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"cHApixvu," " ^'^^" ^^ gardez bien vos hommes », avait dit cette femme héroïque. Dans quel état, héh\s ! était-elle appelée à revoir son mari !
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Détiesse Bataille ! bataille ! Vivien a reeardé ses plaies rou-
cle \ ivien. '^^ >■
ges et béantes : « Je ne veux pas », a-t-il dit, « que « mon oncle, s'il doit venir, me trouve au repos comme « un blessé. Gourons aux Sarrasins ». Il y court, et laisse après lui les traces de son sang '. Desramé sent bien que l'énergie de l'armée chrétienne n'est due qu'à l'énergie de son chef , et meta prix la tête de Vivien '. En vérité, Vi^^en mérite bien cet honneur. 11 s'attaque à Desramé lui-même et a la joie de le jeter ii terre. Mais, tout aussitôt, il est assailli et enveloppé par les païens qui veulent sauver leur roi. Ainsi qu'un sanglier acculé contre un roc, Vivien se défend avec une rage farouche. Il lance son cheval contre ses innombrables agresseurs ; abattu quatre fois , il se relève quatre fois; une pluie de dards tombe sur ce corps qui perd déjà tant de sang; quatre javelots s'enfoncent encore dans cette pauvre chair pantelante ^ Il regarde à droite, à gauche : « Où sont ses libérateurs? où sontils »? Personne. « Ah! vous m'avez oubhé, Gérart; « ou bien vous êtes mort. Je crois bien que je ne re- « verrai plus ni Guillaume, ni Guil)Ourc ». Personne, personne ! Sur son visage s'étend alors un ruisseau de sang, un voile qui l'aveugle : comme Roland à Roncevaux, Vivien se jette sur un ami qu'il ne reconnaît pas. Il rencontre et frappe Gautier; puis, lui demande par-
1. Covenant Vivien, édition Joiickbloet, vers 132S-1350. — 2. IbicL, vers 1351-1364. —3. Ibid., vers 1365-1112.
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don et regarde de nouveau à riiorizon. Personne en- " i^:^^:^- l'^r. ".
CIIAP. XTIII.
core !
Tout à coup, du côté d'Orange, on entend un grand bruit. Est-ce Guillaume? Est-ce l'arrière-garde des païens? Vivien et ses hommes éprouvent cette incertitude que l'armée française connut à Waterloo. Sentant qu'ils allaient mourir, ils se jetèrent dans les bras les uns des autres, et se donnèrent un dernier baiser. C'est l'un des instants les plus solennels et les plus beaux de toute notre épopée nationale...
Le jour est beau, le soleil est brillant; Vivien mourant approche son cor de ses lèvres blanchies et en sonne une première fois : « C'est le cor de mon neveu », dit Guillaume. Et il se hâte d'envoyer devant lui son neveu Bertrand au secours de ceux qui vont moiuMr.
Le jour est beau, et la bataille est rude. Vivien, pour la seconde, pour la troisième fois, embouche son cor dont le son va si loin. Granz fit l'a/arme et li hondirs fu fors : ce suprême effort crève la maîtresse veine de Vivien : « Hàte-toi, Bertrand, hùte-toi »! dit Guillaume. « Et vous, mon Dieu, laissez vivre mon neveu « jusqu'à ce je puisse le voii» et lui parler ». Bertrand part avec dix mille chevaliers.
Le jour est beau, et belle est la lumière. Les Sarrasins entendent un grand bruit, une tempête de clairons : « C'est Guillaume », disent-ils, « c'est Guillaume » ! A ce seul nom, Desramé pâlit, et les païens s'enfuient '. Sur le champ de bataille reste Vivien avec quelques Français demi-morts et râlants. De ses yeux qu'il a peine à ouvrir, le neveu de Guillaume aperçoit les Sarrasins en fuite : « Vaincus! ils sont vaincus »! s'écriet-il avec la voie d'un triomphateur. « Et maintenant, Dieu
\. Core7iant T'ir/o;, édition Jonckbloet, vers 1413-1451. — 2. Jbid. .vers 145?-1553.
" ch.vp: xvut"' " "ous attend dans son Paradis. J'entends, j'entends « les anges qui chantent au-dessus de ma tête. Ah! que « la vie nie paraît longue en attendant cette joie ! Si je « pouvais seulement voir mon oncle Guillaume et rece- (( voir le saint corps de mon Dieu ^ » ! Son dernier vœu est exaucé, et, au moment même où il prononce ces magnifiques paroles, l'avant-garde de Guillaume fait sa terrible entrée sur le champ de bataille "...
Arrivée de Cniillaunie
La mêlée recommence. Bertrand s'y précipite comme sur le cha.Mi. ,^|,^ jj^j^ • Avon,roi d'Escoutrelant, est tué par Gautier
de bataïUi' ' ., ' ' r
JètaSns le Toulousain; Macebrun, roi de Garesque, est coupé pieîiè déroule; t^» d^^ux par la formidable épée de Gaudin le Brun ^ Les
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héroïsme uiauvais augcs. qui guettaient ces âmes nou'cs, les em-
de Vivien. , , p i i i « i»
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Vivien, qui est à peu près aveugle et ne sent plus qu'un filet de jour pénétrer dans ses yeux, Vivien se fait houcher ses plaies : étrange chirurgie. Puis : « Ne « voyez-vous pas li's anges autour devons »? s'écrie-t-il. Il se relance alors dans la bataille et abat les païens comme on faucherait des fleurs. Mais, à un certain mouvement qui se fait soudain dans les rangs des païens, on devine qu'il vient de se passer quelque chose de terrible : c'est Guillaume qui entre en ligne avec ses armes d'or sur le fameux cheval Beaucentaux bonds de trente pieds. A grands coups d'épée, il coupe en pièces Tempesté, Endor, Laufaniel et Bruyant d'Arguemor. Il crie : « Montjoie » ! et tue. Son cheval marche bientôt sur les cadavres sanglants d'Aiiquetin et de Pinel, fils
1. Coveaant Vivien, éditioQ Jonckbloet, vers 1554-158(3. — 2. Ibid., vers 1587-1602. — 3. Ibid., vers 1603-1628.
ANALYSE DU COVENaNT VIVIEN. -IGl
de Cador : « Montjoie! Montjoie » ! Le sang coule à " J^^rp' "vr,- "•
torrents, et les prés en sont rouges : « Montjoie! Mont-
(( joie! Montjoie ' » !
Il ne reste plus au poëte qu'à faire enfin se rencontrer ces deux héros de tout le drame : Guillaume et Vivien...
Vivien est couvert de plaies ; le soleil passe à travers les trous sanglants de son corps; ses boyaux traînent après lui ; et, ne voulant pas se donner la peine de les rebouter dans son corps, il les coupe avec son épée. Guillaume le voit et le prend d'abord pour un Sarrasin. L'oncle, ô malheur! est sur le point d'en venir aux prises avec son neveu qui ne peut plus le voir, quand soudain ils se reconnaissent : «. Je m'appelle Guillaume, « filsd'Aimeri ». — « Et moi, je suis Vivien, fils de Ga- « rin d'Anséune ». Qui peindra jamais la joie du jeune comte et la douleur du vieux ' ?
« Je perds en vous le plus hardi de ma race », s'écrie Guillaume, qui se pâme et sanglote. — « Laissons (( les pleurs aux femmes », répond Vivien. « Prenez mes « boyaux et passez-les-moi autour de mon corps. Puis, « mettez-moi les rênes de mon cheval dans le poing « gauche et mon épée dans le poing droit »? — « Qu'al- « lez-vous faire »? — « Ce ([ue je vais faire? Me lancer « une dernière fois au plus épais de l'armée païenne ». « — Mais vous êtes mort ». — « Moi, je sais l'heure <( de ma fin. Je ne mourrai que ce soir, après vêpres
1. Covenant Vivien, édition Jonckbloet, vers 1G29-17CS. Le poëte fait ici une allusion fort claire an Moniarje Gnillaume : « Ce dit la irent del tens ancienor — Conques ne fut nus lioiiis de tel vigor. — A Saint Guillaume, ce dient. li plusor, — Que il gita le jaiant de sa tor. — Par vive force le détruit à dolor, — Et fist le pont Guillaume par iror. — El» li Deables par nuit dépeça tôt. — 'li le gaita, c'onques n'en ot peor — Et le gita en la l)lus grant rador. — Encore i part et i parra tos jorz. — Iluec est Teve en icelp t)runor; — L'abisme semble et i-i tournoie en tor >,. — 2. Ibid., vers 17G9- 183y.
CHAP. XVIII
II PART. uvR. II. « — Ce serait plutôt à moi, beau neveu, de me jeter « ainsi sur les Sarrasins ». — « Taisez-vous, mon on- « cle. Ne voyez-vous pas la couronne qui m'attend « là-haut ))? Et il menace de se donner la mort si Guillaume ne consent à le lancer ainsi sur les ennemis de Jésus-Christ. Le comte oliéit et le suit des yeux dans la mêlée ' ; puis, il tombe lui-même sur les Païens et en massacre plus de deux cents ■.