‹ Les eopeés françaisesChapitre 68 sur 180 · ART. LIVR. H · texte numérisé non relu

ART. LIVR. H

cii.\r. vil.

214 ANALYSE D7/CR.V.4 TI' DE DE.ULAynE.

réflexions dans son ermitage; le souvenir de Garin, doux et puissant, lui est revenu au cœur : « Je l'aimais « tant, et j'aimais tant Robastre » ! Il se prépare alors à quitter sa retraite, et n'est pas loin déjà de se décider à violer son vœu. Car il le voit bien : la magie ne sera pas de trop pour bâter les péripéties de ce drame qui se traîne en longueur '. Le voilà sous les murs de Beaulande, au bas de ce donjon où les chrétiens se sont fortifiés. On prend cet inconnu pour un espion; on le mène devant le roi païen ; on l'emprisonne : il va mourir. Mais c'est alors que l'enchanteur se réveille sous le pénitent : Perdigon prononce quelques mots, et, aussitôt, toutes les portes s'ouvrent devant lui. Il passe irrésistiblement à travers tous les obstacles, et arrive ainsi dans la forteresse, où Robastre et Frégonde pensent se pâmer de joie en le voyant ■. Avec un tel allié, leur victoire n'est pas douteuse. Perdigon, d'ailleurs, leur prouve une seconde fois qu'il n'a point perdu son ancienne puissance : soudain , la tour de Beaulande paraît en flammes, et l'incendie semble se communiquer à toute la ville. Les bourgeois s'agitent, on crie, on se hâte. Mais en un instant le charme cesse, le feu s'éteint, et les maisons, ù prodige ! sont blanches et entières : elles n'ont pas même été touchées ^

Il est temps de s'occuper d'Hernaut, qui n'est pas encore revenu d'Aquitaine et qui, peut-être, court les plus grands dangers loin de ses défenseurs les plus dévoués : Robastre et Frégonde vont partir pour le rejoindre. A travers toute l'armée païenne que les enchantements de Perdigon ont endormie , les deux voyageurs passent, libres et joyeux. Ils sont bientôt

1. Hernc'ut de Beaulande, m?, de TArsenal 3351, f« 20 vo. — 2. Ibid.. f'^ 21. — 3. Ibid.. fo 22.

ANALYSE blIER^MT DE BEAI LANDE. 215

loin de Beaulande, et cheminent en pensant à Her- n part jivk. n.

' *^ CHAP. VII

nîuit... '.

La ronte fut pénible. A quelques lieues d'Aquitaine, iiernautde-

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un chevalier s epnt de la beauté de cette voyageuse m- en posses..ion

'■ 1 "^ '^^^ deux cités

connue qu'accompasrnait une sorte de rustre énorme et f-\^i"'^^'"«

1 i O et de Beauland

et entendre Aimei'i.

et de Beaulande;

forouche. Il espérait Tenlever aisément: mais Robastre ji épouse prit son tinel et le fit si bien tournoyer que le chevalier et ses compagnons s'enfuirent ; quinze des agresseurs restèrent sur le carreau '. Toutefois Frégonde, à partir de ce jour-là, revêtit des habits d'homme ^ Quant au géant, il chercha en vain un hùtel dans toute la cité d'Aquitaine et ne trouva d'asile que chez un charbonnier ; encore le pauvre homme tremblait-il de tous ses membres en lui ouvrant sa porte, et s'empressa-t-il d'aller, blême de peur, avertir le châtelain de l'arrivée de cet hôte étrange. « Qui êtes-vous »? demanda le châtelain au nouveau venu. — (( Je m'appelle Robastre et cherche Hernaut ». La réponse était franche et ravit le châtelain qui était, en secret, tout dévoué au fils de Garin. Par malheur, Frégonde s'était perdue en route ; et, si vive que fût la joie d'Hernaut à la vue de Robastre, elle en fut singulièrement empoisonnée '.

«■ C'est moi qui suis l'auteur de la mort du Bâtard », dit un jour Robastre aux seigneurs d'Aquitaine, et il leur raconta tout au long l'histoire de la confession et de la mort du misérable : « Puisque c'est là le coupable », répondirent les oncles d'Hernaut, « qu'on le jette aussi

1. Ilernaut de Becndmide, ms. de TArsenal 3351. f" 22 v". — 2. Ibi'l., fo 23. — 3. Ibid. , f» 2t. — 4. Ibid., f« 21.

Il v.\nr. I ivR. II cii M', vu

•216 ANALYSE bllERKA IT DE BEAILANDE.

eu prison ' ». C'est ainsi que les affaires de notre héros — empiraient tous les jours ; c'est ainsi qu'il perdait Tune après l'autre toutes ses espérances. Quant à Frégonde, elle ne reparaissait pas.

Le jour du combat arriva. Le châtelain et les échevins de la ville choisirent llobastre pour tenir le champ contre les ennemis d'Hernaut. Le ^éant sortit de prison, objet de la curiosité et, bientôt de l'enthousiasme universel. Sa tête seule était armée ; dans ses rudes mains il balançait un énorme bâton. On rit d'abord de cette arme primitive; mais on ne devait pas rire longtemps. Car, à peine arrivé dans la lice, cet autre Renouart tomlja sur Fromont et l'assonuna, tomba sur Foucart et le renversa : la lutte ne dura qu'un instant. Cette fois, et connue il n'y avait plus aucun risque à courir, le peuple tout entier se prononça très énergi- (piement en faveur du fds de Garin. On le délivra, on le fêta, on l'acclama ■. Perdigon et les chrétiens de Beaulande allaient eux-mêmes être mis en liberté \ Quant à Frégonde, elle ne reparaissait pas.

Tout à coup, on entend un grand bruit aux portes de la ville ; à (pielque distance on aperçoit une vaste armée. Les hauberts étincellent, les gonfanons flottent au vent. C'est l'oncle d'Hernaut, Anthiaume, et c'est son frère Mille qui viennent à sou secours, un peu tard. Us arrivent de Pavie, et Mille en est parti au moment même où il allait épouser la fille du duc de Calabre : ce (pii relève encore son dt'vouement fraternel.

Mais {pii donc a prévenu le duc Anthiaume et Mille lui-même du danger que courait leur frère dans la cité d'Aquitaine? Quel est l'ami inconnu qui a franchi une aussi longue distance pour aller réclamer ce se-

1. Hernaut de Beaidaade, ms. de l'Arsenal 3351, f" 2Ç>. — 2. Ibid., i° 30. — 3. Ibid., fos 31 yo et 33 i-».

ANALYSE b HERSAIT DE BEMLASDE. 217

cours? C'est une jeune fille portant des vêtements =' d'homme ; c'est celle qne \ous voyez là, tout éblouis- santé de beauté, entre Mille et Antbiaume. Ponvez-vous le demander? c'est Frégonde '.

On la maria avec Hernaut, dans la cité de Beaulande définitivement conquise ', et le premier fils qu'ils engendrèrent fut cet Aimeri de Beaulande qui devait si glorieusement changer de nom et s'appeler un jour Aimeri de Narbonne.

1. Hernaut de Beaulande, ms. de TArsenal 3351, fos 21 r", 29 v», 31 yo, 32 l'O. — 2. Ibid., f° 33 i^. Mille, le fivi-e d'Hernaut, retourna à Pavie près d'Anthiaume, son oncle, et épousa bientôt « la demoiselle de Pouille ». Notre Roman en prose se termine par cet explicit : « Cj/ fine l'histoir-i d'Hernaut et de Millon son frère ».

■ART, r.ivR ir.

CHAI'. VII

II l-ART. I.IVK. II.

n:.\r. vni.

ANALYSE DE GIHàIIT DE VIA^E.

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