‹ Les eopeés françaisesChapitre 66 sur 180 · ANALYSE UHERNAUT DE BEAU LANDE · texte numérisé non relu

ANALYSE UHERNAUT DE BEAU LANDE

l'iippreiid de nouveau le consciencieux romancier du " '^;.^,;,";,^; " quinzième siècle: « Aquitaine y^o^y lors estoit cité ' ».

consjiire contre lui.

Le prince de cette ville était, quelques mois aupara- ,,„;):^^'^tdans vant, le frère même de Garin de Montglane, ce Gérin d^^^ï^^. dont nous avons essavé plus haut de mettre en lumière bâtard nunaut l'histoire assez effacée. Mais Gérin venait de mourn-, sans laisser d'enfants légitime. Un bâtard, Hunaut. s'était entendu (chose odieuse autant ([ue bizarre) avec les propres frères de la veuve pour mettre la main sur l'héritage du mort. C'était un attentat à la justice; c'était encore un préjudice fort grave qui était fait aux enfonts de Garin de Montglaue, et, en particulier, à notre Hernaut '.

Hernaut était pauvre, comme ses frères. A peine arrivé dans la cité d'Aquitaine, il s'y logea fort humblement dans une auberge. L'hôtesse se moritra pour lui très-expansive, et lui raconta longuement l'histoire du bâtard qui venait de succéder à Gérin : « Et pour- (( tant )>, dit-elle, « ce n'est pas le véritable seigneur (( de la terre ». — « Le véritable seigneur » ! s'écrie alors notre héros : « il est devant vous ».— « Quel est donc « votre nom » ? — « Je m'appelle Hernaut, et suis le fds

d'empalé, Robastre vit bien quil étoit Jécouvei-t, et en parut aussi afiligé que du mauvais repas qu'on lui proposoit de faire : mais Arnaud le rassura en lui promettant qu'ils auroient cette nuit même un très-bon souper. Effective- , ment, avant minuit, la porte secrette du soutprrain s'ouvrit, et Frégonde arriva suivie de son esclave chargée d'une triple provision de vivres et de bouteilles. Les deux amans mangèrent avec quelque modération ; mais Robastre acheva de consommer les provisions sans penser à en laisser le moindre morceau à l'esclave qui les avoit apportées. 11 ne réserva que la valeur d'un seul gobelet- d'eau, et expliqua après le souper à la Princesse Tusage qu'il en vouloit faire : c'étoit de la baptiser et de la marier tout de suite avec Arnaud, persuadé qu'elle avoit été assez instruite par le jeune Duc. « Crescitc et viultiplicatnini », dit-il, en leur donnant la bénédiction nuptiale ; « c'est, ma foi! le seul mot de latin que je sache: réfléchissez là-dessus une « cotiple d'heures; pendant ce temps, le geôlier et moi, nous allons faire une « expédition après laquelle je viendrai vous retrouver » (Bibliothèque des Romans, octol^re 1778, t. II, pp. 31-34).

1. Hernaut de Beaulande, ms. de l'Arsenal 3351. f" 5. — 2. Ibid., (" 5.

Il r.\RT. I.IVI!. II.

( IIAP. Ml.

-'08 ANALYSE h'HERNALT DE BEAI LANDE.

i<. aîné de Garin de Montglaiie ' ». L'hôtesse se récrie et admire ; mais, comme nous le dit notre vieil auteur, «■ elle csioit du lienaoe aux femmes du costé de la bouche ». Voilà un secret qu'elle n'est point de force à garder. Vite, elle va conter la chose à une voisine. H lui tarde que « Gautier et Thevenault le sachent comme elle » ; puis , vingt autres, puis cent autres. <( Aussi bien le cella, puisque dire le f'ault, — Que prestre son sermon quant est en l'escaffault " ». Les voisins chuchotent, ils s'assemblent. Les commères surtout sont en émoi : « Catherine, Mahault, Isabelle, Perrette,, Gertrude et Guinehault » s'approchant l'une de l'autre : « Il paraît que notre vrai seigneur est ici », dit l'une. — « 11 s'appelle Hernaut », dit l'autre. — « Il est jeune et beau ». dit une troisième. On parle d'abord tout bas ; -puis, un peu plus haut ; puis, c'est un cri universel, et le peuple tout entier vient sous les fenêtres d'Hernaut, criant : « Nous voulons, nous <« voulons voir notre nouveau seigneur ». Et déjà ils ajoutent : « Nous n'obéirons plus au Bâtard ». Tout à l'heure ce n'était qu'une émeute : il sendjle que nous allons maintenant assister aune révolution. Cette scène est vivante et a été très-finement rendue dans le poème du quatorzième siècle dont nous ne possédons qu'un fragment '...

Cependant tout ce bruit est depuis longtemps arrivé aux oreilles du Bâtard, qui a. en un instant, compris le danger de la situation que lui crée le nouveau venu, le fils de Garin. Il compose sou visage; il va trouver Hernaut, le sourire aux lèvres et les bras tout grands ouverts ; il le serre contre son cœur et lui fait mille pro-

1. Hernaut de Becndande, n)s. de l'Arsenal 3o51. 1" 5. — 2. Ibid., 1" 6 v". Nous avons déjà publié le couplet en vers. {EjiO}). franc., l^e éd., I, 508.)— 3. Ilid.J'^l.

ANALYSE hUEU^ALT VE BEMLAM)E. 209

testatioiis de dévouement : « Cette terre est à vous », n i-Anx. mvr.u.

CHAT. VU

lui dit-il hypoeritement. 11 ne sait couiment s'humilier

devant lui, et ne rêve cependant qu'aux moyens de le trahir.

« Ne pensez-vous pas ii vous marier >>? dit un jour le traître à notre héros. Et il ajoute : « Dans la cité de <( Beaulande, règne un roi païen nommé Florent qui a « la plus belle fdle du monde. On l'appelle Frégonde : « elle est chrétienne et croit au vrai Dieu, sans que son « père en sache rien, Il est certain que vous en devien- « drez amoureux ». Hélas! le pauvre Hernaut n'a pas besoin d'attendre si longtemps pour aimer Frégonde ; il est déjii très-enflammé pour cette admirable pucelle , et s'écrie : « Je veux partir ». — « Et où irez-vous ainsi » ? — « A Beaulande ». — « J'irai avec vous ». Ils partent ensemble'', mais Hernaut est jeune et sans expérience. 11 se confie à son ennemi mortel et ne sait pas que le Bâtard va le livrer pieds et poings liés au roi païen de Beaulande. Si Dieu ne veille sur lui, il est perdu.

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de la cité de Beaulande.

Quand Frégonde et Hernaut se virent pitur la pre- Amours mière fois dans le palais de Beaulande, ils rougirent ^V'^

tous deux. Le leune chrétien avait besoin de cet amour (activité

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naissant pour apaiser la colère qu'avait alhnnée, dans '^'"^"''^■Jn'r^^^^ son àme croyante, le spectacle de la statue tie Mahomet et du culte païen. Mais, une fois Frégonde entrevue, Hernaut ne se scandalisa plus de ces pompes de l'erreur. Et ils se mirent à parler très-doucement tous deux ".

1. Hernaut de Bcaidande, nis. de rAiseiial 3351, 1" S.- 2. Jlii'I., f" '.'. IV. i i

11 l'ART. I.IVR. H.

ClIAl'. VU.

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Cependant le Bâtard se penchait à loreille de Florent, et lui disait : « Débarrassez-moi de cet Hernaut, « et je vons ferai hommage de la terre d'Aquitaine. f< N'oubliez pas que son père Garin a jadis mis à mort « votre oncle Gaumadras. Tuez-le ' ».

Frégonde et Hernaut étaient fort occupés à se dire de chai'mantes paroles, quand le roi païen troubla cet entretien en mettant brutalement la main sur le jeune homme : « Qu'on le jette en prison », dit-il. Tout sembla fini, eu un instant, pour le fils de Garin ■.

Pour le Bâtard , il reprit le chemin d'Aquitaine, rongé par le remords, et se perdit un jour dans un grand bois. Or c'était dans cette forêt , ignorée du monde entier, que s'était réfugié le géant Robastre pour expier ses fautes et racheter tout le sang qu'il avait répandu. Il avait eu le courage de se séparer de sa fameuse cognée et de se faire ermite loin de tous les hommes : oui, loin de Garin qu'il avait si bien servi, loin de Tenchanteur Perdigon qu'il avait tant aimé. Ce rude soldat, ce brutal était devenu un saint, et remplissait ce bois de ses prières ^ L'ennemi d'Hernaut se trouve donc en présence de Robastre l'ermite, et cette vue riMiouvelle tous ses remords : « Je suis le « dernier des pécheurs », dit-il. Alors, d'une voix fort onctueuse, le géant fait un beau sermon à ce coupable qui s'accuse et s'humilie : « La bonté de Dieu est si « grande! Confesse-toi ». Le Bâtard s'agenouille, déjà tout contrit : il raconte l'odieuse trahison dont il est l'auteur, et dont Hernaut vient d'être victime. A ces mots, le confesseur change de visage : » Eh quoi » ! dit-il, « c'est ainsi ([ue l'on menace la vie du fils de ce Garin « dont j'ai si longtemps été le compagnon et l'ami » !

1. JI,')-.ut..t de Ihavlandc, ms. t'.e [".Arsenal 3351, f" 11. — 2. Ibid.,

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Le rouge lui monte à la face; il se redresse, terrible, et arrachant une énorme branche d'arbre qu'il l)randit formidablement : <( Fais ton acte de contrition », ditil à son i)énitent, <( et courbe la tète. Tu vas recevoir « l'absolution». Alors, rassemblant toules ses forces, il assène sur la tète du misérable un coup, un seul coup de bâton, et le tue sur place '. C'est ainsi qu'on assomme les bœufs... et que Robastre châtie les traîtres. Cette exécution débarrasse la terre d'un félon, mais ne délivre point le pauvre llernaut. <( Les enchante- <( ments de Perdig'on vont nous être absolument né- (( cessaires », se dit Robastre, « et il me faut avant « tout courir à la recherche de Perdigon ». 11 part, et trouve le magicien qui, lui aussi, a été saisi d'un repentir soudain , et s'est bâti un ermitage au fond d'un bois. La poésie du moyen âge s'est souvent servie des sorciers et de la sorcellei'ie; mais elle a compris qu'il y a dans ce merveilleux })]us d'un élément condamnable, et Pe]'digon n'est pas le seul de nos enchanteurs épiques qui se soit imposé une longue expiation pour effacer le crime de ses sortilèges. L'ami de Robastre, d'ailleurs, paraît converti plus profondément ({ue lui : ('tant plus intelligent, il est plus pieux, et ce n'est pas lui qui aurait eu l'infamie de déshonorer un sacrement en égorgeant un homme à genoux, pénitent et désarmé. Même il a fait un vœu solennel : celui de ne jamais reprendre son métier de magicien. Robastre s'indigne; sa grosse intelligence de géant ne lui permet pas de saisir conunent on peut préférer Dieu au fils de Garin. Voyant que l'enchanteur ne veut pas le suivre ni travailler avec lui à la délivrance d'Hernaut, il se dispose à le tuer et à en faire un martyr : « Mais »,

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