‹ Les eopeés françaisesChapitre 96 sur 180 · HAT MV · texte numérisé non relu

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savant ne devait élucider les nombreuses difficultés de cette légende complexe avec autant de soin et de subtilité que M. Jonckbloet. On lui doit, tout d'abord, la première publication du teste de notre Chanson (Gidllaume d'Orange, I, pp. 1 et suiv.). C'est à lui qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir mis en lumière, d'après Théodulle et l'Astronome limousin, la véritable conspiration contre Louis, dont la famille de Wala aurait été coupable, et que le poëte a attribuée à Plernaut d'Orléans (1. 1., Il, p. 84). Rien de plus juste encore que Tassimilation qu'il a établie entre Guillaume de Gellone et Guillaume Capiit stKjxe (1. 1., p. 95 et suiv.). On peut n'être pas d'accord avec lui sur les origines historiques des deux expéditions légendaires de Guillaume en Italie (pp. 100 et 106); on peut lui reprocher une tendance trop vive à expliquer toutes les péripéties de nos poënies [larles événements les plus lointains et les plus obscurs de notre histoire; on peut trouver, enfin, qu'il a singulièrement exagéré le nombre des Guillaume qui ont été fondus en un seul par nos épiques. Mais toutes ces critiques n'altèrent en rien l'utilité de ce beau travail : c'est avec Y Histoire poétique de Charlemagne, par M. G. Paris, l'ouvrage le plus profond sur les origines de notre Épopée. — c. Vax 18G0, dans la seconde édition de ses Eecherches sio- l'Histoire de la littérature de l'Espagne (II, 370 et suiv.), M.Dozy a affirmé l'origine normande du Couronnement Looys : nous avons longuement discuté son s^'stème (voir plus haut, pp. 95 et suiv.). — d. L'Histoire poétique de Charlemagne (1865) renferme une analy.se rapide du Couronnement. — e. L. Clarus en a donné une Notice en 1865 dans son Herzog ^yilhelm ron Aqzdtanien (pp. 207-216); il y a surtout utilisé les travaux de ]MM. P. Paris et Jonckbloet. — /". Ce dernier érudit a fait entrer, deux ans plus tard, la même Chanson dans sa traduction des principaux poèmes de la Geste {Giiillaume d'Orange, le Marquis au Court Nez, pp. 91-1.33). — g. Dans le livre de Hirsch {Amati^s de Monte Cassino, Forschungen zur deutschen Geschichte,Gœtûngue, 1868, pp. 232-234), le paradoxe de Dozy sur l'origine normande du Couronnement est victorieusement réfuté par les faits. — h. Mais le meilleur travail dont notre chanson ait été l'objet en ces dernières années est certainement l'étude de G. Paris sur « un vers du Couronnement Looys » (liomania, I, pp. 177-197). Ce vers est le suivant que j'imprime en italiques : « Yet s'en li Rois à Paris la cité ; — Li cuens Guillaumes d Mosterel sor mer », et l'habile romaniste établit qu'il a existé en effet un « Guillaume comte de Montreuil-sur-Mer », qui a eu sur notre cycle une incontestable influence. — /. La publication des Xerbonesi est une heureuse fortune pour tous ceux qui s'occupent de notre poëme et elle leur a fourni de nouveaux éléments de critique (I Xerbonesi, édit. Isola, 1877, t. I, pp. 240 et ss.). — 9o Valeur littér.mre. Le Couronnement Looys est une des meilleures Chansons de tout le cycle. Son début où éclate avec tant de violence le sentiment de la justice; l'épi.sode tout homérique du combat de Guillaume avec Corsolt; la profonde beauté du caractère du héros qui se montre si énergiquement le libérateur de la France et de l'Église, tous ces nobles éléments font de ce poème une épopée véritablement digne de ce nom. Par malheur, la version que nous possédons n'est pas la plus ancienne, et il s'y est déjà mêlé un trop grand nombre de lieux communs et de banalités épiques.

IL ÉLÉMENTS HISTORIQUES DE LA CHANSON. On peut scientifiquement établir les propositions suivantes : l" Le début d-a Couronnement Looys, qx'i contient le récit des derniers conseils et des ctdicux de Charles à son

II PART. IJVE. II

CIIAP. XIV.

ANALYSE DU COC/'/JO.Y.YC.l/CAT LOOYS.

Charles, qui était ainsi devenu le centre de la terre. La France était la première et la plus joyeuse dans cette

/ils, 2}araît es partie calqué sur deux textes d'Éginhard (Vita Karoli Magni, cap. xxs : Pei-tz, II, 459) et de Thegan (Vita Hludowici, cap. vi, Pertz, II, 591). Nous allons donner ce dernier texte, et le placer en regard des passages correspondants de notre poëme :

Quant la chapele fu beneoite ù Es [liavolas] hnperalor, cutnjam iiilel-

Et li moustiers fu dédiez et fez, lexil adpropiiiquare sibi diem obitus

Cort i ot bone, tele ne verroiz mes sui... vocavil /tliam suum Hludoicicum,

XIIII. conte gardèrent le pales.... ad se cum omni exercitu, episcopis, ab-

badbus. ducibus, comitibus, locoposilis :

. . . . Iiabuit générale coUoqidum cum eis

Aqiiisgrani paJetio, paeiflce et honeste

Cel jor i ot bien -.wiiir evesque ainnionens ut fidem erga filium suum

Et si i ot xviiir arcevesque.... ostendereirt , interrogans omnes a

maximo usque ad minimum si eis pla-

ctiisset lU nomen suum, id est imperalo-

ris./ïlio suo Hludowico tradidisset.Quod

Cel jor i fu Looys alevez factum, in proxima die dominica ornavit

Et la corone mise desus l'autel. se eultu régie, et coronam capHi suo im-

I-i roi ses pères li ot le jor doné. posuH. Incedebat clare decoratus et or-

natus, sicut ei decuerat. Perrexit ad

ecclesiam, quam ipse a fundamenlo

construxerat ; perveiiil aille altare

Nostre Empereres a son fil apelé ; super quod coronam auream, aliam

« Biaxfilz»,dist il,« envers moi entendez; quam ille geslabal in enpile suo, jussil « Vois la corone qui est desus l'autel ; imponi. Postquain diu oraverunt ipse et «Par tel covent la te veil je doner : lilius ejus, locutus est ad filium suum

« Tort ne luxure ne pechié ne menez. roram omni multitudine pontificum et « Ne traïson vers nelui ne ferez.... oiitiniatum suorum, ammonens eum im-

primis omnipnlrnlcm Dcum diUgere ac

limere, rjus pro;crpl>i servere in omni-

« Saintes Eglises de bien servir pensez... hus, ecctesias Dci gubernarc et deffeiv-

dere a pravis hominibus... Deiiide sa-

« Envers les povrcs te dois luimolier: rerdoles honnrare ul ixUres, populum « Et si lor doiz aidier et conseiUier, diligrre ut /ilios, superbos et nequissi-

« For amor Dou sa parole adrecier, '''''•'' hcnnines in viam salutis coaclos

« Vers oraueiUeus te doiz fere .si fier diUgere ; cmiobiorum consolnlor fuisset

« Comme lieiiarz cl iiauperum paler; fidèles ministros et

« Et dautro chose te veill, fiz, acointier, Deum timeates cnnstitueret, qui munera « Que, se tuveus, iltauragrantmestier; injusla odio habereal.., Postquam ha:c «Que de vilain ne faces conseiUier... verba... filio suo osteiideret, interroga- « Il boiseroient à petit por loier». vit eum si obediens voluisset esse prre-

ceptis suis. At ille respondit libenter obedire, et, cum Dei adjutorio, omuia prœeepta, quœ mandaverat ei pater, custodire. Tum jussil eum paler ut propriis manibus clevarel coronam, quœ erat super allnre, et capili suo imponeret ob recordalionem omnium prœceplorum quœ mondnvernl ei paler. At ille jussionem patris implevit. Quod factum, audientes missarnm solomnia, ibant ad palatium. Sustinuit onim filius patrem eundo et redeundo. Non post multos dies, magnificis donis et innumeris honoravit eum pater suus, et dimisit eum ire Aquitaniam. Antequam divisi fuissent, amplexantes enim se et osculantes, propter gaudium amoris flere creperunt. Ille perrexit in .\quitauiani... (Thegan, Vila H1udov:ici împeraloris, § C : Pertz, 1. 1., pp. 591, 592.)

SiTauteur de la Chanson s'est inspiré de riiistoire, il na pas toutefois respecté, comme Ta fait Thegan. la physionomie historique de Louis : il n'a pas craint de le repvf^senter sous les traits les plus méprisables. Thegan,

ANALYSE DU COLROXISE.VEyT LOOYS. 339

soumission qui n'avait pour elle rien que de glorieux ; rAllemagne demi-barbare s'inclinait en murmurant.

d'ailleurs, n'avait point parlé de la trahison d'Heniaut, et n'avait pu parler de la présence de Guillaume à cette cour plénière, puisque Guillaume était mort en mai 812, dix-huit mois environ avant le couronnement de Louis. — 2o Bans cette même imrtie de la Chanson, le récit de la conspiration d'Hcrnaiit contre le jeune fils de Charlemagne repose sur xni fondement historique. Nous avons dit ailleurs qu'après la mort de Charlemagnç, on craignit tout de Wala, petit-fils de Charles Martel. Théodulfe et les" partisans de Louis durent même agir avec quelque rapidité en faveur du fils de Charlemagne : deux historiens nous attestent ces faits qu'il serait difficile de récuser. L'un est l'Astronome limousin : « Timebatur quam maxime Wala... ne forte aliquid sinistri contra Imperatorem moliretur ». (Pertz, H, p. 618.) Le second est Théodulfe lui-même qui, dans son Carmen de adventu Hlvdùu-ici Aurelianos, s'adresse à Louis et lui dit : « ^Muniant urbem banc proceres fidèles... — Hic duces sancti reducesque sunto, — Ut tui, Cresar, faveantque temet, — Horum et obtentu superes duelles — Poscimus omnes». Peu de temps après l'avènement de Louis, toute la famille de "SVala tomba dans la disgrâce (Voy. plus haut, p. 90, et surtout Jonckbloet, Gnillamne d'Orange, II, 80 et suiv.). — 3" La seconde partie du Couronnement, où l'on assiste à l'expédition de Guillaume en Italie et ci son cotnbat avec le géant Corsolt, n'est qxCun lieu commun épique c/u'on retrouve dans la légende d'Ogier et dans celle de Charlemagne. Les nombreuses invasions des Sarrasins en Italie, durant le neuvième siècle, ont jni donner naissance à cette légende. En 813 les païens s'emparaient de Centocelle (Civita- Yecchia) ; en 816, ils se rendaient maîtres de la Sicile ; en 846, ils pillaient les égUses de Saint-Pierre et de Saint-Paul aux portes mêmes de Rome (Voy. tome II, l'-« éd., p. 47). Nous avons vu déjà comment le roi d'Italie, Louis II dit le Jeune, leur fit une courageuse résistance; comment, battu par eux à Gaëte, il les battit en 848 à Bénévent (Voy. ci-dessus, p. 90j. Ces faits suHîsent à expliquer l'afiîibulation de notre poème, et il n'est aucunement besoin d'avoir recours, comme M. Jonckbloet, à l'hypothèse d'une fusion entre la légende de saint Guillaume de Gellone et l'histoire de Guillaume pr, Bras-de-Fer, comte de Pouille en 1043. Nous avons réfuté jilus haut Topinion de Jonckbloet (i)p. 92, 95). — 4° La troisième partie de la Chanson, qui nous montre la lutte de Guillaume en faveur de Louis contre ses grands vassaux 7'évoltés, est emjjruntée à des traditions historiques du dixième siècle : Guillaume Tèle d'ètotqw, duc d'Aquitaine de 950 à 963, défenseur obstiné de Louis IV contre Héribert, Hugues et Guillaume-Longue-Ejiée, duc de Normandie, est le type réel de Guillaume de notre vieux poème, qui est constaminent occupé ci défendre le roi Louis contre la révolte de ses hauts fcudataires, et surtout des Normands {\oy. plus haut la discussion de ce point, p. 101). — 5o La quatrième partie du Couronnement Looys, qui est consacrée uu récit d'une expédition de Guilla"ine en Italie contre Gui d'Allemagne, se rapporte aux luttes si fréquentes des cm2iereurs d'Allemagne contre la Papauté temporelle, et au secours que les Paires ont souvent reçu de la France.

Il r.\RT. I.IVIÎ. II.

CHAP. MV

Il est tout à fait impossible d'admettre sur ce point l'opinion trop subtile de M. Jonckbloet, qui voit dans les dernières péripéties de notre Chanson unr. allusion à des événements du neuvième siècle, à la lutte entre Gui duc d.' Spolete, et Bérenger, duc de Frioul, petit-fils de Louis le Débonnaire L'auteur de Guillaume d'Orange est obligé d'admettre que l'imagination populaire « a interverti les rôles <le ces deux prétendants à remniie cf quVIe m

II l'ARF. MVK. II.

CHAI'. XIV

310 ANALYSE D'J COUIiO,\NEMEM LOOYS.

l'Italie s'abaissait, r(3rient adorait. Suivant l'énergique - parole de notre vieux poëte, il semblait « que Dieu

placé Gui à la tète des Allemands », lorsqu'il fut eu réalité à la tête des Italiens {Yoy. tous les arguments de Jonckbloet, II, pp. 101 et suiv.). De telles interversions, est-il be?oin de le dire? n'ont rien de légendaire. Un passage précieu'c du Charroi de Xinics, dans le texte du manuscrit 774, serait peut-être de nature à jeter quelque lumière sur cette obscurité. Il y est vaguement question d'une ancienne lutte de Guillaume contre l'empereur Otiion (vers 214). N'y aurait-il pas là un souvenir d'Othon I<-''', le Grand, qui, en 963, expulsa Jean XII de Rome et fit un antipape. Léon VIII ; qui, l'année suivante, exila Benoît V à Hambourg et rétablit son antipape, etc.? De tels événements durent avoir un retentissement considérable dans toute la clu'étienté et purent fort bien donner lieu à des chants où l'on fit bientôt une place à Guillaume, héros de tant d'autres légendes orales. Ce n'est d'ailleurs qu'une hypothèse. — 6° La cinquième partie, composée de quarante et quelques vers, a Jadis formé icnjioéme d part dont le héros a été un comte de Montreuil-sur-Mer, Guillaume, qui a été plus tard soudé et confondu avec les autres Guillaumes (Voy. Gaston Paris, Rotnania, I, p. 183, et plus haut, pp. 100, 337).

III. VARIANTES ET .MODIFICATIONS DE LA LÉGENDE. La légende du Couronneinent Looys n'a pas subi dans son fond de modifications nii-portantes ; mais la forme que lui avait donnée le poète du douzième siècle a été successivement altérée par les remanieurs des siècles suivants. Nous allons essayer de faire assister nos lecteurs, d'une façon vivante, à ces allérations successives : 1° Le texte du manuscrit français 1448 n'est, suivant nous, qu'un abrégé fait après coup et déplorablement écourté. Toutefois il convient de remarquer que ce résumé renferme un récit de la mort et de la sépulture de l'empereur Charles qui ne se trouve nulle part ailleurs : « L'anperere est contés et commeniez... — L'ame s'an vait, que n'i volt plus targier. — Florent soaives pucelles et moilliers, — Et clerc et lai, sergent et chevaliers. — Sonent ces cloches par anples ces mostiers; — Tout de lor greit sonoient volantiers. — Lou cors enportent, ne V'i volent laissier — En la chapelle, en ens mi lou mostier. = Quant mors fu Karles à la chenue teste, — En Tenportet à Aiez en la chapelle. — Teii sepolture n'aura mais rois en terre. — Il ne gist mie, ançois i siet acertes — Sus ses genolz, s'espée an son poin destre : — Ancor menace la pute gent averse » (f» 90 v°). On rapprochera avec intérêt les vers précédents du récit d'Éginliard sur la mort du grand empereur (cap. xxxni) ; de la fameuse Vision du moine \\'ettin (D. Bouquet, V, 339) et enfin de la Chronique de Turpin (cap. xxxiii). Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que le texte du manuscrit 1448 nous î)ffre en quelques vere le l'écit d'un adoubement de Louis par Guillaume, Garin d'Anséune et Bertrand, récit qui n'existe pas dans les autres manuscrits. Dans ce même texte, d'ailleurs, les deux expéditions de Guillaume à Rome sont (ainsi que nous l'avons fait observer) conlplétement passées sous silence, et sa guerre en faveur de Louis contre ses vassaux révoltés est résumée en quelques vers....

2° Le Roman d'IIuon de Bordeaux (fin du douzième siècle) commence, de même que le Couronnement Looys, par le récit de la dernière Cour plénière que tint l'empereur Charlemagne : « Je suis vieux et frêle, j'ai les cheveux « blancs », dit le fils de Pépin à ses barons réunis. « Faites un roi, je vous « en supplie, qui tienne en ma place le pays et le fief de France » (vers 52 et suiv.). Le roi moribond conseille lui-même à ses chevaliers de fiire tomber

ANALYSE liU COi■^Oy^FJlE^T I.OOYS. 3^

n'eût pas créé de terre qui ne relevât alors de la France '■ '^;;;^;,' ;',"• "• et de son roi ». L'empire romain revivait, et cet empire était devenu chrétien.

leur choix sur son fils Chariot : « Quant Tengenrai, se me puist Dix eJier, — « -G- ans ans avoie, de vreté le saciés » (vers 86, 87;. Ce Chariot, d'ailleurs, n'est « qu'un malvais eritier ». C'est lui qui a tué le fils d'Ogier, Bauduiuot, et il ne mérite pas la couronne que son père voudrait, avant de mourir, voir posée sur sa tête. « Et ne porquant, pour Diu je vous requier — Quel faciès « roi, je vous en veul proier; — Car c'est li oirs de France, che saciés » (vers 192-194).= Sur ces entrefaites arrive Chariot lui-même : « Sur son puing tint -I-mult bel esprevier. — Il est monté sus el palais plenier; — Moult ])ar fu biaus »... Le vieil Empereur est tout fier de son fils, et se met alors à lui donner les mêmes conseils que dans le Couronnement Looys : « Fiex, vien « avant, n'aies soing d'atargier, — Et si retien (a terre et l'iretier, — Corn « Damedix, qui tôt puet justicier, — Tient Paradis, le règne droiturier... — « Fiex, n'aies cure de traiter lanier... — Portes honnor et amor au clergié... « — Donnés du vostre as povres volentiers ». Et l'enfant répond fort humblement : « Sire », dit l'enfes, « à vostre plaisir iert » (vers 186-1S8 et 199-217),

3° On pourrait accuser l'auteur du Siège de Narbonne (treizième siècle) d'avoir involontairement donné lieu à une déplorable confusion entre llernaut le Roux ou Hernaut de Gironde, frère de Guillaume, et le traître Hernaut, celui-là même qui voulut mettre la main sur la couronne du petit Louis. « Et si tint puis Orliens en son conmant » (Bibl. Nat. 24369, anc. 23 La Vall, fo 75 i-o). Rien n'eût été plus étrange qu'une telle erreur. Les plus anciennes Chansons de notre geste nous repi'ésentent, au contraire, tous les fils d'Aimeri comme unis par les liens de la plus tendre affection, et ce n'est certes pas son fi'ère que Guillaume eût assommé d'un coup de poing dans la chapelle d'Aix. Mais l'auteur du Siège de Narbo>ine a simplement voulu dire qu'après la mort du traître Hernaut, Guillaume donna le fief d'Orléans à son frère Hei-naut. Et c'est une légende que nous retrouverons en etTét dans Albéric de Trois-Fontaines, dans le ms. 5003 (voy. ci-dessous, p. 347), etc.

4" L'auteur des Nerbonesi n'a pas ménagé l'espace à son analyse du Couronnement Looys, et c'est peut-être celui de nos romans qu'il a imité le plus longuement. Il l'a d'ailleurs traité avec son sans-gène habituel, et, sur un sujet aussi antique, il a fait de la prose nouvelle, trop nouvelle. C'est au chapitre xxxiii de son second livre qu'il entre en matière (édit. Isola, p. 240). Le début est assez beau. Un ange est récemment apparu à Charles et lui dit : « Tu mourras le 29 juin prochain ». Or, le 29 juin 827 (sic) est tout proche, et le romancier nous transporte à Arles « Pense à ton royaume, et retourne « en Fi-ance », dit Notre-Dame au grand empereur. Il y va (cap. xxxni-xxxiv, pp. 240-243). Le prosateur italien se résigne à imiter ici d'assez près le modèle français. Il nous montre Charlemagne convoquant ses barons à une cour plénière et leur annonçant sa mort prochaine. « Voici mon successeur », ajoute-t-il, en leur montrant Louis. « Mais il est jeune encore et d'une nature « si faible! Il est nécessaire qu'un baiie soh nommé, qui gouverne la France « pendant sept ans et fasse ensuite couronner mon fils » (cap. xxxv, pp. 243- 246). Avec une insolence toute mayençaise, Macaire de Lausanne se propose pour la bailie de Finance. Mais le vieil empereur le repousse et offre successivement la régence à Bernard de Busbant, à Beuve, à Hernault, à Garin, à Aimer, à Guibelin. Tous refusent, et rien n'est plus épique que ce début, emprunté sans doute à une version du Couronnement qui n'est point parvenue

II PART. LIVR. II

ClIAP. XIV.

"Jî ANALYSE DU COURONNEMENT LOOYS.

Mais l'avenir était peut-être aussi menaçant que le présent était radieux. Quel héritage que celui de Ghar-

jusquVi nous. Le roi de Hongrie et Boson d'Auvergne refusent à leur tour : personne ne veut d'un présent aussi dangereux. Alors le pauvre Empereur éclate en sanglots, et c'est ea ce moment que Guillaume arrive au palais. Est-il besoin d'ajouter qu'il s'empresse d'accepter cette régence dont aucun de ses frères et de ses compagnons d'armes n'a voulu accepter le lourd fardeau? Tout le peuple chrétien se réjouit de cette acceptation qui va sauver l'Empire et c'est un alléluia universel (cap. xxxvi-xsxix, pp. 246-262). Charles, rassuré sur l'avenir, prend le temps de laire son testament. Il laisse la France à son iils Louis et lègue à Guillaume de quoi marier mille filles pauvres. Il promet ensuite sa fille Elizia à Elie, dont il fait un duc d'Orléans : cet Elle l'avait un jour, pendant la guerre d'Espagne, empêché de tomber aux mains des Sarrasins. Guibelin reçut de l'Empereur la ville d'Andrenas, qu'il aura à reprendre sur les païens, et le dernier des fils d'Aimeri est fait chevalier par le vieux Charlemagne qui va mourir et i-ecommande une dernière fois son fils au comte Guillaume. Il meurt, en effet, et Guillaume fait porter son corps à Paris; le tuteur de Louis conduit ensuite son pupille dans la grande ville, où il a convoqué ses frèi'es. Il y tient conseil avec eux et leur fait une belle harangue en laveur du fils de Charlemagne. Les fils d'Aimeri lui promettent de veiller sur le jeune héritier de France qui sera spécialement confié à la garde de Bernard et à Beuve. Puis, tous les barons jurent fidélité au jeune Louis ; oui, tous, même les Mayençais, et le second livre nous laisse devant le spectacle touchant de cette concorde presque inespérée, mais qui ne sera point, hélas! de bien longue durée (cap. xl-xlv, pp. 263-274). Le troisième livre débute par une analyse de Guibert d'Andrenas (cap. i-ix, pp. 275-308). Nous sommes à Paris, et nous assistons à un nouveau complot ourdi par cette détestable race des Mayençais. Ce complot est heureusement déjoué par Bernard qui s'enfuit de Pans avec le petit Louis et cent cinquante chevaliers. Confusion des Mayençais (cap. x-xi, pp. 308-313). Bernard va trouver son frère dans la ville de Toulouse qui est assiégée par les païens : il lui raconte la conjuration mayençaise. Il était temps que le régent fût averti : car les traîtres ont l'audace de venir au camp finançais où ils gardent le silence sur leur dernier exploit et où ils sont fort décontenancés à la vue de Bernard. Quant à Guillaume, il se rend rapidement un compte exact de ses devoirs : il conclut avec les païens une trêve de cinq années, et se précipite vers Paris avec l'héritier de Charles. A peine y est-il arrivé qu'il fait pendre quinze des conjurés et réduit les autres au silence. Cette exécution rigoureuse rend la paix tl l'Empire, et ce récit met fin à la seconde partie du Couronnement Looys (cap. xii-xv, pp. 312-330). Cependant le roi Thibaut d'Arabie est occupé à faire la guerre en ^lacédoine, en Épire, en Esclavonie, en Albanie. C'est là qu'il apprend la fin du siège de Toulouse et la trêve de cinq ans conclue avec les chrétiens. On lui parle surtout de Guillaume, de son coui'age et de ses exploits ; et le roi païen ne peut croire à tant de merveilles. Pour s'en assurer, il prend un étrange moyen et envoie un espion à Paris. La trêve touche à sa fin; la voilà finie. Des bandes de brigands ravagent le pays aux environs de Nîmes et d'Orange, et les habitants s'en plaignent à Guillaume qui s'en plaint au roi de Barbarie : « Ces deux villes ne m'appartiennent pas », reprend le Sarrasin, « et c'est « la dot que dame Orable a apportée au roi Thibaud ». Guillaume se tait et jure de se venger. C'est ainsi que l'auteur italien prépare ses lecteurs au récit du Charroi de Kimes et de la Prise d'Orange (cap. xvi-xvii, pp. 331-334). Le moment, d'ailleurs, est solennel pour Guillaume, et ce n'est point le cas

ANALYSE DU COiROi\NEMIïNT LOOYS. 343

lemagne ! Pour maintenir le grand empire clans cette '''■^''"J-.'x'iv''' étonnante prospérité, il fallait im roi tel que Charles.

de déclarer la, guerre aux Infidèles. L'enfant Louis va entrer dans sa majorité, et il faut songer à son couronnement. Le baile de France convoque aux fêtes de ce couronnement tous les barons de la clirélienté, et en particulier tous ses frères. C'est lui-même qui place la couronne sur le front de Louis : le Pape ne fait qu'assister à ce spectacle et ne joue ici qu'un rôle fort effacé. Réjouissances, fêtes, tournois. Les deux héros de ces luttes courtoises, c'est Bertrand, fils de Bernard, et Vivien, fils de Garin. Une troisième génération de Narbonnais fait aussi son entrée dans la légende où elle tiendra désormais une place importante. Fin de la troisième et dernière partie du Couronnonent Looys (cap. xviu-xxiv, pp. 334-365). Comme on le voit, le compilateur italien n'a guère fait qu'analyser la première partie de notre vieille chanson. N'a-t-il connu que cela? Où bien a-t-il dédaigné les autres? C'est ce qu'il serait fort malaisé de décider, et tout ce que nous pouvons dire c'est que nous penchons pour la seconde de ces deux hypothèses.

5° C'est en quelque sorte par hasard que les premières péripéties du Couronnement Looys sont rapidement résumées à la fin du Manuscrit 3351 de l'Arsenal (anc. B. L. F. 226). Api-ès avoir raconté longuement les aventures de la reine Sibille, le prosateur du quinzième siècle, travaillant sur des poèmes antérieurs, nous montre le fils de Charlemagne entouré de ti'aîtres dès son avènement au trône et l'éclamant le secours de Guillaume. Or Guillaume, eu ce moment, était à Rome où il venait précisément de délivrer la chrétienté des Sarrasins envahisseurs en triomphant du géarit Corbaut. Nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs le texte inédit du manuscrit 3351, où ils verront comment le trop ingénieux remanieur a combiné entre elles la première et la troisième partie du Couronnetnent Looys : « [Bien fu Guillaume] dolant, quant il sceust la mort de l'empereur Charlemanie, et moult blasma l'outrage qu'on faisoit à Fenfant que en Paris ne s'osoit venir, mais s'estoit en Meleun sur Saine retrait atout cenlx de qui il se faisoit aidier, et là atendoit nouvelles et response du Père Saint, lequel ne lui povoit aidier, sy non mettre la chose en sa main, et procéder en excommeniement sur ceulx qui ce tort lui faisoient, et qui le droit de l'enfant vouloient empeschier. Sy se tira le conte Guillaume vers le Père Saint loi's et lui dist : « Vous sa- « vez, sire ApostoUe, que je suis en icestui pais venu, à vostre mandement, « pour combattre Corbaut le Sarrasin félon, lequel j'ai occis puis n'a gaires, « et pour ce ay vostre pays délivré de ceulx qui en son ayde estoient passés <.< mer en sa compagnie; sy ne reste plus .sinon moy donner congié, carj'ay « autre part à besougnier ». — « Quelle besongne vous est nécessaire, beaux « fieulz »? ce respond le Père Saint; «je say que vous estes par deçà venu, .< à mon mandement, et avez la chose exécutée, que je desiroie estre mise à « execucion. Sy vous convient reposer et refaire ; puis, vous en irez à vostre « bon plaisir, et emporterez de mon trésor tant comme emporter en pourez, r. et ce pendant vous querray compagnie qui s'en yra en France comme vous ». — « De ce vous rend je grâces, sire », ce respondi Guillaume; «je sui pour '< vous aidier cy venu voirement. et voulentiers l'ay fait, car il en estoit ne- '< cessitè; sy sui tenu par obligacion d'ainsy faire ailleurs, veu l'aage que « Dieu m'a donné, que je considère, et vous mesme le povez considérer; car, « quand je seray ataint de viellesse, lors ne pouray je faire ce que je puis et <■ pouroie de présent. Sy ne me doy doncques reposer ne dormir en oisiveté, « comme le me aprent le Sage en ung sien dittée fait en deux vers rimez, là « où il dit :

Il l'A UT. M VU. II. rHAP. XIV.

On entendait déjà certains murmures menaçants; les barons de France eux-mêmes, trop humiliés par le fds

« Par souvenir, par soiog, par diligence,

« Est le jeune homme tost monté en ehevance.

« Il m'est souvenu, sire », fait il, « d'un cas merveilleux et extresme, le- « quel est, comme Ton m'a recité, survenu en France, dont je sui dolant, « car on dit, et bien l'avez sceu, comme raison est et que mieux et plus brief « y povez remédier que homme vivant, que Charlemaine, qui tant fut noble, « riche, conquérant, puissant et doublé, est aie de cestui siècle en l'autre, « a delaissié ses enfans Louis et Lohier, légitimes et vrais successeurs de « son empire, de son royaulme et de sa seigneurie, et Louys, en especial, <c premier et ainsné, lequel, sauf tous droits, a esté refusé, débouté de la « couronne et fugitif. Pour quoy, comme j'ai entendu, vous a envoyé ses « messages pour requérir vostre aide, puisque point n'a de puissance ou de « main forte. Je sui demeuré en ce soing jour et nuit, racontant se vous en- « voieriés par delà ou non, dont je me sui povrement apperceus. Pourquoy « j'ay considéré qu'il est mon vray seigneur, qu'il est vray et naturel filz de « Charlemaine, comme par sa mare Sebille de Grèce vous a autrefois esté « vérifié, et vous mesmes passastes les mons, alastes en France et pacifias- « tes la dame avecq l'Empereur, lequel ad voua et congnut Louys son filz et « vray héritier. Or est ainsy que, mort le père, ne puet l'enfant hériter par « Tostacle que les princes de France y mettent, lesquelz sont tous contre « l'enfant qu'ilz desapointront de son bien, et lui toldront son honneur, se « vostre grâce et Dieu premier n'y pourvoient, laquelle il requiert humble-- » ment. Mais je voi que nulle provision n'y est par vous donnée, et pour ce « me convient diligenter et chevauchier à Paris le plus hastivement que faire « le pouray, pour mon signeur droitturier secourir et aydier à son droit « soustenir contre les trahitours qui ainsy s'efforcent de le déshériter ». Et quand TApostole entendi Guillaume au Court Nez, qui ainsi parla, il fut moult joieux, et bien dist à soi mestnes que, puisque mort estoit Charlemaine, Guillaume devoit estre nommé et tenu pour crestienne espée, pour pillier catholique, soustenant la loi Jesus-Crist, et pour gardien, bras et conservateur de l'Eglise. Si lui respondi moult doucement : « Je envoyerai « par delà, sire Guillaume », ftiitil, « et y transmettray ung légal acompa- « gnié notablement, lequel portera ung excommanieraent sur ceulx qui ainsy « vuellent Louys, le filz Charlemaine, deffaire et débouter de son heridité ; et « se à ce ne vuellent obéir, lors y pourveray je par telle voye que en « France ne sera [service] chanté ne église desservie , et vivront comme « bestes ou gens non creables ne dignes de nulle bonne recommandacion ». Mais ad ce ne se voulut Guillaume accorder, ains respondi au Père Saint : « Bien vous ay entendu, sire », fait il, « mais trop seroit la besogne longue « et doubteuse de atendre tant que vo5 légaux feussent là endroit arrivez. « Ce sont gens qui ne requièrent mie paine, ne traveil, ains apettent tous « leurs aises, courte messe, long disner, couchier de haulte heure et lever « tart, petites journées et grant despens; et nous autres requérons tout le K contraire par especial tandis que jeûnasse nous demalne. Sy n'en povons « pis valoir, car comme racompte ung sage en deux mos de rime :

« Proulfitable est le travail en jeunesse « Que eschever fait souffraite en vieillesse.

« Je m'en partiray devant, sire y>, fait il, « pour ce qu'en peu de tem.15 se-

de Pépin, relevaient la tête et attendaient la mort de " ^.f^,. ';^;'v'' " l'Empereur centenaire. 11 y avait de mauvais frémisse-

« ray là venu., et porteray par delà vostre commission : en atendant vos < légaux, sy la mettray moy mesmes à execucion telle qu'il ne sera jamais « que mémoire n'en soit perpétuellement faitte. Et, se vous demandiés quelle « commission je requier avoir de vous, s'est que, pour les sernces que j'ay « fais à vous et à cretienneté, vous me oyés en confession, jà soit ce quejà « me confessissiés quant je voulus corabatre Corbault, et me donnez absolu- « cion plainiere de mes pechiés. Sy m'en retourneray ». Et quant le Père Saint Teust ouy et qu'il lui eust ses pecliiès pardonnez, lors s'en party Guillaume, et, en peu de temps, vint en Paris, où sy bien arriva à point que deux ou trois jours après se tiat le Parlement pour constituer le filz du duc de Normandie roy de France, auquel consistoire arriva Guillaume de telle heure qu'il rompi la presse, où lant avoit de peuple, que c'estoit grand confusion. Et lui, armé soubs son mantel. pour toutes seuretez, sans soy estre descouvert à parent, à aniy, à ung ne à autre, tira une lettre que le Saint Père lui avait à son parlement bailliée, scellée d'un grant scel de plomb, qu'il monstra si haut que la plus grant partie la povoit bien veoir ; et, en disant : « Le Pape vous salue tous, beaulx seigneurs », mist la main à Tespée, haulça son mantel, sy que on vist le haulbert menu maillé, luisant et clerc, s'adreça vers le fils du duc Richart et lui donna du taillant dont il avait Corbault occis devant Rome, sy qu'il le pourfendi en deux pars, et cria : « Nerbonne » ! si haultement que tout fut le demourant esbahy, et se absentèrent les pluiseurs et plus grans en eulx eslongnant et mussant derrière le menu commun. Et quant Guillaume eust ainsy exploitié, et il vist que nul ne se mettoit à deflense, ains s'en aloit chacun qui se sentoit coulpable du mettait, il se monta amont, l'espée nue, rouge et sanglante en son poing, se mist au siège royal, non mie en soy séant, mnis debout, comme ung siéger ou greffier qui veult une sentence prononcer ; et là, se monstra plainement, en disant qu'il venoit de Rome de par le Père Saint, qui luy avoit sa burle bailliée pour tous ceux, prestres, nobles, clercs et lais excommenier, qui contre leur prince et droitturier seigneur avoienc mespris et offensé en malfait, en maldit, en pensée inique et autrement «1... On pourra, au sujet du texte précédent, faire quelques remarques : a. Charlemagne est mort, d'après le manuscrit du quatorzième siècle, au moment où Guillaume tue l'usurpateur de la couronne de Louis : le poète du douzième siècle, au contraire, avait fait assister le vieil Empereur à cette juste et cruelle exécution. — b. Le Pape joue dans le rifachnento un rùle bien plus important que dans la Chanson originale. — c. Le traître est représenté par le remanieur comme tils du duc de Normandie....

5° Il y a également plusieurs observations à formuler au sujet de la version en piose du manuscrit français 1497 de la Bibliothèque Nationale : a. La scène du couronnement de Louis a lieu après la mort, et non point du vivant de Charlemagne (t» 160 et suiv.). — b. Comme dans le manuscrit 3351 de l'Arsenal, le drame se passe à Melun, et non pas à Aix. — c. C'est à Reims que Louis est sacré « ainssi qu'il est accoustumé » (f" 162 v»). d. Après la mort du traître Hernais, duc d'Orléans, qui est encore ici représenté comme le fils de Richard de Nomiandie, l'empereur Louis accorde le duché d'Orléans à Hernaiz {sic) « qui ainsné estoit des filz Aimery » (f» 164 r") : « Hernaiz lui requist le duché d'Orléans, dont le seigneur avoit par le sien Irere Guillaume esté occis, el il le luy accorda moult volentiers ». Et le frère du meurtrier d'Hernaiz va jusqu'à épouser la veuve de la victime : « Par ce traittè, le frère de Guillaume fut conte et sire d'Orléans » (f» 164 v»). Nous

Il PAUT. I.IVR II.

CllAP. X.V.

34r> ANALYSE DU COrROS,\EMEyT LOOYS.

ments au-delà des Alpes et au-delà du Rhin. Sur les bords de la Gironde, on pensait à tout instant voir pa-

voyons par là comment on peut combiner entre elles les deux données du Couronnement et du Siège de Narbonne. — e. Il y a des corrélations évidentes entre la version de l'Arsenal et celle du ms. 1497. = Nous donnons ici un fragment de ce dernier texte qui suffira sans doute à faire saisir la physionomie générale de tout ce remaniement : « Comment Guillainne, le filz Aymery de Narbonne, envoya quérir Laavys, le filz Charlemaine, à Melvn, et le fist couronner à Paris et espov.ser sa siieitr Blancheflour. Quant Guillaume fut emmy le parc entré, si que plus ne povoit passer sans excéder le terme des aultres grans seigneurs, et qu'il vist les nobles princes, ducs et contes assis par ordre comme en ung Parlement, et le duc Richart de Normandie debout à costé d'un haut dois, richement ordonné par grant magnificence ou millieu du quel estoit Hernais, son fils, assis comme en magesté, atendant l'onneur qu'on lui devoit par la dehberation des ducs, contes et barons illeques assistens présenter, se aulcuns n'y avoit contredisans, se aparut ileq Guillaume, le filz Aymery, lequel getta par terre le mantel endossé et demoura en son harnaiz tout cler ou verny de roeil ainsi et tel comme il avoit aporté de Romme, et monta sur le faulxdesteil, si que bien peust ataindre à Hernaiz, qui, comme vous avez ouy, estoit plus hault que nul aultre, et, de l'espée qu'il tenoit nue, lui donna un coup si grant que le chief lui fist plus de dix piez voiler emmy le parc, voire en criant : « Nerbonne »! si haultement que de toutes pars peust bien estre ouy et entendu. Mais mye ne se tint à itant, ains assena le duc d'Orléans et le mit mort comme l'autre, car c'estoit celluy que plus près de luy estoit et qui son fait avoit le plus suporté ;\ son advis. Lambert, le conte Montfort, estoit d'aultre part assiz qui autant en receut par sa main ; et quant le duc Richart vist ï'execucion que Guillaume faisoit, il fut sy esbahy que il se mist en fuite et bouta parmi les gens qui là estoient, les queulx, ou la plus grant partie, furent si esperdus que chascun s'escarta l'un cà l'autre là, ne oncques n'y eust homme qui à deft'ense sceutle sien corps mettre par la grâce de Dieu, ainsi comme il povoit visiblement sembler. Moult fu joyeux Guillaume, quant il se trouva ainssy obey, et que il n'y eust celuy qui lui contredist en rieng, mais aperceut le monde qui se desemparoit et s'en alloit àl'uyz. Il s'escria haultement, disant : « Holla, beaus seigneurs », fet-il, « holla »! Mais il estoit monté sur le hault dois où il avoit Hernaiz occiz : « 11 nous convient presen- « temeut ung aultre roy eslire que Hernais, car jà ne le sera. Ce n'est mj'e « raison pourtant que à luy n'apartient mye la sucession du royaulme. Sy « suy cy transmis de par le Pape, lequel a son scel ataichié au tranchant de « mon espée, de laquelle il m'a chargié escommenier et mauldire tous ceulx « qui s'entremettront d'aller contre droitture, et qui raison et loyaulté ne « Youldront par bonne foy soustenir. Et, par la foy que je doy à Dieu de Pa- « radis, je ne saiche homme en ce monde se je le voy meservir, faillir ou « mesprandi-e, à qui je ne face l'ame du corps [partir] ; car ainsi me fut, n'a « pas -IIP sepmaines, commandé à faire à Romme de la bouche du Pape, en « la présence de l'abbe de Saint Denis et des messaigiers de France qui « vers [lui] estoient ailes pour ceste cause ». Sy n'y eutcellui qui le couraige n'eust desmeu, et qui n'eust si grant paour que le plus hardi ne feust gueres asseuré. Et lors s'emparti qui de là peust eschapper. Et ceulx qui ne peurent et qui par avanture faisoient plus par force et par craindre comme par di'oit ou par amour raisonnable, et qui les grans entrepreneurs de la besoigne virent eulx mucier et fuir, se retournèrent vers Guillaume lors, qui n'espargnoit grant ne petit quant il veoit contredisant, et lui dirent haultement comme

raître les Sarrasins. Qu'allait-il arriver, quand les anges auraient emporté Fàme de Gharlemagne dans les fleurs du Paradis?

Charles, après avoir promené ses grands regards autour de lui, les arrêta sur un pauvre jeune homme, ou plutôt sur un enfant frêle, pâle, tremblant, honteux. Et cet enfant était celui qui allait avoir à soutenir sur ses bras débiles tout le poids de l'immense empire : c'était le fils de l'Empereur, c'était son héritier, Louis. Il voulut le présenter lui-même à tous ses barons, à tous ses évêques qu'il avait solennellement convoqués à la

II l'ART. I.IVU. H.

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