CHAPITRE V
LES ANCÊTRES DE GUILLAUME (sUITe)
Girart de Viane (première partie) ',
Analyse Noiis n'avoiis cnteiKlii jusqu'ici que les accents très-
oh-<mdeVia:ip. j^ff^]i)iis (le notre épopée dégénérée ; nous n'avons eu af-
GIUART DE VIA.\j:. BIBLIOGRAPIIII:. If Date DE l.v composition. Girart de ^'^ane est une œuvre que nous attribuons au commencement du treizième siècle; mais il est bien entendu que nous parlons ici de la seule version qui est parvenue jusqu'à nous. 2° Autei'r. L'auteur de Girart de Mane a pris soin de se nommer en tète do son œuvre, et il nous i)araU ditlicile d'aller à rencontre de cette attribution : « A Bair sor Aube un chastel signori, — Lai crst Bertrans, en un vergier pensi, — Uns gentis clers ke ccste chanson fist. — A un Juedi, kant dou mostier issi, — Ot escouté un gaillart pallerin — Ki ot saint Jaike aoré et servi, — Et per saint Piere de Rome reverti. — Cil li conta ceu que il soit de ti, — Les aventures qui à repaire oï — Et les grans I)eines ke dans Girars soufri — Ains k'il eust Viane » (Bibl. Nat. fr. 1448, 1° 1 yo). — 3" Nombre de vers et nature de la versification. Dans le manuscrit 1448, Girart de Viane renferme 6662 vers; dans le manuscrit 1374, il n'en contient que 6533. Ce sont des décasyllabes rii^s. Le dernier couplet féminin, seul, est assonance, et nous l'avons jadis considéré comme « un débris d'une ancienne rédaction » (?). — 4" Manuscrits C0NNt:s. Il nous reste cinq manuscrits de Girart de Viane : 1" Bil)l. Kat. fr. 1448, fo^ 1-40, treizième siècle: 2" Bibl. Nat. fr. 1374, treizième siècle; 3o British Muséum, Bibl. Harl. 1321, tin du treizième siècle; 4" British Muséum, Bibl. du Roi, 20 B XIX, treizième siècle ; 5" British Muséum, Bibl. du Roi, 20 D XI, quatorzième siècle. Il n'est peut-être pas superflu de signaler, dans le manuscrit 3351 de l'Arsenal (anc. B. L. F. 'Zi^), quelques fragments en vers d'un remaniement dû quatorzième siècle (fos 53^ (3(3^ 79^^ i\'ous donnons ici ces fragments, qui sont restés tout-à-fait inconnus. — Le ]U'emier se rapporte à l'amour de la duchesse de Bourgogne pour Girart de ^'iane : « La dame de Bourgoigne qu'Amours ainsi demaine — Voit son aniy mener sa cousine germaine, — Fille d'un hault baron d'une terre lointaingne : — « Qui est celle demoiselle », dist le roy Charlemaine, — « Qui avecq Gérard doulcement se pourmaine »? — « Sire, » dist la pucelle, « c'est une chastellaine — Du linage ma mère ; ma
ANALYSE DE GlIlMiT DE VlASE. 173
fiiire qu'à des Romans de la décadence, pleins d'un faux >■ i'^' ^ > -vr u.
. . . . < U.Vl'. V.
nierveilloux ot. ([iii pis est, d'une fausse barbarie. Il est
f- parente est pmchaiue. — Pour moy compaii^uier est venue ceste sepniaine ».
— « Bien lui siet », dit ly Rois; «ù, danser met grant peine ». — « C'est vray, « sire », fait elle. « Si fait cis qui la maine ». — Lors regardent les aultres dont la salle fut plaine; — Tant en a c'on ne scet lequel mieulx se demaine, — • Sans commander à Dieu, à créature humaine. — Or estoit la pucelle d'elle mesmes haultaine; — Si a dit à [)ar soy : « Vecy bonne trudaine. — Gerart « ne m'aime point, j'en suis toute certaine. — Que lui ay je meff'ait? Pour- « quoi m'at il en haine? — Loyaulment l'ay aimé sans pensée villaine, — « Autant ou mièulx qu'onques Paris n'aima Helaine. — Lasse ! or ay je d'A- « mours assez petite estr[a]ine. — Si en sui trop malade, jamais n'en seray « saine. — Mais, par la foy que doy la ^'ierge souveraine, — Sa volenté sau- « ray avant qu'il soit quinsainne. ; — Ne l'en sauroit laver toute l'eaue de « Sainne » (f» 53). =^ Le titre même du second fragment en fait connaître le sujet: Comment Hernmilt de Beavlande envoya son fil:; Aymery se7-vir l'emjierenr Charleniaine. « Beau doulx tilz », dit Fregonde, « aprenés ce « notabfe : — Soyez en nostre foy toujours ferme et estahle; — Amez et ser- « vez Dieu pour lui estre acceptable; — Parlez courtoisement et soyés verita- « ble, — En vos dis et vos fais envers chascun traiiable. — Estre doulz et « courtois est chose peu coustable, — Sans prendre orgueil qui est pechié es- « poentable. — S'un homme povre ou riche, marquis ou connestable, — Avoit « tout l'or du monde et chevaulx pleine estable, — S'il a orgueil en soy, la fiw « en est doubtable. — HumiUté vault moult, car elle est proutiitable. — Aussi « vous pry, beau filz, soies entremetal)le — A la cour Charlemaine. Si le ser- « vez à table, — Regardez bien connnent : car il est redoutable ; — Aux fe- « Ions est cruel et aux bons est pitable» (f" GG r").=^ Quant au troisième fragment, il a trait à ce passage de notre poëme ou Renier et Girart forment le projet d'ajipeler à leur secours leur vieux père Garin, ainsi que leurs frères : « Seigneurs », [ce] dit Régnier, « temps est de conseil prendi-e, — Sans aten- « dre le temps qu'il nous covendra rendre. — La royne l'a induit, vers nous « l'a fait raesprendre : — Pleust à Dieu qu'elle fust brûlée et mise en cendre! « — Car on verra par elle maint homme a sa tin tendre, — Maintes lances « froissies et maint escu pourfendre. — Je conseille que nous mandions, sans « plus atendre, — Nostre père Guarin qui nous vendra detfendre. — Sy fera « le duc Mille, et deust se terre vendre, — Et Hernault de Beaulande, s'il le « veult entreprendre. — Se Charles nous prenoit, trestous nous feroit pen- « dre » ;f" 79 i*). Ces fragments appartiennent évidemment à un poème en vers alexandiins que le compilateur en prose avait sous les yeux ef imitait assez servilement. Ce poème lui-même était une imitation de Fancienne Chanson décasyllabique, et le Roman en prose allait être à son tour imité par les éditeurs des G%'eria de Montçilo.ve incunables. Nous avons ici toute la filière.
— 5" Versions ex prose. Girart de Viitne a conservé longtemps sa ])opulaiité, et, à trois reprises au moins, la Chanson de Bertrand de Bar-sur-Aube a été mise en prose : a. Dans la compilation du manuscrit 3351 de l'Arsenal: b. Dans le^ Conqueates de Charlemaine de David Auljert (1468/. c. Dans les Grœrin de Montylave en prose incunables. Nous allons examiner, une à une, chacune de ces traductions : a.-b. Dans les Conqueates de Charlemaine, dans cet essai avorté d'une histoire jjoétique du grand Empereur, le Roman de Girart de Viane tient une large place (Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles,- mss. 9066-90G8, t. I, f"^ 35G-446). M. île ReiHemberg, dans les Appendices si précieux du tome I de son Philipjje Moi'ske.'i, a pul)lié toutes les rubriques des Conqveates de Charlemaine et, en particulier, celles qui se