‹ Les eopeés françaisesChapitre 60 sur 180 · ANALYSE DE RENIER DE GENNES · texte numérisé non relu

ANALYSE DE RENIER DE GENNES

feuille et Ganelon son fils. Ces traîtres prenaient plaisir à ébaucher en quelque manière le grand crime de Ron-

notre hèro? : elle offre un caractère profondémeat épique, qu"oii ne retrouve guère dans le Roman en prose.

2o et 3° Nous avons dèj;\ eu l'occasion d'affirmer que « le teste du manuscrit de l'Arsenal est le type de nos éditions incunables ». Pour donner de cette afiirmation une preuve nouvelle, nous allons successivement faire passer sous les yeux de nos iecteui-s le même chapitre de notre Roman : a. d'après le manuscrit de l'Arsenal; b. d'après l'édition incunable de Nicolas Chrestien. Le chapitre que nous choisissons est celui qui sert de dénouement à tout le récit.

a. « Comment Régnier desconfit Sorhrin le jayant ou champ en la présence de Olive et autres. Tout ce veoit bien Soi-brin à qui moult tardoit que Régnier venist pour s'e'n despeschier, affin qu'il peust avoir la pucelle que tant avoit désirée. Il estoit bien armé à la guise payenne, et, entre tous autres habillemens, avoit une grant hache en quoy plus se fioit qu'on cose nulle du monde, et en menassoit Régnier qui mie n'estoit du tout asseurs. Il entra en champ neantmains et vist le jayant tout à pié, la hache sur son espaule, aprochant vers Régnier pour l'ocire à son pooir. Et quand Régnier l'aperchut venir, il se seigna et commanda à Dieu ; puis, baissa la lance et

le cheval hurta de toute sa force. Sy l'atendi plainement le jayant qui

oncques n'en chancela, ains demoura debout comme une tour et laissa passer oultre le chrestien qui garde ne se donna quant le aypen lui asseit la grant hache pesant sur la cruppe du cheval, si qu'il le pourfendi tout en travers. Et quant Régnier senty le cop, il retourna la bride legierement, et ce fut ce qui de mort le sauva. Car le jayant, qui aux bras le cuidoit prendre, se frappa par ray. le cheval qui chey en la place, et tandis dessendi Régnier, Tespée traitte, dont il assena le jayant si arréement que l'espaule lui trancha à demy; sy que son escu lui chey et ne se peust plus aidier que d'une main. Or tenoit il la grand hache à celle main là. Mais il ne povoit mie avoir si grant puissance comme à deux mains. Il la leva nonpourtant et de toute sa force la dévala ou cuida dévaler sur Régnier qui legier estoit à merveilles. Si advint que le horion chey en terre, si avant que plus de deux pies y entra en {larfont. Et lors s'aprocha Régnier quant il vit le jayant baissié, et Tassena de l'espée i\ plain, si qu'il lui coppa sur le col toutes les lasnieres de son heaulme; et lui demoura le chief tout nu, dont moult lui ennuia. Dieu 1 comme fut grant le cry et le huy que firent les nobles crestiens qui des murs le i-egardoient quant le jayant virent ainsi desheaulmé par Renier, le chevalier de France! Et, se ilz en furent joieux, vous devez savoir que sy fut Olive plus sans comparison qu'ils n'estoient, et moult dévotement prioit -X Dieu qu'il lui voulsist sauver son amy. LeSarasiu, qui grant estoit, se prist à couroucer lors et faire si laide chiere, que bien l'apperchut Régnier à son visage. Si ne sceut que faire, Sy non courir vers Régnier qui, au mieulx qu'il pooit, se gardoit de luy à ce qu'il ne le prenist aux poings : car aultre chose ne queroit. Et, fin de compte, ne s'en séut garder. Il Tempoingna et, par force, le jeta sur son col, ainsi legierement comme une nourrice met ung petit enfant sur le sien. Puis, se mist il la suite par my le champ, courant ck et là, cuidant trouver quelque mauvais et périlleux trou pour le getter et mourdrir. Sy ne le voulu mie la grâce de Dieu. Anchois PvCgnier s'avisa d'un coutel qui au costé lui pendoit, lequel il sacha et tira hors, et en frapa le jayant; sy qu'il le perça par my le col de part en aultre. Puis le retira, et tant lui en donna et piquota de horions par le visage, que les deux yenlx lui creva et aveuda de sanor. Et adont ne sceut où aler ne où soy conduire ;

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