‹ Les eopeés françaisesChapitre 59 sur 180 · ANALYSE DE BE!\IER DE 6'OA£'S · texte numérisé non relu

ANALYSE DE BE!\IER DE 6'OA£'S

y furent l'objet crime vive jalousie. Mais ils n'avaient " ''■;^7;,,";.,"- "• pas d'ennemis plus redoutables que Griffon d'Haute-

élément directement ou indirectement Listoriqiie. — b. Si ce misérable Roman offre par hasard quelques traits traditionnels ou légendaires, ce sont ceux qu'on trouve dans Girarl de Yiane.

m. VARIANTES ET MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. 1» C'est dans Girart de Viane, en effet, qu'il faut aller chercher la plus ancienne version connue de Renier, et il n'est aucunement besoin de supposer ici l'existence d'une antérieure Chanson qui aurait porté ce même titre. Dans le Roman de Bertrand de Bar-sur-Aube, Renier est peint sous les plus énergiques couleurs. Après avoir pleuré sur la pauvreté de son père Garin et surtout après y avoir mis tin, il part à la cour de Charlemagne, accompagné de son frère Girart. On sait par quelles étranges brutalités il attira sur lui l'attention de l'Empereur. Il tue le 2>ortier du palais sous les yeux de Charles lui-même ; il ne respire que les menaces et le sang, et le Roi est tout épouvanté à la . vue de ce furieux qu'il s'empresse à'ado^'ber. C'est alors seulement que Renier s'adoucit. Il se met au service de l'Empereur et délivre les environs de Paris des brigands qui les infestaient. Mais il ne veut pas que de tels services soient gratuits et réclame fièrement son salaire. Déjà Mille j)ossède la Fouille ; déjà Hernaut, maître de la cité de Beaulande, a un bel enfant qui s'appelle Aymeriet. Et lui, lui, Renier, n'a pas encore de fief ni de terre! {Girart de Viane, éd. P. Tarbé, pp. 25, 2&. Ces derniers traits ont été servilement reproduits dans le Roman en prose.) L'indignation de notre héros ne connaît plus de bornes : il insulte l'Empereur; il déclare qu'il va le quitter; il rappelle insolemment tous ses bons otiices; il parle de se retirer dès le lendemain ; il se tourne furieux contre son frère Girart qjd parle un langage moins révoltant et qui veut demander pardon à Charlemagne ; il se jette sur Doon-à-la-Barbe, il le renverse d'un coup de poing; il jette Renard dans le feu; il pense devenir fou de colère. Par bonheur, un chevalier du Roi, Henri d'Alenois, ouvre un bon avis et propose de donner le duché de Gennes à ce terrible Renier. « Si li doneiz, c'il vus plait. Gênent vois. — Mors est li Dus, bien ait passé .II. mois. — NL ait nul oir re- « meiz, biau sire Rois, — Fors une fille ki le cuer ait cortois. — Rainiers «c Tarait, li chevaliers adrois, — Ke sire iert de la terre » {Girart deMane, Bibl. Nat. fr. 144S, f» 7 v"). Renier prend à peine le temps de i-emercier l'Empereur et s'empresse brutalement de partir dans son nouveau domaine : « Vait s'an Rainier san plus d'arestison... — A Genne vindrent li nubile bairon. — La dame prist Rainier li gentis bon, — Et espousait sen nule arestison. — Les noces fixent sus el maistre donjon. — De celé dame, ke nos issi disson, — Fuit Oliviers à la cleire faisson. — Il et RoUans furent jai compaignon, — Ke puis vandit le cuvert Guenelon — En la terre d'Espaigne » {Ibid., f" 7 v"). Et, quelques vers plus loin : « Or fuit Rainiers dus de Gènes sor mer. — Dès or commance ses guerres à mener, — Murs fait dressier et fouseiz relever — Et fors chasteiz et fortes tors fermer. — En tôt le raigiie n'avoit bairon ne per — Ke ne covigne par force à lui aler, - Houmaige faire et feauté jurer. — Ke le refuce, cel fait déshériter » (Ibid., fo 8 r"). 11 est inutile d'ajouter que Renier prend la part la plus active à la guerre de Girart contre le roi de France: qu'il fait ce dernier prisonnier à la fin du siège de Viane et tombe aussitôt à ses jneds ; qu'il devient,' comme ses frères, un serviteur fidèle de l'Empereur. Quand Charles s'apprête à partir pour sa giande expédition d'Espagne, il laisse à Renier et à Hernaut le gouvernement de l'Italie. Telle est la véritable légende de

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