‹ Les eopeés françaisesChapitre 20 sur 180 · NOTICE HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQIE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQIE

aimée solitude, y eut avec le Démon un épouvantable n part. mvr. n. conflit, et mourut en saint après avoir vécu en héros -. — ' " " —

la poésie populaire de l'Espagne et du Portugal , M. le comte de Puymaigre vient de publier, dans le Romancero ^jovtugais, (Paris, Leroux , 1881) . le romance de don Beltran, qui célèbre les exploits du neveu de Guillaume, et dont une autre version avait déjà paru dans son Romancero espagnol. — io2 iûv Xous attendons la publication prochaine du Garin de Montgîane en deux volumes, annoncé depuis 'bientôt dix ans, et qui doit ouvrir la seconde série du Recueil des « Anciens poètes de la France »; de YAimeri de Karbonne publié par M. Demaison pour la « Société des anciens Textes » et de la Mort d'Aimeri dont M. Couraye achève de préparer le texte. — Plusieurs autres travaux sont sur le chantier. Le cycle de Guillaume, trop longtemps négligé, va bientôt retrouver son antique popularité, et Aliscans comptera autant d'admirateurs que le Roland.

§ 12. Valeur littéraire des chansons qui composent la geste DE Guillaume.

Pden n'est moins absolu, rien n'est plus variable que cette valeur littéraire de nos poëmes. Parmi ces vingt-quatre Chansons, il en est qui représentent rère de la poésie primitive, simple, naïve, parfois même brutale, sans art, sans élégance, sans apprêt, reflet exact de la société féodale aux onzième et douzième siècles. Tels sont le Couronnement Looys, le Charroi de Nhnes, le Covenant Vivien, Aliscans (bien que nous n'en possédions pas le texte primitif) et le Moniage Guillaume. A ces poëmes il faut joindre certaines parties de quelques autres Chansons dont Tensemble est loin d'être aussi primitif, certains épisodes de Girart de Viane, le magnifique début à'Aimeri de Karbonne et même le commencement de la Mort d'Aimeri, quoique bien plus moderne. Ces textes forment en quelque sorte un premier groupe qui mérite de fixer longtemps notre attention. Rien n'est factice dans ces poëmes ou dans ces fragments de poëmes. Et, — chose remarquable, — ce sont précisément ces Chansons qui reposent sur les traditions les plus historiques, en sorte que la Vérité, ici comme partout, a donné naissance à la Beauté. La convention, la formule, n'ont pas encore pénétré trop profondément dans ces véritables épopées, qui sont sanglantes et où l'idée de la guerre tient la première place. Mais, séduits par le ouccès de ces beaux poëmes, d'autres trouvères sont bientôt venus qui ont tiré de leur propre fonds, imaginé, inventé de nouveaux épisodes et de nouveaux héros. Ils ont d'ailleurs imité, avec une servilité souvent heureusq, les Chansons de leurs j)rèdécessem's, ou les ont simplement remaniées. De là un second groupe composé des Enfances Guillaume et de la Prise d'Orange (telles que nous les possédons aujourd'hui), de la Bataille Loquifer, du Moniage Renoart, des Enfances Vivien dont le commencement est encore traditionnel, de certaines parties de Girart de Viane, etc. Dans la plupart de ces poëmes, Tancienne brutalité s'est adoucie ; la magie et les mythes antiques ont pénétré dans cette poésie, si bien fermée jadis à leur déplorable influence ; la femme y joue un rôle plus actif et moins noble; les éléments historiques s'atténuent au point de disparaître à peu près complètement ; tout est moins héroïque, moins simple, moins grand. Mais, dans un troisième groupe de Romans, Félégance, ou, mieux encore, la formule semble définitivement triompher. Il n'y a plus guère, dans ces œuvres de la décadence, que des lieux communs épiques développés avec plus ou moins de clarté et de talent. Telles sont ces pauvretés poétiques, sans élan, sans verve, sans foi, qui

II PART. I.I\ R. II

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Telle est l'histoire dont nous nous proposons d'écrire un résumé aussi exact, aussi vivant et lumineux qu'il

s'appellent la Prise de Cordres, le Siège de Narbonne, Foulque de Candie, le Sicr/e de liarbastre ; telles sont ces œuvres plus médiocres encore. Renier, Guibert d'Andrenas. On peut regarder quelques-unes de ces Chansons sans originalité comme une sorte d'exercice de rhétorique à Tusage des trouvères qui débutaient. Un pas, encore un pas, et nous tomberons dans une décadence irrémédiable : Garin de Montglane n'est qu'un roman de la Table Ronde, qui a toutes les qualités et tous les défauts des poëmes d'aventures. Les fragments que nous avons retrouvés de Renier de Gennes et d'Hernaut de Beuv.hmde ne nous f(jnt pas regretter la perte de ces Romans, œuvre du quatorzième siècle, écrites avec le style de Girard d'Amiens et dignes de ce versificateur de dernier ordre. La formule s'épanouit partout ; elle triomphe et règne. Les mœurs se sont, d'ailleurs, étrangement tempérées ; le sang coule encore, mais d'une façon toute conventionnelle, et on ne le répand guère que par acquit de conscience ; le lieu commun fait désormais tout le tissu de ces romans, qui ne méritent plus le nom de chansons. On ne descendi'a plus l)as qu'au quinzième siècle, alors qu'un poète inconnu écrira les Enfances Garin, poëme digne d'être signé par un hérault d'armes, où les tournois et les amourettes abondent., deiniière imitation d'une littérature qui avait fait son temps: œuvre morte. Comme ont le voit, il faut se' défier également de ceux qui admirent trop absolument les Chansons de notre geste, et de ceux qui leur refusent toute admiration. Ce serait rendre un véritable service que de publier, dans une C/irestomathie épique, les plus beaux de ces poèmes et les plus remarquables extraits de tous les autres. L^ne publication aussi populaire, dans laquelle on devrait placer une bonne traduction en regard d'un texte encore trop peu compris, donnerait aux esprits les plus prévenus une solide estime pour notre Epopée nationale. Après les chants d'Homère qui ont pour eux la perfection d'une langue et d'un style incomparables, on n'a peut-être rien écrit de plus saisissant, de plus naturel, de plus beau que les deux débuts du (Couronnement et du Cgarroi, que le Covenant Vivien presque tout entier et la première partie iX'Aliscans. Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'on n'a rien écrit de plus long ni de plus ennuyeux que le Siège de Barhastre et Garin de Montglane. Nos analyses de ces poëmes mettront le lecteur à même de contrôler ce jugement.

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