‹ Les eopeés françaisesChapitre 52 sur 180 · ANALYSE DE GIIIART DE VIA^'E · texte numérisé non relu

ANALYSE DE GIIIART DE VIA^'E

« sembler à valets ou bourgeois — De pauvre condition et n part. mvr. n.

r ■ /-i PI • ' CHAI'. V.

« de pauvre équipage, — Croyez-vous, entants, que je n en . , . ., .

« sois point navré... ' »?

A ces plaintes du vieillard, ses enfants ne répondent que par une explosion de fierté juvénile. Hernaut nVsi pas le inoins confiant. « C'est aujourd'hui Pâques », dit-il. « Mangeons joyeusement et n'imitons pas les Juil's (( qui ne crurent pas en Dieu, alors que Jésus les nour- « rissait de manne dans le désert ». — « En vérité, mon (( fds, vous parlez comme un archevêque ». Alors le père et les enfants ouhlient héroïquement leur pauvreté, et se. mettent à table. Quelques heures après, ils allaient d'ailleurs être plus riches qu'ils n'auraient osé le désirer, et le dimanche de Pâques devait être pour eux une douhle fête.... Tout près du château, en ce moment, passaient sans défiance des marchands sarrasins; quinze mulets portaient leurs trésors. Hernaut, Renier, Mille et Girart se lèvent aussitôt et, d'avance, se partagent leurs ennemis. Puis, ils tombent sur la bande païenne avec un entrain vraiment digne de chrétiens qui s'attaquent à des mécréants, et d'affamés qui se jettent sur du pain. « Avez-vous acquitt»' votre péage »? s'écrie Hernaut qui se précipite à coups de poing sur l'un des marchands et lui brise le « maistre os del col ». Ses frères ne vont pas moins vite en besogne ; leilrs formidables poings s'abattent sur la chair sarrasine et l'écrasent. Les païens restent pantelants, puis morts sur la place. Ces quatre enfants prennent les mulets par la bride et, triomphants, les ramènent au château de Montglane. Le vieux Garin les attendait sur le seuil et leur ouvrait les bras, comme don Diègue au Cid Campeador -.

1. Girars de Tiane, éd. P. Tarbé, pp. 1-.5. — 2. Jbid., pp. .5-9.

1 1 l'visr. Livs. 11.

CIlAl'. V.

lî^l ANALYSE DE GIR.iRT DE VI.INE.

Trois jours après, les jeunes vainqueurs, qui avaient mpidemcnt pris goût à la bataille, se présentaient devant leur père : « Vous voilà riche pour un an », lui disaient-ils. « Maintenant nous voulons partir et vous lais- « ser ». — « Que prétendez-vous faire » ? — « Chercher « l'honneur ». — « Où pensez-vous aller »? — « Loin d'ici ». Ils sortirent ensemble de leur vieux château aux bords du Rhùne , et se dirent adieu pour de longues années. Mille se dirigea vers Tltalie et Hernaut vers la cité de Beaulande. Quant ;i Girart et Renier, ils ne voulurent point se séparer : ils allaient à Paris ; ils avaient le désir ardent d'y voir Gharleniagne et d'y être adoubés par le grand Empereur. La France les attirait comme l'aimant attire le fer '.

Tel est le début de Girart de Viane, que nos lecteurs auront peut-être admiré connue nous. Ce vieillard héroïque qui se met à fondre en larmes à la vue des haillons de ses enfants ; ces Sarrasins qui ont pénétré jusqu'au cœur de la France et sont maîtres d'une de nos meilleures provinces ; cette brutalité sublime de jeunes gens uniquement élevés dans les armes et pour les armes ; ces marchands assassinés à coups de poing; ce pillage féodal; cette joie naïve à la vue du butin; ce départ enfin, ce brusque et singulier départ de quatre enfants qui s'en vont à la recherche de la gloire sans bien savoir où ils la rencontreront : tous ces traits nous paraissent profondément épiques, et nous nous trouvons enfin, dans la geste de Guillaume, face à face avec de véritables beautés. Il était temps î

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