E. II
nike. Ces deux Chansons sont Girurt de Viane et le Moniaf/e G^tilhnmie. La première a été servilement imitée dans la première branche de la KarlamagiiKs Saga, où cinq chapitres lui sont consacrés. Girard du Fratte y est appelé Girard de Vienne, du nom de sa capitale où Charlemagne le tient sept ans assiégé. La cause de la guerre n'est pas si com))liquée que dans le poëme français : Girart « s'est seulement montré insolent vis-à-vis de l'Empereur » et a refusé de comparaître à sa cour. Roland et Olivier tiennent les premiers rôles dans cette action épique, qui se termine par les fiançailles du neveu de Charlemagne et de la belle Aude 0'. Histoire poétique de Charlemagne, p. 235). — Quant au Moniage GnUlaurne. il est évident que le compilateur islandais a eu sous les j'eux un manuscrit français notablement différent de tous ceux que nous connaissons. On en jugera par le résumé de la neuvième branche de la Karlamagnv.s Saga, et nous abrégeons ici l'analyse que M. Gaston Paris en a donnée dans un remarquable article de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1865, p; 37-41 : « Charlemagne vient de conquéiir une ville dont il a tué le roi. Cette ville, il la donne à Mlhjalm Kurneis, qui épouse la veuve du prince mort. Un jour, cette femme découvre un cheveu blanc sur la tète de son mari : « Fi! le vieillard! » ditelle. Vilhjalm, triste et irrité, s'éloigne de son royaume et veut entrer soudain au service de Dieu. Il part, cherche un couvent et en trouve un où ilse fait moine. Par malheur, c'est un monastère relâché, et dont le nouveau religieux ne parvient pas à réformer les mœurs. Certain hiver, il arrive que les vivres manquent, et Vilhjalm s'offre pour aller en acheter à la ville voisine. Mais il y a des voleurs sur le chemin, et il a reçu l'ordre de ne pas se défendre contre eux. Il doit leur laisser prendre tous ses vêtements, excepté sa ceinture. Les voleurs, en effet, attaquent l'ancien soldat, celui-là même qui, jadis, ne le cédait en bravoure qu'au seul Roland. Il se laisse dépouiller, il se laisse frapper, lui qu'autrefois on n'aurait pas insulté en vain. Mais il avait eu soin de se munir d'une riche ceinture l)rodée d'or, qui devait exciter rapidement et qui excite en réalité la convoitise des brigands. A peine y ont-ils porté la main que Vilhjalm arrache la cuisse d'un de ses ânes et s'en sert pour tuer les misérables. Il est vainqueur, et. 6 bonheur! il n'a pas violé son vœu d'obéissance. Il se dirige alors, joyeux, vers son couvent dont il enfonce les portes. Les moines se cachent : il les poursuit, il les bat. Puis, il s'en va, et on n'entend plus parler de lui. » — Là se termine la première partie de cette branche de la Karlamagnus Saga, qui est, sauf le début, empruntée à notre Moniage. Mais la seconde partie ne ressemble à aucun poëme français. Elle off're un caractère étrange, et, suivant nous, primitif. Nous ne serions pas éloigné d'y voir un emprunt à la plus ancienne rédaction du Moniage, à une version malheureusement disparue « Au Midi
vivait un homme riche appelé Grimaldus. Un jour, en menant ses troupeaux au bois, il aperçut un étranger en robe de moine et d'une taille gigantesque : « Apprenez-moi les nouvelles, » demande cet inconnu. — « Elles sont mau- « vaises, » répond Grimaldus. « Charlemagne s'apprête en ce moment à li- « vrer une bataille décisive aux Sarrasins, mais il craint étrangement d'être « vaincu. Il regrette Vilhjalm Kurneis. S'il était là, nous serions vainqueurs.» — « Voulez-vous que je vous remplace dans la bataille ? » demande alors le moine à Grimaldus, qui de son naturel était poltron. — «Volontiers.» L'étranger monte à cheval, s'arme, brandit sa lance, part, arrive à l'armée de Charles et y prend la place de Grimaldus. Le grand combat commence. Le faux Grimaldus étonne l'armée par ses exploits et coupe la tête du i-oi Ma-
il PART. I.IVR ir.
ClIAP. I.
56 INrUODUCTlON A LA GESTE DE GUILLAUME.
Saisnos ''■'. Guibert épouse la belle Aiigalete et se rend maître de la cité d'Audreiias ' ; Aïmer lutte contre le roi
duL Charles est le plus étonné de tous : il croyait le seul Villijalm capable de tels coups d'épée. Mais quand vient l'heure de recevoir la récompense promise par Charles il celui qui le délivrerait du roi païen, le véritable vainqueur a disparu, et c'est Grinialdus qui reçoit le prix mérité par un autre. Quelques années après, l'étranger lui appai-ait en songe : « Va vers Cliarle- « magne, » lui dit-il, « et dis-lui de bâtir une église près de la grotte où j'ai « passé vingt-cinq ans de ma vie. » Grimaldus se décide -ti se rendre près de l'Empereur et à lui raconter cette étrange vision. Le Roi se met à la reclierclie de l'inconnu; il ne tarde pas à trouver le coi"ps d'un homme qui vient de mourir. Il est tourné vers l'Orient, il exhale une suave odeur. Mais Charles n'a eu besoin que d'un regard jyour le reconnaître : c'est celui de Vilhjalm, c'est celui de Guillaume au Court Nez. » — Ainsi se termine cette branche de la compilation islandaise : elle renferme véritablement des beautés de premier ordre et de physionomie antique. 11 n'est pas inutile d'ajouter qu'elle est une de celles dont la traduction en danois est jiarvenue jusqu'à nous. (Rietz, ScrijHores Sitecici medil œvi, t. IV, Lund, 1842.) Beaucoujj plus de sagas auraient sans doute été conservées si, comme le remarque Clarus, on n'en avait pas supprimé un grand nombre au moment de la Réforme et depuis son triomphe, « parce qu'elles étaient catholiques. » Va\ 1814, ajoute l'auteur allemand, les Siuédois en étaient encore à ignorer qu'ils avaient jiossédé, au moyen âgé, une poésie chevaleresque, et que cette i)oésie leur était venue de la France. ^lais, depuis lors, la science a marché.
V. En Espagne. Tandis que la légende de Guillaume n'a laissé aucune trace dans la littérature portugaise {Y. la Bibliotheca Lmitana de Barbosa Machado), elle a eu quelque influence sur la littérature espagnole, et en particulier sur les romances. C'est ce qu'a constaté M. de Puymaigre : « Les poètes du midi de la France (?) ont inventé un Ayraeric de Narbonne, père prétendu de Guillaume le Pieux. On trouve dans deux romances le nom, un peu altéré à la vérité (Almenique, Benalmenique). de ce personnage du cycle carlovingien. » (Les Vieux Auteurs castillans, II, 32j?.) M. de Puymaigre a pris le soin de nous traduire ces- deux romances, dont le premier, tout au moins, mérite d'être cité ia extenso. Nous lui empruntons volontiers cette traduction : « Du Soudan de Babylone, de celui-là je veux jiarler; que Dieu lui donne mauvaise \ie et plus mauvaise lin encore. Il arma galères et navires. Ils partirent soixante mille ])our aller combattre Narboune la gentille. Ils vont jeter les ancres au port de Saint-Gi!ç; ils font le comte prisonnier, le comte Benalmenique. Le descendant d'une tour, ils le mettent à cheval sur un roussin et lui donnent la queue pour bride afin de lui faire affront. Cent coups ils donnent au conite et autant au roussin; au roussin, pour qu'il marche ; au comte, pour le soumettre. La comtesse, dès qu'elle le vit, sortit pour aller au-devant de lui. « Cela me navre, seigneur comte, de « vous voir ainsi. Je donnerais pour vous, comte, soixante mille doublons ; et, « si cela ne sutHt pas, comte, Narbonne la gentille; et si cela ne suliit pas, « comte, les trois filles que j'ai mises au monde. Je les ai mises au monde, « bon comte; vous les avez eues de moi. Et. si cela ne suHit i)as, seigneur « comte, me voici moi-même.» — «< Mille grâces, comtesse, pour votre bon « parler. Ne donnez jiour moi, madame, pas même un maravèdis. J'ai des « blessures mortelles, d'elles je ne peux pas guérir. Adieu, adieu, comtesse, « on m'ordonne de jjartir d'ici.» — « Allez avec Dieu, comte, et, avec la « grâce de saint Gile, Dieu vous fasse rencontrer le paladin Roland. » (Les Vieux Auteurs castillans, II, 350). Indépendamment des deux romances
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE. ô7
Butor, qui doit (Hre plus tcard vaincu et tué par fîniheri. Tous ces frères ensemble s'emparent de Cordres, de
consacrés à Benalmenique, il faut encore citer le fameux chant Mala la visteis, Franceses, où M. Gaston Paris voit en quelque manière les débris de toute une épopée perdue, dont Garin d'Anséune était le héros : « Vous « l'avez mal passée, Français, la chasse de Roncevaux ! Don Charles perdit « l'honneur, les douze pairs moururent ; on fit prisonnier Guarinos, l'amiral « des mers. » Guarinos échut à Marlotez, qui l'engagea en vain à se faire musulman. « Sur son refus de l'enier sa foi, le courageux chrétien fut jeté en prison. 11 en sortit cependant, un jour que nul Jlore n'avait pu abattre un immense tablado qu'avait élevé Marlotez. Ce païen, ayant appris que son captif se vantait d'être le plus adroit, voulut mettre son habileté à l'épi'euve. Mais Guarinos, qui avait demandé d'être remis en possession de son cheval, tomba sur les Mores qui essayaient de s'opposer à sa fuite et parvint à regagner la France. » Tel est le résumé que donne M. de Puymaigre de ce fameux romance (1.1. II, 323). Il est certain qu'on y retrouve une partie des aventures de Ciarin, telles qu'elles sont exposées au commencement des Enfances Vivien, et surtout à la fin du Siège de 2\arbonne. Mais le poète espagnol n'a pas connu sans doute le trait principal de cet épisode héi'oïque. Les Sarrasins qui ont fait Garin prisonnier (soit après Roncevaux, comme l'assure l'auteur dea Enfances Vivien; soit ii son l'etour de Xarbonne, comme il est dit dans le Siège de Navbonne), consentent à le délivrer, à la condition que son fils Vivien viendra se substituer à lui. De là une péripétie profondement dramatique* dont le romancier espagnol n'a pu tirer parti. Il est d'ailleurs complètement inutile de supposer ici l'existence de toute une Chanson intitulée Garin d'Anseiine et aujourd'hui perdue. Avec les Enfances Vivien, le Siège de Narbonne et le romance espagnol, nous connaissons de ce héros tout ce que nos pères en connaissaient. Quant à la fuite de Garin (telle qu'elle est racontée dans les vers que M. de Puymaigre a traduits), cette ruse est, dans une autre de nos Chansons, mise sur le compte d'un autre héros moins connu et plus moderne, Simon de Fouilles (V. notre analyse de Simon de Poiiille, III (2« édit.), 346-3.52).
Telle a été la difi'usion à l'étranger de cette légende de notre Guillaume. Comme on le voit, cette difli'usionn'aété ni aussi étendue ni aussi durable que celle de la geste du Roi. Mais, si elle n'a guère dépassé les limites du moyen âge, elle atteste encore une popularité vaste et profonde, à laquelle on ne poui"rait comparer en Europe celle d'aucune autre poésie religieuse ou nationale.
§ 11. Travaux dont la geste de Guillaume a été l'objet.
Durant tout le seizième siècle et la première partie du dix-septième, la légende et l'histoire de saint Guillaume furent complètement laissées dans l'ombre. — * C'est à Catel que revient l'honneur d'avoir le premier éveillé l'attention des érudits sur la valeur poétique d'un héros trop longtemps oublié, et sur les Romans où il avait été célébré. Dans son Histoire des comtes de Tolose (1623 , et dans ses Mémoires de l'histoire du Languedoc (1633), Catel fait les efforts les plus méritoires pour remettre en lumière les Chansons de notre geste dont personne ne supposait alors l'existence. Dans son Histoire des comtes de Tolose, il raconte avec une certaine joie la découverte qu'il a faite d'un de nos manuscrits cycliques. « J'ai rencontré, depuis n"a guères, dans les archifs du monastère Saint-Guillaume du Désert un grand livre en vers françois. Ce livre est fort ancien et a esté mal gardé. Il manque de plusieurs cayers, et la plupart des feuillets sont deschirés. » Et
ri PAR'». LIVR. II.
CilAP. I.
ii.PART.LivR.il. Séville et de presque toute l'Espagne "; puis, ils per- — — dent leur vieux père Aimeri. âgé de plus de cent soixante
il ajoute que ce manuscrit contient les Enfances Gidllmane, le Couronnement Looys, le Charroi de Ninies, et enfin le Moniage Gnillcw.me (1. 1., p. 50). Ce manuscrit, que nous avions d'abord cru perdu 'Epopées françaises, Ire édit., III, p. 47}, est celui-là même qui est conservé à la Bibliothèque Nationale fr. 774 (Voy. Romania, II, p. 335-336). Catel ne s'est pas rendu un compte exact des éléments de ce précieux manuscrit ; mais son erreur est facile à comprendre, et il Ta réparée, en consacrant dans ses Mcrnoires plus de place encore à notre légende et à nos vieux poëmes. Rien n'était plus téméraire qu'une telle enti'eprise, si Ton veut bien se reporter à Tétat des esprits d'alors qui étaient engoués de la seule antiquité. Catel a connu les chartes de fondation de Gellone, il a utilisé le témoignage *d'Orderic Vital, il a élucidé les variantes des deux généalogies légendaire et historique de Guillaume, il a rendu justice aux éléments authentiques de la Vita sancti Willelmi, il a reconnu le caractère fabuleux de nos Chansons, il a fait de longues citations du Charroi et du Moniage, il est allé jusqu'à, affirmer l'identité poétique de saint Guillaume et de Guillaume I", comte de Toulouse, etc. (pp. 567-57.3). Comme on le voit, il a eu une initiative vraiment courageuse ; il a bien mérité de la science. — - En 1639, six ans après la publication des Mémoires de Vhistoire du Languedoc. Joseph de la Pise édita son Tableau de l'histoire des princes et principauté d'Orange (La Haye). Dans sa généalogie de la maison d'Orange, il ne craint pas de placer « Guibourc, princesse sanvizine », et combat ailleurs (p. 51) le surnom de Guillaume au court nez: « c'est « au cornet » qu'il faut dire », etc. — ^ '* En 1677, Mabillon, dans ses Acta ordinis sancti Benedicti (stocul. IV, prima pai"S, 72-90), publia la Vita sancti Willelmi avec des Observa tiones prœviœ, les deux Chartes de fondation, le Diplôme de Louis le Pieux, etc. Avant lui la T7e de saint Guillaume avait été déjà publiée (en 1611) dans les Acta Guillelmi abbatis Hirsaugiensis. — ^ Dans la Marca hispanica de P. de Marca (1680), il est spécifié que Guillaume, fils d' Aimeri, est le sujet des anciens Romans de Guillaume « le connétable au court nez d'où l'on tire Torigine de la maison d'Orange. » — G Eq 1684, la figure de notre Guillaume arrêtait L. Bulteau, au livre V de son Histoire de VOrdre de Saint- Benoit. — ■* C'est en 1688 que parut le tome VI des Acta sanctoruni pour le mois de mai. On y trouve le texte de la Vita sancti Willehni. les Miracula, le texte d'Ardon en sa Vie de saint Benoit d'Aniane, les deux Chartes de fondation de Gellone, le Diplôme de Louis le Pieux, YHistoria elevati translatique cnrporis, etc. Ces textes précieux sont accompagnés d'une excellente Dissertation et de notes .sommaires. C'est dans une de ces notes que les hagiographes citent nos vieux pot^mes d'après Catel et ajoutent : « De francica veteri lingua fortassis non maie mereretur qui ejusmodi poemata ])roferret in lucem, usitatioris nunc linguœ paraphrasi e latere adjecta » (p. 811). On ne saurait trop vivement féliciter les BoUandistes qui, au moment où nos vieilles épopées étaient le plus profondément oubliées, eurent l'audace d'en proposer la pub ication en termes si nets. — » Le tome II des Annales ordinis sancti Benedicti (1704) contient un exposé critique de la vie de saint Guillaume, où il est fait allusion aux textes poétiques publiés par Catel (p. 368 et suiv.). — » Dom Vaissète a éclairé tout à la fois l'histoire du saint de Gellone et celle de tous les Guillaume qui ont pu être confondus avec le nôtre (Histoire générale du Languedoc, 1730, 1733 : I, 444, 445, 452, 461, 462, 732, 735 et suiv., 757; II, 120, 121, etc.). — m Le P. Bonaventure de Sisteron. dans son Histoire nouvelle de la ville
NOTICE BlliLIOGRAPHlQUE ET HISTORIQUE. 59
ans; Aimeri, vieillard épique, dont les derniers jours ont été rudement éprouvés, et qui, après avoir été (o dés-
et principauté d'Orange (Avii^nion, 1741"), traduit la Vie latine de saint Guillaume avec le texte en regard; mais dans ses Dissertations il entasse erreur sur erreur. Il va jusqu'à dire : « Guillaume, fils de Théodoric, prince de Bourgogne, fut surnommé « au cornet » parce qu'il en portait un sur son écu. » Il est inutile d'ajouter que ce très-médiocre historien regarde la prise d'Orange par Guillaume comme un fait indubitable, etc., etc. —, 'i Une œuvre plus digne d'occuper notre attention est l'Histoire littéraire de la France; en 1746, dom Rivet en fit paraître le septième volume. Nous avons déjà parlé des heureuses témérités de cet érudit qui fut vraiment jeune sans cesser d'être grave. 11 cite, avec un certain enthousiasme, le Roman de Girart de Viane et surtout le « Roman de Guillaume au court nez, le plus « ancien de tous nos Romans après Philomena, bien Qu'il soit écrit en vers « de dix .syllabes » (p. 496). — ^- Mais les généreuses hardiesses de D. Rivet n'allaient pas encore précipiter les esprits vei's l'étude sérieuse de notre littérature du moyen âge. Bien des travaux préparatoires étaient encore nécessaires; le premier de tous devait être l'analyse exacte des manuscrits de notre geste. Dans son Catalogus codicuni manuacriptorian Bibliothecœ Bernensis (17G0-1762), M. de Sinner décrivit longuement le manuscrit cyclique de Berne (III, 333) et ouvrit ainsi une voie nouvelle. — '^ Cette voie, pour être la plus sûre, n'était pas la plus courte. Les bibliographes comme M. de Sinner approfondissent une science, mais ne la vulgarisent pas. Or il y avait' alors dans la Suisse allemande un homme qu'on peut appeler un des prédécesseurs du Romantisme : c'était Bœdmer de Zurich, dont L. Clarus a récemment entrepris de réhabiliter la mémoire. Ce Bœdmer avait une idée fixe : celle de protester contre les envahissements de la prétendue littérature classique. L'Allemagne était alors livrée à l'Ecole française, aux imitateurs de Racine, de Boileau et de Voltaire : il voulut l'arracher à cette littérature qu'il trouvait artificielle, et la pousser plutôt vers les beautés plus hardies de la poésie anglaise, ou mieux encore de l'ancienne poésie germanique. Ses yeux se portèrent sur V\'olfram d'Escheubach ; il lut le Willehalm et fut saisi d'admiration. Même il ré.solut de pi'endre ce poème comme son point de départ et d'en faire le type de la poésie nouvelle. En 1774, il fit paraître à P'rancfort et à Leipsick son ^'ilhebn von Oranse en deux chants. Par malheur, il ne se contenta pas d'y publier un entrait du vieux poème, il voulut encore moderniser l'œuvre de ^^'olfram et se mit, à soixante-cinq ans, à composer toute une longue suite de vers héroïques où il avait la prétention de ressusciter l'ancienne, la vraie poésie. La tentative échoua, elle devait échouer. — ''' Toutefois, malgré la médiocrité de Bœdmer, son essai avait quelque chose d'honorable et de sérieux.- On n'oserait pas en dire autant de l'entreprise toute française de MM. de Paulniy et de Tressan. Dans la Bibliothèque des Romans on ne défigura, par bonheur, que quelques Chansons de notre cycle, Garin de Montglane, Girart de Viane, Hernaut de Beaulande et Renier de Gennes (octobre 177Sj : c'était trop. Sous la poudre et les mouches dont on couvrait ainsi le visage de nos héros et de nos héroïnes épiques, il devint tout-à-fait impossible de les reconnaître. — 1^ Lassé de la Bibliothèque des Romans, M. de Paulmy se consacra (avec Contant d'Orville) à ses Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, où il daigna toucher encore à notre légende, mais d'une main si légère 1 « Le « roman et la légende de Guillaume, » dit-il, « sont également fabuleux, « etc. » (t. VI, 190-194, en 1780). Puis, il plaisante assez agréablement sur le cornet et le court nez de Guillaume. Tant d'esprit ne faisait guère avan-
II PART. LIVR. M
CIIAI-. I.
11 PART. LIVR. II
honneur!) prisonnier des Sarrasins, a trouvé la mort clans une guerre contre les Sagitaires '". Et c'est à Guil-
cer la science. Depuis Catel et les Bollandistes, elle n'avait point fait un pas. Et ce qui manquait le plus, c'étaient les textes. — "> Un Allemand, Casperson, compiit ce desideratum et résolut de combler cette lacune. En 17S1, il publia à Cassel le premier volume de son Wilhehn der heilige von Orunse, où il mettait en lumière la continuation du Willehalm {Arabel/ens Entfiihrung vnn Turlin ode)' Ileinrich Turhebn, einen Dichter des sclwœbischen Zeitjninktes). Trois ans après, il s'attaquait à l'œuvre de "Wolfram lui-même {Der Markgraf von Narbonne, von Wolfram von Escliilbuch). Quelle que soit l'imperfection de l'œuvre de Casperson, on doit avouer qu'elle eut une incontestable influence sur le développement des études qui ont pour objet la poésie épique du moyen âge. — •' En France, nous étions fort attardés. L'excellent bibliographe Van Pi'aet ne s'occupait de notre geste qu'à l'occasion d'un manuscrit de cette belle bibliothèque La VaUière dont il dressait le Catalogue (1783). Nos Romans n'étaient pas encore sortis du domaine de la curiosité. C'étaient toujours des raretés : rien de plus. — Là dessus, éclata la Révolution française qui interrompit brusquement ces pacifiques études. Il fallut un long temps avant que l'on piit s'y remettre efficacement. — '« Mais en Allemagne la tradition ne semblait pas brisée ; en 1807, au milieu des guerres qui enflammaient toute l'Europe, un érudit publiait paisiblement ses petites Dissertations sur l'histoire et la littérature de l'antiquité et du moyen âge. J.-Ch. Freyhernn von Aretin {Beytrwge zxir Geschichte und Literatur, IX, 1188) rendait compte fort placidement d'un travail sur Ulrich de Thilrheim ( Vlrkh's von Tiirhehn dritter Theil des W'îllehn von Oranse, zivei Handschriften davon in der Manchener Bibliothek angezeiyt itnd benrtJieill von B. J. D.). — " La renaissance des études était plus difficile en France, et le moyen âge y était encore lettre close. On ne peut donc qu'applaudir à l'essai courageux, autant que médiocre, de Roquefort-Flaméricourt {De l'état de la poésie française dans les doKcième et treizième siècles, 1815). « Guillaume de Bapaume, » dit-il, « a écrit en vers de dix syllabes le roman de Guillaume d'Orange surnommé « au court nez, qui contient l'histoire travesiie de saint Guillaume de Gellone « ou d'Aquitaine, » etc. (pp. 103, 104). — -'• Cependant l'Académie des Inscriptions avait repris les traditions des Bénédictins et continuait presque toutes leurs œuvres. En 1824. Daunou écrivit son Discours sur l'état des lettres au treizième siècle. Rien n'accuse mieux que ce Discours Tignorance qui sévissait encore sur les meilleurs esprits à l'endroit de notre Épopée nationale. Daunou ne va-t-il pas jusqu'à dire : « Le plus célèbre de nos « poètes est Adenès, auteur d'un Aimer i de Narbonnc en 77,000 vers.! ! ! » — -i Vers le même temjjs, l'Italie prenait soin de recueillir les titres et les dates de tous ses Romans imprimés aux quinzième et seizième siècles, dont elle nous avait le plus souvent emprunté la»sujet et les héros. Melzi fit paraître, en 1827, la première édition de aa. Bibliografia dci romanzi e poemi cavallereschi italiani: il y étudiait en particulier la Schiatta de' Reali et Y Incoronazione del rc Aloi/si dont nous avons parlé j)lus haut. — -' Un bibliographe français, Barrois, était tout naturellement amené, de son côté, à s'occuper de notre cycle dans sa Bibliothèque protypographique (no^ 5, 437, 1300 et 1907). — -3 Toutefois on ne connaissait encore de nos anciens poèmes que les extraits donnés par le vieux Catel : quelques vers du Charroi et du Moniage. C'est à un Allemand que revient l'honneur d'avoir publié le premier texte vraiment considérable de nos Chansons. En 1829, Im. Bekker imprima, dans son Fierabras provençal, une partie de Girart de Viane
laume que se rattachent encore les exploits de Foulque, son neveu, qui conquit Candie et convertit Anfelise;
(4,060 vers). C'était ren-lre à la poésie française du moyen âge le service
dont elle avait le plus besoin, et désormais le progrès allait se Mter.
2'» C'est en 1830 que parut la seconde édition du livre si souvent cité de Koberstein, où il étudie notamment les sources du Willehahn : Grundrisz der Geschichte der Bentschen National Literatur (V. la 4" édit. puisée en 1856, p. 217). — -^ Nous ne citons que, pour mémoire le travail de F. AV. Val. Schmidt dans les Wiener Jahrbûcher der Litteratto- (XXXI, p. 140). Dans son compte-rendu de YHistory of fiction de Dunlop, 1« savant allemand résume rapidement Tétat de la science sur la vie et la légende de saint Guillaume. Il n'ajoute rien, d'ailleurs, aux données de Catel et des BoUandistes. — -O Mais l'attention de la France s'était enfin éveillée sur, son Épopée nationale. Un esprit vif, subtil, profond, un savant qui savait à la fois découvrir et vulgariser, Fauriel, publia en 1832, dans la Revue des Deux- Mondes, le résumé de ses leçons sur VOriyine de rEpo2Jée chevaleresque du moyen rige (t. Vil, 1*"'' et 15 sept., 15 cet. et 15 nov.). Les .sixième, septième, huitième et neuvième leçons sont consacrées uniquement à l'Épopée provençale, dont Fauriel exagère étrangement l'étendue et l'importance. Nous avons longuement réfuté ce système, plus que téméraire, qui donne, sans aucune preuve, la dernière plhce à la France du Nord et la première à la France du Midi. Mais il faut avouer qu'à part cette erreur capitale. Fauriel a vraiment ressuscité notre vieille poésie morte depuis si longtemps. Il en a retrouvé la véritable pliy.sionomie, il en a reconstitué la légende. Son enthousiasme, parfois aveugle, fut cependant de ceux qui font école et laissent des traces vivantes. Parses élèves et par ses adversaires, il a été utile à la cause de notre Épopée, et, en particulier, à celle des poèmes qui ont notre Guillaume pour héros. — ^7 Dans un article du Journal des savants de juin 18 '>2 fp. 340), Raynouard, qui défendait la même thèse que Fauriel, ne l'a pas appuyée de meilleurs arguments. Il ne parle qu'en passant des Chansons de notre geste et discute, dans le texte d"Ordei'ic Vital, le sens exact des mots cantilena et relatio authentica. — -^ Tourné vers l'histoire et non vers la poésie, Funck publia, en 1832, sa belle biographie de Louis le Pieux, où il élucide, d'après les écrivains arabes, un certai.n nombre de points restés obscurs dans la vie du fils de Charlemagne. Les invasions des Sarrasins au Midi de la France, la bataille sur l'Orbieu et le siège de Barcelone ont été. de sa part, l'objet de commentaii-es intelligents et profonds sans lesquels on ne connaîtrait exactement ni l'histoire de cette époque ni les origines de nos Chansons. — -9 La publication des textes poétiques du moyen âge n'en demeurait pas moins la plus utile de toutes les couvres relatives à notre Épopée. L'Allemagne prit encore une fois l'initiative, et l.achmann, en 1833, nous donna son Wolfram von Eschenbach. Un texte correct, une savante introduction sur l'origine du Willehahn, rendent ce travail mille fois supérieur à celui de Casperson, et en font un livre véritablement classique. — ^o Quant à la France, elle en était encore aux discussions; et, dans sa Pr<?/oce de Garins li Loherains, M. Paulin Paris répondait vertement aux prétentions trop méridionales de Fauriel (1833). — ^i L'année suivante, il y eut une sorte de temps d'arrêt : c'est à peine si nous pouvons signaler un passage du livre de l'abbé De La Rue (Essai sur les Bardes et Jongleurs, II, 98). — '^- En tète de son édition du Roman de la Violette (1834) Fr. Michel s'occupait de Girart de Viane et décrivait l'un des manuscrits où cette belle Chanson nous a été conservée (Bibl. Nat. fr. 1374). — s.? Mais l'Allemagne ne perdait pas de vue notre légende, et dans son Histoire de la littérature poétique nationale
'ART. I.IVR. II.
II I ART. LivR. II, c'est lui qui eutreprend avec sa famille et qui dirige — ^.^^^ — réellemeut la couquête difficile de Babylone, c'est lui qui
des Allemands, dont la première édition parut en 1835, Gerviniis consacrait à juste titre une étude aux sources du Willehalm et à la valeur littéraire de ce poëme surfait. Son admiration, fort tempérée, s'y révoltait contre la crudité de la scène qui se passe à Laon, lorsqu'après la défaite d'Aliscans, Guillaume vient réclamer le secours de l'empereur Louis et outrage grossièrement l'Impératrice sa sœur ; il y condamne également la cruauté de Guillaume et de Renouart; il y flétrit, comme dit M. Jonckbloet (1. 1., 211), « la singulière morale d'Orable qui renie ses Dieux, son mari et ses enfants pour se jeter dans les bras d'un mari chrétien » {Geschichte der poetischea National Literatro- der DeidsckenA, 132, etc.). Mais enfin Gervinus s'est occupé de notre Épopée, il la discute, il lui rend la vie. — ^'* En France, il semblait que l'action de Fauriel fût déjà annihilée Dans ses Momanents de quelques ancieiis dioccsesdv Bas-Languedoc (1835). M. Renouvier rencontrait seulement la belle figure du fondateur de Gellone et l'étudiait en passant. — 3j L'in(;\tigable Mone. dans son Anzeiger de 1836 (t. V, 188), décrivait le précieux manuscrit de Boulogne-sur-Mer et entrait par là plus avant in médias rt'5.' Jlalheureusement, il était aveuglé par son patriotisme littéraire et soutenait cette thèse malencontreuse : « Les Chansons françaises ne sont point la source du TT7//e/îff /m » (1. 1., p. 182).— 3g ;m. a. Jubinal. dans ses Mystères inédits du quinzième siècle (1836), analvsa le manuscrit 23 du fonds La Vallière, aujourd'hui Bibl. Xat. fr. 24369 et 24370 (pp. 178-389). — 3' C'est en 1836 que parut également le livre de M. Reinaud. Invasions des Sarrasins en France, où les sources arabes sont mises à profit et opposées aux sources françaises. L'invasion de 793, la bataille de Yilledaigne, la courageuse résistance de Guillaume et la prise de Barcelone quelques années plus tard, sont élucidées par le savant orientaliste et placées dans leur véritable jour. - 38 Les textes faisaient toujours défaut. M. de Reiffemberg essaya d'entrer dans la voie de cette publication qui devenait de plus en plus nécessaire. En tête de sa Chronique rirnèe de Philipjie Mous/ies (1836-1838), il donna des fragments du Couronne7nent Loogs, d\iimeri de Norbonne et de Gorin de Mont glane ; il alla jusqu'à consacrer toute une notice à ce Guillaume dont Philippe Mousket avait trop rapidement résumé l'histoire poétique (II. p. 237 etsuiv.). Enfin, il nous fit connaître le précieux manuscrit • des Conquestes de Charlemaine par David Aubert, où nous trouvons une rédaction en prose de Girarî de Viane. Ce sont autant de sources que nous devons à cet érudit dont la science était sans doute trop touffue et trop désoi'donnée, mais qui eut l'intelligence des bons documents et la patience de les publier. — ^9 Le Journal général de V instruction publique, dans ses numéros des 15 mai et 5 août 1838, contient deux articles de 'M. Raymond Thomassy sous ce titre : Hecherches historiques et littéraires sur la fondation de Saint-Guillem-du-Désert et le cycle épique, de Guillaume au court ne:. L'auteur y prétendait démontrer cette proposition : « Plusieurs saints Guillaume ont formé une seule et même légende pieuse ; plusieurs Guillaume au court nez ont contribué à former notre geste. » — ^" En 1838- 1S39. M. Francisque Michel imprima ses Hapports o M. le Ministre de l'instruction publique srtr les docu/nents de l'histoire et de la littérature de la France qjti sont /conservés dans les Bibliothèques de l'Angleterre et dé l'Ecosse. On y trouve la description des trois précieux manuscrits du British Muséum. — '»' Et en même temps, dans un Rapport analogue, M. Ach. Jubinal nous faisait connaître le manuscrit de Berne. — ^- Dans leurs Lateinische Gedichten des X und XI Jahrhunderts (1838), MM. Grimm et
rend ainsi populaire dans l'Orient la gloire du nom n i>akt. uvr. français et chrétien '' ; c'est à lui qu'il faut rapporter '■ —
Schmeller comparaient la Clu-oniqun de Xovalèse au Montage Guillaume et essa yaient de prouver riiieutité des deux lé.iyendes. — 43 Deux ans après, M. Thomassy critiquait dans la Bihliothcqiie de l'Ecole des Chartes (II, 177) les deux Chartes de tbndation de Fabbaye de Saint-Guillem, et émettait sur chacune d'elles un avis contraire à celui de Mabillon et des BoUandistes. Suivant lui, la charte authentique était celle où Ton ne trouve aucune mention de l'abbaye d'Aniane. Il avait déjà publié la Dccovverte de l'autel de Saint- Gicillaume et Y Ancienne abbaye de Gellune dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France ÇHY, p. 222\ XV, p. 307). — '*'* M. Imm. Bekker, qui avait, onze ans auparavant, imprimé à ces études un si heureux mouvement par la publication du Fierabras et du Girart de Vianc, étudia, en 1840, les manuscrits franco-italiens de la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, pai'mi lesquels se trouvent un Aliscans et deux Foulque de Candie (Mémoires de l'Académie de Berlin). — 4" Mais qu'étaient ces richesses de la Bibliothèque de Venise si on les comparait aux trésors de la Bibliothèque du Roi, à Paiis? M. Paulin Paris, qui avait montré tant d'esprit d'initiative dans la publication de Berte aux e/rans 2nés et de Garins H Loherains,vésolut de faii-e enfin connaître tant de preuves encore vivantes de notre vieille ifloire littéraire. De là son livre : Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, où il donna un libre cours à son enthousiasme pour la poésie du moyen âge. Il eut lieu d'y parler longuement du cycle de Guillaume (III, pp. 113-172). Sans doute, il est facile d'y relever aujourd'hui quelques erreurs; mais il conviendrait de ne pas oublier que ces cent cinquante pages forment le premier travail complet consacré directement à notre geste. Nous estimons qu'on n'a pas r^ndu à M. Paulin Paris toute la justice qu'il mérite. « C'est un travail à la française, » dit dédaigneusement L. Clarus, en parlant des Manuscrits de la Bibliothèque du Roi. C'est la première fois, cependant, que l'on jetait en réalité quelque lumière sur les diftei-entes branches de notre geste ; qu'on les distinguait nettement l'une de l'autre ; qu'on spécifiait leur objet. La question entrait vraiment dans une phase nouvelle. — « En 1841, San-Marte consacra à l'auteur du Willehalm un long travail où il critiqua sérieusement la Vita sancti Willelmi, ou il analysa le Willehalm et en donna des extraits, où il jugea rapidement les poèmes d'Ulrich von dem Tùrlin et d'Ulrich von Tlitirheim [Wolfram von E&che.ibach, 2 vol. in-S"). On regrette, d'ailleurs, que San-Marte ait été attiré par le Titurel plus vivement que par le Willehalm. — ^'-^^ L'année 1842 fut meilleure pour nos vieux poèmes. Trois répertoires bibliographiques, deux en Allemagne, un en France, mirent le public au courant des iwincipavx travaux auxquels notre geste avait jusque-là donné lieu. Los deux Manuels allemands sont ceux de J.-G.-Th. Grœsse {Bie yrossen Sagenkreise des Mittelalters) et deMM.Ide- 1er et Nolte {Geschichte der Altfranzœsischen national Literatur). L'un et l'autre ont consacré à notre cycle une notice précieuse, quoique incomplète (Grœsse, pp. .357-301 ; Ideler et Nolte, pp. 97 et lC6).Brunet, dans la première édition de son Manuel du Libraire, indiquait avec soin les éditions incunables du Guerin de Montfflaive, le seul de nos Romans qui ait reçu les honneurs de l'impression. — ■'•" Adalbert Keller édita, en 1844, son iîo;»icart, Beitrœye sur Kunde mittelalterlicher Dichtuny ans ilalienischen Bibliotheken. Il y donnait de précieux extraits des manuscrits franco-italiens de Venise (de V Aliscans en j.articulier, pp. 29-38^ ; et de la biljliothèque Vaticane de Rome : (Garin de Moatylane, pp. 338-365j.— ■''' Cependant M. l'aulin Paris poursuivait en France son travail sur les J/«>n(6C>774- de la Bibliothc-