Covencuit ]'ivicn, édition Jonckbloet, vers f
l'.VRr. LIVR. II.
IIAP. XVIII.
<c laiime », disent-ils .aii roi épouvanté. « Oui, c'est « l'œuvre de Vivien qui vous a enlevé Luiserne, qui a « tué votre neveu Marados et tous vos parents, qui a « brûlé, pillé et dévasté toutes vos terres et qui, en « ce moment, ravage votre pays de FArchant ». Et les messagers ajoutent, en tombant aux pieds de Desramé : " Pitié, pitié, seigneur ! Si vous ne venez « point à notre secours, nous sommes morts ' » ! Desramé, d'abord confondu et épouvanté, jette un grand cri : « Maudite soit la geste d'Aimeri et de Guillaume » ! Puis : « A moi les païens de toute ma terre, à moi tous « mes barons! Puisque Vivien est à l'Arcbant, mar- « chons droit h l'Archant ' ».
Alors se prépare contre la chrétienté et contre la France la plus formidable expédition (ju'aient jamais entrepi'ise les Sarrasins. La guerre de Roncevaux, oui, cette ouorre de néants ne saurait-elle-mème être comparée à celle qui va commencer. Desramé envoie ses /)/y'/s dans tous les l'oyaumes païens ^ Trente rois arrivent, fous de rage, qni pensent déjà tenir Vivien et le tuer, tenir la France et la garder.
Dans les rangs de cette armée immense, frémissent certains j)euples primitifs (pi'on n'avait jamais vus jusque-là. Us aboient, ils hurlent, ils poussent des cris de sauvages, et c'est par cent milliers qu'on les compte.
Les païens d'Espagne et ceux d'Orient sont là. Voici le roi de Saragosse, et voilà les Assassins, les Samaritains, les Syriens. C'est l'Islam tout entier à sa proie attaché, et cette proie, c'est l'Occident chrétien, c'est l'Église.
Enfin, tout ce grand rassemblement est terminé, et l'armée païenne est complète. Le jour se lève clair et
1. Covenant Vivien, édition Jonckbloet, vers 105-149. — 2. Ibid., vers 150-175. — 3. IhhL, vers 176-204.
AiNaVSE DU COVE.yAlST VIVIES. 447
beau, les oiseaux chantent, les bocas^es sont en fleurs : u'art. inu. n
' ^ ni.vr. XVIII.
c'est le printemps. Le moment est venu de mettre à la
voile vers rArchant. Quel tumulte ([ue celui de cet embarquement! La mer en tremble. Cette tlotte sans pareille, cette armada païenne cingle à toutes voiles vers la France : « Si nous trouvons Vivien à Aliscans », disent les Sarrasins, « c'en est fait de lui ». — « Nous as- « siégerons Guillaume dans Orange », disent les autres. — « Et nous lui reprendrons sa femme Guibourc pour « la rendre au roi Thibaut ». Ainsi parlent les Païens, et ils s'approchent du théâtre delà grande bataille '.
Pendant ce temps, Vivien était tranquille, et ne s'attendait à rien. Pauvre Vivien ! . . .
Vivien était dans FArchant avec ses dix mille bâche- Débarquement tiers, lorsque tout-à-coup il entendit un ^rand tumulte commencements
1 /-Il 1 4-> "^T -1 -1 de la grande
sur la mer : « (Ju est-ce que cela » : se dit-ii; et u se bataiue;
^ courage
précipite sur le rivao'c. Soudain, à Thorizon, vers la héroïque
il o 1 ' de Vivien.
gauche, se détache toute la flotte aralje avec ses voiles blanches, étincelantesd'or, couvrant une lieue de mer... « Ah! ce sont les Sarrasins », s'écrie le neveu de Guillaume. « Nous allons avoir une fîère bataille ». Alors on vit ces soldats, élite de la France, pâlir et trembler comme des enfiints. Pour la première fois, ils connaissaient la peur! Le seul Vivien ne s'effraye point, et reste fièrement debout : « Ne craignez pas », dit-il. «■ Ne sommes-nous pas jeunes et bacheliers de prix? « N'avons-nous pas de bonnes armes et de bons che- « vaux? Et surtout ne croyons-nous pas au Dieu du Pa-
]. Covenatit Vivlcii, éilitioii Jouckbloet. vers 205-282.
H l'ART. I nR. Il rHAT. WllI.
448 ANALYSE DU COVE.WiM VIVIEN.
« radis qui mourut pour nous sur la croix? Les dieux « des pi^ïens ue sont rien, ne peuvent rien. Mais heu- (( reux ceux d'entre nous qui mourront ici : notre Dieu « leur prépare une place dans son grand Paradis ». Et il ajoute : « Quant à moi, j'ai fait vœu de ne jamais re- « culer devant les païens, et je tiendrai mon vœu ». — « Du moins », lui dit un de ses compag-nons, « envoyez « un messager à votre oncle Guillaume qui viendra à « votre secours ». — « Non pas », répond Vivien qui, décidément, désire par trop ressemblera Roland. « Tant « que j'aurai mon haubert sur les épaules, je n'appel- « lerai pas Guillaume à notre aide, et l'on ne pourra « point dire que j'ai déshonoré ma race ». Gomme on le voit, le drame d'Aliscans est, dès son introduction, calqué sur celui de Roncevaux : Guillaume est en quel- (|ue manière l'ombre de Gharles, de même que Vivien reproduit la figure de Roland et Gérart celle d'Olivier '. Quoi qu'il en soit, tout vient de prendre je ne sais quel air de grandeur et de solennité ; un souffle passe sur notre épopée, et l'on s'attend à (fuelque extraordinaire calamité, à quelque mort héroïque et pi'odigieuse'...