‹ Les eopeés françaisesChapitre 15 sur 180 · L-I.II · texte numérisé non relu

L-I.II

» LUI et suiv. . .

Coiiyoniieuieiil Looys.

Guiherl tV André iwn.

CouronncMcnt Looys.

Charroi de Kriues.

Prise d'Orange.

A'imer le Chelif(?^). Inlluence du Sicrjc de

Jlorbastre co^^>LÈTI;lIE^T dviiijurc ('<). Chevalerie .Vivien .

Alixrans (l" partie).

Foulque de CanOie [\", 2' et 3' chansons).

Fouhjnc de Ccndic (4'^ et 5= cliarisons).

Aliscdiis (2" partie ; lieiwarl).

BalaiUe Loquifer et J)Ioii,ia(jo Jiciioort , ey.-

cessivement abrégés.

Foulque de Candie.

Moiiia(je Guillaume.

3 Le traducteur italien prend avec les textes français qu'il a sous les yeux des libertés illimitées. Il change non seulement la physionomie, mais l'aflabulation de la plupart de nos poëmes. '> Plus il avance dans sa tâche, plus il se permet de ces libertés, plus il abrège ses modèles. Il en arrive, vers la fin de sa longue compilation, à ne plus consacrer que quelques pages, voire quelques lignes, au résumé de tout un poëme {BalaiUe Loquifer, Moniaye Renoart). '^ Les poëmes qu'il a peut-être le plus scandaleusement défigurés sont ceux-là même qui sont le centre de tout le cycle, la Chevalerie Vivien et Aliàcans. Il n'en a aucunement compris l'importance et a donné bien plus de place aux lieux communs de Foulque de Candie. C'est assez dire qu'il n'a pas eu l'intelhgence de son modèle. <» Le manuscrit cyclique que le compilateur italien avait sous les yeux devait être fort semblable aux mss. de la Bibl. Nat. fr. 776 et 1448, au ms. de Boulogne, etc. '' Nous ne sommes pas certain de l'identification que nous avons proposée pour les chapitres xiv et suiv. du livre IV.

c. Déjà, comme on a dû le voir d'après l'analyse et les extraits précédents, les Nerbonesi étaient bien loin de nos Chansons de geste, dont ils ne craignirent pas de modifier l'esprit, et même les péripéties principales. Mais ce n'était pas le dernier outrage que dussent recevoir nos vieux poëmes en Italie. A la période des compilations en prose succéda celle des romans en vei's. A la fin du quinzitme siicle, un improvisateur, Cristoforo Fiorenlino, surnommé VAltisA-imo, se proposa (rude besogne) de mettre en octaves tous les lieuli. Ce jioeia laureato composa quatre-vingt-dix-huit chants en octaves, et les composa al inqjroviio. Ces vers furent sans doute recueiUis par ses auditeurs; mais, quant à terminer cette œuvre, il n'y put songer. Seulement, il annonça qu'il voulait plus tard ajouter à ces premiers chants « l'hi&loire du /ils de Charlemayne et des Narbonnais, du brave Tibald, des batailles et de la ruine de rEm2jire. » Mais il ne réalisa point son projet. Dans le courant de ce même siùTe avait paru (sans doute à Florence) VIncoronazione del re Aloysi fifjliv.olo di Carlo Moyno îrnj^ei'adore diFraucia, dont l'au-

II PART. LivR. II. et à la France ; qui fut forcé d'aller demander des se- ■ — "^^ — ■ cours à l'Empereur, une seconde fois ingrat. C'est à lui

teur était Miclielangelo de Yolaterra. Le livre n'a point de date plus précise. En 1557 parut à Florence la Schiatta de Reali di Francia, avec ce sous-titre précieux : La geaealogia e discendentia de Reali e judadini di Francia E de' Nerbonesi discusi del sangue di Chiaramonte E di Mongrana. L'auteur de ce petit poëme, dont Melzi nous fait connaître le te.xte [Bibliografia dei romand e j^oemi cavallareschi, 2e édit., pp. 7 et suiv.), engage vivement ses lecteurs à lire les Reali, et notamment le Pijipino et VAsj^ramonte ; et il ajoute : « E leggi il Nerboxese e sue schermaglie — Ghe troverai crudeli e gran battaglie — Che fè Gvglielmo conte Lancioneri — Con quel Tihaldo Re d'Arabia e Sire — Che vi mori con tanti cavalieri — Clie fia cosa impossibil pur a dire. » Puis (comme l'a remarqué L. Clarus avant nous) l'auteur de la Schiatta de Reali se souvient tout à coup qu'il a omis quatre livres de batailles, et veut nous donner à ce sujet des explications devenues nécessaires : « Il primo libro si chiama Narboxxe, — Il quale s'ebbe un core de lione,— E discese del sangue Narbonese — E fu iîgliuolo del franco Viviano. — Colla grifagna c'era alla palese, — E stette già con Tibaldo pagano; — Ma pur de' Nerboiieni quel discese, » ... = Après le seizième siècle, nous ne trouvons plus rien de notable sur la diffusion en Italie des Chansons de notre geste. Apr^'s la période des versions françaises italianisées, après celle des compilations en prose, après celle des improvisations et des romans en vers, la légende de Guillaume fut abandonnée en Italie. Les six premiers livres des Reali furent réimprimés et le sont encore aujourd'hui, mais les Nerbonesi sont oubliés depuis trois siècles.

II. En Allemagxe. La propagation en Allemagne des Romans de notre geste a passé par trois périodes, par trois phases auxquelles on peut attacher les noms suivants : I" Avant ^^^0LFRAM ; 2» Wolb'ram n'EscHENBAcn ; 3" Après Wolfram. Nous allons les passer successivement en revue :

lo Avant Wolfram, on ne saurait signaler l'ien de certain. Les fragments d'un Gioillalni mit dcr hurzen Nase que M. Roth a publiés dans les Denliniœler der deutschen Spraclie (Munich, 1840) sont-ils véritablement antérieurs au WiUehahn de Wolfram? Nous n'oserions pas l'assurer aussi nettement que L. Clarus (1. 1., p. 309). Il en est de même de ce Markgraf Wilhelm von Oruntz qui est cité dans un poëme inédit de Frédéric de Souabe, et de ces livres mentionnés au quinzième siècle par Puterich, qui composa, vers 1450, un poëme sur la noblesse bavaroise admissible aux tournois, et, qui, parmi les vieux livres chevalesques, signale textuellement : « Sand Wilhellens p\iech des annder » et Dus erst und dus letste sannd Wilhellens imecher swei. » (Clarus, 1. 1.) Toutes ces attributions sont trop vagues pour être scientifiquement adoptées. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'antérieurement à Wolfram, on connaissîiit au-delà du Rhin plusieurs poèmes français de notre geste. Wolfram en effet (éd. Lachmann, p. 42G, l""' colonne) écrit ce qui suit : « Vous avez déjà extendu, et on n'a pas besoin de « vous raconter uxe seconde fois comment Guillaume consentit à servir, « comment il conquit Arabelle, et comment beaucoup d'hommes y trouvèrent « la mort, etc. ». Ce qui prouve (comme l'ont observé Jonckbloet et Clarus) que Is. Prise d'Orange avait déjà pénétré en Allemagne. Le Charroi de Ninies avait peut-être été connu par Wolfram, qui fait dire à son Guillaume : « Je fus marchand, et pris alors Nîmes, la bonne ville, avec des- « charrettes, etc. ». Quant à la popularité (l\A.liscans, elle ne paraît pas douteuse, et nous démontrerons aisément que l'auteur du Willehalm a eu notre

NOTICE lilDLlUGRAPHlQUE ET HISTORIQUE. d7

que le ciel envoya alors, comme un puissant allié, le géant Renouart, personnage héroi - comique , dont

poëme français sous les yeux, et s'est contenté de l'imiter plus ou moins librement.

2° Wolfram vivait à la fin du douzième, au commencement du treizième siècle : c'était l'heure où les Chansons de notre geste étaient dans tout l'épanouissement de leur gloire, et où un copiste inconnu transcrivait pour nous ce beau manuscrit de la IjibUothèc^ue de l'Ar-senal où se trouvent Al isca ns, la Bataille Loqi'ifer et les deux Moniages. Un certain nombre de nos autres manuscrits sont contemporains de l'auteur du Willehalm. — Wolfram était Bavarois. A quelques lieues de Nuremberg, dans le pays appelé « Nordgau », est le château d'Eschenbach où sans doute il naquit. Sa vie lut agitée, et plus militaire encore que poétique. Dans les miniatures, il est toujours représenté avec l'armure et la rude physionomie d'un chevalier. Il se mêla activement à toutes les guerres privées qui déchiraient son pays : âme ardente et éprise des beaux coups d'épée. Le point culminant de sa vie fut le fameux tournoi poétique de la W'artburg. en 1207, où combatth'ent les plus illustres minnesinr/evs. Wolfram, qui s'était d'abord résigné au rôle passif de juge, ne put s'empêcher de descendre à son tour dans la lice, et disputa le prixï(V. L. EttniilUer, Der Singevkyieg av.f der Warthv.rg, Ilmenau, 1830.) Tel est le poëte qui était appelé à répandre en Allemagne la gloire de notre héros épique. "N'ers 1213 ou 1214, le landgrave Hermann de Thuringe lui commanda sans doute un poème sur Guillaume; eu même temps (suivant l'hvpothèse fort raisonnable de M. Pey, qui a consacré une bonne étude à ^^'olfram d'Eschenbach), ce prince aurait remis au poëte un manuscrit français : « d'^//5cans. « C'est le duc Hermann, » dit Wolfram lui-même dans son Introduction, « qui me fit faii-e connaissance avec Guillaume, comte d'Orange. » Et il ajoute qu'il se propose de suivre un original français : « Ce qui se dit en fran- « çais, écoutez-le en allemand. » Cependant Hermann mourut en 1216, et son fils lui succéda. Le nouveau landgrave était Louis l\ , dit le Saint, mari de sainte Élisaljeth de Hongrie. C'est sous son règne que A\'olfram acheva l'œuvre commencée sous Hermann : dès la strophe 417 de Willehalm, le glorieux minnesinger fait une allusion à la mort de ce généreux j)rotecteur. Rien ne prouve d'ailleurs, comme le suppose M. Pey, que Louis n'ait pas continué à AA'olfram la protection et les faveurs de son père. (Voir, sur la vie et les ouvrages de Wolfram, l'ouvrage de San-Marte : Leben und Divhtcn Wolframs von Eschenboch. Magdeburg, 183(3 et 1841, et aussi l'Introduction du Wolfram de Lachmann, Berlin, 1833.) — Parmi les œuvres de \\'olfram, nous n'avons à examiner ici que le Willehalm, dont il est temjjs de donner le résumé. Ce poëme s'ouvre par une introduction où l'auteur expose rapidement ses relations poétiques avec le landgrave Hermann; où il le i-emercie de lui avoir fait connaître le comte Guillaume d'Orange; où il déclare enfin qu'il a travaillé d'après des sources françaises, et qu'il laissera de côté toute la première partie de l'histoire de Guillaume. Mais ce n'est là qu'une jjre/flce indépendante du poëme. Le véritable début de Willehalm, que les Allemands considèrent avec raison comme un des plus beaux morceaux de leur langue, est une invocation ti'ès-religieuse au Créateiu* de tous les êtres. » Dès ces premiers vers, on sent combien cette œuvi'e offrira un caracicre différent de celui de nos Chansons : ce n'est plus là, à proprement parler, de la poésie .sincèrement primitive. A[)rès une seconde invocation à son héros, Wolfram entre enfin in médias res et nous raconte brièvement comment le comte Heimrich de Narbonne renvoya un jour de son palais ses sept fils Willehalm, Bertrand, Buovun, Heinrich, Arnalt, Bernart et Gybert : « Allez à la cour de

U l'AIiT. MVR. II, CHAI'. I.

48 INTRODUCTION A LA GESTE DE GUILLAL-JIE.

Il PART. LivR. II. la YLie seule excite le rire, mais dont le tinel est si ter- ^-^ — rible ; qui passe sa vie à massacrer d'autres géants

Charles, » leur dit-il, « et comptez avaat tout sur votre courage et sur l'a- « raour qu3 vous pouvez inspirer à de uobleî fem'nss: car vous ne i'ece\Tez « rien de moi. » Heimrich parlait ainsi parce qu'il voulait favoriser, au détriment de ses fils, un enfant étran'^er, un sien filleul qui lui avait été confié. Cest ainsi que Wolfram nous présente sas personnages: puis il abandonne à leurs destinées les enfants du comte de Xarbonne et ne s'occupe plus que de Willehalm. Celui-ci (antérieurement ;l l'action de notre poëme) a enlevé la fille du roi païen Terramer, Arabelle ; il l'a fait baptiser sous le nom de Gyburg, il l'a épousée. De là tant de guerres formidables, tant de .sang répandu. Terramer, en effet, ne peut supporter le rapt de sa fille et rassemble une immense armée. Il débarque en France, tout frémissant de colère et voulant se venger à tout prix de Foutrage de Willehalm ; il est accompagné de son gendre ïibtUd, de son frère Arofel, du terriljle Halzebier, roi de Falfunde, et du roi de Perse qui, dans nos Romans, est toujours qualifié iVAmifant et semble exercer dans sa ^ille de « Babilouie » une certaine suprématie sur tous les rois des Sarrasins. De son côté, Willehalm Ehkvriiein (sic) rassemble ses vassaus Witschard, Gérard « von Blevi, » le paladin Bertrand et ses deux neveux Mile et Yi\-ien. Autour du comte d'Orange se réunissent vingt mille chevaliers auxquels le fils d'Heimrich adi-esse une dernière allocution avant la bataille : « Xe laissez pas insulter votre foi par ces païens qui vous raviraient « volontiers votre baptême. » Les Sarrasins crient Tcrvir/enl. et les Chrétiens Moiischoi/. Le grand combat s'engage dans la plaine d'Alischans, et Willehalm fait merveilles avec sa grande épée « Schoijvse ». Halzebier s'empare de huit princes chrétiens qu'on se propose d'échanger un jour contre Arabelle. Vivien est blessé mortellement : on le foule aux pieds, il se relève, se plante énergiquement sur son cheval et se lance dans la mêlée. Mais il tombe, et s'asseoit à Torabre d'un arbre. Le Démon veut aloi's se saisir de son àme : il est chassé par l'Archange, et Vivien meurt. Cependant la bataille continue : « 0 Gyburg, » s'éciie Willeham, « combien je paye cher votre « amour! » Ainsi finit le premier livre du poëme de Wolfralm. — Le comte d'Orange, malgré des prodiges de valeur, est enfin vaincu ; il est forcé de s'enfuir. C'est alors qu'il rentre dans sa ville, où d'al)ord il ne peut, ô douleur! se faire reconnaître des siens. Par bonheur il a l'idée de leur montrer la cicatrice à laquelle il doit son surnom d'Ehkurneis, et ils consentent à lui ouvrir la porte de son propre château. Mais là. quelle détresse, quel abandon! Et comment résister plus longtemps à des ennemis si puissants et si nombreux? Willehalm se décide à aller demanJer du secours à Tempereur Loys. Il part, traverse la France, arrive près de Loys et en obtient, non sans peine, le secours qu'il attendait. D'ailleurs, il ne revient pas seul. Il emmène avec lui Rennewart, une sorte de géant brutal qu'il a trouvé dans les cuisines de l'Empereur, et qui est, comme on le saura plus tard, le propre frère d' Arabelle ou Gyburg. Une seconde bataille s'engage à Aleschans : Rennewart, armé d'une barre de fer, renverse, écrase des bataillons entiers. Halzebier reçoit un coup mortel; Terramer est grièvement blessé; les Païens se troublent, s'enfuient, se remiiarquent. Les Chrétiens, maîtres du champ de bataille, enterrent leurs morts et embaument les corps de leurs rois. Alors, mais aloi-s seulement, on s'aperçoit de Tabsence de Rsnnewart, et Willehalm en pleure à chaudes larmes. Le poëme s'achève par le récit de cette vive et sincère douleur. Le comte d'Orange, avec Bertrand, se met en route pour retrouver son ami Rennewart; avant de partir, il veut se montrer généreux envers les vaincus, et met en liberté les vingt-cinq rois païens qu'il a faits prisonniers :

flIAP,

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET JIISTOIilOUE. <î9

et à écraser joyeusement h^s païens; qui, avec upart. nvn. m. Guillaume, venge et fait oublier la défaite d'Aliscans ";

« Jf vous recommande, » dit-il, « à Celui qui connaît le nonilire des étoiles « et qui donne la lumière de la lune. » Le marquis leur laisse une bonne escorte, et c'est ainsi qu'il quitta lui-même le pays de Provence — La plu-

]jart des critiques ont prétendu que le poëme de Wolfram est inachevé; et M. Pey, notamment, a attribué ce fait î\ la froideur du landgrave Louis, qiii n'aurait plus protégé le miiinesinger aussi chaudement que l'avait fait son père Hermann. Avant Ludwig Clarus, il n'y avait d'ailleurs qu'une voix à cet égai'd, et Gervinus avait été jusqu'à dire qu'il» est impossible, dans l'état « où nous est resté le Willehaîm, de se rendre un compte exact de l'ordon- « nance de ce poëme. » {Geschichte der poetisrhen National-Literatiir, L p. 433). Lachmann espérait (c'était en 1833) qu'on retrouverait peut-être un jour l'original français dont s'était servi ^Volfram, et que par là on pourrait reconstituer l'unité d'un poëme si déplorablement incomplet. Jlais L. Clarus a pris en main la thèse contraire : il a prétendu, le premier, que ie Willehaîm n'était point une œuvre inachevée. Suivant lui, Wolfram a abandonné à dessein la fin du texte français à'Aliscans, parce qu'elle ne lui semblait ni assez épique ni assez chevalei-esque. L'auteur allemand s'irrite contre Ilenouart, contre ce personnage comique que AVolfram a eu raison « d'envoyer aux calendes grecques ». « Le minnesinger, dit-il, a bien fait de se débarrasser de ce trouble-fête. Il était trop poëte pour tomber dans la faute des remanieurs français et diviser ainsi l'attention de ses lecteurs entre Guillaimie, qui la mérite si bien, et Renouart, qui en est si indigne. C'est donc avec une admirable habileté qu'il a terminé son beau poëme par la disparition de Renouart. » (Herzog Wilhelni von Aqiàtanien, p. 344 et ss.) Il nous semble que l'opinion de L. Clarus mérite tout au moins d'être réfutée, et nous nous y rangeons volontiers. Malheureusement l'érudit allemand l'a appuyée par de mauvais arguments : « II existe, dit-il, un manuscrit français qui contient le texte de la bataille d'Aleschans, sans la seconde partie, consacrée aitx aventures de Renouart. » iL L. Clarus aurait bien fait de nous indiquer ce manuscrit, que nous ne connaissons pas et qui n'existe sans doute que dans son imagination. Les Allemands, d'ailleurs, ont hésité, pendant longtemps, à reconnaître l'origine absolument française du Willehaîm. Leur admiration pour Wolfram était si vive qu'ils ne consentaient pas à voir un imitateur dans le plus grand de leurs poètes. Lachmann penchait à croire que Wolfram avait été très-profondément orignal. Gervinus [Geschichte dcr j^octischcn National-Litteratiir der Deittschen, 2« édition, I, p. 432) et Koberstein (Grundriss der Geschichte der deutschen National-Litera/in-, 4<' édition, p. 217) s'accordaient à prétendre que l'original de Willehaîm était perdu. Dans son Anseir/er (V, 182), Mone afïirmait plus nettement que nos Chansons ne peuvent être la source du poëme allemand. (V. .Jonckbloet, Guilhanne d'Orange, II, 215 et suiv.) ÎNIais aujourd'hui personne ne nie plus la préexistence des Chansons fi-ançaises dont Wolfram, en son Introduction, avoue hd-méme s'être servi. M. Hermann Suchier, dans une excellente Dissertation publiée en 1873 (Ueber die Quelle Ulrich von dem Tvrlin und die œltestc Gestalt der Prise d'Orenge, Paderborn, in-8°) affirme que Wolfram « n'a connu aucun autre poëme français qu'^4//*crt/w », et M. Gaston Paris (Romania, II, 112) déclare « qu'il est porté à l'admettre. » Cependant, l'érudit français fait en faveur de Gi'ibert d'Andrenas une réserve que nous ferons comme lui. « Il nous parait difficile de croire que Wolfram, racontant qu'Aimeri de Narbonne avait déshérité tous ses fils au profit d'un sien filleul, se soit rencontré tout-à-fait fortuitementavec l'auteur de Guihert d' Andrenas , i[m{\\[ absolument la même

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