‹ Les eopeés françaisesChapitre 16 sur 180 · II PART. I CHAP · texte numérisé non relu

II PART. I CHAP

■VR. II. qui lutte avec le géant Loquifer et est transporté par — — les fées clans l'île crAvallon, où Morgue le retint long-

chose. » Nous allons plus loin, et (sans parler de la Prise d'Oranfje et du Charroi de Niîues dont Wolfram avait à tout le moins entendu parler) nous persistons à croire que le poëte allemand a connu une des trois versions de notre Departe))ient des enfans Aimeri. Quoi qu'il en soit, l'analyse que nous venons de donner prouve jusqu'à l'évidexce que le minnesinger a eu sous les yeux et qu'il a suivi servilement notre Chanson (JCAliscans. Il a défiguré certains noms, il a donné à ses personnages et à son action un caractère plus religieux, ou, pour mieux parler, plus théologique ; mais il n'a rien changé d'important. C'est un calque. Il est même certain que plus d'une fois Wolfram n'a rien compris à son original : Jonckbloet et C'iarus en ont donné quelques preuves curieuses. Le poëme français nous offre-t-il ce vers : « Et Salatrez li rois A'aiitiquité » (v. 1345)? Wolfi-am écrit : « Der gabz dem kimege A>itilioté »! Ti'ouvons-nous dans notre Alisccois ces trois vers : « L'ame .s'en vait, n'i pot plus demorer ; — En Paradis la fist Dex osteler — Avec ses angles et mètre et «/ot'r (v. 926-928) »? L'auteur du Willehalm traduit ce dernier mot par Ugn alûé, qui signifie aloes, etc., etc. Atout instant, d'ailleurs. Wolfram s'écrie que son lïéios est fort en honneur en France; que les Français témoignent de tel ou tel fait; qu'on en fait foi e)i France, etc. (V. Jonckbloet, 1. 1., p. 215.) En résumé, il est aujourd'hui démontré que le landgrave Ilermann avait communiqué à son poëte favori un manuscrit français (XAliscans, et que Wolfram s'en est perpétuellement servi sans toujours le comprendre, en se contentant d'ailleurs d'en modifier le début et d'en précipiter le dénoûment. — La valeur littéraire du Willehalm nous semble avoir été étrangement exagérée parles Allemands. Nous regrettons de voirF.de Schlegel {Eurojja, U, 138) appeler Wolfram « le plus grand poëte que l'Allemag-ne ait jamais pi'oduit ». Mais, d'un autre côté, M. Gaston Paris est peut-è tre tombé dans l'excès opposé lorsqu'il a dit, de cette imitation allemande de notre Aliscans, que « c'est la copie terne et molle d'un de nos })lus éclatants tableaux » (iîf*toire 2Métifji'.e de Charletnagne, p. 129). Il semble qu'il y a, entre ces deux opinions extrêmes, un juste milieu dans lequel nous voulons nous tenir. Le Willehalm est une œuvre réfléchie, travaillée et froide ; elle a cette correction qui est le caractère des œuvres classiques et durables; elle n'a point l'inspiration qui est le propre de la poésie primtive. Entre Aliscans et le poëme de Wolfram, il y a la même distance qu'entre notre Chanson de Boland et le Ruolandes Liet. Nos vieilles Chansons sont chrétiennes; les poëmes allemands sont théologiques, et même ecclésiastiques ou cléricaux. Le seul début du Willehalm donnera une juste idée du talent de Wolfram et de la nature de son style, qu'on voudra sans doute comparer à celui de nos Chansons. Nous ne pensons pas qu'il ait été encore traduit en français : « 0 toi, très-pur et .sans tache, trois et pourtant ï(n, créateur de tous les êtres, dont la puissance est sans commencement, sans interruption et sans fin ; toi qui éloignes de moi les pensées coupables, — et tu es alors mon père et je suis ton enfant; — tu es noble au-dessus de toute noblesse. Laisse-toi guider. Seigneur, par ce qui est l'essence de ta vertu, et accorde-moi ta miséricorde quand je • commets un crime contre toi. Ne me laisse point mettre en oubli. Seigneur, de quel immense bonheur j'ai été comblé. Je suis ton enfant, je suis ton rejeton; mais tu es très-riche, et, moi, je suis pauvre. Ton incarnation m'a rendu parent de ta divinité : qui dit Pater nostcr, tu le reconnais pour ton fils. J'ai j)uisé dans le baptême une force qui m'a délivré du doute ; je suis très fermement attaché à cette foi « que je porte le même nom que toi ». Oui, Sagesse au-dessus de toute "auti'e prudence, tu es le Christ, et moi je suis un Chré-

C}IAI'.

temps ^'; qui se convertit soudain, se fait moine à mpart. uvr. n. l'abbaye Saint-Julien de Brioude, et, après vingt au-

tieii. Jamais ou n'est arrivé, à travers toutes les recherches, à atteindre ta hauteur, ta largeur, ta profondeur infinie. C'est dans ta main que reposent les sept étoiles et leur cours autour du ciel. L'air, l'eau, la terre et le feu sont absolument dans ta puissance. Tout est entre tes mains. A ta parole accourent, autour de toi, les êtres sauvages et ceux qui sont apprivoisés. Ta divine puissance a placé au milieu de nous le jour clair et la sombre nuit, et les a distingués parole cours du soleil. Jamais on ne fut, jamais on ne sera ton égal... Envoie donc à mon esprit le secours de ta bonté et assez de lumière pour célébrer dignement en ton nom un chevalier qui ne t'a jamais oublié » Et

maintenant comparez à ce début de V^'olfram les premiers vers de notre Aliscans : « A icel jor cpie la dolor fu grans. — Et la bataille orrible en Aliscans. — Li cuens Guillaume i soffri granz ahans...» Les deux poésies, française et allemande, semblent se résumer exactement dans ces deux commencements si dissemblables. On peut choisir entre elles. — Nous terminerons tout ce qui se rapporte à Wolfram d'Eschenbach en signalant, après Lachmann, une traduction en vers latins du Willehalm. (V. Téd. de Lachmann, p. xlu et suiv.) L'extrait suivant en donnera une idée : « Aime Deus mundi, sine nrevo trinus et une, — Cuncta creata tua sunt, tu Deus omnicreator. — Ens sine principio, tua vis constat sine fine. — Quje mala cogito si tua gratia rejicit a me, -^ Tune mihi tu pater es, jam nunc puer ipse tuus sum. — ^'ana putem quse prtetereunt parentque beata, — Da mihi pœniteam quod delectatio suadet. — Xobilis, excelse, super omnem nobilitatem. — Hoc in me dele quod perfîcit in me actio prava. — 0 consanguineemihi, tu pnedives egeno, — Cum sis ipse Deus similis nobis homo factus, — Hinc homini conjuncta Dec cognatio surgit. — Quando Pater »o.sfe*Tecitatur, id insinuatur : — Tu pater es verus, nos dat tibi gratia natos. — Jam mihi restât adhuc spes, œquivocatio tecum : — Chi-isto christicola jungar cognomine sancto, etc., etc.. » 3" Après Wolfram. Comme on vient de le voir, Wolfram n'avait guères emprunté i\ l'Épopée française que la légende A^ Aliscans. Tout le commencement et toute la fin de la geste de Guillaume restaient ainsi inconnus à l'Allemagne, où quelques manuscrits et quelques jongleurs français avaient seulement circulé. Le succès prodigieux du IVillehalm (succès attesté par les nombreux manuscrits qui nous en sont restés) était de nature à encourager les niianesiar/ers i\ comj)lèter l'œuvre de Wolfram. Quand un livre réussit, il ne manque jamais d'écrivains afl'riandés pour en exploiter le succès. Sous le règne du roi Ottocar de Bohème, c'est-à-dire entre les annés 12,52 et 1278 (V. L. Clarus, 1. 1., p. 357 et ss.), Ulrich von dem Turlin entreprit d'écrire une Introduction, un commencement pour le Willehalm. Cet Llrich von dem Tiirlin était un Bavarois dont les terres se trouvaient aux environs de Ratisbonne. 11 ne connaissait nos Chansons françaises que par l'intermédiaire de Wolfram ; mais il crut qu'il avait assez d'imagination pour compléter l'œuvre de l'illustre ')nianesinger. Le poëme d'Ulrich von dem Ttirlin renferme 9G30 vers, et a été publié par Casperson en 1781 (Arabellens Enlfohrinig. Cassel, in-4"). Lachmann prétend qu'il est incomplet, et Clarus essaye de démontrer au contraire qu'entre Y Arabellens Entfuhrxng et le Willehalm, il n'y a aucune solution de continuité, aucune lacune. L'œuvre d'Ulrich est, d'ailleurs, d'une médiocrité que les Allemands eux-m(''mes ont pris soin de constater, et Gervinus a été jusqu'à l'appeler « un poëme misérable et froid que l'auteur a dû péniblement écrire à la sueur de son front. » Mais ce qui donne quelque intérêt à cette pauvre production, c'est l'aclion, ce sont les péripéties elles-mêmes, qui dans

II PART. LivR. n. très exploits, se décide enfin à v mourir en odeur de

sainteté ''.

l'œuvre allemande., diffèrent notablement de l'action et des péripéties de notre Chanson française. Dans nos Enfances Gnillanme, Orable est représentée comme la so^ur du roi païen d'Orange; elle est demandée en mariage, elle est épousée par le roi sarrasin Tibaut, mais elle tombe vierge encore aux bras de Guillaume. Dans le poëme allemand, au contraire, Arabelle vit d'abord en Orient, et son mai'iage est depuis longtemps consommé avec Tibaut : même elle en a eu un fils qu'Ulrich appelle « Ehmereitz ». Le Roman du continuateur de Wolfram, comme le Willehalm, s'ouvre par une prière, Imitatores, serviin) ^^ecus .' On y raconte ensuite comment Aimeri de Narbonne a conquis sa femme Ermengart de Pavie. A son lit de mort, le vieux comte exclut ses fils de sa succession, et donne son héritage au fils d'un vassal qui est mort à son service. Cotte étrange décision est amenée, dans le poëme allemand, par un dialogue plus étrange encore entre Douceur et Honneur. Les fils d'Aimeri courent à leurs aventures, et Guillaume s'engage au service de Charles. Cependant Terramer envahit la France à la tête d'une innombrable armée, et Louis, qui vient de succéder à son père, rassemble tous ses vassaux contre les envahisseurs. Une grande bataille s'engage, Guillaume est -fait prisonnier, et les Sarrasins l'emmènent en Orient, à Todiern. C'est là qu'Arabelle, femme de Tibaut, devient amoureuse du futur comte d'Orange. Elle le visite dans sa prison, elle fait entourer de laine les chaînes qui le blessaient. Cette captivité, hélas ! dure huit longues années. Mais un jour, ù bonheur! Tibaut part pour une expédition contre un prince voisin, et laisse il sa femme la garde des prisonniers chrétiens. Arabelle tout aussitôt, ouvre à Guillaume les portes de la prison, joue avec lui aux échecs, lui demande le récit de toutes ses aventures, se fait instruire par lui de la foi chrétienne, soupire vers le baptême, et enfin s'échappe avec son captif sur un navire qu'elle a fait préparer. La traversée est pleine de péripéties émouvantes ; l'émir, qui commandait le vaisseau arabe, essaye en vain de s'opposer à la fuite de Guillaume et d'Arabelle. Le chevalier chrétien se jette sur les païens et en tue cent trente : le reste de l'équipage se rend. Mais les fuyards sont poursuivis, et ne parviennent qu'à grand'peine à débarquer dans l'île chrétienne de Montamar, où ils font une énergique et heureuse résistance. Les voilà sauvés, les voilà à Marseille. Le pape Léon vient à Avignon tout exprès pour baptiser Arabelle et la marier avec Guillaume ; la nouvelle chrétienne reçoit le nom de Guibourc, et le poëme d>'Ulrich se termine, comme il a commencé, par une prière. — Tel est le poëme d'Ulrich von dem Tiirlin. Nous avions crû d'abord (Epopées françaises, lr« éiUtion, TU, 41) qu'il l'avait emprunté à un ancien poëme français, aujourd'hui perdu, lequel différait complètement des Enfances Guillaume et de la Prise d'Orange, et pouvait même, jusqu'à un certain point, s'intercaler entre ces deux chansons. Après la dissertation de M. Flermann Suchier (Ueber die Quelle Ulrich von dem Turlin und die œlteste Gestaît der Prise d'Orenr/e, Paderborn, 1873, in-8''). nous renonçons à notre premier système et admettons, avec MM. Suchier et G. Paris, « qu'Ulrich n'a eu sous les yeux aucun poëme français et qu'il s'est borné à développer, avec les ressources propres de son imagination, les indications sur le passé de Guillaume qu'il trouvait dans son modèle Wolfram. » En effet, « tous les passages à l'aide desquels Ulrich fait marcher son action peuvent se diviser en deux classes : 1° ceux qu'il a empruntés à AVolfram et qui se trouvent déjà en partie dans les poëmes français ; 2° ceux qu'Ulrich a introduits et qui sont inconnus tant à Wolfram qu'aux branches françaises.

C'est ce Guillaume dont tous les frrivs jouent un si ■■ ■art. mvr. u.

1 A 1 1 l'i ' • Cil AT. I,

grand rôle dans notre Epopée nationale. Beuve con-

Mais ou ne rencontre pas un seul nom qu'Ulrich ait en commun avec les poëmes français tandis qu'il serait inconnu à Wolfram (Romania, II, 111). La démonstration est irrécusable, et nous en adoptons toutes les conclusions. — Vers 1250, un autre i)oète, Ulrich von Thurlieim, s'était proposé de compléter par la (in le WillcJialm qu'Ulrich von dem Tîirlin devait plus tard compléter par le commencement. De là ce poème que M. Cari Roth a publié en partie (^f"o/)-/c7i roH Tkurheims, Reimcart, Gedicht des XIII Jahrhunderts, Regensburg, 18.56), et dont le véritable titre est : Der stark Renneirart (le fort Renouart). Ulrich de Thûrheim a travaillé d'après un modèle français que lui avait communiqué, -dit L. Clarus, un minnesinger du nom d'Otto der Bogener. Puis, ce continuateur de Wolfram avait connu sans doute le poète même dont il achevait l'œuvre : Ulrich vivait i\ Oberthiirheim, qui n'est pas loin d'Obereschenbach, oii demeurait Wolfram. Ce qu'il y a de certain, c'est que le nouveau poëte reprend le récit de Wolfram au point où celui-ci l'a laissé ; même il va jusqu'à citer le dernier vers du Willehahn : « Sus rùmt er Provenzàlen lant. » Puis, il entreprend (après une introduction théologique) de raconter les exploits de Renouart, de Maillefer et surtout de Guillaume. Il nous montre le comte d'Orange devenant ermite, et Guibourc se faisant nonne : nous assistons à leur mort sainte. En d'autres termes, il traduit à sa manière la Bataille Loquifer et les Moniages. Rien n'est plus ennnyeus que cette imitation des derniers poëmes de notre geste : c'est Lachmann lui-même qui en convient (Introduction, p. xnij, et un érudit contemporain ajoute que cette composition « trahit la vieillesse du poète. » Wolfram demeure infiniment supérieur à tous ses continuateurs. — Après les deux Ulrich, il nous reste encoi'e ;\ citer en Allemagne certains fragments en vers, trouvés en 1838 dans le dos d'une reliure de 1613, et publiés par Roth en 1810 (Denkmœler der deiitschen Si^rache) et YOberrheinische Cronik publiée en 1850 par Grieshaber (à Rastadt). Cette Chronique, qui fut composée entre les années 1331 et 1349, nous offre une liste des Papes et des Empereurs. Nous y voyons comment « Louis, fils de Charlemagne, épousa la sœur d'un Marquis qui fut longtemps prisonnier chez les j)aïens, et auquel Dieu vint en aide sous les traits de la reine Arabelle. Cette reine se fit baptiser ; mais son père Terrainer et son mari Tibalt s'en irritèrent grandement, et vinrent combattre le Marquis à Alischans. C'est là que moururent Mile et Fifianz. Cependant Dieu protégea l'époux d'Arabelle, ainsi que Rennewart, son ami, et il put conserver sa ville d'Orange et sa femme Guibourc. Même il finit par vaincre les païens. » Ainsi parle l'historien anonyme du quatorzième siècle, qui évidemment avait lu et résumait à grands traits l'ce^ivre de Wolfram et celle des deux Ulrich et qui, du reste, en parle comme d'une histoire véritablement authentique et universellement connue. D'où l'on peut conclure qu'au milieu du quatorzième siècle, la légende de Guillaume était encore très-populaire de l'autre côté du Rhin. Et même sa vogue n'était pas encore tonii)ée au xvi'siècle ; sous le titre : Von einem Marquis ausz Frankreich, Kirchhof a résumé, d'après le poëme d'Ulrich von dem Turlin, les aventures de Guillaume dont il a fait le chapitre 47 du livre II d'un recueil intitulé Wen~ dunrnuth, édité par Œsferlei en 1869.

III. Dans les pays néerlandais, a. A la fin du douzième siècle, au commencement du treizième entre 1191 et 1217, suivant Jonckbloet) vivait Nicolas Persijn, de Harlem, qui est également'connu sous le nom de Clai ou Klaes, et qui, pour se distinguer d'un autre Nicolas Persijn, de Harlem, s'est lui-in 'me

™lp'r*"* f^uiert la fameuse cité de Barbastre, dans laquelle il est ■ à son tour formidablement assiégé, tandis que son fils

appelé, du nom de sa mère, Nicolas von Brecliten. Pour faire honneur au comte Guillaume I, qui avait été en Palestine avec sou pèi-e et avait guerroyé contre les Sarrasins en Espagne, Nicolas de Harlem entreprit de célébrer un autre Guillaume qui avait également été en lutte avec les païens, et dont la renommée était très-populaire en France. C'est noti-e héros. Du poëme de Ivlaes, il ne nous reste malheureusement que deux fragments que A^'illems a publiés dans le Belgisch Muséum (t. IV, p. ISG), et qui se rapportent au Moniage Guillaume. Dans le premier, Tabbé Henri envoie frère Guillaume acheter du poisson pour la table des moines. Le nouveau religieux arrive sans armes dans la vallée de Sizeron, où des voleurs l'attaquent, etc., etc. Le second fragment nous montre Guillaume prisonnier de Tamirftl Sinagos. Cette captivité dure sept ans: le comte d'Orange souffre de la faim; ses blessures se sont rouvertes; l'eau pénètre dans sa prison, et il est forcé de se réfugier sur une colonne. Mais voici qu'une aide lui vient du ciel : un ange guérit ses plaies. Et voilà qu'un autre secours lui vient de la terre : un de ses parents, Landrv le timonier, s'occupe activement de sa délivrance. — b. Notre Roman de Girart de Viane (et non pas celui de Garin de Montfflane comme l'a cru Bilderdijk, Terscheidenheden, IV, p. 126 et suiv.) a été également traduit ou plutôt imité en vers flamands. Quelques fragments de cette copie nous sont restés ; Bilderdijk en a publié cent quatre-vingtdouze vers (1. 1., 121-146). — c. Vers 1270, Jacques van Maerlant écrivit son Sjnegael historiael. Dans le premier livre de sa quatrième partie, au chapitre XXIX, il s'élève contre les fables des Romans et les exagérations des Chansons de geste. C'est là qu'il parle assez longuement de notre Guillaume ; c'est là qu'il reconnaît Timportance de \a.Vita saiictiM'illelmi et rappelle les travaux de Nicolas de Harlem. — d. Jean de Klerk (né en 12S0. mort en 1351) écrivit vers 1318 ses Gates des diccs de Bral/ont ou sa Chronique rimée de Brabant, dont M. J.-F. ^^'illems adonné une édition complète en 1839. Dans ses trois premiers livres, Jean de Klerk se contente de copier Jacques van Maerlant, et reproduit fort exactement le chapitre destiné à' combattre les récits chevaleresques. Voici le passage consacré à notre Guillaume : « Oec sijn somme walsche boeke, — Die waert sijn groter vloeke, — Die van W'illeme van Oringhen — Grote loghene voert bringhen, — En willene beter dan Karle maken. — AVillem, dat sijn ware saken, — ^^'as cens daeghs een ridder goet, — Mer niet soe goet datmenne moet — Karlen yet gheliken aliène, etc. » (vers 4162 et suivants). Et plus loin : « ^^"at dat si van Lancelote singhen, — Oft van \\'illeme van Oringhen, — Si wanen die tArleblanke comen, — Alsi daer hebben vernomen — Die grave Ugghen, harentare, — Dat van Willems orloghe ware, etc. » (vers 4178 et suivants. On voit par là que la gloire de Guillaume jetait encore quelque éclat, durant la première partie du quatorzième siècle, dans ces pays néerlandais qui devaient un jour être gouvernés par des princes d'Orange dont on a voulu rattacher Torigine à notre héros. Cette gloire toutefois commençait à s'obscurcir ; car Jean de lîlerk s'est borné à ces quelques vers sur Guillaume d'Orange, tandis qu'il a longuement résumé Ajnis et Amiles, la Chronique de Turpin et plusieurs Romans de la geste du Roi. La popularité de Charlemagne a survécu partout à celle de Guillaume.

IV. Daxs les pays sc.\xdixaves . Deux Chansons de notre geste ont passé dans la Karlamagnus Saga, dans cette compilation islandaise qui, rédigée sous le règne d'Haquin V (1217-1263), fut révisée cinquante ans plus tard et, au quinzième siècle, résumée en danois dans le Keiser Karl Magnus Kro-

NOTICE HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHlol E. 5',

Gérard et la belle Malatrie rappellent par leurs amoiu* " part, liv ceux de Baudouin et de Sébille dans la Chamm den

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