‹ Les eopeés françaisesChapitre 128 sur 180 · ANALYSE DU COVENANT F/T'TA'.Y · texte numérisé non relu

ANALYSE DU COVENANT F/T'TA'.Y

naïeniie. Puis, on ne savait pas où se trouvait Guillaume. " part, livr.h,

X, ^ CHAP. xvm. -

Était-il à Orange, ou à Bordeaux? Pendant qu'il se pose

cette question, le malheureux messager tombe au milieu d'une embuscade de dix mille païens : a Qui ètes- « vous »? — '< Je m'appelle Quinart de Nubie et suis le « sénéchal de Desramé », répond bravement Gérart qui excelle à mentir. — «. Nous n'en croyons rien », répliquent les païens. « Quinart est mort sous les coups « de Vivien, et vous n'êtes qu'un espion chargé d'al- « 1er demander des secours à Guillaume ». Gérart se voit démasqué, l)aisse sa lance, éperonue son cheval et retourne, penaud, dans le château défendu par les Français. « Eh bien! avez-vousvu Guillaume »? lui demande le héros de notre poëme. L'autre raconte son infortune : (c Vous n'êtes qu'un lâche » I s'écrie Vivien, « et n'avez « pas le sang de Guillaume dans vos veines. Reposez- « vous, beau cousin ; j'irai, moi, et j'irai seul ' ». A un tel outrage, Gérart ne répond qu'en sortant une seconde fois de ce château où il ne veut plus rentrer sans avoir rempli son ambassade. Une seconde fois repoussé par les Sarrasins, il ne se tire d'affaire que grâce ta la rapidité de. son bon cheval. A travers une grêle de flèches il parvient à percer les rangs fpais des Arabes et se dirige enfin vers Orange , épuisé et vainqueur "...

Un jour, dans Orange la belle, on vit entrer un chevalier couvert de sang, dont le haubert était rompu, dont l'écu était en morceaux et la lance en tronçons. C'était Gérart, tout haletant de son rude voyage. Or, l'on s'amusait dans Orange, et tout y était à la joie. Les damoiseaux jouaient aux échecs, les dames étaient aux fenêtres, les damoiselles dansaient dans les rues; ce n'é-

1. Covenant Vivien, édition Jonckbloet, vers 8^8-903. — 2. Ibid., vers 901-

II PART. LIVR. II

CHAI>. XVIII

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taient partout que sons de vielle et chants joyeux '. La seule vue de Gérart ensanglanté et pantelant fit un étrange contraste avec cette allégresse de la grande cité. « Qu'on me conduise à Guillaume », dit le cousin de Vivien. Guillaume, lui aussi, ne songeait qu'on plaisir et avait un échiquier devant lui : « Vivien », s'écrie Gérart qu'on a d'abord pris pour un Sarrasin, « Vivien « est perdu si vous ne venez à son aide ». — (( Qui « êtes-vous, messager »? — « Je suis votre neveu Gé- «■ rart, fils de Beuve de Commarcis ». Guillaume alors se jette dans les bras de Gérart et Guibourc le débarrasse de son épée : « Songez à Vivien ; je ne sais pas si (( vous le reverrez vivant », ajoute l'ambassadeur qui raconte longuement la détresse de ses compagnons, les commencements de la grande bataille et la retraite des Français dans ce château qu'assiègent tant de milliers de Sarrasins -. La colère, l'indignation, montent au front de Guillaume ; mais ce colosse, ce héros qui sait si bien se conduire au milieu des batailles, ne nous apparaît pas ici avec une intelligence très-éveillée : « Que foire? ({ue faire »? ne cesse-t-il de répéter ^ Il faut que Guibourc s'en mêle, qu'elle essuie ses larmes et ait de l'esprit pour son mari si bizarrement consterné : « Vous « voilà bien embarrassé », dit-elle. « Je possède encore « assez de trésors pour en charger soixante et dix che- « vaux : je n'hésite pas à les sacrifier pour Vivien. De (( voire côté, envoyez vos ùre/s dans toutes vos terres et « convoquez tous vos vassaux. Allons, dégourdissez- « vous, et marchez * ». Guillaume sort enfin de sa torpeur, pousse son cri de guerre, fait un appel suprême à tous ses hommes...

1. Corenan t T7r/e/?, édition Jonckbloet, vers P52-991 . — 2. Ihid. , vers 992- 1108. — 3. Ibid., vers 1109-1125. — 4. Ibid., vers 1126-1137.

Quelques jours après, il avait derrière lui dix mille chevaliers, et hâtait son départ '.

Pendant que cette belle et vaillante petite armée défilait sous les murs d'Orange et prenait le chemin d'Aliscans, un enfant de quinze ans se précipitait en larmes aux pieds de Guillaume : « Je suis le frère de Vivien, c( et prétends aller à son secours. Donnez-moi des ar- « mes ». — « Tu es trop petit », lui répond Guillaume, « et tes yeux ne pourraient même pas supporter « le spectacle de l'armée païenne. Reste avec Guibourc, « et, à mon retour, je songerai à t'adouber ». Guichardet ne peut supporter ce langage : il court dans un bois voisin et choisit un gros pieu qu'il taille à sa fantaisie; puis, il s'empare d'un cheval, malgré la surveillance de son maître Gautier. Il s'échappe enfin, et ne se laisse saisir qu'à la condition d'être immédiatement fait chevalier par Guibourc. La bonne dame est mise en demeure de lui ceindre l'épée et de lui vêtir le haubert : c'est la première fois que nous voyons ce rite chevaleresque accompli par une femme. Guichardet, libre et joyeux, s'élance dans la campagne où il veut rejoindre l'armée de son oncle. Il rencontre d'abord quinze larrons sarrasins et en tue plusieurs ; puis, il poursuit sa route avec quatre javelots dans le corps et rejoint Guillaume : « Je suis » , lui dit-il , a adoubé par « Guibourc ». Ravi de cette fierté, le comte l'embrasse et lui permet de rester près de lui. C'est ainsi que le petit Roland, qu'on voulait retenir à Laon, avait autrefois rejoint la grande armée de Charlemagne, avant la fameuse bataifie d'Aspremont "...

Lors de leur séparation, Guillaume et sa femme Guibourc s'étaient fait les plus nobles adieux : « Aidez Vi-

1. Covenant Vivien, édition Jonckbloet , vers 1138-1154. — Ibid., vers 1155-1327.

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