Enfances Vivien, Bibl. Nut. IV. U18, fw 191-105 i-o
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loiultMit en protestations afïectuenses dont l'ICniperenr n'est point dn])e. Le fils de Gliarles a Tesprit traversé de je ne sais (piel éclair : il se lève, il se tourne vers tons ses chevaliers qui jouent là un rôle assez piteux et ne s'occupent guère de le défendre : « Allemands, « Poitevins, Bourguignons », s'écrie-t-il, « voyez, voyez « ma honte. Il me faut aller en Espagne poui' ces gens « qui viennent de me tuer mon sénéchal ». Et, changeant d'avis comme une femme : « Non, décidément, « je n'irai pas », dit-il, et il retoml)e épuisé sur son trône '. « J'ai envie de le tuer », s'écrie alors la grosse voix de Guillaume. — « Armons-nous », dit Bernart, « et renversons ce palais ». Dix mille hommes étaient là tout prêts; ils arrivent, et se préparent à démolir le palais jadis sacré de l'empereur de Rome, du roi de France. Et cela en pleine France, en plein jour, sous les yeux de mille l)arons français qui tremblent et sont blêmes de peur! 11 faut ([ue Naime intervienne et réconcilie ces furieux avec le Roi. Le meurtriei' d'Hélinant, Bertrand, consent enfin à baiser le jiied de Louis... et l'expédition est décidée '.
Quelques jours après, l'immense armée se réunissait à Montmartre et prenait le chemin de l'Espagne '\ Etait-il encore temps de sauver Vivien?
Cette expédition, d'ailleurs, ressemble à beaucoup d'autres, ou, pour mieux dire, à toutes les autres. Les Lombards en font partie, comme on s'y pouvait attendre, et on leur donne le rôle comique. Ce sont les poltrons de notre drame épique; et, sur la scène, nos pères, qui avaient le rire facile, ne pouvaient s'empêcher d'être tout-à-fait joyeux en voyant leur mine effrayée aux approches d'une bataille. Ici encore ces peureux se
1. Enfances Vivien, Bibl. Xa». IV. 144^, f" VS). — i?. liwi , (" 19(). — 3. Ibicl.A^ 19(3 V".
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rilAi'. xvii.
Il PART. LIVR. II.
CHAI". XVII
Entrée vi(norieuse des Franoais à Luisenie ;
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mettent à fondre en larmes, et l'Empereur les couvre de honte : « Qu'on leur fusse garderies chevaux », ditil, « en attendant qu'on les brûle vifs dans un fumier ». Ils pleurent de nouveau : alors Louis se jette sur eux et en tue dix. Il les aurait tous massacrés sur place, ce très-débonnaire empereur, si on n.'avait enfin arrêté son bras généreux '. 11 est. du reste, interrompu dans cette nol)le occupation par Tarrivée des Sarrasins. La grande bataille comnience. On était encore assez loin de Luiserne où Vivien se moui'uit.
Le héros de cette première journée fut Bertrand ipii avait à se laver du meurtre d'Hélinant. Il se rachète alors, il se transfigiu-e ;i nos yeux. <( Mon père, faites- « moi chevalier ». dit-il à Bernart de Brebant qui, pour toute réponse, le fia^ipe rudement au visage : « Tu ne « sais pas seulement comment on se sert d'une lance ». L'enfîint se précipite au milieu des Sarrasins, après avoir égorgé ;i moitié un pacifique chevalier du Berry dont il vole les armes. Mais bientôt il est cerné par les pa'iens, et, malgré une défense héroïque, se sent perdu et va mourir. Son père se hâte de venir à son secours, et est lui-même criblé de blessures mortelles. On les délivre. « Je voudrais me confesser ». dit Bernart. VA il ajoute : « N'ivien, mon cher neveu Vivien, vous me coû- « terez bien cher ». Plein de justice à cette heure suprême, il ne veut pas mourir avant que son fds ait serré dans ses bras le pauvre Bt'rrichon qui a <'té si iniquement dépouillé et battu. Bertrand y consent et devient l'ami de l'innocent Estormi '■. Puis la bataille continue. Vivien sera-t-il sauvé?
Peu de tenq)s après, les Français vainqueurs apercevaient enfui les murs tant désirés de Luisenie. Est-il
1. Enfances Vivien, DiM. Xat. fr. 1418. f" 197. — 2. Ibid., f"' 197 v»- 199 v».
ANALYSE DES E^FA^CLS VlVlEiW Lw
besoin d'ajouter que les Sarrasins furent aisément mis n i au:, i ivr. h.
en déroute et massacrés par les chrétiens '? Ce dénoue- — — — — ment n'était que trop prévu. Mais que de scènes tou- caiin chantes suivirent cette victoire l)anale! Guillaume prit somiis
(ju il croyait
par la main ce jeune, cet éclatant Vivien qui avait sin- ,. , '"o^V
l J ' 1 lin des eiilaiicos
gulièrement grandi dans ses périls et dans son triom- '''" ^''''*'"phe. Le comte d'Orange le conduisit silencieusement à Garin d'Anséune, et tout à coup : « Mon frère », dit-il. (( voilà votre fils " ». Le père et le fils, également émus, délacèrent leurs heaumes, se regardèrent, se jetèrent dans les bras Tun de l'autre. Mais Vivien ne pouvait pas oublier son père nourricier, ce pauvre Godefroi qui était venu à Luiserne avec Tarmée française et qui avait été, lui aussi, modestement héroïque. Le jeune et beau vainqueur s'inclina devant lui. et lui dit d'une voix trèsdouce : '( Je vous ai jadis causé beaucoup de peine. Je « vous en demande pardon et vous fais présent de toute « une ville ■' ». C'est alors que Tarmée française acheva ses préparatifs de départ. Guibert retourna à Aiîdrenas, Beuve à Commarcis, Beriiart (qui s'était presque miraculeusement guéri) à Brebant, Naime en Bavière, Guillaume et Bertrand à Orange, Garin et Vivien à Anséune ''. Faut-il cherchera peindre la joie profonde, délicieuse, de la pauvre Heutace en revoyant son fds et en le serrant dans ses bras? Une belle procession sortit d'Anséune au-devant de A'ivien ({ui avait été perdu et qui était retrouvé. Les prêtres chantaient, les châsses étincelaient, les jongleurs dansaient. Tout le monde riait et ])leurait en même temps. Vivien parut alors, et l'enthousiasme fut à son comble''
1. EnfancesVivien, Bibl. Nat. rr.l448, f"sl9y-200 v».— 2. Ibid., f« 200 vo. — 3. Ibid., fo 200 v". — 4. Ibid.. ibid.— 5. Enfances Vivien, Bibl. Nat. fr. 1448. f" 201 1*. C'est à la suite du tableau «le ces fêtes que se trouve, dans le texte du manuscrit 1448, le curieux récit des enfances de Renouart, fils du roi Desramé, de sa lutte avec son maître Piccolet, du philtre qu'on lui
Ji'3 ANALYSE DES ESFàNCES VIVII-N.
PART. iivn. M. Et c'est ainsi que finirent ses enfances.
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l;iit boire, de son arrivée en France où il est acheté par l'empereur Louis, et de ses premiers exploit-s dans les cuisines impériales (1"^ 201 r"-203 r°). Nous analyserons ces Enfances Renoitart dans un de nos prochains chapitres (chap. xxi). Le trouvère commence ensuite à raconter (1"» 203 r" -201 \^') l'adoubement de ^"ivien ave:' un luxe de détails que nous aurons lieu de reproduire ailleurs. Cet adoubement se compose en résumé de quatre cérémonies : 1" le bain; 2" la remise de Tépée: 3" la colêc accompagnée des mots : « Sois preitx » ; 4" la quintaine.
ANALYSE IJU COVIÙ\li\T VIVfH.W
Il l'AIlT. I IVR. II.