‹ Les eopeés françaisesChapitre 97 sur 180 · CU.\1>. XIV · texte numérisé non relu

CU.\1>. XIV

Guillaume

place

la couronne

sur la lète

du petit Louis,

que le traître

Ilernaut voulait

déshériter.

jMort

de Charlemagne,

qui

laisse son fils

sous la garde

de Guillaume.

saiges et bien avisiés : « A vous voulons d'umble vouloir obéir, sire Guillaume », font ils, « et, se mespris avons aulcunement, venir à amandement « là où est aiussi qu'il appartiendra, car de nous meesmes ne cuidasmes « oncques mesprendre, quelque assamblée que cy avés trouvée ». Sy fut Guillaume ausques contempté de ceux là et les receut à rnercy dont il fut ausques fortifié comme il luy sembla. Les aultres qui s'en partirent du palais, lesquieulx ne povoient mye estre trop asseurés, s'en allèrent parmy les rues de la cité, faisans grans clameurs et grans cris, comme joyeus les aulcuns de l'avanture qui ainsi estoit advenue, pour l'amour qu'ilz avoient à leur droitturier seigneur, et racorapterent comment Guillaume, le filz Aymery de Nerbonne, estoit venu au Parlement et comment il avoit occis Hernaiz, le duc d'Orléans, le conte de Montfort, et aultres -V* ou 'VI' des plus trahitours. Sy se esmeut le peuple commun et les bourgeois meesmes adonq, et crièrent : « Aux armes » ! aval Paris, aller en l'aide du bon chevalier Guillaume, lequel fut en peu de temps si bien acompagnié que il fut le plus fort en Paris, et n'y eust homme qui contre lui osast Feil lever ni le visaige. Ains fut comme régent, gouverneur, dominateur et capitaine de Paris » (Bibl. Nat. fr. 1497, fo^ 161-162) .

6° L'auteur anonyme des Chroniques françaises contenues dans le manuscrit 5003 de la Bibl. Nat. (quatorzième-quinzième siècle) résume ainsi (f" 101) la légende du Coitronnement : « Et si raconte l'isloire ou rommant de la vie de Guillaume d'Orange que cestui Arneis, après la mort de l'empereur Karlemaine, se volt faire roy de France et débouter Loys, le fils de l'Empereur, dont Arneis fut occis de l'entreprise Guillaume d'Orange et donna V em2oereur Loys Arnault, le fils Aimery de ^arhonne, frère de Guillaume d'Orange, le duché d'Orliens et la duchesse (Voy. Histoire poétique de Charlemagne, p. 403). Comme on le voit, les Chroniques du manuscrit 5003 préviennent et expliquent de la même façon que le manuscrit 1497 la confusion possible entre Heruais et Hernaut, dont le premier fut la victime, dont le second est le frère de Guillaume. M. Gaston Paris (1. 1.) fait remonter cette cm-ieuse explication à Albéric de Trois-Fontaines, qui a écrit d'ailleurs ces quelques mots sur notre légende : « Comes Aurelianensis Arnais voluit regnàre et esse tutor Ludovici, sed Guillelmus Arausicensis fortiter restitit, etc. » (Bibl. Nat. lat. 4896 A, f» 44 \o} ; mais Albéric sans doute avait puisé son récit dans les vers du Siège de Narbonne que nous avons cités plus haut, ou dans quelque autre chanson de geste plus développée.

II i>.\ur. i.ivR. II.

CH\r. x;v.

318 ANALYSE DU COURO^NEME^T I.OOYS.

dernière de ses cours plénières ; il voulut peut-être exciter par un grand spectacle la nature endormie de ce fds qu'il aimait malgré tout, mais dans lequel il n'osait espérer. Au dernier appel de TEmpereur, quarante évêques et quatre rois couronnés répondirent, et le Pape lui-même vint ennoblir cette solennité en y assistant. L'assemblée se tint comme un véritable concile, dans la fameuse cbapelle d'Aix qui venait à peine d'être dédiée. Connue dans un concile aussi, la messe fut célébrée dès le matin devant les évêques et les comtes prosternés, et ce fut le Pape (pii la chanta. Sur l'autel étincelaitun grand joyau d'or massif : c'était la couronne de Charles ', ({u'on ne regardait pas sans quelque tremblement. Mais nul ne tremblait plus que Louis.

Alors le vieil Empereur mourant éleva sa voix, qui n'avait jamais paru si vibrante, ni si terrible : « Beau « fds », dit-il, « situ me promets de haïr à tout jamais « le péché, d'éviter la luxure, de ne commettre au- « cune trahison et de ne pas dépouiller les orphelins, « si tu te sens de force à tenir toutes ces promesses, « étends la main et prends cette couronne. Sinon, je « te défends d'y toucher ». Louis, en entendant le tonnerre de cette voix, avait peur et chancelait '.

« Te sens-tu capable de te mettre à la tête de cent « mille honnues, de mener une guerre en véritable « empereur de Rome, de passer les eaux de la Gironde « et d'aller exterminer chez eux les Sarrasins? Si tu te « crois capable de ces choses, étends la main et prends « cette couronne. Sinon, je te défends d'y toucher' ». Louis était devenu immobile d'effroi.

« Veux-tu être bon, juste, pur? Veux-tu faire du

1. Le Couronnement Looys, éd. de Jonckbloet (d'après le ms. ïv. 774 de la Bibl. Nat., et avec des variantes du ms. fr, 243C9, anc. La Vallière 23) vers 28-49. — 2. Jhid.. vers 50-71. — 3. Ihid.. vers 72-70.

ANALYSE DU COI liOSNEMEM LOOÏS. Ud

« 1)1011 à lii sainte Église, respecter la faiblesse des en- « taiits et des femmes, et abaisser tout orgueil qui s'é- « lève? Alors, étends la main et prend cette couronne. « Sinon, je te défends d'y toucher ' ». Louis, tout hébété, écoutait ses paroles sans paraître les comprendre et ressemblait à un homme mort.

Charles le regarda et fut saisi d'indignation : « Lui! « cet enfant-là >>, dit-il, « être mon fils ! Non, ma femme « aura couché avec quelque gueux ({ui a engendré ce <( lâche. Je ne le reconnais pas. Qu'on le tonde bien vite, « et qu'on en fasse un moine. Ce sera, je pense, un ex- « cellent marguillier. S'il lui faut une prébende, on la « lui donnera pour qu'il ne mendie point. Allez " » ! Les Évéques et les Comtes n'osaient respirer en entendant les éclats de cette colère ; ils étaient tout tremblants et pleuraient comme Louis, qui se sentait mourir...

Un personnage oblique s'approcha alors de l'Empereur et lui dit : <( Confiez-moi votre empire pendant « trois ans. Votre fds aura tout le temps, d'ici là, de de- « venir un preux, et je lui rendrai son royaume pros- « père et agrandi ». Le vieux Charles, chose étrange, consentait déjà à cette singulière régence '; et Hernaut d'Orléans, le traître Hernaut, allait s'installer sur le trône du grand empereur, lorsque soudain, à la porte de cette basilique où régnait un silence lugubre, parut une sorte de géant, un homme immense, en costume de chasse, grossier, formidable, lançant des regards dont Hernaut ne put soutenir les éclairs. C'était notre héros, c'était Guillaume \..

En ce moment le fils d'Aimeri revêt à nos yeux cette magistrature de libérateur de la royauté et de la France qu'il exercera désormais jusqu'à la fm de sa très-

1. Le CouronnementLooys, éJit. Jonckbloet, vers 80-91. — 2. Ibid., vers 92-100. - 3. Ibid., vers 101-112. — 4. Ibid., vers 113-124.

II PART. I.IVR. II

fil \r. MV.

!I l'ART. LIVR. Il, CIIAP. XIV.

350 ANALYSl- DU COUROiyNEMEM LOOÏS.

noble vie. Cette heure est, en vérité, très-solennelle et tout à fait décisive. La royauté, comme vous le voyez, est mourante, elle agonise. Un petit traître, un Orléanais n'a qu'à souffler dessus pour la renverser. Le véritable héritier va être jeté dans je ne sais quelles oubliettes ; et, après avoir dompté le monde, Charles ne trouvera à donner à son fds légitime qu'une place de marguillier et de sonneur de cloches. Mais il y a une famille en France qui n'a été créée et dont Dieu n'a favorisé le développement que pour venir en aide à la royauté française, pour la soutenir, pour la relever; et cette famille est celle de Garin, d'Hernaut de Beaulande, d'Aimeri et de Guillaume. Elle va sauver, oui, elle va sauver l'Empereur et l'Empire. Mais combien de fois, hélas ! ne reprochera-t-elle pas ce bienfait à ceux qui l'auront reçu ! Combien de fois ne dictera-t-elle pas ses volontés au successeur de Charlemagne, combien de fois ne rhumiliera-t-elle point en prenant plaisir à lui répéter : « Tu ne serais rien sans nous, et nous <c t'avons mis la couronne sur la tête » ! Race trop fièi'c après tout, et faisant payer trop cher les grands services qu'elle a pu rendre !

Guillaume apprend, en un instant, tout ce qui vient de se passer devant le saint autel où la couronne d'or resplendit toujours ; il est rapidement mis au courant de la trahison de l'Orléanais. Il oublie, dans sa rage, qu'il a l'honneur d'être dans une église : il tombe sur Hernaut et le tue d'un seul coup de son épouvantable poing '. Puis il monte les degrés de l'autel, saisit la couronne et l'enfonce sur la tête de Louis. Charles fut ravi d'assister à ce double spectacle ; il se releva, il fut joyeux à cause de son enhmt, et c'est alors qu'il lui

1. Le Coiiroiinoiieut Lonys. ('dif. Jouckbioet. vors 1:^5-143.

ANALYSIi; DU COURONNEMENT LOOÏS. 3')1

donna ces admirables conseils que nous avons traduits ailleurs et qui semblent avoir servi de modèle aux dernières paroles de Louis IX ' : « Sois pieux "et aime « rÉglise ; sois juste et ne fais tort à personne ; ne (( permets pas qu'un vassal se révolte contre toi ; sois « humble avec les pauvres, et d'une fierté de lion avec « les orgueilleux. Enfin, ne t'entoure que de bons « conseillers et fie-toi pleinement en Guillaume ' ». Cinq ans après, le vieux roi répéta encore ces con-

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