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518 ANALYSE b'ALISCAyS.
Il ivur. I.IVR. u. contre un tri enseignement : '< Maudites s(3ient vos le- — « cens )>, (lit-il à l'enchanteur qui se met alors à le frapper cruellement. L'enfant n'avait jusque-là pas eu conscience de sa force, et sVHait laissé battre. Mais cette fois il se sent blessé, et sa fureur éclate. Il saisit son maître, le renverse, \\\\ plume les cheveux et la barbe, et s'apprête à le tuer, lorsque tout à coup il se souvient de son père. Craignant le courroux de Desramé, il met Piccolet en liberté '.
Le magicien, fou de rage, ne songe plus qu'à se venger : il a recours aux terribles secrets de son art et prépare dans un mortier je ne sais quel philtre infernal. Renouart a l'imprudence de le boire, et le voilà enchanté, ou, comme le dit le poëte, enfantômé. Il ne sait plus où il est, il ne peut plus se conduire, il est ivre. C'est alors que son précepteur l'emmène secrètement, et le vend à des marchands. Ceux-ci allaient en France : ils y conduisent l'enfant et, peu de temps après, le vendent au roi Louis ".
La cour était alors à Laon ; rf]mpereur arrivait d'Espagne où il venait de délivrer l'enfant Vivien que les païens assiégeaient dans Luiserne. On célébra le retour du fils de Charlemagne par un grand banquet. Or, le fils de Desramé, dont on ignorait la haute origine, avait été mis à la cuisine et placé sous les ordres du maitrequeux. Mais cet enfant était déjà énorme, et rien ne pouvait satisfaire sa faim gigantesque. Alléché par les odeurs du festin, il vola ce jour-là un paon à la poivrade et le mangea en deux bouchées : ce fut son premier exploit.
Le maître-queux entra en grande rage, et frappa Renouart : celui-ci l'abattit d'un coup de poing, et lui
1. Enfonces Yirien, ra^. 1448, f'> 202 r^». — 2. Ihid.. ibid.
ANALYSE D'ALISCANS. 519
creva la cervelle. Puis, tranquillement, il saisit trois cuisiniers et les jeta vivants dans les chaudières. Après quoi, la conscience satisfaite et le visage serein, il s'enferma dans la cuisine, en tira les verroux et, comme le paon à la poivrade l'avait mis en appétit, il mangea le diner tout entier, le dîner du Roi! Oui, il n'en voulut rien laisser, et pétrit ensemble tous les restes, mêlant le sucre avec le poivre et trouvant ce mélange succulent. Il fallut que l'Empereur capitulât avec ce forcené : « Si « vous voulez à manger, sire, donnez-moi à boire. J'éa touffe ». Louis dut en passer par la volonté de ce terrible enfant '. D'ailleurs, il le laissa dans ses cuisines, et ne comprit pas en quel homme de guerre on pouvait transformer ce redoutable garçon. C'est à Guillaume qu'il appartenait d'avoir un jour ce discernement et de faire du fils de Desramé le plus puissant ennemi de son père et de toute la race païenne. Ce Renouart, ce glouton, n'était rien moins que le futur vengeur de Vivien, le futur soutien de la Chrétienté tout entière!
Mais son courage dormit longtemps. Pendant toute la durée de la première expédition d'Ahscans, ce fils de Desramé, ce frère de Guibourc, resta caché parmi les queux du roi, s'abètissant de plus en plus, raillé par ses vils compagnons, condamné aux plus rudes, aux plus dégradantes besognes. Quelques jours avant le départ de la grande armée pour Orange, Guillaume aperçut ce géant qui sortait des cuisines impériales. Renouart alors avait vin^t ans, et ses moustaches commençaient à pousser ; il était très-beau, et cette beauté éclatait sur un visage sans expression et que de longues persécutions avaient tout assf.té. Le maître-queux s'était amusé (quel plaisir délicat!) à lui barbouiller de suie