuiray jiour eulx ! Et les aultres cinquante de- « moureront pour vous six. Si suy je jà comme tout réconforté ». Sy ne se feust tenue Orable de parler pour le trésor d'une cité, et dist, comme paourouse et doubteuse : « De combatre ne veilliés parler, sire Guillaume », fet elle; « car de "XX- contre ung seroit la perteure trop périlleuse. Ainçois ad- « viengue ce que pourra advenir : c'est à dire que vous laissiés doulcement « prendre vos et vos compaignons. et je vous jure Dieu que tous v;ous met- « tray hors et delivreray encore ennuit, et l'eust juré Conel d'Orange, voire 'i par si bon moyen que je mettray vous et moy après menuit hors de céans « à saulveté si que plainneraent nous en pourons aller k Nismes ». — ^Et quant Guillaume entendi la damoyselle, qui paour avoit de luy et de ceulx de sa compaignie, le cueur luy esleva lors, et dist : « Jà Dieu ne plaise, da- « moyselle », fet il, « que je me lesse ainssy prendre laschement comme vous « le me conseilliés : ains vous prie que nos corps soient armés plus tost que « plus tart. Et lors pourrés vous crier et faire bruit sur nous comme si nous « voulions faire tort u grief à tous et aux vostres. Ci sauldront adonq sur « nous les cent Sarrasins qui sont en cestui palaix en aguet. Se lesquels y « viennent, ainssy come nous en faisons doubte, je ne puisse jamais jouir f d'amour alors, si je n'y faings et se je n'emploie ma force, tellement que « cellui sera moult eureux qui en pourra sain et sauf eschapper. Et tel y est «. par l'uyz entré à son loisir qui à grant besoing s'en pourra par adventure « issir et saillir par les fenestres ou par les carneaulx du hault du palaix « em bas emmy les forés ». — Ainssy se devisa le noble chevalier Guillaume et fist tant par son langaige que Orable et ses compaignons s'acorderent à son dit, et que ilz furent armés et embastoniiés ainssy comme il avoit apointié. Et... pria Guillaume à ses compaignons... que chascun pençast du bien faire, et il lui convenancerent que ainssy le feroient. Et quant... Coriel eust longuement attendu la responce que Aatis lui devoit faire, s'escria Orable moult haultement, disant : « Hay ! Mahom, sire Dieux puissant et vertueulx », fet elle; « que or me veilliés detfendre et garder des mains de ces trahitours « Cresliens ». Et quant Coriel euît la voix entendue, il s'escria, disant : « Ce n'est mie pour néant, beaus seigneurs, que nous sommes cy sy à point « armés : car ces Crestiens faulx et trahitours font à ma dame chose qui ne « lui est mye agréable. Cy soit présentement la chambre asprement et le- « gierement assaillie, et l'uys rompu ou geste hors des gons, et les gloutons « occis et mis mors à la chaulde, ou pris en vie qui avoir les pourra pour « livrer au roy Desramé qui jamais n'eust si grant [joie] à son cueur comme « il aura ». Et lors vindrent ceulx qui, pour lui complaire, fraperent contre l'huys si aïréement comme en petit d'espace fut tout froissié et rompu... si que ils peurent clerement dedens veoir. Et aussi vist Guillaume ceulx qui la mort de kù et de ses compaignons avoient jurée. = Guillaume, qui rien tant n'ayma oncques en sa vie comme bataille et hutin et qui en ses mains tenoit un gros espié, aparceut Coriel qui, pour honneur acquérir, se avançoit l'un des premiers pour entrer leans. Sy le apointa contre lui si fièrement que parmi les costes lui mist si doulcement que tout lui desconfi son harnois et le porta mort devant tous ses homme?; et lors harlça l'c^spié et
■iO"> ANALYSE DH LA PHISE D'OllASGE.
" 'cnu.'xv": "■ ^iHîPi't- le fils de G ni, duc d'Ardcime et de Veriiiandois. 11 vitMit de passer trois ans dans les prisons d'Orange, captif des Sarrasins; mais il est enfin parvenu à sortir de leurs mains. Le voilà cpii se })résente devant Guillaume : « Orange », lui dit-il, (* est une admirable « ville. Kien de plus fort que son palais pr'nicipel ; rien « de plus riche. Toutes les chambres en sont voûtées « et couvertes d'éclatantes peintures. Tout à l'entour, « ce ne sont que chants d'oiseaux et parfums de fleurs. « Mais la merveille des merveilles, c'est Orable, femme « du roi Thibaut d'Afrique. On n'a jamais vu une aussi « parfaite beauté ni dans la chrétienté, ni dans iapa'ien- « nie. Quel malheur (pi'une telle fenmie ne croie pas en (( Dieu » ! A chacune de ces paroles, la convoitise de Guillaume s'allume, de pliis en})lus ardente. Enfin, elle éclate : « Je jure », s'écrie-t-il. « (jue je ne mangerai « plus de pain ni de chair, ci ({ue je ne boirai plus de « vin jusqu'à ce (pie j'aie vu (Jrange, sa tour de marbre, « et surtout la belle reine (Jrable. En vérité, je brûle « d'ammir j)0ur elle, et je mourrai si je ne la possède ».
fery le deiixiesnie tellement que jambes levées le porta par terre devant Coriel. Et, cellui coup fait, lança son espié contre le tiers qu'il traverça de part en part, par my. Puis, mist la main il l'espée et, en soy boutant parmi les aultres, cria « Nerbonne »! si haultement que tous furent les Sarrasins esperdus et bien cuiderent que 1:\ dedans feust Aymery et sa compaignie arrivés. Sy se mirent à defTense au mieulx que ils peurent..,.; mais... [les Crestiens] leur saillirent au-devant, et, à l'entrée de la chambre, en mirent mors plus de XIIII Guillaume,,, se vint lancer emmy ses ennemis,
l'espée au poing dont il fist merveilles d'armes, tandis que ses compaignons saillirent hors par une force. Et, quant ils se trouvèrent emssarable, lors exploitèrent tant leur vasseleige et firent une occision si grant que en peu d'eure se mirent les Sarrasins en fuite.,,. Si se lesserent occire les plusieurs et les aultres... De fait se lesserent aculer en dotes et en destours, quant seureraent ne se povoient dedans leurs chambres ou es torrelles ou garderobes de leans enfermer. Et racompte l'istoire que bien cinquante en furent occis, et les aultres,,. se misreut par une force en la mercy de Guillaume qui les y receut par condition telle que ils renonçoieut à leur loy et se feroient baptisier, au bon plaisir du chevalier et de ses compaignons... Le noble prince Guillaume... cercha de lieu en aultres et plus ne trouva i)ar le
palaix qui lui contredeist Comme ouy avés, eust Guillaume la maistrie
du palaix d'Orange » (Bibl. Xat. IV. 1497, ("^ 174 v''-176 v»).
— (( C'est une folie », reprend Gilbert. « Contre ■■ iakt. mvr. n.
CHAI'. XVI
(( Orange cent mille chevaliers seraient impuissants ».
— « Aussi n'irons-nous la voir que tous deux, sous un « bon déguisement ». — « On vous reconnaîtra à votre (( rire, et surtout à votre nez », répond Bertrand. Vous « serez perdu ». — « Qu'importe? j'aurai vu la belle « Orable. Un homme qui aime bien est un enragé. Je (( veux y aller, j'irai ' » ! Gilbert et Guillaume, tout aussitôt, se font peindre le corps avec de l'encre, et ainsi défigurés, ressemblent à de vrais diables : « Je « veux partir avec vous », dit alors Guielin, et il se rend méconnaissable k tous les yeux par le même procédé qui est des plus primitifs '. Ils partent, et traversent tour à tour Bancaire, le Rhône, la Durance et la Sorffues ^ Enfin, voici Orange. Certes, Gilbert n'a Guillaume
~ ' o ' parvient
pas exagéré le charme de cette ville. Quels parfums, '\^,;"\''^°Si7 quels chants d'oiseaux, quelle atmosphère voluptueuse, '^.j^i^è^t'' quelle richesse! « Portier », dit (iilbert '' qui jjarle du^'roi 'urajon aisément le sarrasinois, « baissez le pont et laissez-nous de Thibaut. « entrer ». — « Qui êtes-vous »? — « Nous sommes « des interprètes, des drogmans au service du roi Thi- « haut ». Le portier, tout inquiet, va demander au roi Arragon la permission de les introduire : « Car », dit-il, « nous avons étrangement penr de Guillaume au Court- (c nez, qui vient de prendre isîmes ». Les trois Français pénètrent enfin dans la ville ' : il leur sera plus difficile d'en sortir. « Quand avez-vous quitté l'Afrique » ? leur demande le roi Arragon, fils de Thibaut. — « Il y a « deux mois ». — « Avez-vous vu mon père »? — « Oui, beau sire, dans la cité de Vaudon. Il vous re-
1. Prise d'Orange, édition de M. Jonckbloet d'après le texte du manuscrit 774 de la Bibliothèque Nationale, avec des variantes du manuscrit .3(58, vers 39-375. — 2. Ibid., vers 376-396. — 3. Ibid., vers 397-405.— 4. Ibid., vers 406-417. — 5. Ibid., vers 418-449.