‹ Les eopeés françaisesChapitre 57 sur 180 · Girars de Yiane., é<l. P. Tarbé. pp. iO · texte numérisé non relu

Girars de Yiane., é<l. P. Tarbé. pp. iO

ANALYSE DE GîRART DE VIÀNE. 18!»

de frapper Girurt lui-même, (uii est (riin naturel plus u part. livr. a.

^ ^ ^ ^ CHA1-. V

doux et se met à genoux devant Gharlemagne en de- •

mandant pardon pour son frère, chevalier im peu vif, mais au demeurant le meilleur baron du monde. Par bonheur, Charles apprend ou plutôt se rappelle que le duc de Gennes est mort deux mois auparavant. 11 laisse une fdle « ({ui a le cœur courtois ». Charles se dit que Gennes est loin, très-loin de Paris : « Ecoutez-moi, « tous mes chevaliers » , s'écrie alors le grand Empereur : « je donne Gennes ;i llenier pour tous les bons ser- « vices que j'ai reçus de lui... et qu'il m'a fait payer as- « sez cher ». Renier accepte ce présent en grondant, comme un bourru que rien ne saurait apaiser, et quitte l'Empereur sans avoir consenti à lui dire une bonne parole '.

11 part pour Gennes ; épouse la fdle du Duc presque aussitôt après son arrivée, comme nous le raconterons bientôt; fortifie sa ville et dès or cotiunancc ses fincrrcs à inoier '. Quant à Girarl, il demeure auprès de Chariemagne, qui songe à se débarrasser de lui '.

Charlemagne était à la chasse lorsqu'il apprit un jour naine la mort du duc de Bourgogne. Ce grand vassal laissait 'i.ou'roirarVr

p • 111 11- 11-11 outraire

une lemme aussi consolable (lue belte, et, d auteurs qu^^iïe

. , lui fait subii'.

nos Chansons 1 attestent plus décent lois), 1 Empereur f'ostioiigined.^

^ ^ /' X la trrande gueiie

avait et exerçait féodalement le droit de marier, comme rhariema^ne il l'entendait, les veuves de ses vassaux. Ces veuves de "^ 'de 'oa^iif. '"'' nos vieux poèmes ne ressemblent nullement ;i celles de l'Inde qui se brûlent dans le bûcher de leurs maris :

1. Girars de Viane. éd. Tarbé, pp. 30-32. — 2. ëbid., pp. 32-33. — 3. Ibid,, pp. 33-34.

190 ANALYSE DE GIRART DE V/iAÉ.

II PART. MVR. II. « Remariez-moi bien », disent-elles. Et on les remarie.

La duchesse de Bonr^oene fut tout d'abord destinée

à Girart dans la pensée du roi de Saint-Denis. <( Je lui « donnerai le duché et la duchesse ». L'un n'allait pas sans l'autre, et, quand on recevait un fief, il fallait aussi se charger de la dame. Notre veuvc^ ici ne se fit pas longtemps prier... ni Girart non plus. Ils se trouvèrent mutuellement jeunes et beaux et s'acceptèrent \ Par malheur, Charles eut le temps de faire ses réflexions : <( Tout bien pensé », se dit-il, « la dame est des plus « belles et me convient mieux qu'à Girart. Je vais l'é- (( pouser ». Mais la jeune duchesse préférait le jeune chevalier au vieil Empereur ; elle alla trouver le fils de Garin et lui dit cyniquement : « Tenez, épousez-moi ». Girart, que notre poète a peint sous de belles couleurs, fut noblement révolté de ce langage et repoussa durement cette effrontée dont il se fit une ennemie mortelle ". Alors, dans un instant de dépit, la duchesse se tourna vers Charlemagne et lui donna sa main. Ces représaifies, d'ailleurs, ne lui suffisaient pas, et elle songeait sans cesse à trouver quelque vengeance plus cruelle et plus raffinée contre ce Girart qui avait osé dédaigner son amour. Quant à TEmpereur, d cherchait, au contraire, à satisfaire Girart et i\ lui faire oublier son ingratitude. C'est alors qu'il lui donna le duché de Yiane dont il réclama l'hommage ^

L'hommage-lige était, comme on le sait, entouré, dans la rigueur du droit féodal, d'une solennité destinée à saisir vivement les esprits. Parmi ces rites, un des plus imposants était le baisement de la jambe du seigneur par le vassal. Il circulait sans doute, sur cette partie du rituel IV-odal. un certain nombre d'histoires plai-

1. Giravs de T'm^c, éd. P. Tnrbé. ]ip. 34-35. — 2. Ibid., jip. 35-3i^. — 3. Ibid., pp. 38-41.

ANALYSE DE GIRART DE VIANE. i9l

sautes dans la société peu atticnie des douzième et i part. livr. n

treizième siècles. C'était le trait de quelque seigneur —

qui donnait en ce moment un coup terrible à son vassal ; c'était, plus souvent encore, la légende du vassal qui poussait violemment la jambe de son seigneur et le faisait piteusement tomber à terre, aux grands éclats de rire de tous les barons. L'auteur de Girartde Viane n'avait pas été sans recueillir ces traditions ou ces contes : il s'en servit assez heureusement.

A.U moment donc où Girart, duc de Yiane, se présenta pour rendre solennellement l'hommage à Charles, son seigneur, il se trouva quo l'Empereur était au lit avec rimpératrice. Girart n'en accomplit pas moins tous les rites exigés, et s'agenouilla pour baiser le pied du roi. Mais alors le Diable suggéra à la reine une idée étrange et qui devait faire couler des torrents de sang chrétien : elle tendit son pied nu au nouveau duc, qui crut poser ses lèvres sur la jambe de son seigneur, et qui en réalité baisa le pied de cette femme. Quel déshonneur! Quelle honte pour un chevalier, pour im homme! Et, si Girart l'avait su, comme il lui eût percé le cœur de son couteau d'acier ' !

Mais le duc de Viane n'apprit que plus tard ce grand outrage. Et nous verrons comment...

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