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Il l'ART. Livn. M CHAT. II.
de la Chrétienté heureusement déhvrée, qui allaient - être visiblement assistés par les anges de Dieu et don-
les ot [clià arrier] à Paris. — A Nerbonne la grant ot plusors Aj-meris, — Et A Orenge rot maint Guillaume marchis... » (6650-6653). Ces vers pourraient servir d'éiiigraphe à une Dissertation sur les éléments historiques île notre geste. L'un des principes qui dominent ici toute la matière est le suivant : « Pour composer la légende de notre Guillaume, on a fondu entre elles les légendes ou les histoires de plusieurs Guillaume. » A vrai dire, on les a amalgamées plutôt que fondues. A chacune d'elles on a emprunté un ou plusieurs traits que Ton a juxtaposés plus ou moins habilement, et on les a mis les uns et les autres sur le compte d'un Guillaume central qui est précisément saint Guillaume de Gellone. Comme il fut évidemment le plus illustre de tous ceux qui ont porté ce nom ; comme la bataille de l'Orbieux et la prise de Barcelone furent, en réalité, des événements d'une importance tout exceptionnelle ; coiùme la conversion de cet homme éminent et son entrée dans la vie monastique avaient trè.s-vivement frappé les esprits de ses contemporains, on fut naturellement porté à lui attribuer les faits et gestes de tous ses homonymes pendant deux ou trois siècles. Mais on lui rapporta surtout ces tiaits particuliers de la vie des autres Guillaume qui offraient le plus d'analogie avec ceux de sa propre vie. Parmi les personnages du même nom, c'est le plus illustre qui accapare, dans la légende, les aventures de tous les autres, et l'accessoire suit le principal. Gn a déjà cité avant nous ces remarquables paroles de Sismondi : « La ressemblance des noms projjres jette sur toute l'histoire de l'époque carolingienne des ténèbres auxquelles il est fort difficile d'échapper » (II, 333). Rien de plus vrai. Nous avons déjà vu Charlemagne confondu avec son prédécesseur Charles ^Lirtel, avec son successeur Charles le Chauve. Nous allons voir comment et dans quelle mesure notre Guillaume fut, lui aussi, victime d'une confusion analogue. — h. M. Jonckbloet est, de tous les érudits, celui qui a donné à cette doctrine les meilleurs développements. Nous pensons, toutefois, qu'il a été trop loin dans cette voie. Il a, d'un œil perçant, cherché quels étaient aux neuvième, dixième, onzième et douzième siècles, tous les princes qui avaient porté le nom de Guillaume ; et, trop ingénieusement peut-être, il a voulu trouver dans leur vie des similitudes avec la vie poétique de notre héros. Nous essayerons de montrer ce qu'il y a de vrai, ce qu'il y a de hasardé dans le système de M. Jonckbloet et de son école. Il est juste d'ajouter que le savant hollandais a loyalement r(;connu le bien fondé de toutes les critiques que nous lui avions adressées {Epojices françaises, l^e éd., t. III, pp. 76 et ss.) : « J'avoue, » nous a-t-il écrit, « que j'ai été trop « loin (et c'est là la faute capitale de mon livre) en cherchant trop souvent les « traits de la légende de Guillaume dans la vie d'autres Guillaume historiques.» — c. Les « Guillaume » que la légende a confondus avec saint Guillaume de Gellone ne seraient pas, d'après cette école, au nombre de moins de treize. Nous avons recueilli leurs noms avec soin dans l'excellent travail de M. Jonckbloet, dans les Recherches de M. Dozy, etc., etc., etc. Ce sont : 1» Guillaume P"^, dit le Pieux, premier comte héréditaire d'Auvergne et duc d'Aquitaine, arrière-petit-fils de saint Guillaume, mort en 918 ou 919. — 2° Guillaume II, dit le Jeune, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine, mort en 926 ou 927. — 3" Guillaume I"", (ht Longue-Épée, duc de Normandie, de 927 à 942. — 4" Guillaume Ie^ dit Tète-d'Étoupe {Caput-stique), comte de Poitiers (sous le nom de Guillaume III) et d'Aquitaine, de 950 à 963. — 5° Guillaume III, dit Taillefer, comte de Toulouse en 950. — 6" Guillaume P^, comte de Provence de 961 à 992. — 7". Guillaume I"^"-, dit Bras-de-Fer, comte de Pouille en 1043. — 8o Guillaume IL comte de Besalu en 1052. — 9« Guillaume
lier naissance à une triple lignée de conquérants et de martyrs, en ce moment solennel, toute la nature se — -
de Montreuil-sur-Mer, général en chef des troupes pontificales sous Nicolas II (1058-1061), et Alexandre II (1061-1074). — 10° Guillaume IV, comte de Toulouse en 1060. — llo Guillaume VI, seigneur de Montpellier dans la première partie du douzième siècle. — 12o Guillaume !<='•, comte d'Orange, vers 1126. — 13" Saint Guillaume de Malaval, ermite, mort en 1157. — d. De ces treize Guillaume, deux ou trois seulement nous paraissent avoir été confondus avec notre héros, et avoir réellement contribué à former la légende épique de Guillaume au Court Nez. C'est ce que nous allons essayer de faire voir en reprenant un à un tous les personnages historiques que nous venons d'énumérer.
1° Guillaume F'»", le Pieux, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine, que les Annales Moissacenses qualifient de famosus dux (Pertz, III, 169), n'offre guère que deux traits qui puissent lui prêter quelque ressemblance avec saint Guillaume; c'est, d'une part; son surnom de « Pieux », et de l'autre sa lutte avec le roi Eudes, en 88S : lutte suivie d'une réconciliation, et qui rappelle les altercations de Guillaume avec l'empereur Louis dans le début du Charroi de Nirnes. Mais rien de jilus vague et de plus lointain que de tels rapprochements. Tout au plus peut-on dire que la communauté de nom, de titre et de sang entre Guillaume Ii''" et son bisaïeul saint Guillaume, a pu n'être pas tout à fait sans influence sur la constitution de notre légende.
2" Même observation pour Guillaume II, dit le Jeune, neveu du précédent, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine de 918 à 927. Nous avouons qu'en 923 il battit les Normands, grâce au secours de Raymond II, comte de Toulouse, et qu'il se rendit célèbre par ses querelles et ses réconciliations avec Raoul, roi de Bourgogne et de France. Mais pourrait-on seulement songer à soutenir scientifiquement que ces faits sont entrés dans notre Épopée? L'histoire des neuvième et dixième siècles a certainement exercé une influence considérable sur la formation de notre légende épique; mais encore ne faut-il rien exagérer et ne rien affirmer d'incertain.
3° Nous avons encore beaucoup plus de peine à comprendre qu'où ait fait entrer dans la galerie des hommes illustres qui, sous le nom de Guillaume, ont enrichi notre légende épique, le fils et successeur de Rollon, Guillaume I"^""^ DIT LoNGUE-ÉpÉE, DUC DE NORMANDIE en 927. 11 est vrai qu'en 936 il fit bon accueil à Louis IV d'Outre-mer, qu'il voulut le conduire à Laon et assister à .son couronnement, et l'on a pu, d'après ce seul épisode de sa vie, supposer qu'il fut le type de cet admirable Guillaume du Couronnement Looys (1" et 3* parties). Mais, tout d'abord, le rôle historique du duc de Normandie a été beaucoup moins considérable et beaucoup moins actif que le rôle légendaire de notre héros dans le fait même de ce couronnement d'un jeune roi faible et menacé. Puis, Guillaume Longue-Épée n'a pas tardé à se brouiller avec Louis IV; en 939, on le voit, malgré les excommunications de l'Eglise, entrer contre le roi dans une ligue à la tête de laquelle sont, avec lui, Llugues le Grand et le comte Hèribert. En 940, même rébellion. Voyonsnous rien de pareil dans la légende de Guillaume? Et croit-on que le peuple, qui méprise tous les changements d'opinion, ait pu faire une jiopularité profonde et durable à ce Normand qui a tour à tour défendu et attaqué la même royauté et le même roi? En vain alléguerait-on qu'en 942 Guillaume Longue-Epée, réconcilié avec Louis IV, le reçut magnifiquement dans sa ville de Rouen. La poésie populaire ne tient pas compte de ces sortes de cérémonies diplomatiques. Un trait de la vie de Guillaume Longue-Epée aurait pu l'inspirer davantage : Guillaume de Jumièges raconte (lib. III, cap. vu et viii)
Il l'ART. LIVR. II.
CHAI». II
II PART. LivR. II. troubla. Le soleil devint rouere comme du sansr dans le