‹ Les eopeés françaisesChapitre 146 sur 180 · LE PRINCIPAL HÉROS DE TOUTE LA GESTE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPAL HÉROS DE TOUTE LA GESTE

; Aliscans.)

Analyse Diuis Ics Epopôos artificiellcs, telles que la Henriade,

(suite). tout est uniforniémeut héroïque et sublime. 11 en est de ces poëines assez monotones comme de' nos tragédies classi(jues : le rire y est défendu. Les héros y sont perpétuellement occupés à de grandes choses qui ne les laissent pas vivre un seul instant de hi vie des autres hommes, de cette vie partagée entre la joie et les larmes. Ces héros, qui parfois sont un peu guindés, marchent toujours à pas comptés et sonores ; ils ont notre apparence, mais il semble qu'ils ne sont pas comme nous des êtres vivants, en chair et en os. Ce sont des héros; ce ne sont pas toujours des hommes.

Il n'en est pas de même dans nos vieux poëmes nationaux. Leur forme, sans aucun doute, leur style et leur langue sont prodigieusement inférieurs à la forme, au style et à la langue des Épopées classiques ; mais leurs personnages sont souvent plus vrais. Ils ne sont pas condamnés à Théroïsme à perpétuité; ils vivent de notre vie, combattent, agissent, plaisantent, pleurent et rient connue nous autres. La gaieté et les pleurs se mêlent très-naturellement dans chaque heure de leur existence

ANALYSE h'ÀLlSCÀNS. ôr

Il l'A UT. I.IVK. I'.

CHAI'. XM.

qui ressiMiihle il la nôtre. Nous les admirons ({uel({ii(^fois un peu moins, mais nous les comprenons davantage.

C'est ainsi que, dans la geste de Guillaume, nous voyons, entre te désastre et les représailles d'Aliscans, apparaître soudain un personnage héroï-comique ([ui divertissait étrangement nos pères et les induisait en un gros rire, après que Guillaume avait fait couler toutes les larmes de leurs yeux. Ce nouveau héros, c'est le géant Ilenonart. GomuK^ Robasti'e il représente, dans notre cycle, « la force corporelle au service d'une bonne « cause », la force sans intelligence, brutale, niaise. A chaque mouvement un peu gauche de ce colosse, les auditeurs du moyen âge se pâmaient de joie, et, si nous ne faisons pas comme eux, c'est que nous avons le malheur d'être plus raffinés...

Le roi Desramé vivait à Cordres, au milieu de ses quinze fils : Renouart était le plus jeune '. C'était avant l'expédition d'Aliscans.

A Renouart on avait donné un précepteur, qui s'ap- i. uu ;,"'ro.i

, . ,, , -r»- 1 /-i TA- 1 ', • des cuisines

pelait, d un nom charmant, Piccolet. Ce Piccolet n était de rEmi eieur.

'■ Premiers

rien moins qu'un puissant magicien. Mais, parmi les er/ôltSt enchanteurs de nos Romans, il en est qui, comme Au- ^e Renouart. beron, croient au vrai Dieu et sont fort bons chrétiens. Le maître de Renouart, au contraire, était vraiment satanique ', et le poëte nous le prouve en nous faisant assister à une de ses leçons : « Ne sois pas assez auda- « cieux », dit le précepteur à l'élève, « pour croire en « Dieu et en la Vierge. Si tu rencontres sur ta route « un honnête homme, ne manque pas à le battre. Fais (( le mal toujours, fais le mal partout ». Par bonheur, le fils de Desramé est une honnête nature ; il se révolte

1. Le récit suivant, jusqu'au moment où Guillaume apparaît île nouveau, est emprunté à la dernière partie des Enfances Vivien, dans le ms. fr. 1448 de la Bibl. Nat., f"^ §01 v" et suivants. — 2. Ibid., (° 201 v".

Page 1