I. BIBLIOGRAPHIE
§ 1. Chansons dont sk compose la geste de Guillalme.
a. Ces Chansons sont au nombre de vingt-quatre, que nous allons énumérer dans l'ordre même oii nous devons les analy.ser : lo Les Enfances Gurin de Montglane; 2o Garin de Montglanc ; 3o Girart de Viane ; 4o Hernaut de Beaulande; 5» JRenier de Gcnnes ; G" At)neri de Narbonne; ?<> Les Enfances Guillaume ; S» Le Département desenfans Aimeri ; 9° Le Siège de Narbonne (personne avant nous n'avait encore signalé ce poëme, qu'on avait jusqu'à présent confondu avec les Enfances Guillaiime dont il est complètement distinct); 10" Le Coïtronnement Looys; 11° Le Charroi de Kimes; 12o La Prise d'Orange; 13» Les Enfances Vivien; 14» Le Covenant Vivien; 15° Aliscans (on l'a quelquefois séparé en deux parties, dont la seconde a été intitulée Renoart); IG^La Bataille Loqui fer ; 17" Le Moniage lienoart; 18° Le Siège de Barbastre (et Bèuve de Commarcis, qui en est le remaniement) ; 19" Guibert d'Andrenas ; 20» La Prise de Cordres (sur les leuilles de garde du manuscrit fr. 1448 de la Bibl. Nationale, une main moderne a intitulé ce poëme : « la Conquête de l'Espagne ». Mais personne, d'ailleurs, ne lui a reconnu une existence à part, et Y Histoire littéraire l'a confondu avec le Siège de Barbastre)-; 21° La Mort d'Aimeri de Narbonne ou la Bataille des Sagittaires; 22° Renier; 2"^^ Foulque de Candie ; 2i" he Moiiiagc Guillauine. — b. D'un certain nombre de ces Chansons ou i)eut dire plvs pauticli.u'^rement que ce sont les chants d'un même poëme. — c. Ces Chansons, qui ont entre elles un lien plus étroit, sont les suivantes : Io'Lqh Enfances Guillaume; 2o Le Couronnement Looys ; 3" Le Charroi de Nîmes ; 4o La Prise d'Orange ; 5» Les Enfances Vivien ; Go Le Covcnant Vivien; '(> Aliscans ; 8° La Bataille Loqui fer ; 9o Le Moniage Renoart, et 10" Le Moniage Guillaume. On peut y joindre Fûu.lque di: Candie, dont l'importance cyclique a été considérable. (Voy. les manuscrits fr. de la Bibl. Nat., 3G0, 1449, 774, et le ms de Boulogne.) — d. En tète de cette série on peut encore placer Girart de Viane et Aimeri de
saint Guillem du D<'?sert ; qui est célèbre dans nos Chansons de geste sous le uom de Guillaume Fierebrace, de
Narbonne. (Voy. lems. de la Bibl. Nat. fr. 1448.) — e. Le plus ancien manuscrit cyclique est celui de l'Arsenal 6562 (anc. B. L. F. ISô). qui nous offre le texte plus ou moins complet des quatre Chansons suivantes, dont le lien est encore plus ancien et plus intime : Aliscans, la Bataille Loquifev, le Montage Renoart et le Moniage Guillanme. — f. Quelques Chansons ajoutées après coup et destinées trop visiblement à combler certaines lacunes de la légende portent le nom tï incidences : tels sont, comme nous l'avons dit, le Siège de Barbastre et la Mort d'Aimeri. (Voy. le ms. de la Bibl. Nat. fr. 24369, anc. La Vall. 23.) — g. La plupart de ces Chansons ne sont que des remaniements de poëmes antérieurs. — h. Pour un de nos romans les plus récent.s et les plus médiocres, nous possédons à la fois l'original (Siège de Barbastre) et le rifacimento, dû à Adenetle Roi (Beuve de Cornmarcis). Il nous est aussi resté quelques fragments d'un remaniement de Girartrde Viane (Bibl. de l'.^rsenal 3351, «ne. B. L. F. 22Ç>, f"s 53, 65 et 70). — i. Deux des Chansons énumérées plus haut, Hernaut de Beaulande et Renier de Gennes, ne nous sont parvenues que sous la forme d'un roman en prose. Toutefois, dans chacun de ces Romans, un couplet en vers nous a été heureusement conservé (Bibl. de l'Arsenal 3351, fo 6 et fo 51;. — j. Plusieurs chansons de la geste de Guillaume ne sont point parvenues jusqu'à nous. — h. l\ est absolument certain qu'Aimer le Chétif a été le héros d'un poëme aujourd'liui perdu. Nous en trouvons la preuve dans un passage important de la Mort d'Aimeri de Narbonne : « Ne manda pas Aimer le Chetif — que en Espagne ont Sarrazin assis » (v. 549). Et, d'après ce même roman. Aimer ayant été tué par un païen : « A Porpaillart la teste li toli. » A la fin du Siège de Narbonne, nous trouvons une allusion à une tradition différente sur le même pei"sonnage : « Quar Aymers à l'aduré talant. — S'en est râlez en \'enise lagrant. — Là guerroia païens en son vivant. » (Bibl. Nat. 24369, A, fo 75 r°.) C'est cette légende qui a été adoptée par Albéric do Trois Fontaines : « Hic inserenda est etiam liistoria de Aymero captivo, Nemerici de Narbona penultimo filio, qualiter auxilium Romanis et Papfo pr;estitit contra Saracenos, et captus et vulneratus ibi fuit, et in Venetiam ductus ». (Éd. Leibnitz, p. 115.) La grande compilation italienne du quatorzième siècle qui est connue sous le nom de Xerbonesi nous a laissé sur Aïmcr des récits fort développés, qui semblent se rap[)rocher de la version de la Mort d'Aimeri de Narbonne et peuvent être considérés comme un résumé très-libre d'un ancien poëme français (liv. II, chap. xxiii et ss. ; liv. IV, chap. xiv et ss.) — l. Il est également certain (d'après la compilation en prose française du ms. de la Bibl. Nat. fr. 1497), qu'Hernaut le Roux avait été l'objet d'une chanson héroï-comique. (É2iopées françaises , 2« éd., III, pp. 291 et ss.) — m. Il n'est pas ilémontré que des chansons analogues aient été consacrées à Bernard de Brebant et à Garin d'Anseune.
§ 2. Date de la composition'.
a. Le texte que nous possédons aujourd'hui des Chansons de la geste de Guillaume ne remonte pour aucune d'elles au-delà du douzième siècle. C'est ce que démontrent à la fois leur langue, leur versification, leur agencement littéraire, les péripéties de leur action. — b. Mais ces textes qui sont parvenus jusqu'à nous ne représentent pas, en général, la plus ancienne rédaction de ces Chansons. — c. On peut regarder comme certain qu'à tout le moins, dès la fin du onzième siècle, on chantait en langue vulgaire un ou plusieurs poëmes
II PART. I IVR. II
CIIAP. I.
II PART. IIVE. II
Guillaume au Court-Nez, de Guillaume-d'Oraiige
C'est ce Guillaume dont les portes du moyen âge ont
dont Guillaume était le héros. — d. Orderic Vital (né en 1075) dit, au commencement du douzième siècle : « Vulgo canitur a joculatoribus de illo [wiLLELMo] CANTiLEXA, sed jurc pi'ccferenda est relatio autlientica. » (Orderic Vital, lib. VI, édit. de la Société de Ttlisloire de France, III, pp. Set 6.) Ces cantilénes ne sont ici autre chose que les plus anciennes branches de la geste de Guillaume. C'est ce qu'indiquent clairement les mots : Canitur a joculatoribi's. La défiance même d'Orderic Vital à l'endroit de la vérité historique de ces poëmes permet de supposer qu'ils avaient déjà rfeçu de grands développements légendaires et avaient tout à fait revêtu le caractère épique. — e. C'est à tort que pour fixer la date de ces premières chansons de notre geste, on a invoqué le témoignag-e de la Vita sancti Willehni. L'auteur de cette biographie pieuse parle très-explicitement de certains chants qui célébraient Guillaume : « Qure enim régna, quje pi'ovincire, quœ gentes, quœ urbes Willelmi ducis ])otentiam non loqv.unt\rr, virtutem animi, corporis vires, gloriosos belli studio et frequentia triumphos? Qui chori juvenum, qui conventus populorum, prœcij)ue militum ac nobilium virorum, qufc vigilire sanctorum non résonant et modui.atis vociBus DECANTANT qualis et quantusfuit; quam gloriose sub Carolo glorio.so militavit; quam forliter quamque victoriose Barbaros domuit et... quanta ab eis pertulit ; quanta intulit, ac deinum de cunctis regni Francorum finibus crebro victos et refugas perturbavit âc expulit ? Ilrec enim omnia et multiplex vitre ejus historia, cv.rn adhuc v.biqv.e pcne terrariiniso-ïmmxhabeantin', etc. » (Vita ab auctore gravi sœcnlo iindecimo scripta, Acta sanctorum maii, VI, 811.) — /". Mais il faut remarquer, en premier lieu, que la l'ita sancti Wiîleîmi, attribuée par Mabillon au ix' siècle et par les Bollandistes au xi^, est sans doute une œuvre du commencement du xii" siècle, comme l'a démontré M. Revillout (Etude historique et littéraire sur l'ouvrage latin intitulé: Vie de saint Guillaume). Par conséquent, son témoignage n'a ici aucune valeur. — g. En second lieu, il convient d'observer que les poésies populaires signalées par notre hagiographe ne sont point exécutées par des jongleurs, par des hommes du métier, mais qu'elles sont chantées PAR, TOUT LE PEUPLE. Or ce Caractère ne peut évidemment convenir qu'à des chants courts, vifs et rapides, qui peuvent aisément se graver dans la mémoire de la foule et éclater dans sa voix. Donc ces poésies populaires n'étaient pas des Chansons de geste, mais très pi'obablement des Cantilénes. Nous nous étonnons que M. Revillout ait pu se tromper sur ce point capital (1.1., pp. Gl, G2), et avancer que ces chants modulés dont parle la Vita n'étaient pas des hymnes guei-riers, mais les chansons même de nos trouvères. — h. Il fout donc se servir du seul texte d'Orderic ^'ital pour affirmer, comme nous l'avons fait plus haut, que les plus anciennes chansons de notre cycle remontent au xi<^ siècle. — i. Il est permis d'être plus téméraire et de remonter plus haut. M. Gaston Paris (Histoire x>oétiqv.e de Charlemagne, pp. 465-468) a publié, après M. Pertz (Scriptores, III, 708-711), le fragment d'un manuscrit de La Haye, dont les deux érudits fixent la date au dixième siècle. Dans ces quelques pages, dont M. G. Paris a le premier reconnu la nature et la valeur, il est question d'une guerre sanglante où figurent des personnages nommés Wibelinus, Ernaldus, Bernardus et Bertrandus. Or ce sont là quatre héros du cycle de notre Guillaume, et les trois premiers sont ses propres frères. L'auteur de Y Histoire jwétique de Charlemagne voit, dans ce récit, la traduction amplifiée d'un poème français, et il en conclut que nos Chansons avaient cours au dixième siècle.
célébré lonoriiemeiit tous les ancêtres, afin de créer à u part. uvr. n.
C ' CHAP. I
un héros aussi glorieux une généalogie cligne de lui.
Nous nous sommes rattaché à ce système que nous avions primitivement combattu (Ej^opées françaises, 2^ éd., I, pp. 74-76). — J. Quoiqu'il en soit et à quelque époque que remontent les premières Chansons de la geste de Guillaume, nous n'avons plus ce teste primitif. Le; plus anciens testes qui nous soient restés ne sont pas, comme nous l'avons dit, antérieurs -au douzième siècle. — k. Mais, entre la rédaction la plus ancienne et nos premiers rifacimenti, il n'y a certainement pas eu autant de différences notables qu'entre le Roland d'Osford et les premiers remaniements de cette Chanson. On a surtout modifié la langue et la versification : on a respecté généralement l'action épique, et rien d'important n'a péri. — l. D'après l'âge des différents manusÀnts que nous possédons aujourd'hui, d'après la nature intime de chacun de nos poëraes , d'après la comparaison scientifique que l'on peut faire de ces Chansons avec les Romans des autres gestes qui sont esactement datés, et, enfin, d'après plusieurs autres éléments de critique, on peut présumer que les poëmes du cycle de Guillaume ont été composés à peu près dans l'ordre suivant : Premier groupe. Aliscans (première rédaction) : Moninge Guillaume (première rédaction). — Deuxième GROUPE. Aliscans {?,&çoxn\& rédaction); Bataille Loqidfer ; Moniage Renoart; Moniage Gidllav/ne (voy. le ms. de l'Arsenal 6562, anc.B. L. F. 185, qui est le plus ancien des manuscrits connus). — Troisième groupe. Enfances Guillat-rne (première rédaction, comprenant la Prise d'Orange) ; Charroi de Kimes; Cov.ronnement Zoo^/* (première partie). — Quatrième GROUPE. Enfances Giàllainne (seconde rédaction, ne compi'enant plus la Prise d'Orange); Département des enfans Aimeri; Prise d'Orange (seconde rédaction, composant un poëme à part) ; Couronnement Looys (seconde partie) ; Covenant Vivien, et peut-être, mais très postérieurement aus Chansons précédentes, les Enfances Vivien. — Cinquième groupe. Girart de Viane et Aimeri de Narbonne. Suivant une très-juste observation de M. G. Paris, ces deux Chansons sont celles où l'on a voulu souder la geste de Guillaume avec celle d' Aimeri; et il convient d'ajouter qu'elles forment aussi un trait d'union entre la geste de Guillaume et celle du Roi. — Sixième groupe. Foulque de Candie; Siège de Barbastre ; Siège de Narbonne ; Prise de Cordres ; Guibert d'Andrenas; Renier ; Mort d' Aimeri de Narbonne. — Septième groupe. Garin de Motitglanc ; Beuve de Comrnarcis (remaniement par Adenet du Siège de Barbastre) ; HernaiU de Beaulande et Renier de Gennes. — Huitième et dernier groupe. Ic". Enfances Garin de Montglane. — m. C'est seulement à titre d'hypothèse probable que nous avons donné le tableau qui précède, — n. Dans le début de Garin de Montglane, poëme qui appartient à la première partie du treizième siècle, on remarquera les vers suivants : « Oï avés canter de Bernard de Brubant — Etd'Ernaut de Beaulande, d'Aimeri son enfant, — De Girars de Viane à l'orgoillos sanblant, — Et de Renier de Gennes que Des parama tant, — Ki fu père Olivier le compaignon Rolant, — De Guillaume, de Fouke et du preux Viviant...» (Bibl. Xat. fr. 24403, anc. La Vall. 78, f 1, col. 1.) Ces vers nous donnent quelque idée des Chansons de notre cycle qui avaient été composées avant 1230-1250 et qui avaient encore la vogue au miUeu du siècle de saint Louis. — o. En résumé, les premiers poëmes de notre geste ont eu pour objet Guillaume lui-même qui en était le héros central, et, dans la vie de Guillaume, les grands événements qui faisaient centre, sa défaite historique à la bataille de Villedaigne, son entrée dans un monastère (Aliscans, Moniage Guillaume). Puis, on s'est mis à développer ces faits
INTlinoUCTiriN A LA GESTE DE GUILLAUME.
Il l'ART. I.IV CHAI'. I.
n.ii. Son bisaïeul, Garin, fils diiii duc d'Aquitaine et de cette aimable Flore à laquelle une légende tardive a prêté
si profondément épiques ; on a remonté, pour Guillaume, le cours des années ; on nous a fait assister à ses "conquêtes dans le Midi (première rédaction des Enfances, Prise d'Oranrje, Charroi) et à la prétendue protection dont il aurait entouré le fils de Charlematrae (Couronnement Looys) ; on a pk\cé de bonne heure auprès de lui un personnage héroï-comique destiné à animer plus joyeusement ce cycle trop austère (Aliscans, Bataille Loqrnfer, Moniage Benoart). Les poëmes sur ^'ivien et sur Foulque ne sont venus qu'après : Vivien, en particulier. n"est qu'un type d'emprunt, servilement calqué sur celui de Roland. C'est dans Girart de Viane que se trahit pour la première fois la préoccupation cyclique; c'est Girart de T'/«)ie, qui, dans l'histoire de nos épopées, sert peut-être de traiisition entre la période de splendeur et la période de décadence. Dans Aimeri de Narbonne, il conviendrait de mettre î\ part le fameux début qui repose sur des traditions antérieures et où il faut voir sans doute un des plus anciens éléments de la geste. A l'époque suivante, on se contentera de délayer les lieux communs de la légende épique : de là le Siège de Barbastre, le Siège de Narbonne, la Prise de Cordres, etc. ; il ne serait pas facile de trouver dans tous ces poëmes une seule tradition véritablement digne de ce nom. Mais la décadence se précipite encore. On aborde les héros collatéraux, les frères de Guillaume : de là ces poëmes A demi ridicules iVIIernant de Beavlande et de Renier de Gennes, dont nous n'avons qu'un grossier rifacimento. Ou bien, on remet en bon français certains poëmes en possession du succès, tels que le Siège de Barbastre : et de là Beitre de Cornmarcis, cette œuvre de l'élégant et fécond Adenet. Garin de Montglane n'est plus qu'un roman d'aventures écrit par hasard en vers épiques et consacre par hasard à des héros de notre geste. Au quinzième siècle, un dernier remauieur écrira, en remontant encore plus haut, un poëme sur l'enfance de Garin, où il racontera maint tournoi, mainte passe d'armes, et qui ne sera plus qu'un roman dans le sens absolument moderne de ce mot... Tel est, suivant nous, l'ordre dans lequel se sont suivis les dillërents poëmes de notre cycle. Mous verrons plus tard (et c'est une autre question) comment s'est foi-mée la légende elle-même.
§ 3. Origine de nos Pokmes.
« Les Chansons qui composent la geste de Guillaume sont-elles d'origine FRANÇAISE OU d'oRIGINE PROVENÇALE? PoUR POSER PLUS NETTEMENT LA QUESTION, LA LÉGENDE DE GUILLAUME AURAIT-ELLE A LA FOIS DONNÉ NAISSANCE A DES POËMES ÉPIQUES DANS L.\ LANGUE d'o'IL ET DANS LA L.^NGUE d'oC ? Et CERTAINS POËMES DU Midi n'aURAIENT-ILS PAS ÉTÉ, D.\NS CE CAS, l'oRIGINAL DE
QUELQUES-UNS DE NOS ROMANS? » Tel cst le grave problème qui, depuis plus de trente ans, divise les érudits de France et d'Allemagne. En faveur du Midi se sont nettement prononcés Fauriel (Histoire de la jioesie provençale, II, 401 et suiv. ; III, 453 et suiv. — Sixième leçon à la Soi'bonne, en 1832, Revve des Deux-Mondes, tome VII) et Raynouard (Journal des savants, août et septembre 1833) ; le Nord a été défendu par MM. Paulin Paris (Garins H Loherains, préf.. p. vi, etc.) et Victor Le Clerc (Histoire littéraire, XXIV. 436 et suiv., et 2^ussi7n). "M. Fauriel avait, d'ailleurs, posé la question avec une rigueur que ses partisans eux-mêmes pouvaient trouver exagérée. II affirmait « l'existence évidente de plus de cent Romans provençaux » ; il prétendait que « le cycle de la poésie carlovingienne avait été plus étendu et ph's varié en provençal qu'en français ». C'était trop demander, et
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE. f>
trop ingénieusement toutes les infortunes de Berte aux n part. in-R. n.
i ^ < HAI'. I.
grands pieds, ne fit que traverser, sans s'y arrêter,
M. Paulin Paris lui répondit ingénieusement que l'Epopée provençale était sans doute «simple, sublime, admipable ; mais qu'elle avait un grand défaut, un seul, celui d'être perdue » (1. 1., p. vu). Telle fut la première phase de cette discussion. Mais la polémique a été reprise plus complètement, en 18G6, par MM. Gaston Paris et Paul Meyer. Le premier, dans son Histoire poétique de Charlemagne (pp. 80 et suiv.), s'est fait très-vivement le défenseur de la langue d'oc et a supposé l'existence de toute une Épopée provençale dont il a essayé de reconstituer les éléments pei'dus. Le second, dans ses Recherches sur rEpojiée française (pp. 38-63), a soutenu, avec une érudition sûre, la thèse absolument contraire et a conclu ainsi qu'il suit : « En résumé, dit-il, l'hypothèse qui admet cette existence d'une « Épopée provençale depuis longtemps disparue a une tiiple preuve à « fournir. 11 lui faut : 1° montrer au moins quelques traces de cette épopée; « 2° rendre compte de sa perte ; 3" établir qu'elle est, dans notre histoire « littéraire, un fait nécessaire. Or il se trouve que l'Épopée provençale n'a « point laissé de traces ; que l'ien ne saurait justifier sa complète ilispari- « tion ; qu'enfin, l'hypothèse de son existence étant mise de côté, on n'a- « perçoit aucune lacune, aucune solution de continuité dans le développe- « ment littéraire du moyen âge. C'est donc une hypothèse qu'il faut « abandonner » (1. 1., p. G3). Plus récemment (1874), dans son "beau livre De la poesia heroï co-jiopular castellana (p. 455), M. Mila y Fontanals a essayé de prendre position entre les deux écoles, non sans laisser voir quelque sympathie pour les idées de M. G. Paris. Nous nous rangeons, quant à nous, à l'avis de M. Paul Meyer, que nous avons eu déjà l'occasion de soutenir dans notre tome I(pp. 1S9-146). Mais nous allons repi-endre Texamen de toute la question, en exposant et en combattant un à un les arguments de M. G. Paris et de son école. Nous leur céderons volontiers la parole : car c'est aux partisans de l'Epopée provençale de parler les premier et de fournir leurs preuves.
■Voici les réponses et les raisonnements de nos adversaii-es.
a. « La Provence n'a pas été étrangère à l'esprit épique : » La question n'est pas précisément de savoir si la Provence a été « étrangère à l'esprit épique » ; mais il s'agit en réalité de constater scientifiquement « s'il a véritablement existé tout un vaste ensemble de poèmes provençaux aujourd'hui perdus, dont quelques-uns tout au moins ont été les originaux de nos poëmes français, et qui pour la plupart furent consacrés à la gloire de Guillaume ou de sa geste. » C'est en ces termes qu'il faut poser le problème. Or, sauf Girartz de Rossilho qui, comme le dit M. Paul Meyer, « n'a pas été composé dans la limite des i>ays de langue d'oc, mais un peu plus au nord et, si l'on veut, sur la limite des deux langues d'oc et d'oïl » (Revue de Gascogne, X, nov. 1869, pp. 474 et ss.) ; sauf ce Fierabas et ce Betonnet qui ne sont l'un et l'autre qu'un calque senile d'anciens poèmes français (voy. notre tome I, pp. 131-134); sauf enfin un Roman de Tersin, en fonne de chanson de geste, « qui fut écrit vers le milieu ou vers la fin du treizième siècle, à une époque où l'influence de la littérature française avait répandu le goût de ce genre de composition et qui ne peut, en aucune laçon, avoir été une œuvre primitive et vraiment épique (Romania, I, 54); sauf ces exceptions sans valeur, nous ne possédons pas lxe seule chanson provenç.\ie, tandis que nous avons conservé plus de quatre-vingts romans en langue d'oïl. C'est à l'école de Fauriel qu'il appartient d'expliquer la dispaiition de tous les poëmes en lang-ue d'oc. M. Gaston Paris l'a fait, avec érudition, avec
n PART. LivR. II. les amours de Florette, de Germaine et d'Yvoire; ré-
CH.VP. I. < 1 IV
concilia son père désabusé avec sa mère dont 1 inno-
esprit, daas soa Histoire poétique de Charlemagae. Deux causes principales ont produit, suivant lui, cette disparition fatale. « Et tout d'abord, « dit-il, nous crovons pouvoir attribuer à la désastreuse guerre des Albi- « geois la perte d'un grand nombre de poèmes provençaux. Il est certain « qu'on détruisit alors beaucoup de monuments de la langue d'oc. » Mais, comme l'a foit observer avec justesse M. Paul Meyer, on ne saurait fournir une preuve, uxe secle preuve, à l'appui de ce II est certain. Comment expliquer, d'ailleurs, que la poésie épique de tout un peuple ait ainsi péri, quand sa po'ésie lyrique est en grande partie parvenue jusqu'à nous ? Or. c'est précisément cette poésie lyrique des troubadours que les Français devaient redouter le plus ; c'est là que se trouvaient tant de sirventes terribles, tant de satires vigoureuses. Pourquoi nous sont-ils restés, ces chants dangereusement nationaux, tandis que les poëmes inoffensifs sur saint Guillaume auraient universellement disparu? « Si les conquérants, dit M. P. Meyer, ii'ont pas détruit les vers de Pierre Cardinal et de Guillaume de Figueiras, comment auraient-ils supprimé des poëmes qui ne pouvaient leur causer aucun ombrage, où ils retrouvaient des traditions qui leur étaient communes avec les Français, et qui pour eux étaient glorieuses ? » Ajoutons ici que les Jongleurs « savaient par. cœur » les Chansons de leur répertoire, comme nous l'avons prouvé dans notre premier volume (1" éd., pp. 396, 397). Si les Épopées provençales ont existé, elles ont été doublement insaisissables ; à moins, toutefois, que les Français n'aient été assez cruels pour massacrer tous les jongleurs qui les chantaient, qiwd est demonstrandiun. — Mais, répond M. G. Paris : « La disparition des poëmes « du Midi peut encore s'expliquer par la négligence des Provençaux eux- « mêmes, par le développement de leur poésie lyrique et par leur dédain « ultérieur pour la poésie éjiique. . » C'est encore une supposition qui ne s'apjnde srtr Avcvs fait; c'est, comme le dit l'auteur des Recherches sirr l'Épopée française, une hypothèse qui fait bon marché du patriotisme provençal : « Elle s'accorde bien peu avec cette explosion du sentiment « national qui s'est manifestée au commencement du treizième siècle, à « l'occasion de l'invasion française. » Puis, les allusions des derniers troubadours eux-mêmes, celles de Ramon Feraud, qui écrivait en 1300, et de tant d'autres, prouvent jusqu'à l'évidence combien les traditions épiques de la France restèrent obstinément populaires au sud de la Loire. Pour connaître si bien les aventures de Charlemagne, de Guillaume, de Louis, d'Hernaut de Beaulande, de GuibeUn et de nos moindres héros, il fallait que les poètes des douzième et treizième siècles s'intéressassent vivement aux chants où ces faits épiques se trouvaient célébrés. Était-ce montrer tant de dédain pour la poésie épique que d'en citer si souvent les héros et la légende ! — « Mais, dii-ez-vous, ces Chansons citées par les troubadours étaient provençales. » Si ces Chansons étaient provençales, les Provençaux n'ont donc pas eu pour l'épopée ce beau dédain dont vous parlez. C'étaient si bien des Chansons françaises, qu'un des auteurs du fameux poëme sur la guerre des Albigeois a écrit ces deux vers, désormais célèbres : « Senhor, remembre vos de Guillelme al cort nés, — Co ab seti d'Aurenga sufrit tan desturhiers » (vers 4106). Il y a bien al cort nés, qui rime avec desturbiers, et non pas al cort nas. Ces vers, qui ont été remai*qués avant nous par M. Jonckbloet, prouvent nettement que les mots Guillelme al cort nés ne faisaient plus qu'un seul et même vocable, importé et popularisé dans le Midi par nos jongleurs français. D'ailleurs, nous rentrons ici dans la discus-
cence fut publiquement reconnue ; abandonna son duché " i-art. iivr. h.
d'Aquitaine pour aller chercher fortune à la cour du roi
sioii générale, que nmis allons aborder avec de nouveaux arguments. Il paraît seulement démontré jusqu'ici que la disparition des Epopées provençales ne i»eut s'expliquer ni « par la négligence qui les aurait laissé périr dans l'oubli ». ni « par une suppression violente ».
b. «La scène des poèmes de notre geste est généralement « au Midi. » C'est dans le Midi que l'histoire place également le théâtre de ceux de ces faits qui ne sont point fabuleux. Qu'en peut-on conclure? Faudra-t-il poser le principe suivant : « Une épopée appartient nécessaii'e- « ment au pays où l'on a placé le théâtre de ses événements ? » Et la scène de V Iliade n'est-elle pas en Asie ? « Mais les Grecs, (répondra-t-on, avaient un puissant intérêt à la piise de Troie, et c'est cet intérêt qui domine dans le poëme attribué à Homère. » Je répondrai que les Français du Nord avaient un puissant intérêt à la délivrance de la France du Midi, et que c'est cet intérêt qui domine dans toute notre geste. Pourquoi, d'ailleurs, établir un tel contraste, une telle opposition entre le Midi et le Nord de la Fi-ance ? Une séparation aussi absolue n'existait ni au huitième siècle, ni au commencement du neuvième. Et deux siècles plus tard, dans la Chanson de Roland elle-même, la France du Nord et la France du Midi sont encore confondues cent fois en un seul et même pays qui s'appelle « la France », Nous aurons lieu de le démontrer plus tard.
c. « Ces poèmes racontent la co nquête des villes du Midi « sur les Sarrasins. » Rien de plus vrai, mais ces villes du Midi étaient en réalité le boulevard de toute la France, et même de toute la chrétienté contre les païens. Cette double importance suffisait pour rendre la conquête de ces villes aussi populaire dans le Nord que dans le Midi de la France. Ces conquêtes, du reste, ont été faites par des armées où les Français du Nord tinrent une très-large place. De retour dans leurs foyei's, ces soldats, tous les soldats de l'armée d'Espagne, racontèrent leurs campqgnes. Et c'est ainsi que ces récits purent se réjiandre avec autant de puissance et de vivacité dans toutes les parties de la France, dejjuis les Pyrénées jusqu'au Rhin ; c'est ainsi qu'ils donnèrent partout nai.ssance aux mêmes légendes.
d. « Les héros de nos poèmes sont originaires du Midi. » Dans les Epopées primitives, l'important n'est pas de connaître exactement le lieu d'où les héros sont originaires, mais la part qu'ils ont prise aux grandes péripéties historiques delà vie de telle ou telle nation. Leurs exploits importent plus que leur naissance. Napoléon, qui est un Corse, a donné réellement naissance à une épopée toute fi-ançaise. Mais d'ailleurs, Guillaume, héros central de toute la geste, ne peut passer pour un Français du Midi. Il apjiartient par plus d'un côté au Nord d'où la Vita nous le montre originaire. Quil ait fait partie de la famille de Charlemagne, c'est ce qu'on ne saurait donner pour une certitude ; mais rien ne semble plus jjlausible. Dans un vieux Martyrologe, il est écrit que sa mère était sœur d'Hiltrude et de Landrède(?), filles de Charles Martel. C'est probablement de son père Théodoric que parle Egànhard dans ses Annales, à l'année 782, et il décore ce comte ripuaire du titre de 2^1'opinquus reyis. Nous ne serions donc pas éloigné de croire, avec L. Clarus, que notre Guillaume ait été cousin de Charlemagne. En tout cas, on le voit sans cesse agir en véritable Frank. Dans toute son histoire réelle, comme dans toute son histoire légendaire, il est le délégué, le chargé d'affaires, le représentant du roi Charles qui est im homme du Nord. Encore un coup, d'ailleurs, à Tépoque où il vivait, le Nord et le Midi étaient unifiés, et les Français de la Neustrie et de l'Austra-
II PART. LIVR. II
rnAP. I.
de France ^ repoussa les avances libertines de la reine Galienne, qui ne méritait plus l'amour de Charles, et
sie s'intéressaient aussi vivement que ceux de la Provence et de la Gascogne aux défaites des Sarrasins, qui menaçaient toute la chrétienté et l'Europe tout entière.
e. « Les possessions de ces héros sont en Provence et en « Languedoc. » L'histoire nous montre Guillaume envoyé par Charlemagne pour empêcher l'Aquitaine de tomber aux mains des Yascons, et, plus tard, des Sarrasins. C'est en cette qualité de fonctionnaire de Charles qu'il administre cette partie de l'Empire. Si donc nos poètes lui donnent, à lui ou à salamilie, certaines ])ossessions au Midi de la France, c'est uniquement is. cause des souvenirs historiques qu'avaient laissés le gouvernement et les conquêtes de Guillaume ; c'est en raison de tous les services rendus au Midi par cet homme du Nord.
f. «Presque tous les noms que portent les héros de cette « g e s t e s o n t t r è s - f r é q u e n t s d a n s 1 e M i d i ; ra r e s o u inconnus « dans les pays de langue d'oïl (Arnaud, Bertrand, Foulque, « Aimeri, etc.) » Cette argumentation, tout d'aijord, n'atteint pas le nom du chef de la geste, de son héros central, de Guillaume; car il est bien connu que ce nom appartient au nord tout aussi bien qu'au midi de la France. Gn en peut dire autant des noms de la plupart des frères de Guillaume : Bernard, Beuve. Garin. Guibelin : peut-être même leur physionomie indique-t-elle le Midi moin* que le Nord. Il en est de même (si Ton remonte avec les cycliques la généalogie de Guillaume^ des noms de ses bisaïeul et grands-oncles paternels : Garin, Renier, Milon et Girard. Il en est de même encore de ses neveux : Gui, Girard, Vivien, Gandin, Richer, Samson, Eygelier, Anquetin, Rabel, Estourmi, Villart (et non pas Mullars, comme l'a imprimé M. G. Paris) Solder, du Plessis, Morand. La jjlupart de ces noms sont surtout français. Il ne reste donc que quatre vocables en litige : « Aruaud, Foulque, Bertrand et Aimeri. » D'attentives recherches dans les Monvmenta de Pertz et dans les Historiens de France nous ont permis de constater que les trois premiers de ces noms sont tout .\ussi USITÉS au Nord qu'au Midi. On trouve à peu près autant de Foulque, A'Arnaud et de Bertrand en-deçà qu'au-delà de la Loire. Nous sommes prêt à en fournir cent exemples. Quant à Aimeri, il est certain que ce vocable, sous cette forme même, a été plus emjjloyé au Midi qu'au Nord. Mais il est aisé de comprendre que le nom d' Aimeri a pu se rencontrer de bonne heure, soit dans les traditions orales, soit dans les cantilènes du nord et du midi de la France ; que des chants oraux et lyriques du midi il a fort bien pu passer dans ceux du nord, et que, par conséquent, il n'est aucunement nécessaire de supposer ici l'existence d'une Epopée provençale.
g. « Albéric de Trois -Fontaines appelle Nemericusle fils « d'Hernaut de Beaulande, et il est impossible de ne pas « voir dans ce -nom la forme provençale n'Aimerics, qui se « trouve en effet citée... » M. Paul Meyer (Recherches sur l'Epaj^ée française, p. 43) fait remarquer avec raison que cet argument n'est point fondé. C'est seulement dans les documents plus récents de leur poésie épique ou narrative {Fierabras, Flamenca) que l'emploi de la particule e?i se généralise dans la langue d'oc pour désigner les barons, les noljles ; dans Girart: de Rossilho, ils sont encoi-e, ils sont toujours qualilîés de Don. — D'un autre côté, saint Anthelme, évêque de Belley au douzième siècle, a été appelé Nanthelmus, « et ce n'est pas à Belley qu'on peut supposer la présence de la particule N ». — D'ailleurs Albéric de Trois-Fontaines n'a
NOTICE HISTORIQUE ET BlBLlUGliAPHlnLE. 13
parvint à coïKiiiérir le château de Monterlane avec la " i^^^r l'vr. h
i ^ '^ CIIAP. I.
main de son amie Mabille ^ Son grand-père fut ce rude
évidemment connu que des poëme.s français, et même des poëmes français de la décadence, des chansons cycliques. — Telles sont les observations de M. Meyer. Somme toute, il n'y a là qu'une question de pi'ononciation, et la nasale a été « piaquée » devant Va pour préciser le son. C'est ainsi que, dans les Narbonesi, on trouve Namieri pour Aïmer , Nameriylietto, pour Ainerighetto, etc
h. « Dans les j) o o m e s de ti u i il a u m e il est facile de s i g n al e r , « après M. Fauriel, la mention constante d'oliviers devant « les palais, sur les routes. Donc, ces poëmes auraient été ori- « g'inairement composés dans le Midi. » Les oliviers se trouvent en aussi grand nombre dans tous les poëmes du Nord, dans ceux-là même
QUI n'ont évidemment subi aucune INELUENCE MÉRIDIONALE. DaUS le JRohdid,
dont on ne peut contester l'origine très-française , l'olivier joue un rùle assez important : « Guenes chevalcliet sur une olive halte » (v. 367), « Lur clievals laissent de desuz une olive » (v. 2705), etc. Quand ils avaient besoin d une rime en iei-, les trouvères se servaient du mot « olivier ». Dans le roman de Gavfrey, on trouve ce vers : « Venus est à Aliaume qu'il vit sous l'olivier » (vers 55-12). Dans Gui de Kahtev.il, le l'oi tient en sa main une « verge florie d'olivier » (vers 790), et le poète nous montre des oliviei-s près de Paris, autour de Saint-Germain-des-Prés : « Cha s'aresterent desous un olivier » (vers 994). Dans Aye d'Avignon, la scène est un moment transportée en Bourgogne : « Au perron de la sale desoz un olivier — Sunt venu li baron entor le duc Garnier » (vers 2870). Dans Floovant, on lit : « Mon depor en ferai desoz cel olivier » (vers 366), et nous sommes dans les Ardennes. Dans les Quatre Fils Aimon, l'olivier ne fleurit pas moins al)ondammeat sur les propres rives de la Meuse : « Mon tref me faites tendre dessous un olivier » (Renaus de Montauban, éd. P. Tarl)é, p. 69). Voy. aussi Doon de Mayence (v. 2962), etc., etc., etc.
i. « Dans les poëmes de la geste de Guillaume, on constate « une ignorance assez grande de la to])ographie du Nord, « une connaissance exacte de celle du Midi. » La connaissance de cette topographie du ^Iidi fût-elle réellement exacte et comj)lète dans les Chansons de notre cycle, on n'en pourrait rien conclure d'évident en faveur de l'épopée provençale. La seule conclusion légitime serait la suivante : « Ces poëmes sont écrits d'après certaines traditions où l'on a gardé des notions assez précises sur le théâtre des exploits de Guillaume. » ■Mais, comme on s'en convaincra dans tout le cours de ce volume, rien n'est moins démontré que l'exactitude topographique de nos poëmes. Leurs auteurs connaissent assez l)ien la route qui conduit du Nord au Midi et les différentes étapes de cette route ; ils savent à peu près la situation respective d'Orange et de Narbonne. Voilà presque toute leur science, et ils connnettent d'ailleurs vingt méprises étranges. La leclure de nos analyses rendra ce l'ait évident.
j. « Les anciennes Chansons frn 11 çai ses de la geste du « Roi ignorent absolument 1 e s h è r 0 s de la g e s t e d e G u i 1- « 1 a u m e : 0 n n' e 11 t r o u v e p a s u n s e u 1 d a n s jK o ^ « n rf, n i d a n s « tous les autres poëmes qui portent évidemment le ca- « r a c t è r e f r a n ç a i s. Donc, ce sont deux c y c 1 es tout à f a i t <■< indépendants, et il estpossi-blc que l'un des deux ap- « partie nne au midi et l'autre au nord. » Cet argument est peut-être le plus spécieux de tous ceux qu'a l'ait valoir M. Gaston Paris. \\
iiPAET.LivR.il. et coiirao-eux Heriiaut qui, après avoir fièrement subi
CH \P I
'—— — la pauvreté dans le palais de son père Garin, conquit la
convient toutefois de rappeler ici le mode de formation de nos épopées. Elles se sont formées par cycles. Un certain nombre de poètes se sont groupés autour d'un héros, d'une famille héroïque, de quelque grand fait national ou reUgieus. Et ces poètes se sont mis à chanter uniquement ces événements, cette famille, ce héros. C'est ce qui s'appelle un cycle. Sur la surface de la France, — dès le cUxième siècle et même auparavant, — on peut apercevoir un certain nomîjre de ces groupes, Ce qui se chante au milieu de chacun d'eus ne ressemble point à ce qui se chante au milieu de tous les autres, et chaque cycle est plus ou moins indépendant des cycles voisins. L'un est consacré à Charlemagne, l'autre à Guillaume. Chacun d'eu.s s'appuie, d'ailleurs, sur des traditions orales qui n'ont point la même origine ; chacun s'attache à des légendes différentes. Faut-il s'étonner, après cela, que les héros de la geste de Guillaume ne soient pas les mêmes que ceux de la geste du Roi? Il n'y a là rien de plus surprenant, aju-ès tout, que de ne point voir figurer dans la geste du Roi, ni dans celle de Garin, ni dans celle de Doon, les héros de la geste provinciale des Lorrains. Toute la question se réduit, en définitive, à savoir si la délivrance du Midi par Guillaume a été un événement populaire au nord de la France ; s'il y a pu donner naissance à des traditions, à des légendes, et par conséquent à un cycle. S'il en est ainsi, la geste de Guillaume a pu très-naturellement demeurer aussi indépendante des autres- gestes que les Lorrains ou Girart de RûKssiUon. Tout se résume en ce fait « que des traditions orales, communes au Noi'd et au Midi, n'ont pas mêlé Guillaume aux autres cycles. » Et par là tout s'explique aisément.
k. « La délivrance des provinces méridionales peut sans « doute intéresser les Français du Nord comme un de leurs « plus glorieux exploits, mais non pas les enthousiasmer « comme une grande œuvre nationale. Dans le Midi, au con- « traire, cet événement avait une importance considérable.» C'est là, suivant nous, l'erreur capitale de M. Gaston Paris, et celle d'où dérivent toutes les autres. Pendant deux cents ans, les Sarrasins furent en réalité la plus grave préoccupation de la France tout entière. C'est qu'ils menaçaient non-seulement la nation française, mais la foi catholique qui était commime au Nord et au Midi. Toutes les luttes qu'on soutint contre eux furent avant tout des luttes religieuses, qui intéres-saient au.ssi vivement le Nord que le Midi. Ce fut un homme du Nord, Charles ^Llrtel. qiù les arrêta à Poitiers à la tête d'une armée d'hommes du Nord, et cette seule victoire suffirait à nous faire comprendre la persistance dans le Nord des légendes qui célébrèrent la déUvrance du Miili. Ce fut un homme du Nord, un autre Charles, qui reprit les traditions de Charles Martel et lutta pendant prescjjie tout son i-égne contre les Sarrasins d'Espagne. Ce fut le fils de ce roi du Nord, Louis, roi d'Aquitaine, qui représenta son père dans ces luttes gigantesques auxquelles prirent part des armées de Franks, d'hommes du Nord. Ce fut encore un homme du Xord, un délég-ué de Charlemagne, qui arrêta, comme un second Charles Martel, les invasions triomphantes des ennemis de notre foi. Tous les chrétiens du royaume de France suivaient avec angoisse les péripéties de cette lutte d'où dépendait le sort de la Chrétienté tout entière. En un mot, la lutte contre les Sarrasins n'a pas été autre chose qu'une première croisade dont le Midi a pu être le théâtre, mais à laquelle le Nord a pris une part beaucoup plus décisive. Du reste, un texte de premier ordre et d'une importance capitale atteste ici la diffusion profonde et univer-
cité de Beaulande sur le roi Sarrasin Florent, et épousa Frégonde ^ Et les grands oncles paternels de Garin ne •
selle de la lég-eiide de Guillaume au nord de la France. Ordeiic Vital (qui écrivait durant la première partie du douzième siècle) parle des cantilènes, ou plutôt des Chansons de geste qui ont Guillaume pour objet. Orderic, notez-le bien, vivait en Normandie, et ces Chansons, dans son esprit, ne peuvent être que françaises. La Vita sancti Willelmi, composée au commencement du douzième siècle, atteste, d'autre part, que l'histoire de Guillaume était l'objet de chants populaires dans tous les royaumes et parmi tontes les nations chrétiennes. Ces deux textes prouvent éloquemment combien cette légende était répandue au Nord : et c'est tout ce que nous prétendions démontrer.
/. « Les nombreuses allusions des troubadours aux héros de « la geste de Guillaume prouvent l'existence d'une Épopée « provençale où ces héros étaient longuement célébrés. » Ces allusions prouvent uniquement, en bonne logique, que l'histoire de Guillaume était connue dans le Midi, et le fait n'est pas douteux. Elle était connue, en premier lieu, par des ti-aditions orales dont l'existence n'est pas contestable, et, en second lieu, par les ])oémes français qui circulaien dans le Midi : comme on le voit, il n'est aucunement nécessaire d'imaginer ici riij'pothèse d'un ensemble de poèmes provençaux. C'est ainsi que l'on peut très-simplement expliquer les vers de Bertrand de Born : « Reis coronats que d'autrui pren livranda — Mal sembla Arnaut lo marques de Bellanda,
— Nel' pro Guillem que conques Tor Miranda. » Et ces autres de Bertrand de Born, le fils : « Miels saup Lozoïcs deslivrar — Guillelm el' fes rie secors
— Ad Aurenga quan l'almassoi'S — A Tibaut Tac fait asetjar. » Et ces autres de Rambaut de Vaqueiras : « Ane Tibautz ab Lozoïc — Non fets plaitz ab tans plazers. » Et les vers où Arnaud Daniel fait allusion au neveu de saint Guillaume, etc., etc. Dans la Vie de saint Honorât, qui fut composée en 1300 par Ramon Feraud, moine de l'abbaye de Lérins, nous trouvons des allusions plus frappantes encore. Le pieux auteur nous apprend, dans son Prologue, qu'il a lu beaucoup de romans, entre autres le récit de la sancta conqnesta que foa en Ronsasvaîs. M. Gaston Paris conclut de ces vers que Ramon Feraud avait sous les yeux des poèmes provençaux : « 11 y aurait « donc eu vers la fin du treizième siècle, dit-il, des Chansons de geste pro- « vençales encore existantes. Le fait est surprenant, mais il paraît difficile « de le révoquer en doute. » Il ne faudrait pas cependant oublier que nous sommes en 1300; que la connaissance de la langue et de la littératui'e françaises était alors très-répandue dans le Midi; « qu'un homme instruit, un « religieux écrivant sous les princes de la maison d'Anjou et pour Marie de « Hongrie, femme de Charles II, n'a pu ignorer le français », et qu'au lieu de prétendus originaux en langue d'oc, Ramon Feraud a dû avoir entre les mains quelques manuscrits cycliques de la geste de Guillaume, la' Chanson de Gnilalin, etc. — Ainsi raisonne M. Paul Meyer (Eecherches sur l'Ejwpce française, p. 60-63), et il démontre, en outre, comment la Sancta conquesta que fun en Bonsasvals est tout simplement la Chronique de Turpin dont Ramon Feraud a traduit tout un passage : « Trobat ay en un libre que Turpins fes per ver, » etc. (Bibl. Nat. fr. 13509, fo G2 v».)
m. « On peut alléguer en faveur de l'Épopée jirovençale un « texte du dix ième siècle : le fragment de La Haye ; un autre du « commencement du douzième siècle : la Vita sancti M^il- « Iclmi. Ces deux textes prouvent la préexistence ou tout au « moins l'existence d'une épopée provençale. » Le fragment de La Haye, que M. Pertz a découvert sur les derniers feuillets d'un manuscrit
II PART. LIVR. II
11 PART. I.IVR. II.
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tiennent pas une moindre place dans notre tradition épique : Mille fut duc de Fouille ;- Renier, après avoir
du dixième siècle, que M. G. Paris a publié apivs le grand érudit allemand et où il a si ingénieusement retrouvé la traduction inintelligente d'un chant national ; cette page de style, cette composition de rhétorique où l'on voit réunis les noms de Guibelin, de Bernard, de Bertrand, d'Hei-naut et de Borel, peut-elle être réellement d'un poids décisit' dans la question qui nous occupe? Est-il scientifiquement permis d'y voir l'imitation d'une épopée provençale, et d'ajouter : « Le poën^e original est perdu; si toutefois, comme « nous espérons l'avoir rendu vraisemblable, il était provençal, il n'a fait « que partager le sort de tous les autres. » Pourquoi aurait-il été provençal? Nous possédons dix poëmes français où figurent en même temps Bertrand, Bernard et Hernaut. X'est-il pas plus naturel de penser que l'original du fragment de La Haye a été un chant français? M. Gaston Paris, d'ailleurs, a très-loyalement reconnu son erreur sur ce point ; et il a récemment écrit cette proposition qui met fin au débat : « Le fragment de La Haye me paraît indiquer l'existence, au dixième siècle, d'unpoëme français plutôt que provençal » (Ro'inania, IX, p. 40). On nous objecte encore le texte de la Vita sancti Willelmi : « Qufe enim régna, et quœ provincire, qure gentes, qure urbes « Willelmi ducis potentiam non loquuntur? etc. » Mais, dans ce texte, il ri'est encore question que de cantilènes répétées par tout un peu|)le, et non pas de chants exécutés par un jongleur. Qu'il ait existé dans le Midi des chants populaires, des cantilènes en langue d'oc : c'est ce dont nous n'avons jamais douté. Puis, le texte hagiographique jjarle de chants « qui sont à l'usage de tûï's les royaumes, de toits les peuples ». Pourquoi y verrait-on uniquement des poèmes provençaux?
n. «Guillaume de Bechada n'a-t-il pas écrit un poème pro- « vençal sur la première croisade? » Sans doute; mais ce fait ne prouve rien en faveur de l'Epopée méridionale. Car l'cpuvre de Bechada était un poëme purement historique, et nous n'avons jamais prétendu que la Provence n'ait i)oint produit d'historiens.
o. «■ Beaucoup de poëmes de la geste de Guillaume ne sont pas « parvenus jusqu'à nous ; beaucoup de héros épiques qui sont « seulement mentionnés dans nos Chanson s étaient l'objet d'un « certain nombre d'autres Romans. Les poëmes du cycle de « Guillaume au Court-Nez ne nous ont donc conservé que des « fragments delà tradition provençale, et il est probable que « cette tradition n'a jamais passé intégralement dans le fran- « çais du Nord. » En d'autres termes, toutes ces Chansons perdues étaient provençales, et telle est réellement la pensée de M. G. Paris. Mais d'abord y u-t-il eu réellement tant de Chansons yierdues? Comme l'a justement observé M. Paul Meyer, l'auteur de V Histoire poétique de Charlemugne est ti'op prompt à supposer l'existence de poëmes disparus. Dès qu'il trouve, dans la Chanson de Roland ou ailleurs, .une allusion à quelque fait laissé dans l'ombre, « M. G. Paris en induit l'existence de Chansons relatives à ce fait » (I. 1., p. 39). « Ce sont aulant d'inductions basées sur un seul fait, ce qui est « bien peu » (p. 40). C'est ainsi que, trouvant çà et là dans nos vieux poëmes des allusions plus ou moins vagues à Hernaut de Beaulande, à Aimer le Chétif, à Hernaut de Gironne, à Guibelin, à Garin d'Ansetine, M. G. Paris en conclut qu'il y a eu sans doute autant d'épopées provençales consacrées à tous ces héros. Provençales! Et pourquoi pas françaises? Nous avons admis plus haut l'existence d'un Aïmev le C/jc^i/'évidemment français. Dans un poëme que nous avons découvert et que nous avons intitulé le Hiege de Nar~
bien servi Gharlemagiie, et surtout après Tavoir épou- "''';*;;^''7 vanté par ses exigences plus que féodales, alla s'empa-
bonne (Bibl. Nat. fr. 24369, aiic. La ^'all. 23), le premier rôle appartient à Guibelin, si bien que nous aurions pu donner à cette Chanson cet autre titre : « Les Enfances Gidb-ilia. » Dans un autre lloman dont nous avons également reconnu resistence indépendante, et auquel nous avons attaché le nom de Prise de Cordres, Aimer le Chétif tient encore une place importante (Bibl. Nat. fr. 1448). Quant à Gann d'Anséune, le récit de sa captivité se trouve sous plusieurs formes dans nos Romans, et il suffit à nous faire connaître ce père de Vivien; à la fin du Siège de Narbonne, on lit notamment les vers suivant-s, qui expliquent surabondamment toutes les allusions de nos autres Chansons : « Vers Anseiine vait Garin chevauchant, — Granz gens emmaine, hardis et combatant, — Mes Sarrazins les furent espiant. — Vingi mil ou plus, par le mien esciant, — Sus leur coururent à un tertre passant. — Là furent pris chevalier et serjant. — Et Guerin pris et mené maintenant — De ^ylarados un félon souduiant — Qui puis le tint set anz en un tenant. — Puis, fut délivres com orrés ci avant, etc. » (Bibl. Nat. fr. 24.369, T. I, f" 7.5 r".) Comme nous l'avons dit, il n'est pas nécessaire de supposer qu'Hernaut le Roux ait été le héros d'une chanson provençale. Nous possédons un poëme où il joue le premier rôle; mais ce poème est fram^ais : c'est la plus longue des versions du Département des eafans Airneri (British Muséum, Harl. 131 et Bibl. du Roi, 20 B xix), de cette version qui a été imitée dans un remaniement du quinzième siècle (Bibl. Nat. fr. 1497). Il n'est donc nullement nécessaire de supposer l'existence de poëmes provençaux perdus pour expliquer certaines lacunes de notre Épopée : ou ces lacunes sont comblées par des poëmes français, ou ce ne sont point des lacunes.
CoxcLUSiox. Nous venons d'exposer avec impartialité les arguments de M. Gaston Paris et de son école. Nous cro\-ons leur avoir suffisamment répondu, et pensons être en droit de formuler la conclusion suivante : « Le « Midi de la France a eu resprit épique; il a été longtemps traversé par « certaines traditions qui lui étaient propres, par .certaines autres qui lui «.-étaient communes avec le Nord. ]\Iais ces légendes n'ont pas abouti dans « la langue d'oc à une véritable épopée, et le cycle de Guillaume, en parti- « culier, a une origine toute française. » Nous devons à la vérité d'ajouter ici que M. Gaston Paris ne donne plus aujourd'hui la même rigueur à son ancien système : « J'ai émis, dit-il, l'hypothèse que ces guerriers (Guillaume et ses frères) appartenaient primitivement à une épopée provinciale, qui, étant propre au ^lidi, avait dv\ naturellement s'exprimer en langue d'oc et qui était venue se fondre avec l'épopée du Nord. Admise par plusieurs savants, vivement contestée par d'autres, — notamment par MM. Paul Meyer et Léon Gautier, — cette hypothèse, à mon avis, a besoin d'un examen nouveau et approfondi » (Rornania, IX, p. 38). Nous attendons avec impatience le résultat de cet examen définitif.
§ 4. Auteurs.
a. Parmi les vingt-quatre Chansons de la geste de Guillaume, vingt sont anonymes. — b. Ce sont les suivantes : 1° Les Enfances Garin de Montglane; 2° Garin de Montglane ;'i^ Ilernaut de Beaulaade; 4o Renier de Gennes ; S" Aitneri de Narbonne; 6° Les Enfances Guillaions; 1" le De- 2>artement des en fans Airneri; 8" Le Siège de Xarbonne ; 9» Le Couronnement Looys; 10« Le Charroi de Nîmes ; 11» La Prise d'Orange ; 12» Les- Enfances Vivien; 1.3" Le Covenant Vivien; H» Alisean.t; V>" Le Siège
Il PART. LivR. II. rer du duché de Gènes, qu'il arracha au roi païen
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Sor])rin ''. Girard, pkis généreux et pkis doux que ses
de Barbastre ; 16° La Prise de Cordres; Yi° Guibcrt d'Andrenus; IS» La Bataille Loqidfer ; 19» Eenier ; 20» Le Moniage Guillaume. — c. Trois antres Chansons et le rifacimcnto d'une quatrième ont des auteui's connus : 1° Girart de Viane, qui est Tœuvre de Bertrand, de Bar-sur-Aube : « A Bair sor Aube, un chastel signori, — Lai cist Bertrans, en un vergier, pensi, — Uns gentis clers ke ceste chanson tîst. » (Bibi. Xat. fr. 144S, fo 1 vo.) Il nous semble que M. Paulin Paris se montre quelque peu sévère lorsqu'il attaque cette attribution, et dit : « L'expérience que nous avons des innocentes fraudes des jongleurs pour relever le pri.K de leur marchandise nous laisse encore d'assez grands doutes, et nous ne serions pas étonné que ce Champenois Bertrand n'eût été un personnage ticlif. » (Ilist. litt., XXII, 419.) On se demande quel avantage il y avait, pour les colporteurs de ce poëme, à le mettre sur le compte d'un clerc de Bar-sur-Aube. Y avait-il vraiment là de quoi « relever leur marchandise »? L'objection nous paraît insuffisante. 2° Beuve de Commarcis, remaniement très connu du Siège de Barbastre par Adenet le Roi. (V. Téd. d'Aug. Scheler, p. v et ss.) 3« Le Moniage Benoart, dont nous ne possédons qu'un remaniement, très-ancien d'ailleurs. L'original était anonyme, mais le remanieur a pris soin de nous faire connaître son nom : « Qui d'Aliscans ot les vers controvés — Ot tous ces moz perdus et oubliez ; — Ne sot pas tant qu'il les eiist rimez. — Or les vous a Guillai'jne restorez, — Cil de Batpainnes qui tant est bien usez -^ De chansons faire et de vers acesmez. » (Ms. de Berne, f" 116, Cat. de Sinner, III, 339: et ms. de la Bibl. Xat. fr. 368, f» 258.) 4o Foulque de Candie. Cette Chanson est due, suivant certains manuscrits, à « Herbert Leduc à Dammartin »; suivant une autre version, à « Guibert clerc à Dammartin ». L'excellent manuscrit de Boulogne-sur-Mer nous fournit cette dernière attribution, que nous croyons la meilleure : « Aine nés troverent Berton ne Angevin. — Gidbert H clers les fist « Dammartin » (f« 207). Les mss. de la Bibl. Nat. fr. 778 (f» 169 r») et fr. 25518, anc. Notre-Dame 275 bis (fo I) nous donnent, au contraire, l'indication que nous avons signalée plus haut : « Oies bons vers qui ne sont pas frerin : — Ilcrbcrs H dux les list à Dammartin. » C'est cette seconde attribution qui paraît, d'ailleurs, avoir été la plus répandue au moyen âge ; c'est celle qui a été admise et défigurée par le compilateur italien des Nerboncsi, sous la forme Uberto ou duca Ruberto de San-Martino ou de lî'an-Marino. — d. Comme attribution DOUTEUSE, il convient de signaler celle de la Bataille Loqnifer :\ un trouvère du nom de Jendeus de Brie : « Ceste chanson est foite grant pièce a. — Jendeus de Brie, qui les vers an trova, — For la bonté .si très bien les garda. — Ans à nul home ne l'aprist n'ensaigna. — Mais grant avoir en ot et recovra — Eutor Sezile lai où il conversa. — Cant il morut, à son fil la laissa. — Li cvens Gv.illavme à celui ensaigna — Que la chanson traist [à] soi et sacha, etc. » (Bibl. Nat. fr. 1448, fo 290 ro et v».) Nous serions assez disposé, pour notre part, à croire à l'existence réelle de ce Jendeus ; mais il y a dans ce passage certains éléments fabuleux qui nous forcent à nous défier des autres. .5" La Mort d'Aimcri de Karbcnne est attribuée à un trouvère nommé Hue : « Mes hom la fist de l'anciene vie; — Hues ot non, si la mist an un livre — Et seela el mosticr Saint Denise, — Là o les jestes de France sont escrites (vers 3063-30G6). Y. la thèse soutenue par M. Couraye du Parc à l'Ecole des Chartes en janvier 1880 et dont les positions ont été imprimées (Pion, in-8, pp. 13-14). — e. Comme attributions fausses, il faut mentionner : 1° Celle que C. Hofimann a faite, sans aucune preuve, du
frères, s'attira cependant la haine de l'Impératrice, et dut subir, dans son château de Yiane, ce siège inimor-
Moniage Guillaume à Guillaume de Bapaume; 2o Celle que Wolfram d'Eschenbach a laite ù!Aliscans à Chrétien de Troyes (Willehalm, éd. Laclimann, 125, 12, p. 480). Chrétien de Troyes avait facilement conquis une grande vogue en France, et aussi en Allemagne. Il est aisé de comprendre qu'on fût tenté de lui attribuer toutes les œuvres qui eurent alors quelque retentissement : c'est ainsi que la province et l'étranger ont si volontiers attribué à M. Scribe toutes les œuvres dramatiques de notre temps. Il n'est pas besoin, d'ailleurs, de réfuter plus sérieusement l'opinion de \\'oliram, qiii n'a absolument rien de fondé ni de raisonnable. (V. Jonckbloet, Gidllawne d'Omnge, II, 204.) S" Par une méprise des plus singuUères, Jonckblet a cru devoir attribuer un remaniement du Charroi de Nîmes à un certain Gevaume, dont il a trouvé le nom dans un des manuscrits de notre Bibliothèciue Nationale, (fr. 24369, anc. La Vall. 23; et \\o\\ pas 27, comme récrit Jonckbloet). « Seigneurs barons, or oies la devise, — Com iaitement quens Guillaume a emprise — D'aler à Nîmes... ». Le poëte décrit alors la cité, et il ajoute : « Et dit Geraimies : Or est droit c'on avise — Com faitement la cité soit conquise. » Or, ce Geraume, comme la suite du récit nous le prouve surabondamment, est un chevalier imaginaire de l'armée "de Guillaume (que d'autres manuscrits appellent Garnier) et qui donne à notre héros le conseil précieux de cacher ses chevaliers dans des tonneaux : « Par lou consail que Geraume lor done, — Li cuens Guillaume l'ait restorner ses hommes. » (Bibl. Nat. fr. 1448, fo 96 v".) Quand on lit ces vers dans un des plus anciens et des meilleurs manuscrits de ce cycle, que penser de ces réflexions de Jonckbloet : « Ce passage est extrêmement curieux : il nous ap- « prend probablement le nom du jongleur du quatorzième siècle, Geraume, « qui arrangea le texte de ce manuscrit » (I, p. 204). Ajoutons qu'en 1869 le savant hollandais a reconnu et avoué son erreur. — /"-A titre de probabilités scientifiques, on peut encore énoncer les propositions suivantes : 1" 11 est très-probaljle ({ixAimeri de Narbonne est de la même main que Girart de Viane (c'est-à-dire de Bertrand de Bar-sur-Aube) ; 2» Il est possible que les Chansons réunies dans le ms. de l'Arsenal 6562 (anc. B. L. F. 185), c'est-à-dire Aîiscans, la Bataille Loqidfer et les deux Moniages, aient été originairement l'œuvre du même poète.
§ 5. Nombre de vers et nature de la versification.
a. Les vingt-quatre poëmes qui forment la geste de Guillaume renferment un total d'environ cent trente mille vers. — Ce total se décompose ainsi qu'il suit (et nous aurons soin de choisir la meilleure version de chaque poëme) : 1» Les Enfances Garin de jSIontglaae, 5,000 vers. — 2o Gariii de Montglane, 14,800. — S» Girart de Yiane, 6,000. — 40 Hernaut de Beaulande (en prose ; il ne nous reste qu'un couplet de 16 vers). — 5° Renier de Gennes (en prose ; un seul couplet de 13 vers). — 6» Ai}7ieri de Narbonne, 4,500 vers. — T" Les Enfances Guillaume, 3,400 vers. — 8o Département des enfans Aimeri. Il forme dans le ms. de la Bibl. Nat. fr. 24309 (anc. 23 La "Vall.) une branche à part qui renferme environ 500 vers. Dans les mss. du British Muséum, Ilarl, 1321, et Bibl. du Roi, 20 B XIX, c'est une véritable chanson d'environ 3,000 vers. — 9» Le Siège de Narbonne, env. 3,500 vers. — 10^ Le Couronnement Looys, 2,080 vers (dans le ms. de la Bibl. Nat. fr. 1443, ce poëme est réduit à 300 vers, et se fond avec le Charroi de Nîmes). — 11» Le Charroi de Nînies, 1,500 vers. — 12o La Prise
II l'ART. LIVR. II.
fHAP. I.