CII.M". XI
Près de iiiille païens sont étreints et renversés par ces monstres, qui sont moitié fantômes, moitié réalité '. Mais voici bien bien un autre prodige. Un pilier s'ouvre, et il en sort tout un tleuve. Les eaux montent, montent : elles inondent le palais. An milieu de cette mer, les païens se débattent, crient, sont noyés : « Pitié ! pitié » ! s'écrie Thibaut d'une voix plus lamentable encore. « Oh ! que je voudrais être à Narbonne ' » !
Comme il achevait ces mots, le jour parut.
Soui'iante alors, railleuse, impitoyable, la l)elle Orable se tourna vers Thibaut : « J'espère », lui dit-elle, « que vous vous êtes assez déporté avec moi cette « nuit. Je ne vous ai rien refusé, et cependant vous (( avez été bien exigeant ». Le mieux, c'est que, par un dernier et plus merveilleux sortilège, le malheureux Thibaut est soudain convaincu de la vérité des paroles d'Orable. Pauvre roi, il ne lui manquait plus que cela! Toutefois, il a encore assez de bon sens pour s'éloigner d'Orange en toute hâte et pour dire rapidement adieu à sa prétendue femme ^...
Orable conserva de la sorte sa virginité à Guillaume qu'elle aimait.
Pendant qu'Orable se tardait à son ami, Guillaume, Guillaume
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de son côté, ne songeait ou a Orable. Il semble même de chariemagne;
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que le poète aurait dû nous transporter sur-le-champ ''^a 'Stre ' auprès de notre héros; mais non, il nous mène à Nar- '"' "b"e'on7.'°" bonne, et nous fait assister à de nouveaux épisodes de pom"NMbonne.
1. Enfances Gidlkunne, Bibl. Xat. fr. 77-1, f' 10 v". — 2. Ihid., f"^ 10 v"- 11 r". — 3. Ibid., 1' 1-1 r".
Il PART. MVR, II.
CHAr. XI.
ce siège qui paraît interminal:»le. C'est qu'en effet ce siège est le nœud de toute cette action. Tout dépend de la prise de Narbonne : l'avenir de Guillaume et
surtout son mariage Les trois plus jeunes enfants
du vieil Aimeri défendent à l'envi leur mère et le flef paternel. Leur détresse devient tout à fait pitoyable ; il ne leur reste plus que la suprême ressource des assiégés : une sortie. Ils se précipitent hors de leurs murs à la rencontre des païens. C'est alors, ô douleur ! que Beuve est fait prisonnier, et condamné à être pendu dès le lendemain '. Mais ses deux frères, Aimeri et Guibelin , se lancent de nouveau dans la bataille, tuent le roi Malaquin, et s'emparent d'Espaulart, le fils de l'Amiral. On échange Beuve contre Espaulart, et les Français parviennent même à se faire donner par Thibaut les vivres dont ils allaient mancjner ■. Hélas ! le siège continue, et, malgré des avantages passagers, la résistance devient tout à fait impossible. La pauvre Hermengart est en larmes...
Guillaume, lui, ne songe guère à pleurer. Un jour, Aimeri de Narbonne et ses fils aperçurent enfin les murs de Paris ; mais on leur dit que le grand empereur Charles était à Saint-Denis, et ils allèrent à Saint- Denis. Le vieux Roi ;îe se doutait guère en ce moment que le meilleur défenseur de l'Empire approchait de son palais, et que c'était ce tout jeune homme imberbe, ce fils d'Aimeri nommé Guillaume.
L'arrivée de Guillaume à la cour de Charlemagne est un des morceaux les -plus connus de notre épopée chevaleresque. Guillaume, c'est le Cid français, tout à fait comparable au Campéador ; mais ne nous attendons pas ici à la tournure élégante et civilisée du
l. Enfances Guillaume, Bibl. Xat. IV. 774, 1'"* 11-12 r". — 2. Ibicl., f" 12. Après ce f», il y a, daus le ms. 774, une lacune de trois feuillets.
ANALYSE DES EiSFA.yCI^S GUILLAUME. 303
Gid de Corneille. Guillaume ne ressemble qu'au héros des Romances espagnoles qui , lorsque Don Diègue lui serre la main brutalement, s'écrie : « Ah! si vous « n'étiez pas mon père » !
Guillaume est d'une brutalité qui tourne au sublime. Il entre chez Gharlemagne comme chez lui. Un roi portait l'épée nue devant Gharlemagne ; (iuillaume bouscule ce roi, et lui dit : « G'est à moi de « porter cette épée, c'est mon fief ». Et, comme l'autre résiste, le rude enfant le fait tourner trois fois sur lui-même et le pousse contre un pilier : jior i/n petit ne Va ecervelê. Gharles , stupéfait d'un tel début, s'écrie : « Ge n'est pas un homme, c'est un diable. Qu'on le jette à la porte de mon palais ». Mais alors on assista à un spectacle formidable. Guillaume se dressa de toute sa hauteur, tira son épée d'acier à la garde d'or, et, d'un ton de voix à faire trembler le palais : « Le premier », dit-il, « qui ose porter la « main sur moi est un homme mort » ! On ne savait pas encore que c'était le fils d'Aimeri de Narbonne.
Tout à coup, un chevalier s'écrie : « G'est Guil- « laume ; voici son père Aimeri, et son frère Ber- « nart ». On les reconnaît, on les entoure, on les fête : « Vos fils », dit Gharlemagne tout joyeux à Aimeri, « vos fils seront chevaliers aujourd'hui ». On oublie alors la mésaventure du pauvre roi que Guillaume a tué plus qu'à moitié, et on ne songe qu'à se réjouir.
Ge ne sont que chants de ménestrels, divertissements d'ours et de jongleurs \ Les baroiis sont en liesse; mais, dans nos vieux poëmes, cette joie n'est jamais de longue durée Au milieu de ces rois et de ces
1. Enfances Guillmanc, Bihl. Nat. !r. 1448, f"' 81 v'^-82 r".
II PART, l:v:
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