III. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. 1» Dans la
ANALYSE DE f;.l«/A' 1)1: MONTdlANi:. Vl<i
architecture uivtciitieiisc. Il est soiivciil iH-ccssairc de n pahi. hvr. ,i. subir lu vue de ces lueuiocrites avant de contempler
Chanson de Girart de Viane, (laria nous pst ollert sous un (ont autre jour que dans le Roman auquel s'est attarlié son nom, et qui est évidemment postérieur. Le vieil auteur de (lircrt ne ])arle pas de Maljille : il n'en prononce pas le nom. Mais, dans la l)oiu'lie (Fim des ennemis de Gai-in, il place une étrange histoire qui serait bien faite pour nous donner, du chef de cette geste, une idée ])eu élevée. Uenart de P(jitiers, « un traïtor ke Deus doinst encomhrier », accuse Gariii devant Renier et Girart : « Garins lor « peire, ke les fist anvoier, — N'ot <i repos nés un tôt soûl maingier. — Pe- « pin vo peire kant il prist sa moilier, — Berte la fi'anclie ke tant fist a proi- « sier, — Don fut Garin bacholers jjoisansier, — Je li vi l'augue parmi la mer « nagier. — Il savoit bien palerins espiier, — Et desrober et toz nus despoil- « lier, — Prestes et clers, églises et mostiei-, — Pe|)ins l'en fist à grant honte « chascier — Et fors de France foïr et et essilllier — .Jusc' ai Gascoigne ne « se vot atardier. — Lai li douait li rois une moilier — Et de sa terre li do- « nait un quartier. — Puis fuit tel ore kil s'an repantit chier. » (Bil)l. nat. fr. 1448, f" 5 v"|. Comme on le voit, rien de plus bas, i-ien de plus avilissant que cette vie de Garin : suivant Renart de Poitiers, il n'aurait été qu'un chef de brigands, que Pépin aurait chassé honteusement de France et qu'il aurait daigné marier en Gascogne. Renier et Girart s'indignent, il est vrai, contre de telles assertions: mais ils n'y op])Osent que des démentis un peu vagues. Dans tout le reste du Roman, le vieux Garin joue d'ailleurs le plus beau rôle, mais cependant il conserve une j)hysionomie farouche et tout-àfait primitive que nous avons essayé de l'aire revivre dans l'analyse de Gi- < rarl. On se raj)i)elle la pauvreté de cet héroïque vieillard, ses pleurs à la vue de ses fils déguenillés, ses nobles conseils lors de leur guerre avec Char-
lemagne, son invincible fierté en présence de TEmpereur
2" Le Roman de Doou de Mayeiice, tiîl que nous le possédons aimolrd'hui, ne remonte guère plus haut que la seconde moitié du treizième siècle, et nous le croyons postérieur à celui de Garin. Une place assez large y est faite à notre héros... Charlemagne est en guerre contre les Danois; Garin part de .Montglane pour secourir l'empereur en détresse : il est accompagné de sa fiancée Mabirette et de son compagnon Robastre. Ai)rès un long voyage, il arrive enfin en j)résence du roi de France qu'il ne reconnaît point. « Voici Charles », lui dit-on ; et il éclate de rire. Puis, il demande à l'Empereur Mabirette en mariage. Charles consent à cette union (vers 802 et suiv.) et se j)ropose en même temps d'épouser Galienne, cette même Ga- . lienne qui, au début de Garin de Montylane, est déjà la femme du Roi. Notre héros, d'ailleurs, est partout représenté comme le conquérant, non seulement de Montglane, mais encore de Beaulande « as pors de Baiesgués »,■ qu'il a donné à l'un de ses frères « avec une dainoiselle dont il avait lui-même été aimé ». N'y a-t-il pas ici un rapprochement à faire avec un épisode des EnfoAices Garial Ce qu'il y a de certain, c'est que l'auteur de iJooii de Mayence, connaît les aventures de Robastre, telles qu'elles sont racontées dans Garin. Il rajipelle notamment le trait de la belle Plaisance qui arme le géant : « Une gentil dansele dont il a fet s'amie — L'adouba l'autre jour et chainst une cugnie. — Or li a iniis un fevre si creue et forgie — Que sous chiel n'a il honmie de si grant segnorie » (vers S2(jl et suiv.). Cependant la guerre recommence. Malgré cent exploits, Garin, Doon et Chai-les sont faits prisonniers; Robastre se fraie un chemin sanglant avec sa lameuse cognée, et veut à tout prix délivrer son ccîmpagnon. Estout désespère devant Robastre de la vie de Garin, et le géant irrité veut tuer le
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raustère beauté de rédilîce primitif, et rien n'est plus pénible pour des yeu.\ et une intelligence qui sont soli-
pauvre Estout. Puis il va héroïquement se coiistituei' prisonnier entre les mains de Danemont : « Je veux, clit-il, partager la captivité de mon ami. » Par Ijonheur, il retrouve sa cognée qu'il avait perdue, et écrase mille païens. C'est alors que Galienne arrive, avec une grande . armée, au secours de Charlemagne. Vne dernière bataille s'engage, et les chrétiens y S(jnt vainqueurs. Garin épouse Mabirette, et, dès la première nuit, engendre Hernaut, père d'.limeri de Narbonne.
3" Les cycliques ont classé Gaufre)/ parmi les poëmes de la geste de Doon, et nous avons cru devoir respecter ce classement que nous offre le fameux manuscrit 247 de la Bibliothèque de Montpellier. Mais, en réalité, Gaufrei/ appartient tout aussi bien à la geste de Guillaume, et ce médiocre Roman du treizième siècle est rempli par les aventures de Garin de Montglane et de ses fils. Nous devons en donner ici un résumé où le lecteur trouvera un
complément de notre légende, i\ défaut de modifications et de variantes
Garin de Montglane fait savoir à Doon de Mayence qu'il est assiégé par les Sarrasins, et que trois de ses enfants sont déjà prisonniers du roi Gloriant (vers 16-t et suivi). Le malheureux Garin n'a plus auprès de lui que Robastre et Hernaut : celui-ci a déjà un bel enfant, qui est notre Aimeri. Robastre, lui, ne craint rien : il allile sa fameuse cognée, et trouve encore le secret de faire rire les assiégés, qui désespèrent. Mais Mabille est en larmes, et tout semble perdu (vers 372 et suiv.). C'est alors que commence une grande bataille dans laquelle Hernaut fait des prodiges de valeur (vers 405 et suiv.). La résistance n'est pas possible, et Garin reste aux mains des païens (vers 47(5 el suiv.). Cependant Doon et Gaufrey arrivent sur le champ du combat, et parviennent à délivrer Girart, Renier et Mille (vers 872 et suiv.). Quant à leur i)ère, il est accablé de mauvais traitements par le sarrasin Amandon (vers 900), mais réussit, û bonheur! à échapper à une aussi cruelle captivité (vers 966 et suiv.). Sa joie n'est pas de longue durée; il retombe au pouvoir des infidèles, et Doon est fait prisonnier comme lui : ils demeureront sept ans dans les cachots du roi G-loriaat (vers 981 et suiv.). Il faut renoncer à peindre la douleur de Mabille lorsqu'elle apprend ce funeste événement. Mais les fils de Garin s'apprêtent à sauver leur père, et tout espoir n'est pas définitivement anéanti (vers 1282 et suiv.). C'est en Hongrie que règne Gloriant ; c'est là que les chefs des deux grandes Gestes sont jetés dans une prison pleine de couleuvres et de crapauds : pour toute nourriture on leur donne un quartier de pain d'orge tous les deux jours. Mais ici intervient l'héroïne du ])oéine, Fleurdépine, fille du roi Machabré. Elle est éprise de Bérard <le Montdidier, elle a horreur de Mapriii qu'on veut lui faire épouser (vers 1473 et suiv.). Lajeune païenne, cela va sans dire, s'empresse de consoler les prisonniers chrétiens et s'engage à faciliter leur évasion, si elle peut se marier avec Bérard. Même, elle consentira à recevoir le baptême (vers 1697 et suiv.). Gaufre}-, lui, est bien loin de son père : il chevauche avec les fils de Garin ; s'empare, grâce à un stratagème de Robastre, du fameux château de Grellemont qui appartient au sarrasin Guitant ; engage la lutte avec les païens et assiste au formidable combat de Robastre et de Nasier (vers 2224 et suiv.). C'est alors que meurt Plaisance, femme de Robastre, que nous avons vue figurer pour la première fois dans Garia de Montglane. Le géant chrétien est lui-même blessé, quelque temps avant d'apprendre cette triste nouvelle ; mais il est merveilleusement guéri par la. femme de Griffon d'Hautefeuille, qui connaît le secret de certaines herbes magiques. Les païens, de nouveau attaqués, sont de nouveau battus (vers 3092 et suiv.). On voit, en ce moment
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ANALYSE DE GÀUIN DE MOMGLA^E. 131
dément rpris de l'art. Dans la suite de nos Chansons, n i-ap.t. mvr.h. nous serons par malheur appelés plus d'une fois à cons-
<lu drame, paraître à riniproviste le lutin Malabron. père de Robastre. dont il sera trop longtemps question dans le remaniement de Go.rin de Montfflanc (cas. fr. 1460 de la Bibl. Nat.). Cet être singulier, cet autre Ohéron, veut éprouver le courage de son fils : il change vingt fois de forme aux yeux de Robastre qui est moins épouvanté que surpi-is ; il promet enfin son secours à cet enfant vraiment digne de lui qu'il n'a pu faire trçmbler un seul instant. Et celui-ci ne craindi-a pas d'user et d'abuser des talismans de son père (vers 3338 et suiv.). Pendant ce temj)S, onze des pairs de riiarleniagne sont surpris par les Sarrasins et jetés dans le même cachot que Garin et Doon: Bérard est là, et Fleurdèpine, qui l'aimait tant sans l'avoir vu, a enfin la joie de le contempler. 11 s'agit maintenant de le mettre en liberté, lui et tous les chrétiens : l'entreprise est périlleuse (vers G909 et suiv.). Robastre poursuit le cours de ses exploits ; il ne pense qu'à la délivrance de Garin, et vient à bout de tous les obstacles qu'il rencontre sur son chemin. Il pénèti-e dans le château de Barré, le félon, dont l'entrée est gardée par deux ours et un lion; il tue Barré, et reçoit d'Églantine, veuve de ce païen, un anneau merveilleux qui préserve tous ceux qui le portent « de la mort par le feu et par l'eau ». Grâce à ce nouveau trésor, il échappe à une horrible tempête qui l'assaille sur mer ; et son père Malabron, qui prend la forme d'un poisson, le transporte en sûreté sur le rivage. Alors, mais alors seulement, il peut rejoindre Hernaut et Gaufrey qui sont au moment de frapper un dernier coup sur les païens pour délivrer leurs pères (vers 7711 et suiv.). A son tour, Robastre lui-même tombe entre les mains des Sarrasins qui le font garder par dix géants, mais Malabron, le lutin, arrive à propos pour le mettre en libei'té, et lui prête la fameuse cape invisible « ainsi appelée parce qu'elle rend invisibles tous ceux qui la revêtent » (vers 7990 et suiv.). Garin et Doon sont toujours prisonniers. Le premier feint de se convertir au paganisme, d'insulter Doon qui demeure obstinément chi'étien, et de se mesurer avec lui, Mais, tout à coup, il se jette sur les Sarrasins, et les autres captifs limitent : Bérart tue Marprin qui venait d'épouser Fleurdèpine ; les autres pairs rivalisent entre eux de courage et massaci-ent les païens. Sur l'heure on baptise Fleurdèpine, et on la marie avec Bérard : Gautier de Hui, celui qui devait mourir à Roncevaux, naîtra de cette union (vers 8477 et suiv.). De son côté, Robastre pénètre dans le château du roi Morbier, et Hernaut met en fuite une armée de géants (vers 9908 et suiv.). Une dernière bataille, une bataille décisive, s'engage entre les Français et Gloriant. Tous les païens périssent, et Robastre (chose à laquelle on ne s'attendait guère) est couronné roi de Hongrie (vers 1004J? et suiv.). Doon de Mayence perd alors sa femme Flandrine, et se fait ermite. Quant à Garin, il rentre victorieusement, avec ses quatre fils, dans son château de Montglane: Hernaut y reti'ouve son petit Aymeriet et l'emmène à Beaulande; Girart retourne à Viane, Renier à Gennes, Mille en Pouilie(vers 10409 et suiv.). Le Roman de Gonfrey est terminé...
Le manuscrit français 14G0 de la Bibliothèque Nationale nous offre un trèscurieux rifacimento de notre poëme du treizième siècle. Ce remaniement est en vers de douze syllaiies, et chacun de ses couplets se termine par le petit vers liexasyllabique. L'œuvre est picarde et appartient sans doute au quinzième siècle. L'auteur ne cache pas à son lecteur qu'il a sous les yeux un poëme antérieur, et écrit quelque part : « Si com dist le Roman ». Cet antique « roman » ressemblait fort au Garin dont nous donnons ci-dessus une analyse; mais le rifacimento présente néanmoins assez de traits particuliers pour que nous nous ci'oyions obligé d'en écrire ici le résumé. Ces
ANALYSE DE Gl/Î/A DE HOMGLàM;.
It PART. MVR. II.