Ibid., f»9 V
ANlLYSE I)ES ESFAyCES G.lBIS.
n PART. LIVB. II.
CUAP. i:i.
Education
de Garin.
Coiiimeut le roi
de Pavie,
Thierry-
vengea Flore,
sa fille.
dfs outrages
de Savaii.
Chez liii jiaiivre paysau grandit le chef de cette ilhistre preste " qui tant ferit sur la païenne gent >'. Bien que sa naissance soit ignorée, on léiève « en guise de baron », et sa mère attend en silence les hautes destinées que les fées lui ont promises '.
Pendant ce temps, plusieurs nations vont, furieuses, se précipiter Tune sur l'autre . a cause de cette femme et de ce petit enfant injustement exilés. Le père de Flore apprend un jour, à Pavie. que sa fille a été chassée honteusement du palais dAcpiitaine : il apprend que le duc Savari vient dépouser la concubine Yderue. Tout aussitôt il jette son cri de guerre, et se voit rapidement entouré de plus de cent mille hommes -. Rien n'égale la prestesse avec laquelle nos derniers trouvères réunissent les plus nombreuses, les plus formidables armées. « Cent mille hommes! » cela ne leur coûte qu'un demi-vers, quelques traits de plume. Par malheur, il n'est plus uni- ({uemeut question de chevaliers dans notre poème, mais surtout de !<oudoyei.<, et ce mot. employé très-frécjuemment. exprime bien les mœurs militaires dune époque qui ne dédaignait pas assez les troupes mercenaires. Quoi qu'il en soit, voici les Lombards qui partent, pleins d'une belle ardeur : car ils n'ont plus, dans ce Roman, cette réputation de lâcheté que leur ont ftiite les auteurs de nos plus antiques Chansons. Ils passent la frontière de France, ils arrivent en Aquitaine, ils menacent le duc Savari qui se croit perdu. Une de ses places les
1. Enfances Garin de Montglane, Bibl Xat. fr. 1460, f° 11. — 2. Ibid., f*>ll.
ANALYSE 1)ES HM'A^CES G Ail IN. 113
plus fortes, Richemont, est investie par rarmée italienne : pourra-t-elle résister longtemps '?
Le roi Thierry, qui, sans doute, possède la Chronique de Turpin et y a lu le chapitre de Larvan/m bcllo, y puise alors l'idée d'un vieux stratagème que l'on aurait pu croire usé depuis longtemps. Il se fait apporter je ne sais quels habits de Diables, en revêt deux mille de ses soldats, et, pour toute stratégie, leur recommande de crier très-fort... Pendant une nuit froide et triste, cent échelles de corde sont appliquées en silence contre les murs de la forteresse, et les assiégés voient soudain apparaître à leurs fenêtres et sur leurs murs deux mille ombres noires et cornues qui poussent d'épouvantables beuglements. Ils perdent la tête, ils s'enfuient, ils se laissent massacrer, après avoir en vain épuisé contre les prétendus Démons toute l'eau bénite qu'ils ont pu trouver. Leur chef s'enfuit plus vite que tous les autres, et parvient à s'échapper '. Mais il avait, en vérité, de bonnes raisons pour être effrayé de l'Enfer : car c'était le sénéchal Gaudin, le mari de la sorcière Ostrisse, le père de cette Yderne dont il avait jadis approuvé le concubinage et dont il partageait aujourd'hui la fortune. Éperdu, il accourt près de Savari et lui apprcMid le désastre de Richemont. Cependant le roi de Pavie poursuit sa marche victorieuse, et déjà Ton entend le bruit de la grande armée lombarde qui approche de la « jolie cité » d'Aquitaine. Tout semble désespéré '.
Une bataille décisive s'engage sous les murs de la ville où triomphe Yderne, où gémissent depuis si long-
1. Enfances Garin de Montglo.ne, Bibl. Nat. IV. 14G0, f" 12. I-e duc d'Aquitaine fait demander des secours à. Garin le Loherain, son cousin germain; mais Garin, par mallieur, se trouve alors fort occupé dans une grande guerre «■ por revesque Bellin qu'on avoit fait morir ». — 2. Ibid., f" 12 \o. — 3. Ibid., f-J 15.
'AUX. I.lVIi.
<ijAi>. m.
II PART. lAVJl.
CHAP. m.
114 ANALYSE DES EXFAyCES GARIN.
temps les deux pauvres enfants de Flore, Gériu et Aiithiauiiie. C'est en vain que le roi Thierry a réclamé ses deux petits-fds : Savari les lui a brutalement refusés et a renoncé de la sorte à ses dernières chances de salut. La guerre, la guerre seule va prononcer entre les partisans de la concubine et ceux de l'épouse légitime, et cette fois le succès donnera raison à la bonne cause. Le duc d'Aquitaine est vaincu : mémo il tombe aux mains de son ennemi. Les Lombards restent maîtres du champ de bataille, que leur ont inutilement disputé les Gascons commandés par Savari, les Bourguignons conduits par le duc de Dijon^ et les Anglais qui ont un Richard à leur tête '. Des Bourguignons et des Anglais! On voit bien que l'auteur des Enfances Garin écrivait au quinzième siècle, en pleine guerre de Cent ans.
l\ reste à prendre la vUle, où déjà la fausse épouse commence à trembler. Les assiégés n'ont plus de ressources; mais, tranquille au milieu de la douleur universelle, le père d'Yderne ne désespère pas, car il lui reste la ruse. Il feint de capituler; et le légat du Pape, qui se fait son complice, va trouver le roi des Lombards et lui offrir cette reddition hypocrite. Le lendemain, au moment où les Italiens, joyeux, se reposent dans leur triomphe et ne se défient d'aucun piège, le sénéchal d'Aquitaine fond sur cette armée trop confiante et la met en fuite '. Thierry, obligé de battre en retraite, va cacher à Pavie sa rage contre le légat et contre l'Aquitaine ; mais il emmène avec lui le duc Savari, son prisonnier. « Tu vas mourir », lui dit-il \
1. Eafiiaces Garin de Mo.itf/lda:, Bibl. Nat. fr. 11(30, f» IG v". Le duc de Dijon est également fait prisonaiei- par les Lombards, et Richard d'Angleterre a la main coupée. — 2. Ibid., f" 18. Il faut remarquer que, dans toute cette affaire, le rôle le plus odieux est donné au légat du Pape. -^ 3. Ibid., {'^ 23.
ANALYSE DLS /:A7M.VC/. 5 (:.llil.\. 115
Près du Sénéchal vaiiKiueiir, i)its d'Yderne et d'Os- n i-.vrt. liv::.
i ■ * cu.vi'. m.
trisse, les deux petits enfants de Savari et de Flore
sont demeurés, comme de pauvres martyrs qui n'ont plus, hélas! personne pour les défendre. On les persécute en les humiliant. Ils sont relégués à la cuisine; l'un tourne la broche, Fautre attise le feu. Le Sénéchal se fait ôter ses heusc!< par ces fils de roi, qui errent en haillons dans le propre palais de leur père. Par bonheur, Gérin et Anthiaume ont près d'eux un précepteur qui les aime. « Souvenez-vous de quel sang vous êtes », leur répète îi tout instant ce bon chevalier, ([ui s'appelle Alleaume. La colère des enfants s'enflamme; ils regimbent enfin sous tant de honte et de mauvais traitements. Un jour, ils se jettent sur le Sénéchal et lui percent la poitrine à coups de couteau. Puis ils s'enfuient. Où vont-ils ainsi? A Pavie '.
Cependant que devient le jeune frère d'Anthiaume riemier amour et de Gérin? Que devient ce troisième fils de Flore, dont ses premiers
exploits.
le berceau a été entouré par les fées? Garin vit caché «on départ pour
i la Sicile.
près de sa mère, dans un village inconnu. Voilà qu'il a dix ans; voilà qu'il a quinze ans. Il estdune beauté éclatante et qui attire sur lui tous les yeux. Or, le seigneur du lieu avait î\i}\\\ filles; la plus jeune, Florette, s'é-
1. Enfances Garin de Montr/lane, Bibl. Nat. IV. 1460, f" E3 V. L'auteur des Enfances Garin fait encore une fois rannonce de son poëme et expose de nouveau la théorie des trois cycles épiques : « C'est une des trois gestes qui vient du royal ling; — La première des trois, c'est du bon roi Pépin, — Et la seconde geste, si vient de Doelin; — De Garin de Monglenne, le noble pallesin, — Vient la tierche des gestes. »
110 ANALYSE DES L.SFaMES GàRIi\.
RT. LivR. II. proiid de Garin avec cette mauvaise ardeur (uii est le ca-
:HAP. III. ^ i
raclère de nos héroïnes : « Je vous fais présent de tout
« mon amour », lui dit-elle un jour avec une naïveté cynique. Garin ne lui avait rien demandé, mais il l'aimait depuis longtemps m/^s- /ufl vilain penser. Et il passait toutes ses journées à lui chanter de heaux airs, et il perdait toute sa vie dans les frivolités charmantes de ce premier amour. Il n'avait juscpie-là révélé que beaucoup de jeunesse '.
Mais voici qu'un tournoi est donné par le père de' Florette, à Toccasion du mariage de sa fille aînée. Ce sera pour Garin l'occasion de faire ses preuves de courage : Florette est là, d'ailleurs, qui le regarde en rougissant et attend de lui quelque exploit incomparable. Ses deux frères, qui ne le connaissent pas, arrivent par hasard dans le même pays et se proposent d'assister à la joute, au hchoiird'-. Ici commence une très-longue description de ce tournoi, (pie nous serons forcé d'abréger, mais ({ui peint au natui'cl les mœurs du quinzième siècle. Au son des instruments, la jeune mariée est conduite sur l'esirade, parmi les dames. On voit alors passer les chevaliers qui vont prendre part Ji la lutte ; on est surtout frappé de la beauté de Garin et de la ressemblance profonde qu'offrent ses traits avec ceux de Gérin et d'Anthiaume : « On les dirait frères », c'est le cri général. Florette s'abrite derrière sa sœur et i^ait mal cacher son émotion à la vue de Garin qui fait dans la lice son entrée solennelle ''\ Et notre poète de s'abandonner ici à une petite digression sur Amour (le dieu malin) ; et Florette de tout avouer à sa sœur, qui lui recommande le silence, de peur d'irriter leur père. Le tournoi cependant vient d'être brillamment ouvert. Un chevalier
1. Eafancjs Gavùi de Mu il^/ati:-. UM. Nat. fr. UGO, i" 26 v*>. — 2. Idid., fo iS. — 3. Ibid., f" 32.
ANALYSK DES i:.\FAyCi:S GlRI.S. 117
remporte sur tous les autres : c'est le liai'di (laleianL sire de Monmort, oncle du marié. Déjà les //■((((/./■ proclament sa victoire sur tous les autres combattants, siu' Anthiaume lui-nième. Mais (îarin se présente, et, avec une facilité que rien n'égale, renverse le vainqnenr. « Je « n'ai jamais été désarmé de la sorte », répète Galerant, qui a encore assez de modestie pour admirer un beau coup d'épée, même cbez un adversaire. - Mais >>, dit-on au vaincu que l'on croit consoler, « votre jeune a vainqueur n"est pas noble ». Et Galerant de répondre par un beau vers : « Phfs (jent'd est que moi, car citer a de lion * » !
Une seconde joute, une troisième, relèvent encore la gloire si nouvelle de Garin. « Victoire! victoire »! s'écrient les héraults. Les ménestrels s'empressent autour de celui qui triomphe et qui les payera bien. La mère de Garin pense mourir de joie; mais il est encore quelqu'un de plus heureux : c'est Florette que son bonheur rend folle. Les dames, alors, descendent de leur estrade. L'une d'elles offre un faucon à Garin. Et les chants de redoubler, et les trompes de sonner, et la foule de reconduire Garin à son Jiôtel '....
Mais, quelques heures après, les choses changent de face. Le seigneur, qui a découvert l'amour de Florette pour Garin, accable sa fdle de coups de bâton et la laisse sur le carreau à moitié morte. Malheur à Garin, s'il toml)e entre les mains de ce terrible père ! Florette retrouve assez de forces pour faire avertir son ami du danger qui le menace : « Partez au plus vite » ! lui ditelle. — (( Venez avec nous », reprennent alors Gérin et Anthiaume qui déjà chérissent notre héros comme un frère.— « Emmènerai-je Florette»?— «Non », répond
1. Enfances Garin de MonUjlane, Eil.l. Xat.fr. 1460, f" 31. - ?• Jhid., {- 40.
II VWXX. IIVII. M.
ci'M". i:i.
118 ANALYSE DES ESFAXCIiS' G.ini.\.
Il pvuT. LIN a. ir. très-saarement Antliiaiime ; « car vous pourriez la désho-
cuAP. m. '-' '■ ^
« norer, et ce serait une grande honte ». — « C'est que
« je l'aime ». — « Quittez-la sur le champ et suiveznous ». Garin se décide, et part. Ils prennent le chemin de la Sicile '.
Garin délivre Quel(|ues luols après, les trois compagnons de route des salrasins cutraieut à Rcgglo. Ils ne pouvaient y arriver plus à pro- Jt'tS'^il^Snt P*^^i ^^^' ^^^® grande armée païenne menaçait cette mal- Narquiiius. heureuse ville. A la tète de ces innomhrables Sarrasins, marchait le géant Narquillus d'Alexandre, oncle de Fierabras. On avait refusé de lui donner en mariage la belle Germaine, sœur du roi de Sicile : de là, cette horrible guerre. Ce Narquillus, tout seul, était d'ailleurs capable d'inspirer l'effroi à tout un peuple. Il avait quinze pieds de haut, et soulevait aisément un cheval sur ses deux mains. Tout tremblait devant lui... tout, excepté Garin '. Mais Gariu regrettait sa mère, regrettait Florette, et se livrait à une méchante mélancolie qui le laissait dans l'inertie. Un autre amour allait le réveiller : Germaine, à la première vue de ce nouveau venu, ne s'était pas enflammée moins rapidement que Florette. Les jeunes filles de nos Chansons vont très-vite en amour : Garin reçoit bient(M un anneau qui ressemble fort à un anneau de fiançailles ". Mais les Sarrasins sont là, et ce n'est pas l'heure de se livrer à la frivolité de ces amourettes. Garin s'arme et se jette sur les païens. Une horrible bataille s'engage sous les murs de Reggio :
1. Enfances Garin deMontglane, Bil)l. Nat. fr. 14G0, f« 13 V.— 2. Ibid., fo 46.-3. Ibid.. fo 47.
dans la mêlée, le roi de Sicile tombe aux mains des infî- " part. livk. h.
' CHAf. III.
dèles ', La fureur de Garin s'en accroît. 11 se lance à
travers les batailles des ennemis, et parvient enfin à leur arracher le roi captif ■. Puis, victorieux et souriant, il rentre dans la ville assiégée où il est reçu comme un triomphateur. Germaine ne sait plus contenir sa passion : (( Je suis à vous », dit-elle au jeune vainqueur. <( Vous « me pouvez prendre sans déshonneur ». Et comme Garin reste froid devant ces avances, elle dépasse toutes les bornes de la pudeur et lui tient le langage le plus brûlant. Mais le fils de Flore ne se sent pas ému par toutes ces ardeurs, et lui dit très-simplement de se taire : « Belle », ce dist Garin, « tôt ce laissiez ester »^ Nous avons vingt scènes de ce genre dans la longue série de nos Chansons : il est permis de les trouver monotones.
Par bonheur, le poète nous dédommage de tant de banalités par une péripétie qui pourra sembler à peu près originale. Germaine, que dédaigne Garin, est aimée par Anthiaume qu'elle dédaigne. Celui-ci est tout irrité de se voir ainsi supplanté par un vilain, par un fjarçon; car personne ne connaît encore la haute naissance de Garin. Il prend néanmoins le parti de s'adresser à cet heureux rival : <( Dites de ma part à Germaine « que je Taime ». Voilà notre héros dans une étrange situation : il en sort à son honneur et remplit près de la jeune fille le message dont on Ta chargé. Celle-ci se contente de lui répondre avec une vivacité qui n'a rien de virginal : « Parlez pour votre compte, et non pour « celui des autres ' ». Pauvre Anthiaume!
Une nouvelle gloire, d'ailleurs, va bientôt couronner le front de Garin et le rendre plus charmant encore
1. Enfances Garin de Montglane, Bibl. Xat. fr. 14G0, f° 47 \'>.— 2.Ibid., fo 49 3. Jbid., fo 51. — 4. Ibid., f" 52.
j I l'Sftr. LivR.
cH.\i>. m.
" aux yeux de Germaine. Le libérateur du roi de Sicile - n'estime pas que son devoir soit rempli, tant que vivra le géant Narquillus : Tenfant court bravement à la rencontre du colosse. C'est un beau spectacle que celui de cette lutte : du haut des créneaux, les dames de Reggio en suivent toutes les péripéties. Le combat n'est pas long : le frère inconnu de Gérin et d'Anthiaume coupe tour à tour les jambes et les bras de Narquillus. De sa main qui ne tremble plus, il tranche ensuite la tête énorme; il est vainqueur \ « Que me demandez-vous », dit le roi, « pour prix d'une telle victoire »? Alors se passe une scène touchante. Garin arrête un moment ses veux sur Germaine, puis sur Anthiaume que ce nouveau triomphe a jeté dans la consternation. 11 reste ([uelcjucs instants silencieux, les contemplant tous deux: (( Mariez Anthiaume avec Germaine », s"écrie-t-il. (( C'est toute la récompense que je veux réclamer de (( vous ». Il ne faut pas cherchera peindre la joie d'Anthiaume. Quant il la jeune fdle, elle fit d'abord la moue, et voulut pleurer un peu ; mais elle se consola bien vite et tendit la main à son nouveau fiancé : Dolantc fut la belle quant la parole oi ; Noiipourqua7it s'accorda ". C'est une vieille histoire.
De ce mariage naquirent le roi Yvon de Gascogne et Clarisse^ femme de llenaud de Montauban ^
• 1. Enfaaces Garin de Montgla u, Bibl. Xat. fr. 1400, (" 55 v\ — 2. Ibid., fo 61 v». — 3. Tbid., f° 63 \-».
ANALYS:^ DF.S O/'.t YCfS G J/f/.V 121
I î'Alir. i.rvi. Il
CiiAl' III.
La scène se transporte chez le roi des Lombards, à i.». traîne Pavie. Le duc Savari vit encore, dans une affreuse cap- 'nsùriJ"
. . , T-^ . . . , . i 1 1 couroap.e
tivité. Et VOICI que (jcrin, iVntliiaunie et Garin arrivent JA.iuhaiue.
et ses frères " i.pn-teiit
à la cour de TJiierry. Les deux premiers n'ignorent point que leur père est prisonnier du roi italien; ils ont •'^^''"""'"v'^'""'^ hâte de le voir, de le serrer dans leurs bras, et, s'il se peut enfin, de le rendre à la liberté. Quant à Garin, il passe toujours pour un fjarcon, ne voit pas son père dans Savari et ne connaît rien de son origine. Une amitié fort tendre rapproche instinctivement ces trois jeunes gens qui ne se savent pas unis par des liens plus étroits '.
Après Florette, après Germaine^ le poète ne craint pas de nous offrir ici une troisième héroïne. C'est Yvoire, fille du roi Thierry, sœur de Flore, tante de Gérin, d'Anthiaume et de Garin. Ne connaissant pas le jeune vainqueur de Narquillus, elle s'éprend de lui avec une ardeur et une facilité que nous n'avons plus besoin de décrire. « Quel est ce jeune homme »? demande-t-elle à ses neveux. « C'est notre compagnon de « route; il est tout aimable ». La sœur de Flore est encore très-jeune; son amour ne fait que de trop rapides progrès': elle ne veut point avoir, elle n'aura point d'autre mari que Garin...
Cependant les fils de Savari demandent ii voir leur père : « 11 est mort », ré[)ond Thierry, « et je vais vous conduire à sa tombe ». Le roi des Lombards mentait effrontément; car le duc d'Aquitaine respirait en-
1. Enfances Garin de Montylane, Bibl. Xat. fr. 14*30. f" (53 v".— 2. Ibid.. f'^ 6G.
II r-ART. I.IVR CIlAl'. III.