ANALYSE DE RENIER DE GENISES
— « Le (lue deGeiiiies est mort, et les Sarrasins ont mis « le siège devant la ville. » — « Le danger est-il grand? »
— (( Si vous ne venez à notre aide, c'en est tait de la cité, a c'en est fait de nous ». Gharlemagne alors a l'esprit traversé par une idée lumineuse. En attendant qu'il puisse aussi se débarrasser deGirart, il va se délivrer de son frère : « Renier », dit-il, « où est Renier »? Le fils de Garin se présente humblement devant l'Empereur : « Le duc de Gennes », reprend Charles, « laisse une « fdle qui est fort belle; elle sera votre femme, Renier. a Quant au duché, je vous le donne; vous n'avez qu'à (( le prendre ». Renier, tout aussitôt, se met en route '.
Le roi de France lui avait en même temps proposé cinquante mille hommes ; mais il n'était pas en vain de la race de Garin. Il était parti seul, pensant à la cité de Gennes et, peut-être aussi, à la fdle du Duc '.
« Les Sarrasins sont-ils nombreux? » — « On ne les peut Arrivée
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« compter. » — « Qui les commande? » — « Sorbrin, h roi -"^ «ennes;
son amour pour ()liv<'.
la fille
sou courage.
« d'Aquilée. » — « Et les Gennois leur font-ils une bonne
« résistance ? » — « Hélas ! ils ont promis de se rendre avant '^" taflert?'" '
« quinze jours. » — « Et Ohve, la fille du Duc? » — « Olive a
« juré de se tuer plutôt que de tomber entre leurs mains,
« et elle est dame à tenirparole. » — <( Allez dire auxbour-
« geois de Gennes que je leur amène un secours de Ghar-
« lemagne et que je m'apprête à cond)attre Sorbrin. » —
« Mais c'est un géant, et il est de force à lutter contre dix
« chevaliers à la fois. » — ((Allez, et remplissez mon mes-
« sage » . C'est ainsi que parlait notre Renier, à cinq lieues
1. Renier de Gennes, ms. de TArsenal 3351, f" 38 v". — 2. Ibid., 1"38 v».
II l'VRT. I.ivn. II.
lUAf. M.
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de Gennes, et déjà il pouvait contempler cette ville dont Charlemagne lui avait fait présent et qu'il regardait comme son propre héritage '. Quant aux bourgeois, en véritables bourgeois qu'ils étaient, ils raillèrent le jeune chevalier et ne voulurent voir que de la forfanterie dans courage. « Et disaient l'un à l'aultre que bon faisait manstrer la he jaunie à ung tel eaquart qui se disait estre leur seigneur - ». Bref, dans toute la cité de Gennes, personne ne se montrait disposé à croire au nouveau venu. Seule, au milieu de tous ces chevaliers et de ces bourgeois, une jeune fdle avait le courage d'espérer en ce libérateur inconnu : « Je voudrais bien le voir », s'écriat-elle tout d'ajjord, avec une curiosité naïve. — « Il est « en vérité fort beau », lui dit alors le messager de Renier. Et Olive de rougir. « Puis, quelle générosité » ! ajouta le valet. « Il m'a donné trente florins » 'M
Cependant Renier est déjà arrivé dans la ville, et tous les regards se sont fixés sur lui. Un riche bourgeois lui foit accueil et lui offre l'hospitalité : « Vous serez bientôt « récompensé de cette bonne action », lui dit le fils de Garin avec une belle fierté toute française. » Sachez que « vous avez reçu chez vous le duc de Gennes »\ Celui qui parlait aussi royalement était vraiment digne d'être roi.
« Irai-je voir le jeune envoyé de Charlemagne »? se demandait Olive, « et cette démarche n'est-elle point « trop hardie »! Ces scrupules, qui honorent la jeune fille, mettent bitMi en lumière la physionomie toute moderne du Roman que nous analysons. Une des mai stresses d'Olive est d'avis qu'elle attende la visite de Renier ; mais une autre « qui n'estoit mie si aagée » s'écrie : « Allons.le voir ». et l'entraîne... sans trop de résistance. « Est-il vrai », dit Olive au fils de Garin, « que vous vou-
1. Renier de Gennes, m-, .le l'Arsenal 3301, f» 30. — 2. Ibid.. f« 40 yo. — 3. Ibid.. ï" 41 V". — 4. Ibkh, f" 42.