‹ Les eopeés françaisesChapitre 87 sur 180 · ART. LIVR. H CIIAP. XI · texte numérisé non relu

ART. LIVR. H CIIAP. XI

■SOI ANALYSE DES E.\FAi\CES GVlLLALME.

chevaliers, se montrent sondain mie sorte de géant difForme et laid : c'est mi Breton. « Quel est ton mé- « tier »? lui demande l'Empereur. — « Je suis cham- « pion, sire, et je défie tous vos barons au bâton et à (( lY'cu ». On le regarde alors non sans quelque effroi : il avait les yeux rouges comme charbons embrasés, des dents de sanglier, des poings énormes ; des grenons liés par des fils d'or tombaient sur sa poitrine ; il était affreux à voir. Trente bacheliers vont affronter ce rude lutteur ; il les abat tous les uns après les autres. Leur sano' coule, la blancheur de leur hermine est horriblement ensanglantée; le Breton sourit, vainqueur '.

Des rangs de cette foule consternée, un jeune homme soi't pour tenter de nouveau la lutte : c'est Guillaume. Ah ! comme les seigneurs des douzième et treizième siècles devaient prêter l'oreille à ce passage de notre Chanson ! Aux yeux d'une race militaire, la force matérielle est la plus poétique, la plus attachante de toutes les vertus.

Les deux lutteurs s'insultent, se saisissent, s'étreignent. Puis les coups de bâton tombent comme grêle sur leurs épaules. Le Breton sent enfin (ju'il a affaire à un adversaire digne de lui. Il s'entête néanmoins dans ce condjat fatal. Mais, d'un dernier coup, le fils d'Aimeri lui crève les deux yeux et tait voler sa cervelle en l'air. Telle fut la première victoire que remporta Guillaume sous les yeux de Charlemagne : elle fut célèbre durant tout le moyen Age, et les Bretons seuls purent trouver cet épisode de mauvais goût.

Autour du jeune vainqueur, les acclamations éclatent. Vite, il faut l'adouber chevalier. Tel était le but principal de son voyage, telle est la récompense dont

1. Enf-aaccs GinUawue, Bibl. Nat. Ir. 144S, f"-^ 82 v^'-K1 r".

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il vient de se montrer encore plus digne. Le jeune héros témoigne alors d'une modestie dont il ne nous avait pas encore donné beaucoup de preuves. 11 ne veut pas être armé avant son frère aîné 13ernart, ni même avant Hernaut et Garin. A cette modestie succède une magnanimité véritable : il fait adouber avant lui plus de soixante damoiseaux auxquels il jette, à mains pleines, la pourpre, le cendal et les bons marcs d'argent. Après le triomphe de la force brutale, ces prodigalités devaient achever de ravir tous les cœurs. On attendait avec impatience l'instant solennel où Guillaume allait devenir chevalier h son tour. En rusé politique, l'abbé de Saint-Denis voulut précipiter cet instant : « Ce da- « moiseau », dit-il tout basàCharlemagne, « estcapa- « ble de piller toutes nos abbayes. Hàtez-vous de l'ar- « mer et de l'expédier en Espagne ». Bon abbé! Quelle sollicitude !

On trouve enfin des armes dignes d'être portées par un tel chevalier, et c'est l'abbé de Saint-Denis qui les fournit... avec plus d'empressement qu'il ne conviendrait. Sur un riche tapis, on a placé les pièces de cette célèbre armure qui furent , dit-on , conquises par Alexandre, en Arabie. L'Empereur les remet de ses propres mains à notre héros ; mais le fils d'Aimeri no veut point les porter avant de- les avoir pieusement déposées sur l'autel de Saint-Denis... avec un cortège de vingt archevêques et de cent abbés. Enfin notre héros se révèle un peu chrétien, et nous nous apercevous que ce Germain est baptisé!

Le voilà debout au milieu de la plus belle cour du monde, le voilà, notre Guillaume... Souliers vermeils, éperons d'or, noble épée dont la garde est pleine de reliques et que la main de Charles lui ceint au côté gauche, pennon que vient de lui envoyer la pauvre

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Orable en lui annonçant son mariage avec Thibaut et en réclamant son secours, haubert « plus flamboyant que vingt cierges », rien ne manque au nouveau chevalier * ; rien... si ce n'est une belle occasion de se servir pour la première fois de ces armes nouvelles. L'occasion se présente tout aussitôt : « Narbonne va « tomber au pouvoir des païens, Narbonne est perdue », s'écrie un messager qu'Hermengart en pleurs a envoyé à son mari et à ses enfiuits '. On apprend alors que la ville d'Aimeri est assiégée par trente rois et quatorze amiraux ; le poëte va jusqu'à nous affirmer que chacun d'eux avait cent mille Sarrasins sous ses ordres. Il n'y a pas là de quoi effrayer le grand cœur de Guillaume. 11 rugit de colère: « A moi »! dit-il, « à moi « tous les chevaliers qui désirent faire des conquêtes ; « à moi tous ceux qui viennent d'être adoubés ! A « moi, et courons sus aux Sarrasins » ! Dix mille Français viennent se ranger autour de lui '.

Mais, au milieu de tout cet enthousiasme, pourquoi le vieil Empereur reste-t-il triste et silencieux? Le poëte va nous l'apprendre, et saura par là préparer fort habilement la Ghansoji qui suivra celle-ci, le Courniiiionont L(n)i/s. h Hélas » ! dit Gharlemagne, « je me « sens vieux et chétif, je me meurs. Mon fils Louis se « trouvera bientôt exposé x\ de terribles dangers ». — « Ne craignez rien », dit Guillaume, « c'est moi qui le « défendrai. Le premier ipii le trahira, je lui couperai « la tête ' ». Charles, plus joyeux, revient à Paris.

Guillaume part, déjà triomphant, et, le long du chemin (pii conduit à Narbonne, il pense à sa mère, il pense à Orable. .Mais surtout il pense aux païens : « Enfin », s'écrie-t-il. « nous allons donc venger Roncevaux »!

1. Enfances GiUlïaion,;, Bibl. Nat. iV. 1 U.^, {^^ S3 v^-Si v». — 2. Bibh Nat. tV. 771, (o n. — n. lùi'L. ibil. — 1. Ihid., ibal.

ANALYSE DEb E^FA.\CES GUlLLAUilL. oOl

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On attendait Guillaume à Narbonne, on rattcndait O'^iivrance

de Aarbonne,

à Orange. Il conimence, en bon fils, par songer à la des^'pÏÏens; délivrauce de sa mère. Sous les murs de la ville assié- ^de'^Gumauine!'' gée, un terrible combat s'engage dès son arrivée, et son frère Bernart s'y montre digne de lui. « Si mon a gonfanon n'était pas rouge de sang païen, je n'ose- (( rais pas ce soir me montrer à Guillaume ' ». Il se lance témérairement au milieu des rangs infidèles ; les Turcs le cernent, ils font pleuvoir sur lui une grèlc de flèches; Bernart va périr ■. Non, non : voici Guillaume qiii fait son entrée dans la bataille sur le terril)le Baucent '. Le combat reconunence, sanglant, et les Sarrasins tombent par milliers. Mais, hélas î ils sont si nombreux!

Jamais bataille n'eut de si diverses, de si émouvantes péripéties. Thibaut est blessé * ; le vieil Aimeri est désarçonné % et, du haut des remparts de Narbonne, la pauvre Hermengart a])erçoit avec angoisse la détresse de son mari '': les trois plus jeunes enfants du comte de Narbonne se précipitent à son secours, et Beuve de Commarcis a la joie de délivrer son père ; le jeune Aimer tue le roi Aarotle ; les païens fléchissent de toutes parts, et Thibaut essaye encore de les retenir : « O Mahomet » ! dit-il, « je voudrais être mort ' ». Four la vingtième fois, le combat recommence ; ou plutôt c'est une vingtième bataille

Ce soir-là, on vit se précipiter sur le bord de la mer

1. Earanc3s Guillaume, Bibl. Xat. (i-. 774, 0 14. — ?. Ibld., f"- 14-1"). — 3. Ihid., fo 15. — 4. Ibid., ibicl. — h.' Jbid., i" IG v". — 6. Jhid., l*'^ 16 v"-17 1-. — 7. Ibid., f° 17.

ANALYSE DES E.\FÀyCES GUILLAUME.

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