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LEJVFER ET LE PARADIS

Bon vin et bonne compagnie.

Joyeux festin, bal et concert, On dit que cette aimable vie Nous mène tout droit en enfer ; Mais sans songer à l'autre monde , Lorsque nous trouvons réunis Tous les biens dont la terre abonde, N'est-ce pas là le paradis ?

Émus d'une sainte colère Dans un long sermon, bien amer , L'autre jour, un révérend père Nous envoyait tous en enfer;

Mais vous grillerez loin des femmes, Nous disait-il, mes bons amis :

Si Ton brûlait avec ces dames, L'enfer serait le paradis.

Dans son jardin Adam se lasse (") De voir un tapis toujours ^ert; Tant de bien est une disgrâce, Et son paradis un enfer.

Le désir d'apprendre l'enflamme, Il mange de ces fruits maudits :

Alors il sait qu'Eve est sa femme, Et veut s'enfuir du paradis.

Le Seigneur lui fit cette grâce :

Un ange, avec son bras de fer,

De son beau paradis le chasse,

En le menaçant de l'enfer.

Pour nous, plus heureux que cet homme

Que sa femme a perdu jadis,

Lorsque vous nous donnez la pomme,

Vous nous ouvrez le paradis.

Vous avez mille connaissances, Et vous lisez à livre ouvert ; Et pour acquérir des sciences, Vous prenez des peines d'enfer ; Pour moi je ne fais pas l'habile;

Et je sais que les beaux esprits, S'il en faut croire l'évangile, N'iront jamais en paradis.

Femme qui prêche un infidèle, Prêche toujours dans le désert ; Et Ton voit son amant rebelle Fuir sa maison comme un enfer :

Alors, en proie à sa tristesse, Et le cœur rongé de soucis, Chez une autre, dans sa détresse, H va chercher le paradis.

Avoir une trop tendre épouse Qui quelquefois nous prend sans vert ; Apaiser son humeur jalouse, Voilà l'enfer, voilà l'enfer.

Avoir une femme fidèle.

Dont tout le monde soit épris; Qu'elle soit bonne autant que belle, Voilà, voilà le paradis.

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