‹ Les eopeés françaisesChapitre 118 sur 180 · I1AI>. XVII · texte numérisé non relu

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<( France, et réclamer à l'Empereur le secours dont Yi- ■

(( vien ne peut plus se passer ' » . Notre poëte ici commet une faute grave. Il croit nous causer une agréable surprise en nous apprenant que cette marchande était en réalité « la fdle d'un marquis ». Nous eussions préféré, quant à nous, croire toujours à la roture d'une femme qui se conduit si noblement et voir en elle le type, ou tout au moins l'idéal de la bonne bourgeoisie du moyen âge. C'est vraiment une désillusion.

Quoi qu'il en soit, Godefroi et sa femme se rendent tout aussitôt à la cour de l'Empereur, accompagnés de trois cents bacheliers. Garin d'Anséune était alors à Pavie, et apprend à la fois l'existence, la gloire et le danger présent de son Vivien ; mais l'Empereur ne partage, hélas ! ni l'enthousiasme ni l'anxiété de ce père qui vient de retrouver son fils et craint de le perdre une seconde fois. Il hésite à secourir Vivien, il balbutie. Cependant Garin n'appartient pas en vain à cette geste d'Aimeri, où les injures contre le roi sont de tradition : « C'est « Guillaume », dit-il, « qui vous a donné votre cou- « ronne, et vous ne viendriez pas au secours de son ne- « veu qui est mon fds ' » ! Mais Bernard de Brebant se montre encore plus insolent : « Si demain », dit-il à Louis, « tu ne t'es point décidé à secourir Vivien, je viendrai (( avec dix mille hommes abattre ton palais ». Bertrand, fils de Bernart, joint l'action à la parole, et, devant le pauvre l'oi, tranche la tête dliélinant de Semur, ({ui avait osé se prononcer contre l'expédition de Luiserne \ Le sang rejaillit jusque sur l'Empereur qui, à ce dernier outrage, sent enfin l'énergie de son père lui rentrer au cœur, et déclare qu'il n'ira point en Espagne.

1. Enfances Vivien, Bibl. Nat. IV. 1M8, f" IH3 r". — 2. Ibid., 1»^ 103 r»- 194 i». — 2. Tbid,, ^ 194 r".

II PART. LIVR. II

ruAP. XVII.

Cette scène est vraiment terrible, et ne manque pas d'une certaine beauté. Devant Louis se tiennent, debout, frémissants de colère, orgueilleux, menaçants, les sept fils d'Aimeri ; ils prennent tour à tour la parole, et injurient la royauté avec le roi. A tout instant, d'ailleurs, ils rappellent à ce pauvre héritier de Charlemagne les immenses bienfaits dont ils l'ont comblé ; à tout instant ils répètent leur mot favori : Ains roi de France ne fil par nous boisié. Les terribles protecteurs que ces chevaliers de la sreste d'Aimeri ! De bons ennemis vaudraient mieux. Ils n'ont sauvé l'Empereur qu'à la condition que l'Empereur satisfit au moindre de leurs désirs et allât au-devant de toutes leurs fantaisies. L'un d'eux a un enfant «|ui s'est follement aventuré en Espagne. Vite, il faut que toute la France se mette en campagne pour délivrer ce téméraire : cent mille hommes n'y seront pas de trop. Si Louis hésite un instant, un seul instant, on le traitera conune le dernier de tous les serfs, et l'on égorgera sous ses yeux ses plus fidèles serviteurs. Et encore faudra-t-il qu'il se montre soumis et radieux. ^ oilà le dévouement de Guillaume et de ses frères !

Cette fois, ils ont vraiment dépassé toutes les bo.rnes, et Louis s'est révolté contre eux : Mont mal me moine ceste geste Aimeri, dit ce fantôme de prince '. « Je ne « suis plus le maître dans mon propre palais », ajoutet-il avec une tristesse indignée. Il ne peut se consoler de la mort d'Hélinant ; mais il réfléchit et se dit que son royaume est perdu, s'il ne va pas en Espagne. Et alors, en vrai roi de comédie, il se décide à contenter Garin, Guillaume et toute leur geste. Soudain les sept frères changent de ton. Ils deviennent tout de miel et se con-

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