‹ Les eopeés françaisesChapitre 148 sur 180 · ANALYSE lyALlSCANSi · texte numérisé non relu

ANALYSE lyALlSCANSi

'■ 7/;.u.'xri: "■ ^^^^^ ^^ visago, et lui avait fait raser tous les cheveux. Et les éeuyei's et les (/arçons de se moquer de lui '. Qui u'a vu semblable spectacle? qui n'a vu, dans nos rues de Paris, quelque grand jeune garçon, tout efflanqué et abêti, être suivi par une foule d'enfants qui Finsultent et raccompagnent avec des cris? Parfois la victime manque de patience et se met gauchement à poursuivre un de ses petits persécuteurs : malheur à celui qui est atteint!

Tel est Renouart.

Le jour même où Guillaume le vit pour la première fois, il lui donua ce spectacle. Poursuivi, frappé, agacé par cent écuyers, et longtemps patient, il finit par se mettre en une formidable colère ; il atteignit un de ses bourreaux, l'empoigna rudement, le fit tourner deux fois en Tair ; puis, le jeta contre un pilier comme on jetterait une balle, lui arracha ainsi les deux yeux de la tête, et le tua. Ce fut Tafltiire d'un instant. Guillaume était connaisseur en coups de poings et en coups de lance : il admira vivement ce début de Renouart : « Par saint Denis »! dit-il, « voilà un rude baciielier. « Sire Eknpereur, ne voudriez- vous pas me le donner » ? — « Je le veux bien », répondit Louis. « N'oubliez pas « qu'il est païen et que, malgré ses demandes réitérées, « je n'ai pas encore jugé bon de lui doimerle baptême. « Du reste, il n'a jamais voulu nommer son père, et il « m'a été vendu par des marchands qui ne m'ont rien « dit de son origine ». Renouart à partir de ce jour devint le serf, ou plutôt le compagnon de Guillaume ".

Il allait, à cette école, devenir le premier héros de

1. Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 3147-3190. — 2. Ibid., vers 3191-3301. Cette histoire est racontée à peu près dans les mêmes termes en deus couplets différents qui ne présentent pas la même rime. (Voir, dans notre tome I, noire chapitre sur la versification des Chansons de geste, pp. 22\ et ss.)

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tout le monde chrétien ; et sa gloire allait éclipser celle ■• 7,f*- ™"- (le Guillaume lui-même.

« Emmenez-moi avec vous », tel fut le premier mot n.-Leunei

T-ii •! • 1 de Renouart.

que dit Renouart a son nouveau maître, ht il ajouta, très-humblement prosterné. aux pieds du fils d'Aimeri : <( Je garderai vos harnais, et vous apprêterai votre « cuisine. C'est un métier où j'excelle. Puis, à l'occa- (( sion^ je pourrai donner de bons coups. Mais, de « grâce, laissez-moi partir à cette guerre ». Guillaume y consentit : « Quelle sera ton arme »? lui demanda-t-il. — « Je ne veux qu'un tinel ». — « Eh bien! va le « chercher, et suis-nous ». Déjà Renouart était transfiguré ; déjà il avait sur le visage un reflet de sa gloire à venir.

Il descend alors dans le jardin du Roi, et y choisit un gros sapin à l'ombre duquel pouvaient s'asseoir cent chevaliers et qui valait bien cent marcs d'argent : « Charpentier, venez avec moi; coupez et ébranchez « cet arbre ». Le charpentier fit sa besogne, et, quand le sapin fut ébranché, il se trouva qu'il avait quinze pieds de haut... C'est en vain d'ailleurs que le forestier de l'Empereur s'emporte contre Renouart qui a pris cet arbre sans y avoir aucun droit : le géant se jette sur le pauvre forestier et l'écrase contre un chêne. Le malheureux voit ses boyaux s'échapper de son ventre et traîner après lui '. « Comment te portes-tu mainte- (( nant »? lui dit Renouart en riant, et il se met à chanter fort joyeusement. Ces plaisanteries sont lugubres. Vite, vite, il faut maintenant ferrer ce fameux tinel dont il sera tant parlé dans la suite de notre Chanson. \j\\ fèvre s'en charge. On le ferre, on le lisse, on le polit, on en fait presque un objet d'art. Et alors, fier

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