‹ Les eopeés françaisesChapitre 160 sur 180 · G0 LE GUILLAUME DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

G0 LE GUILLAUME DE LA LÉGENDE

II PART. LIVR. II

CH.\p. xxm.

de rhistoire.

Foulque de Candie, le Sïége de Barbastre^ la Prise de Cordres, Guihert d' Andrenas, \?i Mort d' Aimeri de Narhonne, Renier et le Moniage Guillaume. Il nous semble d'ailleurs que le récit abrégé de la plupart de ces poëmes nuirait ici à Tunité de notre légende. Presque tous mériteraient, à vrai dire, le nom ({'incidences que nos pères avaient donné à quelques-uns : ce sont des hors-d'œuvre ou des interpolations. Il n'y a de profondément antique que la Bataille Loquifer et les deux Moniar/es : et encore y trouve-t-on certains éléments relativement modernes qui nous font placer leur rédaction près de cent ans après la Chanson de Roland. Nous le démontrerons plus tard.

Le Guillaume Mals, au polut 011 uous somuics arrivés, nous en

de la légende est 'I : ^

'fceS' savons assez pour juger la légende de Guillaume et la comparer avec son histoire ; et notre conclusion ici sera la même que pour la légende de Charlemagne : « Le Guillaume de la poésie nous paraît inférieur à celui de la réalité » .

En effet, qu'est-ce que les enfances de ce héros de nos poëmes, si on les compare avec sa vie réelle? Guillaume nous apparaît, dans jios Chansons, sous les traits d'un jeune homme indiscipliné et brutal; son amour pour Orable n'a certes rien de très-glorieux, et ses coups de lance contre les païens ressemblent à ceux de tous nos autres héros. L'histoire, au contraire, nous montre le fds d'Aimeri charo^é tout d'abord d'une mission profondément difficile, qui réclamait le génie le plus souple et le plus ferme en même temps : Charles l'envoya parmi les Gascons, peuple remuant, capricieux et porté à la révolte, sur les frontières de l'Espagne où s'agitaient les Sarrasins qui n'avaient pas renoncé à la conquête de la France. Il lui fallut contenir ces deux races, et il y réussit. On peut dire, sans exagéra-

EST INFÉlilEUR A CELUI DE L'HISTOIRE. 5(51

tion, que c'était le poste le plus périlleux de l'Empire. Gharlemagne, ne^ pouvant l'occuper en personne, y envoya celui de ses comtes dans lequel il avait le plus de confiance, ou, pour mieux cHre, un autre lui-même. Nos poètes n'ont rien su de tout cela. Ils n'ont pas connu davantage cette grande expédition de Barcelone et la prise de ce boulevard des Sarrasins, qui fut due surtout au courage et au talent du comte Guillaume. Ils ont diminué la réalité en croyant l'embellir : ils n'ont pas vu que Guillaume est le Gharlemagne du midi de la France !

Les auteurs de nos Épopées ont amoindri les commencements de Guillaume, mais ils ont surtout amoindri ses dernières années et sa mort, et nous leur pardonnons moins aisément cette profanation regrettable. Rien n'est plus touchant, rien n'est plus grand que le récit historique de l'entrée de Guillaume à Gellone. Le glorieux vaincu de Yilledaigne, le nouveau Gharles-Maitel qui avait arrêté les païens alors qu'ils mettaient la main sur la France, le conquérant de Barcelone, le duc d'Aquitaine qui avait apaisé la révolte des Gascons et donné l'exemple de toutes les vertus au jeune Louis, à ce futur empereur, Guillaume vint un jour, au fond d'un désert, prendre le froc bénédictin dans un monastère qu'il avait fondé. Lu de ses l)iographes nous raconte que, plus d'une fois, il le vit humblement assis sur l'àne du couvent, portant du vin aux frères qui faisaient la moisson. Il se soumettait aux moindres prescriptions de la règle, était de service à la cuisine et boulangeait comme les autres moines. Il oubliait enfin (ju'il avait été l'un des plus grands noms du siècle, et fermait obstinément les yeux à sa gloire passée... Il y a là, si nous ne nous trompons, une

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