‹ Les eopeés françaisesChapitre 126 sur 180 · Covenant Vicien, édition Jonckbloet, vers · texte numérisé non relu

Covenant Vicien, édition Jonckbloet, vers

2. Les commexcements de lx grande isataille (Trachtclion littérale). Je veux maintenant chanter Vivien — Qui a dressé sa tente dans rArchant. — Avec lui sont dix mille haclieliers, — Preux et vaillants pour porter les armes. — L'Enfant entend soudain un grand tumulte sur la mer; —Il entend la gent qui retentit et l'ait grand bruit au loin. — Et, d'heure en heure, ce bruit augmente sur la mer. — Vivien, alors, se prend à appeler Girart, — Guibert de Saragosse, le 1)achelier, — Gautier de Blaives, le noble baron,

— Hunaut de Saintes, si digne de louange, — Et maint bon vassal que je ne saurais vous nommer : — « Prêtons l'oreille », s'écrie Vivien. — « J'en- « tends un grand bruit sur cette mer; — J'entends le son des cors, des flù- « tes et des trompettes ». — Il commence alors à regarder vers sa gauche

— Et apeiToit la flotte païenne. — [Les voiles blanches luisent et flamboient] » ; — Toute la mer est éclatante d'or arabe. — Il semble que ces vaisseaux en couvrent toute la surface; — Car nulle part on ne voit plus les vagues. — Alors l'Enfant commence à soupirer — Et dit à ses hommes : — « Vous pouvez regarder. — Nous aurons bataille, nous ne pouvons échap- « per; — Car voici les païens, les Esclavons et les Sarrasins. — Eh bien! « c'est le jour de montrer notre |u-ones-9 — l-^t de reconiMiamler nos âmes à

Vivien enorao-e la lutte très-vivement et ne donne hp-^rt. uvr

O W , CHAI'. XVIt

même pas aux païens le temps de débarquer. Eperdu de

« Jésus ». — Quand on l'entendit parlçr si tièrement, — Le plus hardi se mit à trembler, — Sembla perdre de son sang et changea de couleur. — Les dix mille Français voient la flotte — De cette gent infâme et mécréante; — Ils voient toutes ces voiles tendues sur la mer, — Ces vaisseaux qui couvrent une étendue d'une lieue. — Parmi les païens, les uns crient et poussent des huées, les autres aboient, — Et les chrétiens entendent k tapage de leurs trompettes. — Tous changent de visage : — « Que la sainte Vierge « nous vienne en aide », se disent-ils l'un à l'autre : — « L'heure de notre « mort est venue, la chose est certaine ». — Vivien l'entend, Vivien au front terrible; — Il secoue la tête, il roule les yeux : — « Bonne gent qui avez reçu l'absolution », dit^il à ses hommes, — « N'ayez aucune peur de ces mé- « créants, — Que vous voyez en si grand rassemblement devant nous. — Ils « ne reçoivent de Dieu aucune aide, aucune force. — Ne perdez point la tête, « et venez ici, près de moi : — Que chacun de vous tienne au poing l'épée « nue. — Ceux qui mourront ici, leur ànie [sera bien venue là-haut avec les « Anges] ^ — Et sera reçue dans le haut Paradis. — Dieu nous aidera, — « Si nous ne fuyons pas devant ces mécréants » ! — Et Garin, qui a vu les païens, dit alors : — « Mon neveu, vous parlez follement ; — La gent païenne « est vraiment trop nombreuse I — Envoyez un message à Guillaume, — Et « vous en recevrez aide et renfort. — Mais, sans tai'der et bride abattue, « faites-lui demander ce secours «.

Girart de Commarcis, le preux, dit alors : — « Neveu Vivien, ce n'est pas « là un jeu pour rire. — H y a devant nous tant de Sarrasins et de Persans « — Qu'ils sont soixante et dix contre un. — Tout notre effort aboutira à « peu de chose, — Nous ferions mieux de battre en retraite, si c'est votre « bon plaisir ». — « Mes amis », dit Vivien, « ne vous troublez point : — Ne « sommes-nous pas jeunes et bacheliers de prix? — N'avons-nous pas des « armes à volonté, — Et de bons chevaux arabes qui courent bien ? — Puis, « ne croyons-nous pas au roi du Paradis — Qui est mort et ressuscité ? — « Ces païens, au contraire, [ne croient qu'à l'Antéchrist] ^. — Tous leurs « dieux sont misérables et chétifs, — Le nôtre en vaut cent dix comme les « leurs. — Pour moi, j'ai fait le vœu à Dieu et à ses Saints, — Le jour où je « reçus les armes de chevalier, — Que je ne fuirais jamais devant Turcs et « Sarrasins. — Point ne me verrez sortir d'une bataille; — Mais j'y resterai, « mort ou vif. — Je ne serais donc qu'un misérable parjure, un failli, — Si « j'envoyais un message à Guillaume, — Quand, |iar la grâce de Dieu, je suis « encore vivant, — Quand je n'ai encore reçu aucune blessure, — Quand mon « haubert n'est pas encoi'e rompu, n'est pas encore en pièces; — Je vous en- « gage ici ma foi, je vous jure, — Que je n'enverrai point de message à « Orange — Tant que.je me sentirai quelque vigueur. — Airaeri ne sera pas « déshonoré par moi, — Ni la belle Guibourc, ni Guillaume le marquis; — « Ils n'auront pas la honte de me voir fuir devant païens. — Ici je veux vivre « ou mourir. — [Mais puisque vous avez pris une telle peur de ces Turcs, — « Au nom de Dieu et au mien, je vous donne congé. — Que chacun aille où « c'est son bon plaisir. — Seulement, au grand jour du Jugement, Dieu re- « connaîtra bien — Celui qui l'aura servi et aidé au besoin. — Celui qui fera « bien, qui se montrera preux et hardi, — Sera dans la joie céleste cou- « ronné et fleuri. — Dieu n'aura cure des mauvais ni des traîtres] " ». — Alors vous eussiez entendu les pleurs des Français, ^- Et ils se disent l'nn à l'autre : « Cet homme est bien hardi — Et malheur à qui lui fera défaut » !

Page 1