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Il iAKT. Mvn. II. (>]ie (( jo veux le mener à son père ». Bernart de Brebant
et Guillaume lui-même s'offrirent à les conduire avec
cent chevaliers. Ils partirent, et rien ne fut plus triste que ce voyage. Or, ce fut précisément à cette époque que l'on ensevelit Charlemagne à Aix : l^el sépulture Clins not mais rois en terre. Mais la mère de Vivien ne songeait guère au grand Empereur, et toute sa pensée était en son fils '.
A Luiserne, (larin était partagé entre le désir de revoir son enfant et la crainte de l'avenir. Un matin, les geôliers le firent sortir de sa prison : il était pâle, amaigri, mourant. Où le conduisait-on ainsi? il n'osait le demander. Tout il coup il se trouva devant sa femme, devant son fils. Cette émotion était trop forte : il se pâma. « Ils vont tuer Vivien », s'écria-t-il en se relevant; « ou plutôt c'est moi qui serai l'auteur de cette « mort. Je n'aurais jamais dû écrire ce message, et mon (( devoir était de mourir ici, oublié. Mon fils, mon Vi- « vien, c'est comme si je t'égorgeais de mes deux mains.
« Espagfne — Où les Sarrasins se vengeront sur toi. — Fils Vivien, adieu vos « belles enfances — Qui étaient si gentilles et avenantes!
« Fils Vivien, je prendrai de tes cheveux. — Et aux ongles de tes doigts un « peu de ta chair — Plus blanche que l'herniine, plus blanche que la neige. « — Je les attacherai tout près, tout près de mon cœur, — Et, les jours de « fête, je les regarderai. — Beau fils, doux et courtois, il me souvient encore « — De ce que vous dites il n'y a pas un mois. — J'étais dans ma chambre « et vous étiez assis près de moi, — Et je pleurais mon seigneur Garin le « courtois; — Et vous me dites : — « Belle mère, tais-toi; — Je te vois « sans cesse avoir en Tesprit la mort de mon i)ère : — Eh bien! si je puis « vivre assez pour être adoube chevalier, — Rien ne pourra me retenir d'al- « 1er en Espagne — Et de tirer vengeance de cette mort »! — Ce jour-là, « fils, tu me fis grande joie.
« P'ils A'ivien », dit la noble dame, — « Tu tais comme le petit agnelet — « Qui laisse sa mère dès qu'il voit venir le loup, — Et il en est bien puni, « hélas! — Car le loup Temmène et le tue. — Voici bientôt Pâques, la fête « d'avril : — Les autres damoiseaux auront beaux vêtements et l^elles chaus- « sures ; — Ils iront en rivière chasser le gibier, — P'aucons et éperviers au « poing. — Mais toi, Vivien, je ne te verrai plus aller et venir. — 0 mort, « riens donc, et enlève-moi; — Car ma vie n'est plus que deuil et malheur » (Bibl. Nat. fr. 1448, fos 184 v" et 185 r").
1. Les Enfances Vivien, Bibl. Nat. fr. 1448, f"^ 184 V et 185 r".
II I'\RT. I.IVR. II
<HAP. xvn.
« Lâche, lâche ([iit^ je suis ' »! Le petit Vivien eut |)eiir en voyant les païens et en entenchint ces cris de son pi're : « Ma mère », dit-il, « prenez-moi dans vos hras » î
Un païen, plus hrutal que les autres, s'approche alors de Tenfant, et veut le saisir entre les bras d'Heutace : « Il faut en finir, et je vais le brûler ». A ces mots, Vivien retrouve tout son courage : « C'est moi », s'écrie-t-il, « qui vengerai la mort de Roland ». Un autre Sarrasin, que ce seul nom de Roland met en rage, saisit le fils de Garin par les tempes, et le tient en l'air suspendu par les cheveux ; puis, lourdement, le laisse tomber à terre '. Guillaume ne peut supporter ce spectacle. Dans la braise rouge il prend une tenaille et, avec cette arme improvisée, marque formidablement et tue dix païens ^ Alors commence une mêlée horrible ; mais nos cent Français, hélas ! sont désarmés. Ils assomment mille païens à coups de poing ; puis, sont forcés de s'arrêter. 11 faut, hélas! il faut livrer Vivien. La pauvre mère l'embrasse une dernière fois, lui dit encore adieu, et s'éloigne en toute hâte. On lie l'enfant à un pilier, on allume le bûcher, on l'attise. La flamme s'élève", elle va l'envelopper, il crie...
Soudain, on entend un bruit affreux, le bruit que font soixante mille hommes armés. C'est Gormond, le fameux roi Gormond, qui vient de s'emparer de Luiserne à la tête de ses pirates ^ L'un d'eux entre dans la salle -^lervemeuse-
, ^ ment sauve
OU Vivien allait mourir. Vite, il coupe les liens : l'en- ,„èn"eouTiaîiait
faut est sauvé. vlvieTest'
Mais Gormond, embarrassé de son butin, dut le met- """m^rclZàr
tre en vente : il vendit chevaux, mulets, belles étoffes, d'lffeeti<?np''our
riches joyaux, et, de plus, ses prisonniers. Une mar- comme son «is.
1. Enfances Vivien. Bibl. Nat. Ir. 1418, f> 185 r". - 2. Ibid.. 1'° 185 r" et \°. — 3. Ibid., f" 185 yo. — 4. Ibid., f''^ 185 \" et 180 i". — 5. Ibid., f» 186 ro.
422 ANALYSE DES EyPA^CES VIVIEN.
"cHAP.xvn."* <^'^i''^"tï^' passait par là, et aperçut Vivien qu'on avait exposé comme une marchandise vivante. Elle lui trouva bonne mine et Tacheta cent marcs '.
L'enfant était tout joyeux de se sentir en liberté ; il chantait, a Quel est ton nom »? lui demanda la marchande. — « Je suis Vivien, fds de Garin d'Anséune ». Et il se remit à chanter.
<i Je te trouve très-beau », ajouta la marchande. « Il « y a plus de sept ans que je n'ai vu Godefroi mon « mari ; si tu le veux bien, je te ferai passer pour mon H fds ». Vivien chantait toujours, et consentit à tout. C'est ainsi qu'il arriva au log-is de ses nouveaux maîtres.
« Mon enfant ». dit la bonne femme, « il te tant sur- « le-champ apprendre le métier de marchand ; tu seras <( connue moi ; tu courras les foires et les marchés, tu « y vendras le poivre et le cumin. Quel charmant, quel « agréable métier »! — « J'aimerais mieux me batu tre ». — '< Fi! le sot état, et (pTest-ce qu'on y ga- « gne? On y reçoit de fort vilains coups qui font f/esir « jambes droites; on meurt sans prêtre (4 l'on va dans « l'enfer ». A'ous voyez que, dès le premier moment, la position de Vivien est nettement tracée : il ne rêve que chevalerie, coups de lance et d'épée, batailles contre les Sarrasins, tandis que sa maîtresse songe à en faire un l)on marchand forain très-actif, très-intelligent, très-àpre au gain. 11 est impossible qu'il ne résulte pas quelque gros conflit d'une vocation qui est si déterminée chez Vivien... et si contraire à la volonté de ses maîtres.
Sur ce, arrive Godefroi lui-même, excellent type de marchand, d'autant plus amoureux de son métier qu'il