II PART. LIVH. 11, CHAP. XXII
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Reiioiiai't a épargné le cheval de Grucados, et le contemple avec un certain ravissement. Notez bien que jusqu'ici il a toujours combattu à pied : « Si je montais « sur ce destrier » ? se dit-il alors. Et il se rappelle que, dans le camp français, on Ta souvent traité àQ garçon^ de r'ihaut à pié trotant. « Je puis devenir chevalier « tout aussi bien qu'un autre », ajoute-t-il, et il se décide à enfourcher la béte '. Mais il n'a jamais' pris de leçons d'équitation, et est fort embarrassé. Bref, il monte à rebours et se trouve la tête tournée... du côté de la ((ueue. On devine aisément quels éclats de rire devaient accueillir au moyen âge cette partie de la Chanson, surtout quand le jongleur récitait ce vers : Li bers se tint à la eue derrière. La plupart des auditeurs étaient des gens de cheval, d'habiles écuyers; et les ignorances de Renouart les devaient induire en une gaieté bruyante et prolongée. Puis, le cheval, d'après la Chanson, jetait enfui notre héros à terre -, et, à ce moment, le rire devenait tout ;i fait homérique. L'apparition du géant A\^alegrape pouvait seule mettre un terme à une telle hilarité.
Renouart avait tout à fait renoncé à ses prétentions chevaleres(jues lorsqu'il rencontra ce nouvel ennemi. Chose plus grave : il avait perdu son tinel qui était tombé aux mains des païens. Quant àWalegrape, il était armé d'un énorme croc avec lequel il attirait, comme un portefaix, ses adversaires jusqu'à lui ^. C'est ainsi qu'il harponna Renouart. le saisit par sOn haubert et lui enleva tout un lambeau de chair. Le blessé voulut
1. Alicans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 6110-G144. — 2. Ibid., vers 0145-G180 : « Del chevaucher n'estoit pas coutumiere, — De la cuisine connoit mielz la fiimiere. — Quant du monter, ainz n'i quist estriere. — Saut en la sele tôt ce devant deriere, — Devers la queue a tornée sa chiere », etc. Et quand Fanimal a tiiii jiar jeter à terre son trop ignorant cavalier : « Cette jument est (ière », s'écrie Renouart. et il la tue à coups de poing. — .3. Ibid., vers 6181-6203.
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en vain frapper son heureux adversaire. A chaque instant, le croc, le terrible croc s'abattait sur lui, lui entrait clans le corps, et le blessait de nouveau. Walegrape, d'ailleurs, était couvert d'une peau de serpent sur laquelle s'émoussaient tous les coups, et il semblait bien que cette fois l'honinic au tinel allait être vaincu'. Autour de lui les Français pliaient; tout paraissait perdu.
Entre Walegrape et Renouartle duel est d'autant plus horrible que tous deux sont fds de Desramé et frères de Guibourc. Ils essayent de se convertir mutuellement, mais c'est en vain. Le champion de la France est couvert de son sang; le croc vient de le saisir encore, et il est tombé sur ses genoux. Par bonheur, l'arme du païen est brisée en deux morceaux : les deux ennemis se saisissent alors à bras le corps, s'enlacent, luttent, cherchent à s'étouffer, luttent encore et toml)ent en même temps. Renouart parvient à porter sa main jusipi'à sa ceinture, et à y prendre le marteau d'acier qu'il a conquis sur Borel. Par malheur, le marteau se casse sur le corps invulnérable du géant sarrasin : « Renie « Mahomet, et viens en France » ! dit-il à Walegrape. — « Renie Jésus-Christ » ! répond Vautre. Rs s'assoient et se reposent un peu, et c'est alors que l'ami de Guillaume raconte toute son histoire à son adversaire étonné : « Je suis ton frère », s'écrie Walegrape, « embrasse-moi ». — « Non pas; tu n'es point " baptisé " ». Le combat recommence.
Le païen a la générosité de rendre à Renouart son tinel : générosité dangereuse ! Ce frère qu'il vient de
1. Aiiscaxs, éd. Guessard et de Moiitaigloii, vers 6,?04-G248. — 2. Ibid., vers 6249-G398. Le poëte nomme ici les autres frères de Renouart. Ils s'apjiellent Jambu, Percegués, Agolafre, Borel, Maltriljlé, Caïstrus, Carrel, Aurez, JNIalatars, Malars, Miraliel, îMorriaus, Barné.
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reconnaître et qu'il aime a bientôt déchiré la peau de serpent qui rendait son adversaire invulnérable : « Veux- « tu croire au. Dieu qui a fait le ciel et la rosée »? s'écrie Renouju't avant de frapper mortellement cet ennemi avec lequel il ne se montre ni assez reconnaissant, ni assez fraternel : « Non, mille fois non », lui répond V> alegrape qui ne veut pas cesser d'adorer Mahom, Apolin et Sorape... Le tinel alors s'abattit sur le Sarrasin qui tomba en poussant un formidable cri, dont tout TArchant retentit : « Je ne voulais pas le tuer » , dit le vainqueur qui éprouvait enfin quelque remords et jeta un regard attendri sur son frère. Trop tard '.
Notre héros se console bientôt en tuant Grishart, le père de Guinehart la Bossue ; puis, en se mesurant avec la sœur de Grishart dont il ne doit pas triompher aisément. Gelle-ci s'appelle Flohart. Elle est vêtue d'un cuir de burjle et armée d'une faulx. Lorsqu'elle ouvre la bouche, il en sort une fumée épaisse qui infecte toute l'armée. Elle saisit le géant, et l'étreint entre ses vieux bras qui sont encore puissants. Elle lui casse les dents à coups de poing, l'étouffé, le mord, lui arrache des morceaux de son haubert et les avale : aussi l'anglote que ce fut formagie. Renouart se débat en vain sous l'étreinte de la vieille qui plus puoit que charoigneporrie. Il invoque tous les Saints du Paradis et fait le vœu, s'il échappe à ce danger, de déposer son tinel sur l'autel de Saint-Julien. 11 est exaucé et tue Flohart '.
1. AUscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 6399-G4G5 . Pour plus de rapidité, nous n'avons pas raconté ici un épisode de ces longs combats : Renouart contrefait le mort et les païens viennent l'entourer au nombre de vingt mille. Il se relève avec un beui,'lement de taureau, et les met tous en fuite. — 2. Ih'ul., vers 6466-G581. Renouart, dans sa détresse, invoque surtout « saint Lienart qui les prisons desloie ». Après sa victoire il se i-epent un peu du vœu qu'il a fait, mais il en prend son parti et ajout** : « Certes ne vous « donroie,' — Sire tinel, pour la cité de Troie, — Mes li bon Saint vous aura « toute voie ». On voit que Renouart va jusqu'à monseigneiiriser son tinel.
ANALYSE DALlSC.lSS. Ul
Desramé liii-mènio apparait en ce inoiiient aux yeux de son fils que tout d'abord il ne reconnaît point. Le vassal de Guillaume intei'pelle son père et lui dit fièrement : « Je m'appelle Renouart et suis le fds d'un roi ». L'Amiral frémit de joie et lui tend les bras : <( Je t'ai « cherché », lui dit-il, « à travers le monde entier. ((■ Renie ton Dieu et crois au mien. Puisque tu es mon « fds, je ne puis te frapper ». — « Moi, je puis et je « veux te tuer » , répond Renouart qui a désormais le cœur fermé à tout autre amour qu'à celui de Guillaume et de Guibourc. Et il somme son père d'avoir à lutter contre lui : « Par saint Denis », dit-il, « je vous défie. « Sachez que je ne suis plus ni votre fils, ni votre ami. « Dussé-je tomber en enfer, je ne cesserai de vous « combattre jusqu'à ce que je vous voie mort » . 11 accompagne ces paroles d'un coup de tiiiel qui brise quatre côtes de Desramé, et le iait tomber en pâmoison. Les Païens le croient mort : ils s'empressent et vont faire un mauvais parti au vainqueur, quand par bonheur Guillaume, Aimeri et les enfmiU arrivent à son secours et le délivrent '. 11 n'en est encore qu'à son neuvième duel.
Il s'assied sous un arbre, et contemple son tinel qui est tout rouge du sang de son père et de ses frères : « Malheureux que je suis », dit-il. « Me voici devenu le « meurtrier de toute ma famille ». Et, comme un enfant de mauvaise humeur, il jette son tinel loin de lui : « Maudit, maudit sois-tu » ! Mais il lève les yeux, et aperçoit tout près de lui un païen de (piinze pieds, Haucebier, qui se dispose à le frapper. Il reprend alors son bâton, le baise, l'interpelle : « Mou ami ». dit-il. « nous voici réconciliés ' » . Enfant !
1. Aliscans, éd. Guessard et de Mon (aiglon, vers 6582-G64S. — 2. Ibid., vers 6G-}9-6G>3.
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Haucebier était couvert de trois hauberts, se défendait avec trois écus, et brandissait une lance dont le fer était empoisonné. Il regarde Renouart avec une sorte de pitié dédaigneuse, et le plaisante sur la pauvreté de ses habits : « Le cœur » , dit l'autre, « n'est « pas sous l'hermine, mais dans le ventre où Dieu Fa « mis '. D'ailleurs, si je suis pauvre, je porterai cou- « ronne un jour ». Et il leva sur Haucebier son tinel. Mais, ô douleur! cette arme merveilleuse, à force d'écraser les chevaux sarrasins et les têtes païennes, a fini par se fendre ; elle ne servira plus à notre héros. Le coup qui renverse Haucebier fait éclater le levier en deux tronçons, et voilà Renouart qui se croit sans défense.
11 se trompe : à sa ceinture pend encore la bonne épée que Guibourc lui a donnée. Il la tire du fourreau, en fait l'essai sur le Sarrasin Goulias et est tout étonné de l'effet qu'elle produit : elle tue fort bien, en vérité ; elle e?ître soupf, et déjà l'ancien cuisinier regrette de ne pas avoir apporté à Aliscans tous les couteaux de sa cuisine. Fio-urez-vous un sauvasse de l'Océanie se servaut pour la première fois d'une arme de l'Europe : tel est Renouart. Il s'amuse à couper les Turcs en menus morceaux; puis, admire naïvement son épée : « Il est « bien étonnant », se dit-il, « qu'une si petite arme ait « tant de pouvoir ' •>. Les Païens, cependant, s'enfuient devant ce boucher et se rembarquent en toute hâte. D'ailleurs ils ne sont plus qu'une petite troupe, et Desramé a quelque peine à trouver un dromon sur. lequel il puisse gagner les côtes d'Espagne : son fils a effondré ou démâté tous les autres vaisseaux sarrasins '. Mais Renouart n'est pas encore tout à fait vain-
1. Le même mot se trouve dans Girart de VUiiis (voy. t. in,p. 9S). — 2. Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, vers 6681-678S. — 3. C'est ici (vers 6799j que finit la plus grande lacune du ms. de l'Arsenal, qui avait com-
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queiir, et Baiidiis, le géant Bandas est peut-être destiné à venger snr lui la défaite de tons les siens '.
De tons les adversaires de Renouart, Bandus est le pins brave, et celui qui nous intéresse le pins vivement. Digne représentant dn paganisme, il cherche tout d'abord à convertir son consin qu'il vient de défier. Il y met de l'éloquence, il y met de l'habileté : « \oh com- « ment Guillaume te traite », dit-il à notre héros. « Il « te relègue à la cuisine ; il te laisse aller pieds nus, « comme un ribaud. Si tu revenais à Mahom, au con- « traire, je partagerais toute ma terre avec toi ». — « Votre Mahom », répond le frère de Guibourc, « n'est « bon qu'à jeter an fossé comme un chien mort » . — '( Alors, je vais te tuer », dit Baudus, et il se jette sur lui avec son mast. Ils se battent, champions vraiment dignes l'un de l'autre, et la terre retentit des coups qu'ils se portent. Parfois ils s'arrêtent au milieu de ce gigantesque combat, et se parlent doucement : « Je « t'ai toujours aimé dès ma plus tendre enfance », dit Renouart, « et je sens que tu es le plus courageux de « toute notre race. Ne voudras-tu pas croire au vrai « Dieu »! — « Non, jamais, jamais » ! Ils luttent encore : « Abandonne Mahom et crois an Dieu de ma- « jesté. Nous irons tons deux en douce France, à Laon ; « j'épouserai Aélis et te ferai donner Cordres avec « Ledion » . Le combat recommence : « 0 mon Dieu » , s'écrie Renouart (qui, pour la première fois depuis le commencement de cette Chanson, lève les yeux au ciel, s'agenouille et prie), « accordez-moi, je vous en « supplie, la conversion de ce Baudus et qu'il devienne
mencé au vers 5824. Elle a été comblée à l'aide du ms. 1448. — 1. Aliscans, éd. Guessard et de Monlaigloii, vers 6780-G855. Baudus fait alors entrer un certain nombre de païens dans un champ de fèves et les dispose en embuscade; on verra plus tard comment cette ruse échoua et comment ces Sarrasins périrent.
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11 PART. LivR. II. « 111011 ami ' » . La prière est simple et touchante : elle nous réconcilie un peu avec un héros que nous trouvons décidément trop brutal...
Le duel continue. Faute d'autres armes, les deux ennemis se battent k coups de poing. Sur ces entrefaites, Guillaume arrive avec ses Français let veut se jeter contre Baudus: mais Renouart ne tolère pas une telle lâcheté, et Tarmée chrétienne se borne dès lors à regarder le combat sans y prendre part. Il n'est pas long : diui dernier coup Renouart brise le front de son ennemi (jui consent enfui à se rendre : « J'irai à (( Orange », dit-il, « et y recevrai le baptême ». Notre héros, qui n'avait fait grâce à aucun de ses frères, éprouve une véritable joie ;i sauver Baudus : Ne fiist si liés por phïm val d'or comblé. Il relève son cousin, et d'une voix douce : « Vous ai-je gravement blessé » ? hii dit-il. — « Oui », répond l'autre: <« j'ai perdu beau- « coup de mon sang, et je souffre étrangement » . En etfet, on ne put arriver à lui enlever le heaume de la tète, parce que le cercle é\'à\{ entré dans la cervelle. Les (Unix cousins s'assirent alors dans l'herbe, au milieu du l)ré, et se regardèrent tendrement '.
Les onze duels de Renouart étaient enfin terminés : la victoire d'Aliscans était gagnée. P(nidant la nuit, les Français surent la compléter en débusquant une troupe de Sarrasins qui s'étaient furtivement logés dans un champ voisin : les malheureux y perdirent la vie ; pas un ne fut épargné. Cependant les vainqueurs restaient maîtres d'un immense butin : sur le champ de l)ataille, plus de cent mille païens gisaient sans vie ou râlaient, et sur la plage on apercevait les débris informes de leurs vaisseaux. Guillaume, entouré de ses
1. Aliscana. éd. Guessai-d et de Montaiglon, vers 6856-7120. — 2. Ihid., veis 7121-T2S4.
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neveux libres et triomphants, tournait ses regards vers " ^^^l- '^'l'^iJ'- Orange où Guibourc ralteiidait ; enfin, et comme si Dieu voulait couronner tant de bonheur, les Chrétiens avaient découvert le corps de Vivien le martyr, et avaient rendu les derniers honneurs à celui dont la défaite avait jadis été aussi glorieuse que leur propre victoire ^ Le jour se leva bientôt sur rArchant, et éclaira le camp où les Français dormaient épuisés, et joyeux...
Et à qui devaient-ils tout ce triomphe? A Renouart. Ils allaient, hélas! Toublier bien vite.
Plus d'une ibis déjà Guillaume avait éprouvé Tin- v. ingratitude
'' '^ de Guillaume,
gratitude des hommes. Un se rappelle comment, avant , foreur
« ° i ^ de Renouart.
le Charroi de Nîmes, le fils de Charlemasrne avait ou- «onj ai.tême,
' -) V i wi. ^Qji adoubement,
blié son libérateur dans la distribution de ses châteaux sonn^anage. et de ses fiefs. On se souvient surtout de Taccueil que •^^•^'^"^°^°'^- TEmpereur lui avait fait, quand, après la défaite d'Aliscans et la mort de Vivien, le comte d'Orange était venu lui demander secours au nom de la France et de la Chrétienté vaincues. Il semble que Guillaume, victime d'une telle ingratitude, n'eut jamais dû se montrer ingrat lui-même. Mais le cœur humain est ainsi fait : il tombe aisément dans les erreurs ou dans les fautes dont il a le plus souffert et qu'il a le plus vivement reprochées à autrui. Guillaume, à son tour, n'eut pas la mémoire du cœur, et. dans l'ivresse de la victoire, ne se souvint plus de l'ami à qui il en ('tait redevable.
L'armée française était de retour ;i Orange, et, dans le palais de Gloriettc, un grand festin réunissait les vainqueurs. Guibourc était là, souriante; les sept enfants étaient là, près de leurs pères, auxquels ils pouvaient enfin raconter leur dure captivité ; le vieil
]. Aliscans, éil. Gue^sard et de Montaiglon, vers 7ï85-7493.
M rAr.T. i.ivR. II.
CHAT wri.
552 AXALVSI' bÀLISCAi\S.
Aiiiieri était assis près crHermengart, au milieu de tous ses fils et petits-iîls. Ou u'avait omis que d'iuviter Renouart. Pour célébrer la victoire, ou u'avait oublié que le vainqueur !
Renouart avait été laissé dans un coin, et sentait très-vivement le poids de cette ingratitude : « C'est « pour Guillaume », se disait-il, « que j'ai tué mes (I frères; c'est pour Guillaume que j'ai frappé mon « père; c'est pour Guillaume que j'ai gagné cette ba- « taille, et voici cpie déjà il ne pense plus à moi » ! Et, plein d'une fierté vraiment royale, il ajoutait : « Je suis « fils d'un roi, et l'on me traite en fjavcon ». A mesure qu'il parlait, sa colère grandissait; elle devint bientôt une véritable rage, une folie furieuse : « Je ne veux « plus croire au Dieu de majesté : c'est en Mahomet « ({ue je crois. Je vais retourner en mon pays : j'y H rassendjlerai cent mille païens, et, armé d'un autre «• tinel , je m'attaquerai aux Français. Je prendrai « Orange, je détruirai Gloriette, je jetterai Guillaume i< en prison, je trancherai la tète de ses frères, je « chasserai l'Enq^ereur de la France et ferai ma vo- « lonté de sa fille Aélis. Allez, allez dire tout cela de « ma part à Guillaume qui m'a oublié ». On essayait de l'adoucir, et sa fureur n'en devenait que plus terrible '.
Le comte d'(Jrange lui envoya en vain des messagers; Renouart les battit. 11 vint s'agenouiller lui-même aux pieds de ce forcené et lui demander très-humblement pardon : Renouart le mit en fuite d'un seul de ses regards. 11 voulait partir sur l'heure et faire voiles vers l'Espagne ; mais, par bonheur, il ne savait se servir ni d'une rame ni d'un gouvernail : '< Eh bien » !