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AHscan.t, éd. Guessaivl et de Montaiglon, vers

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n PART. iivR. II. (( valier », lui dit Guillaume qui ne peut parvenir à se

faire croire. « Gomment »! s'écrie alors notre héros,

« j'ai résisté à cent mille Turcs, et je me laisserais ou- «■ trager par un seul adversaire ' » ! Là-dessus, il se jette sur le malheureux châtelain et le tue. Puis, il tombe sur les Orléanais et en massacre cinquante. Hernaut de Gironde passait par là, et les bourgeois vont se plaindre à lui de ce furieux dont ils ne peuvent avoir raison ; mais Hernaut, après avoii' attaqué Guillaume et s'être fait renverser de son cheval, ne tarde pas à reconnaître son frère : ((■ Je suis Hernaut », lui dit-il, et ils tombent tous les deux dans les bras l'un de l'autre. Guillaume lui baisa les yeux, la face et le cou, mais non point la bouche ; car il se rappelait la promesse (pi'il avait faite à Guiboiu'c '.

Peu de temps après, par un beau dimanche, le comte Guillaume, le vaincu d'Aliscans, faisait son entrée à Laon, où se trouvait alors le roi Louis avec sa cour.

Louis était depuis longtemps en paix, et sa cour, grâce à cette paix, gmce surtout aux anciens services qu'avait rendus Guillaume, était devenue somptueuse. On y était toujours en fête. Au moment même où l'oncle de Vivien arrivait à Laon, on s'apprêtait à y célébrer joyeusement la grande fête du couronnement de l'impératrice Blanchetleur. fdle d'Aimeri, sœur de Guillaume. Les jongleurs accouraient de toutes parts ; on ne voyait partout que riches parures, peaux de martre, vair et gris, pai/e et staniit; ou n'entendait que cris de joie et chansons d'amour. C'est durant ces préparatifs magnifiques qu'un importun, une sorte de misérable mal vêtu et de mine suspecte se présenta à la porte du palais impérial. 11 était immense, et son cheval était énorme. Son haubert pendait en débris informes; son heaume

1. Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 2083-2185. — 2. Ibid., vers 2186-2219.

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était brisé; sa grande barbe était en désordre; de gros- '"'^^'p™"

ses taches de sang, fort laides, déshonoraient ses vête-

ments qui n'avaient rien de gracieux; il était iiori'ible; il faisait peur. A sa vue, les garçons d'écurie, les valets de l'Empereur éclatèrent : « Est-il grand » ! dit l'un. — « Quel cheval »! dit l'autre. — « C'est un diable », reprit un troisième. Pendant ce temps , l'inconnu se taisait; il avait la force de comprimer sa colère, et attendait. Mais il augurait mal de sa réception par l'Empereur, et sa fureur commençait à s'embraser '.

Il descendit de cheval. Jadis, quand il était le favori de Louis, cent écuyers s'empressaient autour de lui, et c'était à qui tiendrait la rêne de son destrier ; mais les temps sont bien changés. Devant ce chevalier qui a l'air si pauvre et n'a plus d'or à distribuer aux garçons ni aux damoiseaux, tout le monde s'écarte, et l'on fait la solitude autour de cet homme devenu dangereux. Dès lors, l'étranger, les yeux pleins de larmes, prit le parti de se servir lui-même et d'attacher son cheval à un olivier. Pendant ce temps, on était allé prévenir Louis de l'arrivée de cet hôte étrange. « Demandez-lui son nom », dit Louis. — « Je m'appelle Guillaume au Court-Nez », répondit une voix terrible.

Et notre héros ajouta : « Voici que je suis devenu « pauvre, et je vais savoir aujourd'hui si l'Empereur « avait pour moi un véritable amour; car c'est dans l'ad- « versité que l'on éprouve ses amis ' ». Guillaume, hélas! ne pouvait s'attendre à toute l'ingratitude qui allait lui déchirer le cœur...

Il croyait sans doute ([ue son seul nom prononcé changerait le visage et les dispositions de tous ceux ({ui l'entouraient; il s'imaginait que le Roi, tout joyeux, al-

1. Aiiscitas. éd. Giiessard et de Montaijiloii, ver.s 222{)-2oh>. — 2. Ibkl.,

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lait descendre allègrement les degrés de son palais et lui tendre les bras; que sa sœur Blancbefleur viendrait le désarmer; qu'on donnerait en son honneur un splendide repas et qu'on lui ferait raconter la grande défaite d'Aliscans ; que les chevaliers de la cour l'entoureraient avec des cris d'enthousiasme et de joie, et que, sur-lechamp, on ('équiperait une grande armée pour délivrer Orange et venger la mort de Vivien. Gomme il se trompait, le comte Guillaume !

A peine eut-il dit ces mots : «■ .le suis Guillaume », que Tisolement se fit encore plus complètement autour de lui. On vit alors, ô ingratitude! on vit tous les chevaliers, tous les damoiseaux, ceux-là même qui devaient à Guillaume leur fortune et les armes dont ils étaient couverts, passer devant lui dédaigneusement, le regarder d'un œil curieux, le laisser seul. Quelques-uns se moquèrent de lui : c'étaient sans doute ceux qu'il avait le plus comblés de ses bienfaits. Pas une main ne se tendit vers lui : pas une boime parole ne lui fut dite. On le traita comme un exconununié '.

Il était là, au pied de son olivier, et devant lui passait toute une procession de curieux: on se le montrait au doigt : « Voilà », disait-on, <( à quel état est réduit le « vainqueur de Corsolt, le libérateur dé Rome, le pro- « tecteur de l'Empire ». Et l'on riait en haussant les épaides. Guillaume, pour répondre à tant de railleries, se contentait de leur apprendre la grande nouvelle : « Nous avons été vaincus ;i Aliscans, et Vivien est <c mort ». Mais (pi'importaient à ces hommes heureux la défaite de la chrétienté et la mort d'un martyr? Ils passaient leur chemin, et allaient à leurs affaires. Guillaume suivait du regard ces insouciants et ces ingrats : « Ah !

1. AUscKiis, éd. Gucssard cl Je Montaig-lon, vers 2389-2417. « Eiisi va d'oninie ki cliiet en i>bvertes : — Jà u'ert chéris, servis ne honorés ».

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(( si je leur apportais de l'ai'geiit » ! Alors, plein de tris- " '■;;«^;,^'j^«tesse, il sentit les larmes lui monter aux yeux ; il s'assit à terre, pensa à Guiboure et pleura abondamment '.

Puis, aux pleurs suecéda la colère, et cette colère devait être épouvantable. Guillaume déjà parlait de rogner la tète de FEmpereur ■; il était surtout emporté contre l'Impératrice, sa sœur. Or, c'était le lendemain qu'avait lieu la fête du Couronnement...

Tout est prêt pour cette solennité : c'est cour plénière. Les dames sont en vêtements d'or, en draps de soie ; les chevaliers sont couverts de va'ir et de firh. Le vieil Aimeri de Narbonne est là, avec Hernaut, Guibert, Bernart et Beuve ; on l'assied près de l'Empereur, et Hermengart est placée près de sa fille Blanchetleur. Celle-ci éclaire toute la cour de sa beauté et rit à tout le monde, excepté à son frère. La salle est jonchée de roses et de lis (pii exhalent une suave odeur; l'encens brûle dans les encensiers; les jongleurs ont tiré leurs vielles de leurs fourreaux et s'essayent à chanter. On chuchote, on rit, on est à la joie. Seul, dans un coin, un homme en manteau, qui s'est assis sur un banc, ne dit rien et demeure sombre ; il cache une épée nue sous son vêtement, et, plein de rage, attend le moment de se jeter sur l'Empereur ".

La vue d'Aimeri, son père, et de sa mère Hermengart % ne détourne qu'un instant le comte Guillaume de sa colère qu'il va faire éclater; et cependant il ne les avait point vus de six ans! Il se lève enfin, et, d'une voix tonnante : « Que Dieu garde », dit-il, « celle de

1. AUscans, éd. Guessard et de Montaiglon , vers 241b'-2463. « Anqtti saura Guillames au vis fier — Cora povres hom puet au riche plaidier ». — 2. Ibid., vers 24G4-249i3. Il faut ajouter ici que le Roi s'était amusé, du haut de sa fenêtre, à rjaber le vieux Comte : <' En vérité », lui avait-il dit, « vous êtes bien misérablement vêtu pour vous présenter à la Cour. Mais « nous voulons bien cependant vous recevoir â notre table, etc., etc. y.. — ' 3. Ibid., vers 2496-2624. — 1. Ibid., vers 262.3-2631.

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'I- « qui je naquis, et mon père, et mes frères, mais qu'il - « confonde ce méchant roi et ma sœur ». A ces mots, un silence mortel se fait dans cette salle, si bruyante tout à l'heure, et tout-à-coup si lugubre '. Ce rapide exorde a produit un puissant effet : « Je viens d'arri- « vei' », continue l'oncle de Vivieif, « et personne, per- « sonne ne s'est présenté pour tenir mon destrier. On « m'a laissé seul. C'est fort bien; mais, par tous les « saints, si mon père Aimeri n'était pas là, je couperais « la tète de ce roi » ! Les Français s'attendent alors à quelque spectacle palpitant, et, en véritables Français, commencent k perdre de leur terreur première, et à s'intéresser au drame : « Vous verrez», disent-ils, « que « ce Guillaume va faire (juelque diablerie ». Et ils attendent, en connaisseurs, la péripétie qui s'approche. Blanchefleur et Louis, blêmes de peur, tremblent sur leurs fauteuils d'or ".

C'est alors qu'après avoir serré dans ses bras son vieux père, sa mère et ses frères, Guillaume se met k raconter, devant la cour, toute la défaite d'Aliscans, et l'invasion des Sarrasins, et* la résistance des Français, et la mort de Vivien, et l'héroïsme de Guibourc, et la détresse d'Orange. A ce récit, tous les yeux se remplissent de larmes. On entend des sanoiots : c'est Bernart qui pleure son fds Bertrand ; c'est Beuve i[ui vient d'apprendre la captivité de Gui et de Gérart, ses fds. Le vieil Aimeri lui-même garde le silence, et ce don Diègue songe sans doute au déshonneur de sa race. Seule, une femme conserve, au milieu de cet universel désespoir, un front tranquille et fier : c'est Hermengart. « Vous « êtes des lâches », s'écrie-t-elle. « Allons », dit-elle k

1. Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 2652-2653. «Ot le li rois, il sans li est fuis, — Et la Roiue vousist estre à Paris ». — 2. Ibicl., vers 2535-2667.

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son mari, « ne faiblis }ioint do la sorte! Je te donnerai "'^"Jp"^^''-"-

a tons mes biens; moi-même je m'armerai ; je mettrai

^ <( i'écu à mon cou et l'épée à mon poing. Mes cheveux « sont blancs, c'est vrai, mais j'ai le cœur tout jeune et « rempli d'espérance » ! En entendant ce fier langage,

Aimeri sourit à travers ses larmes ' C'est ainsi que,

dans cette belle épopée, les femmes sont plus héroïques et plus viriles que les hommes. Mais qu'est-il besoin, d'ailleurs, de relever toutes les beautés de cette incomparable scène.

Guillaume, cependant, est resté debout au milieu de cette cour que tant d'événements inattendus remuent et consternent. 11 est là, avec ses habits en haillons, sa tète échevelée, l'écume aux lèvres, la rage au cœur, tenant ses yeux implacablement fixés sur Louis, sur sa sœur, et les tuant par avance avec le terrible éclair de ce regard : « Tu ne te souviens guère du jour, sire Louis, « où je te mis la couronne sur la tète ' ». Blanchefleiu' commet alors l'imprudence de vouloir disculper l'Empereur et se disculper elle-même ; et c'est ce qui porte la colère de Guillaume à sa dernière extrémité. « Tais-toi, « tais-toi », lui dit-d avec la brutalité d'nn soldat; « tu a n'es qu'une misérable, et Thibaut d'Arabe le sait « bien, lui dont tu as été la concubine ^ Tais-toi » !

« Ah »! s'écrie Guillaume le vaincu, Guillaume le méprisé, « vous êtes là tranquillement occupés à man- (( ger les fines poivrades, à boire les bons vins dans des « coupes d'or, à vous chauffer près du feu, et toi, à te

1. Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 2658-2"35. — 2. Ibid., vers 2736-2766. — 3. Ibid., vers 2773 : « Tiebcnts d'Arrabe vvts a asoi- « gnantée — El maintes fois com }ndain defolée », dit Guillaume à sa sœur. C'est là snns doute une calomnie que son implacable colère suggère à l'esprit de Guillaume. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans toute notre* épopée, nous n'avons jamais trouvé la moindre trace de ces relations coupables entre Blanchetleur et Thibaut. On se demande même à quel moment de noire légende on i;ourrait les placer.

Il TART. LIVR. II.

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« faire tourner et retourner luxurieusement dans les « bras de Louis. Vous vivez gorgés de vin, de bonne « chère et.de luxure, et vous ne pensez pas une fois, <( une seule fois, aux souffrances de ceux qui sont en « guerre pour votre service. Non, au milieu de vos joies « mauvaises, vous ne pensez jamais à nos douleurs ;> ! Ces dernières paroles transportent Guillaume d'une fureur que rien ne saurait plus contenir. Gomme un fou furieux, il se jette sur sa sœur; il lui arrache la couronne de la tète, il la saisit par ses longues tresses, il la renverse, il la foule aux pieds, il prend enfin son épée et s'apprête à lui trancher la tète ; mais Hermengart arrache sa fille à son fils qu'elle préserve ainsi d'un crime énorme. Blanchefleur, affolée, échevelée, s'enfuit en poussant des cris ' .

G'est alors que le poète introduit dans sa Ghanson une douce et charmante figure pour nous reposer enfin de tant d'horreurs. Blanchetleur a une fille du nom d'Aélis, et c'est à elle que revient la mission de réconcilier sa mère avec son oncle. Elle est plus blanche que neige; elle est semblable à la rose du matin. Vêtue d'une pourpre ro'^^, et l'or étincelant dans ses cheveux, jeune, belle, souriante, elle arrive dans la salle, au moment où Guillaume vient d'être désarmé par sa mère, au moment où ce furieux songe encore à tuer sa sœur et à ésrorsrer le Roi. Les Français sont muets; ils tremblent. Louis s'apprête k mourir et tremble plus que tous les autres. La mort va passer par là ; car un mauvais esprit est entré dans le corps de Guillaume "... En ce moment Aélis parut à la porte, et ce fut l'entrée d'un rayon de soleil.

Le vieil Aimeri saisit l'enfant entre ses bras, et la

1. Aîiscans, éd. GuessarJ et da Monlaigloii; vers 27G7-280G. — V. Ibid.^ vers 2%Ç)^ : « Mavai^e aspérité li est el cors entrée ».

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baisa au front; ses oncles la baisèrent aussi. Hermengart, plus sage, la ])rit silencieusement par la main et la présenta sans mot dire à Guillaume. La belle s'agenouilla gracieusement aux pieds de ce possédé, lui embrassa la jambe et le ])ied, et, de sa voix la plus douce : « Pitié pour ma mère »>. lui dit-elle. « Faites-moi brû- <( 1er vive ou trancbez-moi la tète ; exilez-moi de France : (( j'y consens, et m'en irai toute seule, pauvre, lasse, « mendiante ; mais accordez-moi la grâce de ma mère >: . D'un ton plus suppliant, elle ajouta : « Ma mère a eu (( tort, mais faites-moi mourir en sa place, et pardon- « nez-lui ». Alors le cœur de Guillaume s'attendrit un peu; il regarda cette belle enfant qui pleurait à ses genoux, et eut pitié d'elle : « ^'ous avez trop de cha- « grin, ma nièce; relevez-vous ». — « Non, je ne veux « me relever qu'après avoir obtenu ce pardon ». Le pauvre Empereur intervient alors tout effaré : <( Je fe- « rai », dit-il « toutes vos volontés ». Cette fois, Guillaume est toucbé ; il se baisse, il prend la jeune fille et l'embrasse en la relevant. Sa colère est finie; il remet son épée dalis le fourreau. Un enfant avait triomplié de celui qui faisait trembler la France '...

Le lendemain, l'Empereur convoquait son ost, et deux cent mille hommes s'apprêtaient à partir pour délivrer Orange ". Ici s'achève la première pai'tie de la Chanson. C'est un des ])liis admirables monuments de notre poésie nationale, et il n'est véritablement comparable qu'à Roland.

1. Aiiscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 2807-3035. Blancliefleiir vient elle-même se jeter aux pieds de son l'rère : « J'irai », lui dit-elle, « tovte « cles2)oUic à Taljbaye de Saint-Vincent ». Le comte la relève, et ils s'embrassent. — 2. Ibid., vers 303G-3145. 11 y a ici, dans notre poëme, des longueurs insupportables. On nous y fait assister à une nouvelle altercation entre le llei et Guillaume. L'Empereur consent enfin à donner une grande armée au comte d'Orange, mais à la condition qu'il ne sera pas forcé de quitter Laon et de la commander lui-même.

Il PART. LIVR. II CHAP. XX.

II UART. I.IVR. Il .

CUAP. X\l.

ôJ<) ANALYSE U ALISCaNS.

GHAPITUE XXI.

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