Aliscans. éd. Guessard et de Montaiglon, vers
CHsr. \\i.
522 ANALYSE DALISCANS.
II PART. LivR. n. comme un roi, l'œil en feu, le front riant, Renonart alla se pavaner dans les rues de Laon avec son beau tinel. A sa vue, tous les passants s'enfuient, épouvantés : « C'est Renouart au tinel », disent-ils tout tremblants. Et comme le dit le poëte, le nom lui en est resté : Ai/ic ptns cis non^ ne lui fut remués ^
Le lendemain, la grande armée se mit en route. Par malheur Renouart était ivre, et s'était endormi à la cuisine : on partit sans lui.
Le géant s'éveilla, et se mit tout aussitôt à courir, pour rejoindre Guillaume. Dans sa précipitation, il oublia son tinel, et revint sur ses pas pour chercher cette arme dont il ne pouvait plus se passer, qu'il aimait comme une chose vivante, qu'il couvrait de baisers. Mais en chemin il aperçut la belle abbaye de Saint- Vincent : c'était tout justement la fête du patron, et les soixante moines s'apprêtaient à faire un bon repas. Le maître-queux pilait l'ail. Dieu! quelle odeur! Renouart aspire délicieusement ce parfum, et, bravement, entre dans la cuisine du couvent : « J'ai faim », dit-il en jetant un regard vorace sur les pâtés, sur le rôti^ sur les poissons, sur les gâteaux. Le maître-queux paraît alors, et, d'une voix tout aimable, notre héros se propose à lui comme cuisinier : « J'ai un talent particulier « pour écorcher les anguilles, faire les rousoles, dresser « les écuelles, hacher la porée et donner de forts coups « à l'occasion ». L'autre s'étonne, et le veut battre; Renouart alors, qui est coutumier du fait, le jette placidement dans le feu. Puis, il prend deux oies, les pile avec de l'ail, les arrange à son goût, les mange avec une étonnante rapidité, et, pour ne pas rester sur un goût aussi acre, dévore un petit millier de rousoles.