‹ Les eopeés françaisesChapitre 116 sur 180 · Enfunccf! Vivien, Bibl. Nat. fr. 1448, 1" 187 v · texte numérisé non relu

Enfunccf! Vivien, Bibl. Nat. fr. 1448, 1" 187 v

II PART. LIVR. II

CHA1>. XVII

Vivien à Luiserne.

Coiniiient,

à la tr-te

428 ANALYSE DES EXFAlSCES VIVIEN.

core le courage de plaisanter ; « il nous reste ces lévriers qui sont excellents pour prendre les cailles ». — « J'ai « tout perdu, j'ai tout perdu », répète l'infortuné Godefroi. Pour le consoler, Vivien lui montre un lièvre qu'un de ses chiens vient de lui apporter : « Yodà », dit-il, « qui vaut mieux que toutes vos marchandi- « ses ' » !

C'est alors que le pauvre marchand envoie à la grande foire de Luiserne-sur-Mer notre Vivien accompagné ma?chlnTs! ^^^ quatrc cents hommes. Pour un petit marchand, ce ''TiVIësu?"" cortège est singulier, n'est-il pas vrai? Mais cette ines Sarrasins. yi.,^i>^pp^],if^,^(.(3 q^^^^ m'ccssairc il uotrc poëtc pour les futures péripéties de sa Chanson. C'est à Luiserne, ne l'ouhlions pas, que Garin d'Anséune a été autrefois prisonnier; c'est à Luiserne aussi que Vivien a été vendu après avoir failli périr dans le bûcher des Sarrasins. Et le voilii qui hâte joyeusement sa marche vers cette ville où il lui sera peut-être donné de se venger des mécréants : « Qu'il est beau » ! s'écrient les quatre cents marchands. « Si nous en faisions notre seigneur ». — « Oui, oui, qu'il soit notre seigneur ». L'enfant est tout ravi de cette seigneurie inespérée, et se hâte de distribuer toutes ses marchandises, tout son or, à ses nouveaux vassaux et sujets '. Sa popularité en augmente. Il prend d'ailleurs les allures d'un petit roi et marche aussi fièrement à la tète de son pacifique bataillon, que s'il avait derrière lui cent mille chevaliers français. C'est un petit Charlemagne, c'est Roland à dix ans

Quelle est cette troupe armée qui s'avance là-bas? D'où viennent toutes ces batailles qui ont débarqué tout à l'heure sur le bord de cette mer, et que trente

1. Enfances Vivien, Bibl. Xat. fr. 1448, f"s 188 i"-189 V. — 2. Ibid., fo3 1^9 yo.ipo ro.

vaisseaux avaient peine à contenir? 0 bonheur! ce sont des païens. Le cœur de Vivien bat très-fort, il pousse un grand cri de triomphe et de vengeance, court auvant d'eux, les insulte, les défie, les bat. Puis, avec la majesté d'un empereur, il déclare à ses soldats qu'il est satisfait de leur courage, et leur partage le butin de la journée. Il se réserve seulement dix navires tout pleins de merveilleux trésors, et les envoie sur-le-champ à son père adoptif, à ce pauvre Godefroi qu'il a presque réduit à la misère. Le digne marchand va se trouver parla dix fois plus riche qu'auparavant "... Tel fut le premier combat de Vivien contre les Sarrasins.

L'enfant avait vaincu; mais, chose plus rare, il sut profiter de la victoire. Il échauffe alors le courage de ces marchands qu'il a si bien transformés en chevaliers. Grâce à leurs habits de forains, ils pénètrent aisément dans Luiserne et s'installent dans leurs hôtels. Sous leurs grandes chapes, sous leurs manteaux, ils sont fortement armés, et attendent les événements. Quanta Vivien, on le conduit devant yaumacor qui commence à se défier de ces belliqueux marchands, et dont la défiance est trop fondée : « Qui êtes-vous »? demande le roi païen à notre jeune héros. — « Je m'appelle Vi-' vien », répond-il d'une voix de tonnerre. « C'est moi « qui suis le fils de Garin d'Anséune, c'est moi que « vous avez voulu brûler. C'est moi, moi, Vivien ». Puis, sans plus tarder, il se jette sur Yaumacor, et le coupe en deux. Le bruit de cette mort se répand trèsrapidement dans la ville alarmée; les marchands avertis rejettent leurs manteaux, apparaissent tout en armes, montent à cheval et se précipitent, farouches, dans les rues de Luiserne. A leur tête, Vivien taille et tue.

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