Le Couronnement Looys, édit. Jonckbloet, vers
2. Le Couronnement de Louis. [Traduction littérale.) Quand la chapelle d'Aix fut bénite, — Quand le moustier y fut achevé et qu'on en fit la dédicace, — Il se tint une belle cour plénière, telle que vous n'en verrez plus.
— Quatorze comtes gardèrent le palais. — Les pauvres gens allèrent s'y faire rendre justice : — Pas de plainte à, laquelle on ne fit droit! — Car, en ce temps-là, on donnait la justice : ce n'était pas comme aujourd'hui : — Les mauvais juges se la font payer en beaux présents, — Et les bonnes causes en restent là, par suite de ces dons coupables ! — Mais Dieu, qui nous gouverne et nous soutient, Dieu est juste. — Et ils tomberont dans la puanteur de l'enfer, — Les mauvais princes, pour n'en plus sortir jamais!
Ce jour-là, il y eut bien dix-neuf évèques —Et dix-neuf archevêques présents. — Le pape de Rome, VApostole chanta la messe. — L'offrande, ce jour-là, fut si belle — Que, depuis lors, il n'y en a pas eu de pareille en France. — Qui fut là dut être généreux.
Ce jour-là, il y eut bien vingt-six abbés, — Et quatre rois coui'onnés, — C'est alors que l'on éleva Louis. — La couronne était placée sur l'autel, — Et le roi son père la lui a remise... — Un archevêque est monté au lutrin
— Et a fait un sermon au peuple chrétien .• — « Barons », dit-il, « écoutez- « moi : — L'empereur Charles a usé le temps de sa vie, — Et ne peut plus « la prolonger. — Mais il a un fils à qui il voudrait donner sa couronne ».
— A ces mots, ce fut une grande joie: — Tous les barons présents tendirent leurs mains vers Dieu : — « Père de gloire, béni sois-tu — De ne point nous « faire tomber sous un roi étranger ». — Alors notre Empereur a appelé son fils : — « Beau fils », dit-il, « écoute-moi bien. — Vois cette couronne qui « est sur l'autel; — Je te la veux donner, mais à de certaines conditions : « — Pas d'injustice, pas de luxure, pas de péché; — Ne sois traître envers « personne; — Ne vole pas son fief à l'orphelin. — Si tu veux te montrer « tel, j'en louerai le Seigneur Dieu. — Prends la couronne, et tu vas être « couronné. — Sinon, mon fils, laisse-la, — Je te défends d'y porter la « main » !
« Fils Louis, vois cette couronne : — Si tu la prends, te voilà empereur « de Rome. — Tu peux dès lors mener cent mille hommes en ton ost, — « Passer par force les eaux de la Gironde, — Ecraser et confondre les « païens, — Joindre enfin leur terre à la tienne. — Veux-tu agir de la « sorte? voici la couronne. — Sinon, n'aie jamais l'audace de la prendre » !
« Beau fils, si tu dois accepter mauvais présents ; — Si tu dois abaisser le « service de Dieu, — Relever le péché et faire luxure ; — Si tu dois ravir « son fief à l'enfant qui en est le véritable héritier, — Et arracher ses qua-