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ANALYSE DE GARiy DE MOMGL.IM:.
ses frères, « voici mon duché (FAquitaine ; je vous en <( fais présent. » Puis il partit. De tous ses trésors, il n'emportait que Florence, Tépée de son père : Or le conduie Dieu qui fist ciel et rousée '.
Garin arriva [\ Paris dans les plus heureuses circonstances. Le jeune Charles venait de triompher des deux enfants de la Serve. Rainfroi et Heudri -. Le fds de Pépin, dans toute la tleur de sa jeunesse, était aussi dans tout répanouissement de sa joie et dans la délicieuse allégresse de sa première victoire. Près de lui brillait cette charmante Galienue dont nous avons déjà conté l'histoire. Cette reine était digne de ce roi.
Jusqu'au treizième siècle, personne parmi les légendaires latins, personne parmi les poètes nationaux n'avait osé mal parler de cette Calienne qui, la première, avait aimé Charles fugitif et inconnu, quand, pour lui plaire, il n'avait encore que son jeune courage et la grandeur de son génie naissant. Mais l'auteur de Garin de Montfjlane n'a pas imité la réserve de ses devanciers, et . voulant trouver du nouveau à tout prix, n'a pas craint de ternir la Ijelle réputation de l'inq^ératriceGalienne. En un instant, elle est dépouillée de* tout son antique prestige, je veux dire de sa pudeur. A la seule vue de Garin. la voilà qui se sent consumée par le feu d'un amour adultère. Elle oublie son premier amour en Espagne, et Mainet, et sa conversion, et Dieu lui-même;
1. Garia de Moatglaae, nis. de la Bibl. Nat. IV. 24403, anc. La Vall. 78, fo 1. Le poëte connuence sa chanson en énumérant les héros de la geste de Garin dont l'histoire éi)ique avait été écrite avant lui et devait être familière •A tous ses lecteurs : « Oï avés canter de Bernart de Brubant, — Et d'Ernaut de Beaulande, » etc. Nous avons déjà cité ce texte important. Notre auteur ajoute que les poètes, ses prédécesseurs, se sont rendus coupables d'un oubli presque impardonnable : « Mais tôt en ont laissié le grant commencement, — De Garin de Moniglane, le chevalier vaillant ». Il n'y a d'ailleurs rien à conclure de ce début, si ce n'est que le Roman de Garin de Montglane est postérieur à la plupart des autres Chansons de notre geste. — 2. Ibid., f» 2 v°. Au fo 1 le poëte avait déjà résumé rapidement l'histoire de Maiuet.
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ANALYSE Dl' (;.l/{/A DE J/(>.V/Y,7..1.Y/;. 130
et brutalement se jette aux liras de ce nouveau v«niu, m luti. uvu. n (le cet étranger .(jui lui résiste '. La Reine va jusqu'à déchirer le manteau de cet autre Joseph; puis, éperdue de honte et sans faire néanmoins un seul effort poui- (Houffer sa passion, elle va se précipiter aux pieds de l'Empereur et lui tout avouer. Cet aveu est plein d'une fureur amoureuse (pii a véritablement quelque chose d'animal : « J'ai vu Garin, » s'écrie-t-elle. « 11 est si « beau et si courtois que je n'aime plus que lui. Je ne « puis plus dormir. Si je mange, je ne trouve plus de « goût à la venaison, ni au piment, ni au clairet. 11 m'est « impossible d'écouter messe ou matines. Je n'ai plus « de plaisir à entendre sons de harpe ni de vielle, ni à « regarder danses de Flamands et de Bretons ; ni à voir « voler éperviers et faucons. Quand vous êtes tout près « de moi, j'aimerais mieux y sentir des charbons ar- « dents. Je ne dis plus de patenôtre , plus de prière. « Quant il lui. il est si loyal qu'il a résisté à toutes mes « instances... Tenez, tuez-moi, faites-moi noyer ou pence dre comme un voleur. Je l'ai bien mérité. Tuez-moi, (( tuez-moi ! » Charles ne la tue point; mais il est dévoré de jalousie, et sa colère va s'abattre sur Garin. Il semble d'ailleurs que le fils du duc d'Aquitaine se soit attendu à l'éclat de cette fureur : car il est venu à la cour fort l)ien accompagné. Il est entouré de chevaliers en armes, et ses deux frères ont trouvé bon de veiller sur lui jusque dans le palais de l'Empereur. Ils sont trèsprudents, ces Aquitains.
Charles, qui, dans notre Chanson, est représenté, à vingt ans, comme vieillard déjà tout assotti, aperçoit alors ces gens armés, et, contenant sa rage : « Je te « pardonne, » dit-il à Garin, « de t'ètre ainsi défié de
1. Garin de Montglane, Bibl. Nat. 24403, f» 3. Garin avait été comblé d'honneurs par le Roi, qui l'avait nommé son gonfalonier.
Il PART.
tu M'