‹ Les eopeés françaisesChapitre 71 sur 180 · I. Giruvsila Vione, éd. P. Tarbé. p · texte numérisé non relu

I. Giruvsila Vione, éd. P. Tarbé. p

Il PART I.IVK. II.

Cil \r. Vin.

■m ANALYSE DE GlRART DE VIANË.

« m'appelle Aimeri ; je suis le fils du seigneur de Beau- « lande et le neveu de Girart ' ». Or Tlmpératrice était là, celle dont Girart avait refusé la main, celle qui avait jadis fait baiser son pied nu au duc de Viane. Bien que femme, elle avait su jusque-là garder le secret de cette hojite qu'elle avait fait subir au fils de Garin ; elle avait contenu les empressements de sa langue. Mais, en vérité, sa vengeance n'était pas complète. Girart, après tout, ne connaissait pas son déshonneur ; il ignorait qu'il se fût humilié, qu'il se fût avili jus({u'à rendre hommage à une femme, et à une fenune ({u'il méprisait. Il fallait qu'il connût enfin le trait empoisonné dont il avait été percé...

C'est alors que la Beiue prit à part le jeune Aimeri ; c'est alors que, savourant lentement sa vengeance, elle raconta au neveu de Girart toute l'histoire de l'hommage rendu par le duc de Yiane, et du pied qu'il avait baisé, et de cette humiliation qu'il avait dû subir ". La reine s'imaginait sans doute que notre héros entendrait ce récit sans frémir, que son sang ne bondirait pas dans ses veines, qu'il supporterait trancjuillementle déshonneur de toute sa race. Elle ne savait pas ce qu'était cette geste de Garin ,*elle ne connaissait pas la nature particulière de ce sang de baron. Aimeri se leva, terrible : « Si vous avez fait cela, madame », dit-il, « ce ïixi jjff/(/(/e ». Et, farouche, il lui jette un couteau à la tète. Il s'évertue, il veut l'assassiner sur place. On le retient, et alors, comme un fou : « Partons », dit-il. II part, et, sans s'arrêter, il court,. il vole à Viane \ On le vit franchir, bride abattue et furieux, cette même route qu'il avait tout à l'heure suivie en souriant et plein d'espérances.

1. Girars chj Viaii';,é\. P. Tarbé, pp. 47 et 48. — 2. Ibid.. pp. 49, 50. — ' 3. /6«VZ.; p. .")!.

ANALYSE DE GIRÀIH DE VIAML 223

(( Girart, où est Girart »? dit-il en posant le pied h part. mvk.

' •■■ ^ m \!>. VIII.

sur le seuil de ce donjon où il avait passé un si joyeux

hiver. Son oncle arrive : « La Reine », reprend-il, (S vous a déshonoré, vous et tout notre lignage ». Et il se met à répéter longuement l'histoire de l'hommage et des représailles de l'Impératrice. « J'ai fait tout « mon possible pour la tuer ». Girart alors pense devenir fou : » La guerre » ! s'écrie-t-il, « la guerre avec (( la France * » !

« Nous sommes quatre frères », ajoute le duc de Yiane : « il faut associer contre l'Empereur tous nos « efforts. Allons rapidement chercher les secours d'Her- « naut, de Mille et de Renier ». Il se met en route : « Tu m'accompagneras, Aimeri )>. Et ils chevauchent sur le chemin de Gennes, fiévreux, colères, insensés, lis entrèrent un soir dans la ville de Renier ; ils descendirent à la porte de son palais plenier. Le premier mot que le duc de Gennes leur adressa n'est pas loin du sublime, tant il est naturel. \\ y a plusieurs années qu'il n'a vu son frère, il n'a peut-être jamais vu Aimeri, et tout d'abord il leur dit : « Voyez le beau fds que j'ai de « ma femme ». 0 cœurs de père, cœurs naïfs! a Com- « ment s'appellejt-il »? demande complaisamment leduc de Yiane. — « Olivier ». — « Il a l'air fier », répond « Girart,il me ressemble ». Scène digne d'Homère ".

Et, en effet, c'était là ce grand et doux Olivier, qui fut d'abord l'ennemi, puis l'ami ou plutôt le frère de Roland; qui, noyé dans son sang sur le champ de bataille de Roncevaux, fut l'un des trois derniers survivants de toute l'armée chrétienne, de toute cette légion de martyrs; qui, martyr lui-même, criblé de cent blessures, le corps traversé de quatre lances, lutta encore,

1. Givars de Via.ie. éd. P. Tarbéj pp. .jl-oS. — 2. Ihicl.. jip. 53-54.

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5r24 ANALYSE DE GlIlART DE VIaM:.

sublime, et se débattit victorieusement contre des mil- - liers de païens ; qui eut enfin l'insigne honneur d'avoir son oraison funèbre prononcée par Roland lui-même, par Roland agonisant !

Mais Aimeri et Girart ne s'arrêtèrent pas longtemps à contempler la beauté d'Olivier ; ils remontèrent à cheval et retournèi'ent à Viane, après avoir enVoyé des messagers à Mille de Fouille et à Hernaut de Beaulande '. Dans le donjon de Viane se trouvèrent bientôt assemblés tout les héros de la « geste honorée " ». Le vieux Garin lui-même y fit un jour son entrée avec sept mille chevaliers qui étaient tout épuisés par leurs longues luttes avec les Sarrasins et par les fatigues du voyage. 11 ne savait pas encore, le rude vieillard, l'affront (jue son fils Girart avait reçu; il l'apprend à son arrivée, et c'est une des plus belles scènes de toute notre épopée. Garin se fait fier, se fait terrible; et cependant, en vassal soumis, il conseille à ses (piatre fils de n'entreprendre la guerre contre leur suzerain, contre Charles, qu'à la dernière extrémité ^ Ce conseil de vieillard déplaît il la jeunesse d'Aimeri qui. sans respect pour son aïeul, insulte à ces propositions })acifiques ; mais le père d'Hernaut et de Girart, encore vert malgré ses cent années, se jette sur son petit-fils et le veut rudement bâton ner '*. Mœurs sauvages, comme on voit, mais énergiquement épiques!

On connaît le reste, et nous l'avons raconté par le détail ^ On sait comment cette guerre éclata malgré la bonne volonté de Garin et son désir sincère de la paix; on se rappelle connnent les fils du vieillard héroïque se présentèrent un jour à la cour de Charlemagne pour essayer de s'accorder avec l'Empereur, comment le vieux

1. Girars de Viane, éd. P. Taibé, p.5J. — 2. Iiid.,\>\^. .S4-56. — 3. Ibid., pp. 56-59. — 4. Ibid., p. r.O. — 5. Éj^op. franc., 2^ éd., t. III, p. 104 et ss.

ANALYSE DE GIRÀliT DE VIA^E, ' 2M

Garin y fut insulté, comment la guerre devint inévitable dans cette sorte de conférence de la paix '. Quant à Aimeri, là comme partout, il se montra le plus violent. C'est lui qui se jeta sur Doon de Laon, Finsnlteur de Garin, et qui lui arracha la cervelle de la tête '. Il monta ensuite à cheval avec ses oncles couverts de sang français, et courut s'enfermer dans Yiane avec eux ^ Mais tant d'exploits méritaient une récompense. Aussi Girart et ses frères se hàtèrent-ils de descendre un jour les ifti bnœl flor'i et d'y adouber le donzel Aimeri. « Voilà un bon chevalier de plus », s'écrièrent les témoins de cette solennité encore toute militaire \ Ils ne savaient pas si bien dire.

Quelques jours après, l'armée de Charles mettait le siège devant Yiane '". C'est alors que notre poète, oubliant cette grande loi de l'unité d'action qui est la vie d'une épopée, change pour la troisième fois de héros, et donne dans ses vers la première place à Olivier et à Roland. Le pauvre- Aimeri est relégué au second rang : il était digne d'un meilleur sort.

Cependant, sur une île du Rhône, deux jeunes gens aussi beaux et aussi vaillants que lui, représentant dignement les deux armées, chargés des destinées de l'un et l'autre parti comme autrefois Horace et Curiace, se revêtent de leurs armes, se saluent, se précipitent l'un sur l'autre, se frappent, s'évitent et se frappent encore, se désarçonnent, s'abattent, se tuent à moitié, et déjà s'aiment tout-à-fait. Nous avons fait ailleurs le récit très-détaillé de cette admirable lutte \ et nous avons quelque peine à ne pas le recommencer tout au long : (( car de ces deux enfants qu'on regarde en

1. Girarsde Viane, éd. P. Tarbé.pp. 60-65. — 2. Ibid., p. 63. — 3. Ibid., pp. 65-67. — 4. Ibid., p. 65. — 5. Ibid., p. 71. — 6. Ejwp. franc. 2« éd., t. ni, pp. 106, 107.

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