Enfances Gnilhivnie, Bibl. Xat. IV. 774. f-^' 2 v-'-3 r
Il PART. LIVR. H.
CHAT. XI
« dis-lui encore que je la veux pour femme et que je la « ferai baptiser, et donne-lui cet épervier de ma part ' ».
Telle fut l'origine des amours de Guillaume et de la belle Orable...
Peu de temps après, Aquilant remplissait son message auprès de la Sarrasine. Orable, tout d abord, changea de couleur et maudit le ravisseur de son cheval Baucent '. Mais, avec une variabilité toute féminine et que le poète a bien rendue : « Montrez-moi donc cet épervier », dit-elle, et elle sourit. Par ce seul sourire, le pauvre Thibaut était k jamais condamné. Car ce sourire-là voulait (lii'e : <( Je veux être un iour la femme de Guillaume ».
Les iiaïens,
sur le point
de surprendre
les Français
endormis ,
sont trahis
par Orable,
qui se tianee
avec Guillaume.
Sur le champ de bataille sont demeurés les Français, vainqueurs. Leur triomphe les a aveuglés, ce qui n'est pas rare chez les Français... de nos Romans. A côté de leur immense butin, ils s'endorment. Un Sarrasin les épiait, et, comprenant la gravité de leur imprudence, court à Orange et avertit les païens. Le frère d'Orable, Clariel, ne veut pas perdre cette occasion de reconquérir
1. Enfances Guillaume, Bibl. Nat. fr. 774, f« 3 i-" et V. — 2. Amour de Guillaume pour sox cheval B.vucent, (Traduction littérale.) « Il est une « chose [dit Guillaume] qui me rend triste et colère : — C'est que « Baucent, mon cheval brun, nous soit échappé, — Lui que je pensais « mener à Orange, — Lui que je voulais montrer à la pucelle Orable » !
— « Fils », dit Aimeri, « nous l'avons repris — Et votre frère vous «l'a ramené... » Aussitôt que Baucent entendit la voix de Guillaume,
— Il déploya soudain une telle force, il se rei-igov.ra si bien — Qu'il renversa par terre les cinq hommes qui le tenaient. — Bon gré mal gré, il faut qu'ils le laissent aller. — Et Baucent de traverser tout le camp français. — Il vient à Guillaume et s'arrête devant lui. — Non, vous n'avez jamais entendu parler de deux hommes, — D'homme et de femme qui se soient assez aimés — Pour être plus joyeux — Que ne le furent alors Guillaume et Baucent le rapide! (Enfances Guillaume, 'B\h\. Nat. fr. 774, f" 7 v», col. 2. Cet épisode se rapporte à la bataille que nous raconterons plus loin. p. 296.)
ANALYSE DES E?i FANGES GUILLAUME. 295
tant de trésors perdus et rhoiineiir. Les clairons son- " i-'^r'- l'^"- "•
A CHAP. XI
nent, les païens s'arment, ils se glissent hors de la ville :
les voilà qni, dans la campagne, à la faveur de la nuit, vont se précipiter soudain sur les chrétiens et les tailler en pièces. Le danger est immense, et Gnillaume pourrait bien ne jamais recevoir ses armes de la main du grand Empereur.
Mais Orable veillait sur Gudlanme. Orable dont l'amour s'est rapidement exalté. Elle ne permettra point que « son ami » périsse de la sorte, dans cette embuscade vulgaire : « Messager » , dit-elle , « va trouver a Guillaume en toute hâte. Dis-lui que, s'il me veut « conquérir, je me ferai baptiser à cause de lui. Ajoute '( que cinq mille hommes d'Orange sont à sa poursuite, « et que s'ils le trouvent, c'en est fait de lui. Va vite ». Le messager s'empresse, cherche, trouve Guillaume, lui répète littéralement les paroles de sa maîtresse. Bienheureuses paroles ! « Non, non, je n'aurai pas d'au- « tre femme », dit Guillaume qui sent la grandeur de ce service rendu aux Français '. Et désormais ce n'est plus Tamour seulement, c'est la reconnaissance qui l'attachera pour toujours à la sœur de Clariel.
Le message d'Orable sauve les Français. Quand arrive l'armée païenne. Us sont sur leurs gardes, debout. *• Même ils ont eu le temps de préparer leurs propres aguets. Aimeri, ce jour-là voulut porter l'étendard. Jamais le vieux chevalier n'avait été si beau... Sa barbe blanche s'étale sur sa poitrine, sa ventaille est levée, dans sa main frémit la bannière dorée qui est surmontée d'une escarboucle ardente. Tous les Français vont gaiement à l'ennemi, divisés en dix bataillons. Aimeri en a quatre sous ses ordres, Guillaume conduit les six