‹ Les eopeés françaisesChapitre 36 sur 180 · CII.M'. IV · texte numérisé non relu

CII.M'. IV

tater de ces disparates regrettables. Contre nos plus vieux poëmes on a aussi collé, en guise de portail, cer-

différences .sont-elles du tait du remaaieur? se trouvaient-elles dans un manu.scrit du treizième siècle qui n"est point parvenu jusqu'à nous? Le problème est dilfieile à résoudre. Quoiqu'il en soit, voici le résumé... Garin part de son pays, tout plein de confiance, et s'achemine vers Paris où il veut se mettre au service de Charles. Il chevauche en rêvant à sa fortune future. Tout à coup (il était en Gascogne) un incomparable château vient frapper ses regards. C'est Montglane {(•^ 95-96). Rien, suivant nous, de plus habile que ce début; rien de plus naturel. Dans le poëme du treizième siècle, au contraire, Garin demande à Charles le fief de ^lontglane avant de le connaître aucunement. « A qui est ce beau domaine »? demande ici notre héros. — « Au duc « Gaufrey », lui répond-on. « Ce duc est en guerre avec la France, et c'est lui « qui a jadis coupé la main d'un messager de Pépin. Il ne cesse de répéter « que de roy ne de Dieu sa terre ne teara ». Le Limousin et l'Auvergne re- « lèvent de lui ». — « Et où est ce Gaufrey »? — « Il est en ce moment oc- « cupé à soutenir la cause des traîtres Heudri et Hainfroi contre le jeune fils de « Pépin, contre le petit Charles qui revient d'Espagne » (f"* 96, 97; . — Ces nouvelles étaient vraies. Gaufrey, à quelque temps de là, perd une grande bataille à laquelle avaient pris part contre lui Mille d'.^iglent, père de Roland, l'évèque de Paris et Geofiroy l'Angevin. 11 s'enfuit avec ses alliés, Hugues l'Auvergnat et Guyon, comte de Limoges : c'est la sœur de ce dernier, appelée Mabilie, qui sera l'héroïne de tout le Roman (f" 98). — Comme ces traîtres fuyaient, ils rencontrent dix chevaliers qui conduisaient la sœur du duc Mille de Dijon, Ils se jettent sur cette ])etite troupe, et Gaufrey veut brutalement déshonorer la jeune fille et la faire déshonorer par tous ses chevaliers. Mais Garin parait, délivre la pucelle, reconnaît sa cousine et la ramène au duc Mille (1'"'* 90-101). — Charles était là qui tout aussitôt adoube le fils de Savari et de Flore [(" 102) : Garin se montre digne de cet honneur en se précipitant sur les derniers partisans des deu.x Bâtards, qui infestaient la Brie, et en les dispersant (f"« 102, 103). C'est alors que la reine Galienne se prend d'amour pour Garin; c'est alors qu'a lieu cette fameuse partie d'échecs si longuement décrite par le poète du treizième siècle, à la suite de laquelle Garin, vainqueur, demande le seul château de Montglane (f^^ 103- 108). — Il part sur-le-(!hamp pour son futur duché, embrasse ses frères Gérin et Anthiaurae, et s'éloigne de la cour où il ne reviendra i)lus qu'au moment où éclatera contre Charlemagne la colère de Girart et de Renier (f" 108, 109). — Sur son chemin il rencontre le ménestrel Rogier qui lui fait Téloge de Mabille et l'enflamme d'amour pour cette inconnue. Reçu par un seigneur, il lui demande le nom de celle que Rogier lui a vantée sans la nommer : « Elle s'appelle Fol-i-bée », répond-on à Garin en se moquant de lui. Mais il est soudain remis e:i joie lor* ;u"on lui donne ce brachet, ce fameux brachet qui doit le conduire vers Mabille (f"^ 110-112) : toute cette partie du ])Oëine est servilement calquée sur la Chanson du treizième siècle. Il en est de même des vingt péripéties qui suivent, de l'épisode de la perte du brachet et de celui des voleurs, et surtout du récit très-développé de la rencontre d'Hernaut avec la belle Mabille ^< qui s'est noirci le visage ». Plus pudique que son prédécesseur, l'auteur du quinzième siècle fait coucher près de Mabille une jeune fille du nom d'hoirie, au lieu de Garin (f»^ 113-122). — Enfin, jusqu'à l'assaut par les Ducans de la maison de Bérard de Valcomblée, tout se ressemble absolument ilans les deux poëmes {f"^ 122-160). C'est ici, d'ailleurs, que le rifacimento du quinzième siècle va nous devenir d'une incontestatde utilité en comblant une lacune très-important« de notre manus-

ANALYSE DE G.lULS DE 310>!TGLAM:. 1:)3

tains Romans ronrus dans le goût le plus niodcnie. C'est ainsi (pTau. début de cette geste héroïtiue de

crit de Paris (Bihl. Nat. IV. 24403). Perdigon. renclianteur Penli-mi nous apparaît ici coiume un allié du duc Gaufrey. Au milieu de la nuit, il se rend « dalez une justice ou les larrons on pent », et il y évoque le Diable : « De « Garin et de Mabille », s'écrie le Démon, « doit sortir une race appelée à « exterminer les Sarrasins. Il faut que tu ailles lutter jiour le duc Gaufrey « contre le géant Robastre, allié de nos adversaires. » Perdigon hésite : il aime la sœur d"un ami de Garin, de Bérard lui-même : « Ne faiblis point, et « va t'armer, » répète le Démon (f^^ 161-1G3). La terrible bataille commence entre l'enchanteur et le géant, et Robastre entre dans la lice : « Ainsy c'un porc singler, — Se coignie à son col, commencha à joster. » Perdigon ne pourra résister qu'avec toutes les ressoui'ces de son art. Il emprunte la forme d'un dragon, puis d'un chevalier gigantesque qui dépasse de plusieurs coudées le pauvre Robastre at*éré. Entin, il se laisse saisir, et Robastre monte sur lui « à guise de dextrier ». Mais le magicien le conduit, sans qu'il s'en doute, aux mains de Gaufrey, qui jette en prison lé pauvre géant niaisement vaincu (f«s 161-170). — La prison de Robastre avait vue sur une rivière; il y entend un jour je ne sais quelle vois étrange, et aperçoit un gros poisson à tète d'homme : « Je*suis ton père, le lutin Malabron, qui peut revêtu- à son « gré toutes les formes. Je veux te servir, et t'apporte ici la cajje invisible « d'Auberon, qui te dérobera à tous les regards. Je te la confie durant qua- « tre jours » (!'"* 170-172). Robastre, avec un tel talisman, est bientôt en liberté. Il ne rêve que de .se venger de Perdigon. Pendant la nuit, il va au chevet du duc Gaufrey, et, prenant la voix d'un petit enfant de sept ans pour imiter celle d'un ange : « Perdigon te trahit», lui murmure-t-ii à l'oreille, « il a laissé Robastre s'échapper. » Le Duc l'entend, et se lève : « Pei"- « digon mourra », dit-il. C'est en ce moment que Bernard de Mauregard met Garin et Robastre en sûreté dans sa demeure (f^^ 173-175). Quant à Perdigon, •menacé par Gaufrey, il n'hésite pas à se mettre au service de Garin et de Mabille, et rien n'est plus merveilleux que sa première apparition à ses nouveaux alliés. Une bête énorme s'offre un j our aux yeux de la pucelle, et Gal'in s'appi-ête à la combattre. Puis, c'est un griffon; puis entin, un beau jeune homme : «Je m'appelle Perdigon », dit-il, « et veux être votre ami. Gaufrey m'a « banni : me voilà tout à votre service ». Alors il change une meule de foin en un admirable château, et assure la fuite de Garin et de son amie. Et c'est en vain qu'il tondje aux mains de Gaufrey, qui veut le faire pendre : il prend les traits de son ])roj)re bourreau, du pauvre Grignart qui est pendu à sa place (f'"^ 17S-I99)! — ^lais nous rencontrons ici une ]>éripétie que ne nous offrait pas l'œuvre du treizième siècle : le frère de Mabille, Guyon, comte de Limoges, intervient dans notre action épique, oii il ne jouait primitivement aucun rôle. Le perfide propose à Garin et à sa sœur de les emmener à Limoges : « Je vous y marierai », dit-il. C'était une ru.se. Guyon, aussitôt après son arrivée dans sa ville, fait saisir et emprisonner Garin : Gaufrey est prévenu, et accourt sur-le-champ pour profiter des circonstances (f"* 199-206). — Cependant, voici venir un traître ;i la face vulgaire et plate, que l'ancien poète n'avait pas imaginé. Il s'appelle Manion. Il se présente hypocritement à Mabille et veut la séduire : elle le repousse, et il jure de se venger. En effet, le misérable empoisonne le comte de Limoges et accuse Mabille de ce crime. C'était à elle d'hériter de ce beau fief; mais Gaufi-ey déclare « qu'elle a foi*fait », et donne Limoges au comte Jonas de Monserant. Si la pauvre Mabille ne trouve pas un champion pour attester publiquement son innocence, elle sera brûlée dans le délai de quarante jours : la voilà tout en larmes (f ''^ 200-

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