‹ Les eopeés françaisesChapitre 121 sur 180 · CAA · texte numérisé non relu

CAA

LIVE. II

A peine est-il couvert du haubert et du heaume, à peine peut-il brandir sa nouvelle épée, que Vivien se sent comme enivré d'orgueil et de courage. Vivien, comme nous l'avons dit, c'est Roland. Il se dresse tout à coup au milieu de la cour de son oncle, et élève la voix en présence de tous les vieux chevaliers, en présence de tous les nouveaux adoubés : « Je fais un vœu », dit-il; « oui, je le fais devant vous, mon oncle, qui ve- « nez de me donner cette épée ; devant Guibourc qui « m'a si tendrement nourri ; devant tous vos pairs, dece vaut vous tous. Je jure, entendez-le bien, de xe ja- (( MAIS RECULER d'ux SEUL PAS dcvaut Ics Sarrasius ». Vœu téméraire, vœu insensé, vœu qui va bientôt faire couler des torrents de sanor français '.

1. Le Vœu de Vivien {Tycahiction littérale). C'était à Pâques « que l'on dit ea été » : — Guillaume avait adoubé Vivien, — Le fils aîné de Garin d'Anséune. — Pour l'amour de Vivien il avait armé cent chevaliers avec lui, — Et Vivien dit : « Bel oncle, entendez-moi. — Vous me donnez cette « épée, mais je la reçois à une condition seulement : — C'est que je fais la « promesse, en votre présence, ;\ mon seigneur Dieu, — A ce Glorieux plein « de majesté sainte, — En présence de Guibourc qui m'a si tendrement « nourri, — Devant vous, devant tous vos pairs, — Que, durant toute ma « vie, je ne reculerai jamais d'un seul pas — Devant Sarrasins, Esclavons « et Turcs, — Dès que j'aurai endossé le haubert. — Dès que j'aurai lacé le « heaume en mon chef. — Non, quel que soit le nombre des Turcs acharnés « après moi; — Non, pour qui que ce soit au monde, je ne luirai pas! » — — <c Mon neveu », dit Guillaume, « vous vivrez peu si vous voulez tenir en- « vers Dieu un tel serment. — Il n'y a pas d'homme, quelque preux, quelque « bai-on qu'il soit, — Qui ne soit forcé de fuir quand il est serré de près par « de ti'op nombreux ennemis, — Sur le champ de bataille. — C'en est fait de « lui, s'il ne se retire devant eus. — Beau neveu, ce n'est vraiment pas la un >( vœu à tenir. — Vous êtes jeune, laissez cette folie, — Et, s'il ai-rive que « vous entriez jamais en bataille, — Ne craignez pas de fuir, alors que vous « en aurez besoin. — Oui, retournez en arrière quand il y aura lieu. — C'est « ce que je fais moi-même quand je suis trop encombré. — Quand trop d'en-» « nemis me serrent de près. — Je n'attends pas d'être mortellement blessé : « — Il faut d'abord s'aimer soi-même pour aimer les autres ensuite, — Et, « ma foi! la fuite est une bonne chose quand elle nous sauve la vie ». — « Oncle Guillaume », dit le franc Vivien, — « Ceignez-moi l'épée, mais à « cette condition, — Que je ne fuirai jamais, jamais un seul jour de ma vie, « — Devant Sarrasins, Persans et Turcs. — Je ne i-eculerai jamais, à mon « escient, d'un seul pied de terre devant eux. — Et j'en fais devant Dieu le « serment, devant Dieu le glorieux, le roi céleste ». — « Mon neveu », dit Guillaume, c< je n'en serai désormais que plus triste ; — Car je vois bien .< que vous ne vivrez pas longtemps. — Les païens vous tueront. — J'en pieu-

ANALYSE DU COT7:.V.4M VIVll-X. 443

Guillaume, qui u'en est plus à prouver sa vaillauce, iipart. uvr. n.

est le premier à adresser de douces remontrances à \[-

vien sur l'étrange téméritt' de son vœu : « Vous parlez « en jeune homme ». lui dit-il. -< et il est certaines oc- « casions où il est permis de reculer. Mieux vaut encore a fuir que mourir. Tenez », ajoute-t-il d'un ton paternel, « renoncez à cette folie ». — « Non, non », s'écrie le nouveau Roland avec une voix plus élevée encore. « Je jure une seconde fois de ne pas reculer d'un pied « devant les païens. Seigneur Dieu, vous entendez bien « que je le jure » I Guillaume alors se contente de lui répondre : « Je vois bien que vous ne vivrez point « longtemps, mon neveu, et il faudra que nous vous « pleurions ' ».

Ainsi ce jour, si joyensement commencé, se termina au milieu des plus tristes pressentiments, et presque dans les larmes.

Tout aussitôt, ^'ivien sonare à lever une armée de Nouveaux

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de Vivien contre

croisés. Son unique pensée, en effet, est à'essaucier la loi Deu, et il ne conq)rendrait point qu'on servit la

« rerai, et tous vos parents en pleureront ». — Alors ils laissent le parler. = Vivien tout aussitôt — Pense à agrandir le rojaume de Dieu sur la terre. — « Il fait tant et cherche si bien, — Qu'il a bientôt avec lui dix mille combattants, — Tous damoiseaux, tous sur de bons destriers courants. — Avec lui est Girart le hardi, — Fils du franc duc Beuve de Coramarcis : — Guibelin de Tai-ragone, Bertrand. — Hunaut de Saintes, le preux et le vaillant, — Et je ne vous nommerai point les autres comtes. = Voilà qu'ils sont entrés dans la grande Espagne ; — Ils ravagent la terre des Persans et des Turcs, — Ils tuent les femmes, ils égorgent les enfants. — Vivien fait crier dans tonte son armée : — « Qui s'emparera d'un païen mécréant — Ne doit accepter de « lui rançon d'or ni d'argent; — Mais que tout aussitôt il lui coupe la tète ». — C'est ce que fit Vivien pendant sept ans. — Pendant sept ans il ne s'est pas reposé un seul jour, — Et n'a cessé de tiier Persans et Sarrasins ».... (Bibl. Nat. fr. 774, vers 8-71).

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